‹ Essai sur le principe de populationChapitre 142 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE XII

La table, de laquelle celle-ci est extraite, contient les mariages, naissances cl décès, pour chaque année de la période entière. Afin de la réduire en un moindre espace , je me suis contenté de donner les moyennes de quelques périodes plus courtes, de 5 et de 1 années, à moins que les années particulières ne fournissent des observations dignes de remarque. L’année 1711 , qui succéda immédiatement à la peste, n'est [tas comprise par Sussmilch dans les moyennes qu’il a données. 11 a exprimé séparément et d’une manière détaillée , les nombres qui s’y rapportent. Si ces données sont exactes , elles montrent l’effet soudain et vraiment prodigieux d’une grande mortalité sur le nombre des mariages.

Sussmilch calcule que la peste enleva plus d’un tiers de la population. Malgré cette diminution opérée dans le nombre des habitants, on voit, en jetant les yeux sur la table, que le nombre des mariages, en 1711, fut presque double de la moyenne des G années qui avaient précédé la peste’. Pour qu’un tel effet ait eu lieu, il faut supposer que presque tous ceux qui avaient atteint l'âge de puberté, voyant combien le travail était demandé et trouvant partout des places ou emplois vacants, se marièrent sans délai. Ce nombre extraordinaire de mariages ne put pas produire la même année un très grand nombre proportionnel de naissances. En effet, on ne peut pas supposer que ces nouveaux mariages pussent donner dans l’année où ils furent contractés plus d’une naissance chacun. Tout le reste des naissances dut provenir des mariages précédents que la peste n’avait pas dissous. Il n’y a donc pas lieu d’être surpris que cette année-là le rapport des naissances aux mariages ne fut que de 2’7 à 1 , ou de 27 à 10. Mais quoiqu’il fût imjxissible ,

' Le nombre des habitants avant la peste était, selon le calcul de Sussmilch, (vol. I, ch. IX, sect. 173), de 370.000. Si l'on en retranche 247,733, qui est le nombre de. ceux qui moururent de la peste, le reste, 322,267, est l’expression de la population après la peste. Si on le divise par le nombre des mariages de 1711, et ensuite par le nombre des naissances de la même année, on trouve que les mariages furent la trente-sixième partie de la population et que les naissances en furent environ la dixième. Des rapports aussi extraordinaires ne peuvent avoir lieu, en un pays quelconque, que dans une année particulière. S’ils se soutenaient au même niveau, ils opéreraient le doublement de la population en moins de dix ans. Il se pourrait qu’il se fût glissé une faute à cet endroit de la table, et que dans l’année 1711 se trouvassent compris les mariages et les naissances qui ont eu lieu pendant la peste; cependant comme les décès sont soigneusement misa part, il est difficile de croire à une telle confusion pour les naissances et les mariages. Du reste, il importe assez peu, parce que le tableau des autres années suffit pour rendre seusible le principe general. (Note de l'auteur).

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