‹ Essai sur le principe de populationChapitre 137 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE XI

l’âge de 20 ans et celui de 40 vivraient dans le célibat, et l'obstacle privatif se manifesterait avec beaucoup d’énergie. Il est probable qu'en Angleterre, la moitié de ceux qui naissent passent l’âge de 5î>ans; et quoique le nombre de ceux qui parviennent au mariage surpasse un peu la moitié de tous ceux qui naissent, l’obstacle privatif peut avoir(coinme il a en effet) beaucoup d'influence, quoiqu’il en ait moins qu’en Norwège et en Suisse.

L’influence de l’obstacle privatif est plutôt indiquée par la petitesse du rapport des naissances à la population totale. Le rapport des mariages annuels h la population n’est un indice sûr que dans les pays placés dans’toutes les circonstances semblables: il est inexact dès qu’il y a une différence dans la fécondité des mariages , ou dans le nombre proportionnel de la partie de la population qui n’a pas atteint l'âge de la puberté, et dans la loi d’accroissement de la population. Si, dans un pays quelconque, tous les mariages, nombreux ou peu nombreux, sont contractés par des personnes jeunes, et sont par là même féconds, on conçoit que pour obtenir le même rapport des naissances , il faudra moins de mariages; ou qu’avec' le même rapport des mariages, on obtiendra un plus grand rapport des naissances. Ce dernier cas semble être celui de la France, où les naissances et les décès sont plus nombreux qu’en Suède, quoique le rapport des mariages y soit le même, ou un peu moindre. Et lorsqu’en comparant deux pays, on reconnaît qu’il y en a un où il se trouve beaucoup plus d'impubères que dans l’autre relativement à leur population respective, il est facile de voir qu’un même rapport des mariages annuels à toute la population n'indique point, dans ces deux pays, une égale influence de l’obstacle privatif sur ceux qui ont atteint l’âge de mariage.

C’est en partie le petit nombre proportionnel des impubères, et en partie l’aflluence des étrangers, qui font que dans les villes le rapport des mariages est plus grand que dans les campagnes; quoiqu’il soit indubitable que c’est dans les villes que l’obstacle privatif agit avec le plus de force. L’inverse de cette proposition n’est pas moins vrai ; et c’est ce qui fait que dans un pays où, comme en Amérique, la moitié de la population est au-dessous de I (’> ans, le rapport des mariages annuels n'indique point exactement combien peu l’obstacle privatif a de force.

Mais si l’on part de la supposition que les femmes de presque tous les pays ont à peu près la même fécondité naturelle, la petitesse du rapport des naissances indiquera assez exactement jusqu’à quel point l’obstacle privatif agit, soit en retardant les mariages et en les rendant par là même moins féconds, soit en augmentant beaucoup le nombre des individus qui meurent sans sc marier après avoir passé l’âge de la puberté.

FÉCONDITÉ DES MARIAGES

Il peut être agréable au lecteur de voir d’un coup-d'œil la loi d’accroissement et la période de doublement qui résultent d’un rapport quelconque des naissances aux morts, ou de ces deux nombres à la population totale. Je joins ici par cette raison deux tables de Sussmilch, calculées par Euler, et que je crois très exactes. La première est bornée au cas où la mortalité est de I à 56, et ne peut par conséquent s’appliquer qu’aux pays où l’on sait que la mortalité est dans ce rapport. L’autre est générale, et ne dépend que du rapport de l’excès des naissances sur les décès à la population totale. Elle peut en conséquence s’appliquer a tous les pays, quelle que soit la mortalité qu’on y observe.

On peut remarquer que, quand le rapport des naissances aux décès est donné, plus la mortalité est grande, plus est courte la période de doublement. Cela vient de ce que, dans cette supposition, les naissances croissent en même temps que les décès. Les unes et les autres sont à la population totale dans un rapport plus grand que si la mortalité était moindre, et qu’il y eut un plus grand nombre de personnes avancées dans la carrière de la vie.

La mortalité de la Russie est, suivant M. Tooke, de 1 sur 58; et le rapport des naissances, de I sur 26. En ayant égard aux omissions faites aux décès, si nous prenons pour la mortalité le rapport de i h 52, les naissances seront aux décès comme 2 est kl; et le rapport de l’excès des naissances sur les morts k la population totale sera celui de I k 52 ’. Selon la table II , la période de doublement sera en ce cas d’environ 36 ans. Mais si, conservant le même rapport de 2 k 1 pour celui des naissances aux morts, nous supposions que la mortalité fût de I sur 56, comme dans la table I, l’excès des naissances sur les décès serait k la population totale comme I est k 56; et la période de doublement ne serait que de 25 ans*.

1 Ces rapports sont différents de ceux qui ont été tirés de la table additionnelle de M. Tooke dans la 2* édition de son ouvrage. ILs sont préférés iei comme plus commodes pour éclaircir le sujet, (fiole de l'auteur.)

’ Après avoir publié dans le cours de l'année 1803, des extraits étendus de l'ouvrage de .M. Maltbus, (insérés dans les t. 28, 29 et 50 de la Bibliothèque Britannique) ; je donnai (dans le même recueil, t. 31, p. 169), une note sur le rapport des mariages aux naissances. Cette note tendait à poser des principes sur cette matière. A cette époque, M. Maltbus n'avait pas traité ce sujet avec autant de profondeur qu'il l'a fait depuis. Sa quatrième édition est à cet égard fort supérieure à la seconde sur laquelle je travaillais alors. Il est arrivé que', depuis la publication de cette 4" édition, M. .Maltbus ayant eu connaissance de ma note, il va fait allusionen m'écrivant; et j’ai la satisfaction de voir qu'elle lui parait s'accorder avec les résultats de ses secondes méditations. « En lisant votre note sur ce sujet, me dit-il, je trouve que ma correction se fonde à. peu pris sur les prémisses que vous avez établies. » Ce

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