‹ Essai sur le principe de populationChapitre 149 sur 368 · SOCIÉTÉ QUE SOUS TENONS DE THACED · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ QUE SOUS TENONS DE THACED

On peut s’assurer que les obstacles indiqués ci-dessus sont bien les causes immédiates qui retardent l’accroissement de la population, et que ces obstacles résultent principalement de l’insuffisance des moyens de subsistance. Il suflit pour cela de voir combien cet accroissement devient rapide, dès que quelque augmentation soudaine dans les moyens de subsistance vient écarter ces obstacles.

On a remarqué constamment , que toutes les colonies nouvelles établies dans des pays salubres, où la place et la nourriture ne manquent point, ont fait des progrès rapides dans leur population. Plusieurs des colonies de l’ancienne Grèce paraissent avoir égalé ou même surpassé, dans l’espace de deux ou trois siècles, leur mère patrie; Syracuse et Agrigcnle, en Sicile; Tarenle et Locres, en Italie; Ëphèse et Milet, dans l’Asie-Mineure, furent sous tous les rapports au moins les égales des villes les plus florissantes de l’ancienne Grèce. Toutes ces colonies s’étaient établies dans des contrées habitées par des nations sauvages et barbares, qui firent aisément place à ceux qui vinrent en prendre possession, et leur abandonnèrent de vastes étendues de bonnes terres. On a calculé que les Israélites, qui ne s’accrurent que très lentement tandis qu'ils erraient dans le pays de Canaan, se multiplièrent tellement sur le sol fertile de l’Égypte, que pendant le séjour qu’ils y firent, leur nombre doubla tous les quinze ans'. Mais sans nous arrêler aux exemples que nous fournil l’antiquité, les établissements des Européens en Amérique attestent de la manière la plus frappante la vérité d'une observation qui n’a d’ailleurs, je crois, jamais été révoquée en doute.

Une abondance de riches terres, qui ne coûtent que fort peu de chose ou même rien du tout, estune cause de population si puissante, qu’en général elle surmonte tous les obstacles.

Il est difficile d’imaginer que de nouveaux établissements puissent être plus mal administrés que ne l’ont été ceux que les Espagnols ont formé au Mexique, au Pérou, b Quito. La tyrannie, la superstition, tous

1 Short' i, S etc obterv. on billt of mortolily, p. 239, in-8°, 1730.

les vices de la mère pairie y suivirent les colons. On leur imposa des taxes énormes; leur commerce lut gêné par des règlements arbitraires; les gouverneurs n’exercèrent pas moins d’extorsions pour eux-mêmes que pour leurs souverains. Toutefois, au milieu de tant d’entraves, la population de ces colonies lit de rapides progrès. La ville de Quito, qui n’était qu’un hameau lorsque les indigènes l’occupaient seuls, nous est représentée par lllloa comme contenant, il y a 50 ans, près de 00,000 âmes '. Lima , dont la fondation est postérieure à la conquête du pays, était, au rapport de ce même voyageur, autant ou plus peuplée, avant le funeste tremblement de terre de 1 7 ili. Mexico contient, dit-on, 1 00,000 habitants, ce qui, malgré les exagérations des écrivains espagnols, est probablement cinq fois autant qu’elle en contenait au temps de Montézuma*.

Dans les colonies portugaises du Brésil , qui ne sont pas gouvernées moins tyranniquement, on estimait, il y a 50 ans, que le nombre des habitants d’origine européenne s'élevait au-dessus de 600,000’.

Les colonies hollandaises et françaises, quoique soumises au gouvernement de quelques compagnies marchandes jouissant de privilèges exclusifs, ne laissèrent pas, au milieu des désavantages de cette position, de s’accroître et de prospérer \

Mais les colonies anglaises du nord de l’Amérique, devenues un peuple puissant sous le nom d’Etats-Unis, l’ont emporté sur toutes les autres par l’accroissement rapide de leur population. Outre une quantité de terres très riches que ces colonies possédaient, ainsi que celles d’Espagne et de Portugal, elles jouissaient à un plus haut degré des avantages de la liberté et de l’égalité. Quoiqu’elles fussent soumises à quelques gênes relativement à leur commerce extérieur, elles usaient du droit d'administrer leurs affaires intérieures. Les institutions politiques y étaient favorables h la mutation et à la division des propriétés foncières. Les terres que le propriétaire négligeait de cultiver pendant un espace de temps limité, étaient déclarées vacantes et susceptibles d’être cédées à toute autre personne. En Pensylvanie, il n’y avait aucun droit de primogéniture; et dans les provinces de la Nouvelle-Angleterre, le fils ainé n’avait droit qu’a une portion double. Les dîmes n’ont été établies dans aucune partie de ces États, et les taxes y étaient presqu'inconnucs. Les terres y étaient partout à si bon marché , qu’il n’y

* Ullon, Voyage, t. I, liv. V, cil. V, p. 229, in-4», (732.

* Adam Smith, Richesse des nations, vol. II, liv. IV, ch. VIII, p. 363. Anyt. 1 Ibid., p. 363. — * Ibid., p. 36S, 369.

sa

-(10 . LIVUE U. — CHAPITRE XIII.

avait point de meilleur emploi à faire des capitaux que de les verser dans les entreprises d’agriculture; entreprises qui oldigcnt les individus à se livrer it des travaux salubres, et qui fournissent à la société les produits les plus utiles.

