LIVRE II. — CHAPITRE IV
1 à 80; en 1750, il fut de 1 à 123'. A Dantzig, en 1705, ce rapport fut de 1 à 89; en 1743, de 1 à 118'. Dans le duché de Magdehourg, en 1700, il fui comme I à 87; de 1732 à 1733, comme 1 à 123. Dans la principauté de Halhcrstadl, en 1090, le rapport fut de 1 à 88; en 1730, de 1 à 112. Dans le duché de Clèves, en 1703, le rapport fut de 1 !t85; en 1755, de I à 100. Dans la marche de Brandebourg, en 1700, ce rapport fut de 1 à 70; en 1755, de 1 à 108\
Je pourrais citer un plus grand nombre d'exemples de même nature; mais ceux-là sullisent à notre but. Lorsque les moyens de subsistance augmentent tout-à-coup dans un pays, nu par une suite de quelque grande mortalité, ou par les progrès accélérés de la culture, des arts et du commerce, il y a place pour de nouveaux mariages, et il s’en fait beaucoup au-delà de ceux (pie la mort a dissous. Mais à mesure que les nouveaux emplois de force et d'activité se remplissent; à mesure que la place olferte à un accroissement de population vient à manquer, le nombre des mariages diminue, et ce qui avait été ajouté à ceux de pur remplacement disparait peu à peu ; c’est ce qui résulte clairement des faits que nous venons de recueillir.
Dans les pays qui ont été dès longtemps pleinement peuplés, où il ne s’ouvre aucune nouvelle source de subsistance, le nombre des mariages se règle principalement sur celui des morts ; et le rapport de ce nombre à toute la population demeure à peu près le même à différentes époques.
On observera la même constance dans les pays où il y a annuellement quelque augmentation dans les moyens de subsistance, pourvu que celte augmentation soit uniforme et permanente. Supposons qu’elle soit tellement constante et régulière, que, pendant le cours d’un demisiècle, elle ait permis de faire chaque année un certain nombre déterminé de mariages au-delà de ceux (pie la mort a dissous : la population ne manquerait pas de croître, peut-être même rapidement ; mais il est facile de voir qu’eu ce cas, le rapport des mariages à toute la population se maintiendrait le même pendant tout le cours de celte période.
Sussmilch s’est appliqué à déterminer ce rappor* en différents pays et en diverses circonstances. Dans les villages de la Marche de Brandebourg, il se fait annuellement 1 mariage sur 109 personnes. Dans les villages agricoles, suivant l'opinion de cet auteur, ce rapport varie entre
1 Sussmilch, Ga-lU. Ordn , vol. t, cil. IV, serf . I.XIV, p. 1X1. • Ibid., sert. LXV, p. 153. — * Ibid., sent. I.XXt, p. 110.
OHST. A l.A POPIILAT. DANS MS PARTIES MOYF.ANKS OK L’EUROPE. 1S9 celui île I à 108 eteelui.de I à 1 1.'i. Dans les petites villes de la Jlarche, la mortalité est plus grande et peut être estimée de 1 sur 08. Dans les villages hollandais mentionnés ci-dessus, 1 surfit. A lîerlin, 1 sur 1 10. A Paris, I sur 157. Selon Crome, dans les villes de Paris et de Rome, qui abondent en célibataires , ce même rapport n’est que de I à 1fiO\
Toutefois ce n’est qu’avec beaucoup de précautions qu’on doit appliquer un rapport général quelconque de cette nature, parce qu’il est fort rare que la nourriture et la population croissent d’une manière uniforme, ür, dès que dans un pays les circonstances varient, par les modifications qu 'éprouvent la population et les subsistances, ou par les changements survenus dans les habitudes du peuple, relativement à la prudence et à la propreté, il est évident que le même rapport, qui a lieu à une certaine époque, n’a plus lieu à une autre.
Rien de plus difficile que de poser là-dessus des règles sans exception. On [ieut dire en général, que lorsque la facilité de gagner sa rie augmente , soit qitC cela provienne d’une grande mortalité précédente, soit qu’on doive l’attribuer aux progrès de la culture et du commerce, celte plus grande facilité tend à produire un rapport plus grand des mariages à ta population. Mais il peut fort bien se faire que cet effet ne se réalise pas. .Supposons, par exemple, que le peuple dont il s’agit ait été dans un état de grand abaissement ; que la mortalité y soit due en grande partie à l’imprévoyance qui a lieu communément dans un tel état. Il pourrait se faire qu’une amélioration soudaine dans leur situa lion leur donnât une fierté convenable et un goût de propreté et de décence; en ce cas le nombre des mariages n’augmenlerail pas, mais ou réussirait à élever un plus grand nombre d’enfants; et la population additionnelle, que demandait le nouvel ordre de choses, serait obtenue par une diminution du nombre des morts, et non par une augmentation du nombre des naissances.
De meme si, dans un pays, la population a été longtemps stationnaire, de sorte qu’elle soit ditlicilcment susceptible de croître, il peut arriver qu’un changement d'habitudes, produit par une meilleure éducation ou par toute autre cause, ait l’effet de diminuer le nombre proportionnel des mariages. Eu ce cas, comme les maladies qe’entraine la misère feraient périr moins d’enfants qu’auparavant, la diminution du nombre des mariages serait balancée par la diminution de la mnrtn-
’ Sumnild), GœHliche Ordnung , vol. I, ch. IV, scct. LVt, p. 123 ; sort. I.XXV, p. 147; scct. I.X, p. 129; sort. I.XI V, p. 157. Oomc, ' Vber <tie Grasse tntrf llerirlkerung , der Eurnp. Slaatcn, p. 89.