Des circonstances si favorables accrurent la population avec une rapidité presque sans exemple. Dans les provinces du nord, elle a doubletons les 25 ans. En effet, le nombre des colons qui s’établirent dans la Nouvelle-Angleterre en 1645, fut de 21,000. Depuis, on a prouvé qu'il y eut plus de personnes qui quittèrent la colonie, qu’il n’v en eut qui s’v établirent, et en 1 7(>0, le nombre de ses habitants était de 1 ,000,000. H faut donc que pendant tout ce long intervalle de temps, la population ait doublé régulièrement tous les 25 ans. Dans la Nouvelle-Jersey, la période de doublement est de 22 ans. Dans Rhode-Island, elle est encore plus courte. Dans les établissements de l’intérieur, où les habitants livrés exclusivement à l’agriculture ne connaissent pas le luxe, on croit que la population double en 15 années. Le long des côtes d« la mer, qui ont été naturellement habitées les premières, la période dédoublement est d’environ 55 ans. Et dans quelques villes maritimes, la population est stationnaire’. D’après les derniers dénombrements, il

' Price's Observ. on revers, paym., vol. I, p. 282, 285, et vol. H, p. 260. J’ai vu en dernier lieu quelques extraits du sermon du IP Styles, quia fourni ees faits au I)r Price. En parlant du Rhode-Island, le D' Styles dit que, quoique la période île doublement pour la colonie entière soit de 25 ans, elle n'est pas la même pour scs differentes parties; que dans l’intérieur elle est de 20, et même de 15 années. En 1748 la population des cinq villes de Gloucesler, Situate, Coventry, Wellgreenwieli, et’txcter était de 5,033 aines , et en 1753, de 6,986, ce qui suppose une période de doublement de 15 années seulement. Il dit ensuite que le comte de Eeut double en 20 ans, et le comté de Providence en 18 ans.

J’ai aussi vu dernièrement un mémoire contenant des faits et des calculs relatifs à la population des États- Unis, qui établit la période de doublement pour la totalité des étals à dater du premier etablissement, de 20 années seulement. J'ignore jusqu'à quel point ce mémoire peut faire autorité, mais en taut qu il re|x>se sur des faits et calculs publics, il me parait digue de confiance. Une période ollre un phénomène remarquable. Les comptes-rendus au Congrès en 1782 portaient la population à 2 389,500 ; et dans le dénombrement de 1790 on l'a trouiee de 4,000,000. L’accroissement en 9 années a été de 1,610,700. 11 faut en déduire 10,000 colons européens par an, en tout, 90,000, joint à un accroissement de 5 pour cent en 4 1/2 ans, ce qui fait 20,250. Le reste présentant l'accroissement pendant 9 ans provenu de la procréation seule, est 1 ,300,430, ce qui est très prés de 7 pour cent. Par conséquent la période de doublement selon ta même loi continuée serait de moins de J 6 ans.

Si ce calcul, relatif à la poi»ilalion totale des États-Unis, est juste, on ne peut douter qu'eu quelques districts particuliers la période de doublement, en vertu de

parait que la période moyenne de doublement pour tous les États-Unis continue d’être encore de 25 années. Or, leur population est telle maintenant que les émigrés d’Europe ne peuvent l’affecter sensiblemeut. Donc puisque dans quelques villes et districts voisins de la mer les progrès de la population ont été plus lents que la moyenne, il faut nécessairement qu’en général, dans l’intérieur des terres, la période de doublement, résultant de la procréation seule, ail été fort au-dessous de 25 ans.

Le dernier dénombrement porte la population des États-Unis à 5,172,512'. Il n’y a pas lieu de croire que l’émigration des colons, qui ont fondé ces États, ait produit une diminution sensible dans la population (le la Grande-Bretagne. Loin de là, une émigration modérée favorise la population. On a remarqué que les provinces d’Espagne qui ont le plus donne de colons à l'Amérique, sont celles dont la population s’est accrue.

Quel qu’ait pu être le nombre primitif de ces émigrants de la Grande- Bretagne, qui ont produit dans l’Amérique septentrionale une si prodigieuse population, qu’on se demande pourquoi un pareil nombre n’a point autant produit dans la Grande-Bretagne, et l’on verra que la raison de cette différence n’est autre que le défaut d’aliments. Les grands lléaux, tels que la guerre et la peste, causent des pertes d'hommes qui sont très vile réparées. Ils laissent le pays qu’ils ravagent dans une situation qui a du rapport avec celle des colonies nouvelles. Si l’industrie des habitants s’est soutenue, leurs moyens de subsistance croissent au-delà de leurs besoins, et la population se met bientôt au niveau de ces moyens.

La Flandre, dont le sol est si fertile, a été le théâtre de guerres longues et destructives, et peu d’années de paix lui ont toujours suffi pour recouvrer sa population. On a vu que la plus sanglante guerre n’a point épuisé d’hommes la France. Les tables de Sussmilch attestent le rapide

la seule procréation, n’ait été souvent au-dessous de 15 ans. La période, qui suivit immédiatement la guerre, dut naturellement offrir un accroissement très rapide. (Note de l'auteur.)

1 On parle d’un état qui aurait été omis dans re dénombrement, et il parait qu'en général on croit la population supérieure au résultat fourni par ce dénombrement. On assure qu’elle s’élève jusqu’à 6,000,000. Mais on ne peut pas trop se baser sur des opinions vaguement répandues dans le public. (Note de l'auteur.)

Voyez à la fin de l’ouvrage, l’Appendice de Malthus et le travail final des traducteurs. On y trouve le relevé de divers recensements. En divisant le chiffre de lfUO par celui de 1790 , on voit que la population a plus que quadruplé en 30 ans. Jph . G.)

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