LlUiE 11. — Cil M’ITIIE IV
1IHI
I i té ; et la population se maintiendrait à son niveau par un moindre nombre de naissances.
Il faut donc manifestement prendre en considération ces changements d’habitudes.
La règle la plus générale qu’on puisse donner à ce sujet, est |>eulêtreque, tout encouragement direct au mariage entraîne nécessairement un accroissement de mortalité. Partout la tendance au mariage est si grande que, sans aucune espèce d’encouragement, dès qu’il y a place pour un mariage, on peut être assuré que celte place sera remplie; ainsi, ou les encouragements sont parfaitement inutiles, ou ils font faire des mariages lorsqu'il n’y a point de place vacante. 11 en doit inévitablement résulter une augmentation de misère et de mortalité. Montesquieu dit, dans ses Lettres persanes, que dans les guerres de la France, qui avaient précédé l’époque où il écrivait, la crainte d’clre enrôlé dans la milice avait engagé un grand nombre de jeunes gens à se marier sans avoir de quoi entretenir une famille, et (pie de tant de mariages il était né beaucoup d’enfants «que l’oi> cherche encore en France, et que la misère, la lamine et les maladies en ont fait disparaitre'. »
Après un exemple si frappant de l’elfet inévitable des encouragements directs au mariage , on ni^pcut assez s’étonner que ce même auteur, dans son Esprit des lois, ait avancé que l’Europe est encore aujourd’hui dans le cas d’avoir besoin de lois qui favorisent la propagation de l’espèce humaine *.
Sussmilch adopte les mêmes idées. Il considère le cas où le nombre des mariages cesse de croître parce que la nourriture ne peut plus être augmentée; il fait remarquer quelques pays dans lesquels le nombre des mariages contractés est exactement mesuré par le nombre de ceux que la mort dissout; et cependant il persiste à croire que c’est un des premiers devoirs du gouvernement de porter son attention sur le nombre des mariages. Il cite les exemples d’Auguste et de Trajan, et pense qu’un prince ou uu homme d’état mériterait le nom de père du peuple, s’il pouvait faire croître le rapport des mariages a la population de sorte qu’au lieu d’être de 1 à 120 ou 1 2.i , il fût de I à 80 ou 90\ Mais comme il paraît, par les exemples qu’il allègue lui-même, que dans les pays qui depuis longtemps sont assez peuplés, la mort est le [dns puissant de tous les encouragements au mariage , le prince ou l’homme «l’état qui réussirait ii augmenter si fort le nombre des mariages, méri-
1 Lettre CXXII. — * Esprit des lois, liv. XXIII, ch. XXVI.
3 Siecnnill'li, fnrtt!ictu Urdnung , vol. I, cli. IV, SCCt. I.XXV1II, |i. 131.
ODST. A LA POPULAT. DANS LES PAIÎTIES MOYENNES DK L’El’IlOPE. itll tarait peut-être il plus juste titre le nom de destructeur que celui de père.
Le rapport des naissances annuelles à toute la population dépend principalement du nombre proportionnel des mariages. Ainsi, dans les pays où la population n’est pas susceptible d’un grand accroissement, les naissances, comme les mariages, dépendent principalement des décès; partout où la population ne va pas en diminuant, les naissances remplacent les vides causés par la mort, et y ajoutent en outre précisément autant que peut le permettre l’amélioration de l’agriculture, du commerce et des arts. Dans presque toute l’Europe, [tendant les intervalles des pestes, des épidémies, des guerres destructives, qui de temps en temps y ont exercé leurs ravages, les naissances surpassent les décès; mais comme la mortalité varie beaucoup en differents pays et en diverses circonstances, on verra que les naissances varient de la même manière, quoique non au même degré, parce que tons les pays n’admettent pas également un surplus de naissances.
Dans 59 villages de Hollande , où les morts sont environ dans le rapport de 1 à 25, les naissances sont dans ce même rapport1. Dans 13 villages aux environs de l’aris, les naissances sont h toute la population dans le même rapport et mén[p un peu au-delà, à cause de la mortalité qui est un peu plus grande. Les naissances et les morts vont les unes et les autres à 1 sur 22 7/10 '. Dans les petites villes de Brandebourg, qui sont dans un état progressif, la mortalité est de 1 sur 29, et les naissances de 1 sur 2-t 1, 10. En Suède, où la mortalité est à peu près. de 1 sur 53, les naissances sont de 1 sur 28. Dans 1,030 villages de Brandebourg, dans lesquels la mortalité est de 1 sur 59 ou 10, les naissances sont de 1 sur 59 \ En N'orwège, où la mortalité est de 1 sur 48, les naissances sont de 1 sur 5i\ Dans tous ces exemples, les naissances sont évidemment mesurées par les décès , en ayant égard, comme il convient, à l’excès de naissances que comporte l’état de chaque pays. En Russie , cette circonstance doit avoir beaucoup d'influence, puisque la mortalité n’y est peut-être que de 1 sur 18 ou 50, et que néanmoins les naissances s’élèvent à 1 sur 20, tant l'accroissement de population y est rapide.
Les écrivains de statistique ont lâché de déterminer une mesure gé-
' Sussmili h, Gœtlliche Ordnung , vol. I, ch. VI, sect. f.XVI, p. 223. ' Ibid., et ch. Il, sect. XXXVII, |). 93.
’ Ibid., ch. Il, sect. XXVIII, p. SO, et eh. VI, sect. f.XVI, p. 223.
' Thnamp, Slalislik , vol. Il, p. f.