‹ Essai sur le principe de populationChapitre 150 sur 368 · LIVRE H. — CHAPITRE X1H · texte numérisé non relu

LIVRE H. — CHAPITRE X1H

accroissement qui a lieu à la suite des mortalités; la table relative à la Prusse et à la Lithuanie, que j’ai insérée au chapitre précédent’, en est en particulier un exemple frappant. Les effets de la peste de Londres, en IGtiO, n’étaient plus aperçus 15 ou 20 ans après. Il est permis de douter que ce fléau, qui ravage périodiquement la Turquie et l’Égypte, y diminue beaucoup la population. Et si elle y parait faible, il faut plutôt l'attribuer au gouvernement tyrannique et oppressif sous lequel les peuples y gémissent, et au découragement de l’agriculture, qu’à toute autre cause. Les traces des famines les plus destructives à la Chine, dans l’Inde, en Egypte, et ailleurs, au rapport de tous ceux qui en ont été témoins , sont effacées en fort peu de temps. Enfin les grandes convulsions de la nature, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, à moins que par leur fréquence ils ne dispersent les habitants et ne détruisent leur industrie, n’opèrent dans la population qu’une diminution insensible.

Les registres de différents pays font voir que le progrès de leur population est arrêté par des retours périodiques, quoique irréguliers, de pestes et d’années malsaines. Le docteur Short, dans ses intéressantes recherches sur les tables de mortalité, donne une table de toutes les pestes, les contagions et les famines qu’il a pu recueillir, et fait remarquer que ces fléaux agissent avec constance et d’une manière générale*.

Les années d’épidémies notées dans cette table sont au nombre de 431*. Ce sont celles dans lesquelles régna la peste ou quelque autre épidémie très destructive, car les années simplement malsaines n’y semblent pas comprises. Dans ce nombre , il y en a 32 qui ont précédé l’ère chrétienne4. Si donc on divise les années de l'ère par 399, on verra que les retours périodiques de ces épidémies ont eu lieu en certains pays, à des intervalles dont la moyenne est d’environ 4 ans 1/2.

Des 254 grandes famines ou disettes énumérées dans la table, lo ont précédé l’ère chrétienne", en commençant par celle qu’éprouva la Palestine, au temps d'Abraham. Si l'on soustrait ces 13 famines, et que l’on divise par le reste les années de notre ère jusqu’au moment où a été fait ce calcul, on trouve que la moyenne des intervalles écoulés entre les époques auxquelles ce fléau a visité le genre humain ne s’élève pas au-dessus de 7 1/2 ans.

Il serait difficile sans doute de déterminer avec précision jusqu’à quel point l’accroissement trop rapide de la population a été cause de ces

' Voyez le chnp. précédent. — * Acte obtrrv. on billi o[ Itorlalily, p. 96.

* Bill, of air, frasons, etc., vol. II, p. 3S6. — * Ibid., p. 202. — ‘Ibid., p. 206.

calamités. Les causes de la plupart des maladies qui nous assiègent sont le plus souvent si cachées h nos yeux, et probablement si diverses, qu’il y aurait de la témérité à prétendre les rapporter toutes à une même origine. Mais il n'y en a pas peut-être à affirmer qu’il faut mettre au nombre de ces causes l’entassement des hommes dans leurs habitations, et une nourriture mauvaise ou insuffisante. Or, ces causes-là sont l'effet naturel d’un accroissement de population plus rapide que celui des logements et des subsistances.

L’histoire de presque toutes les épidémies confirme bien cette opinion , car on y voit que c’est en général parmi les classes inférieures du peuple qu’elles exercent leurs ravages. Les tables de Short font souvent mention de cette circonstance1. On y voit aussi qu’un très grand nombre d’années d’épidémies suivirent ou accompagnèrent les époques de disette et de mauvaise nourriture*. Et l’auteur, en parlant des différentes espèces de maladies, observe que celles qui sont occasionnées par une nourriture mauvaise et malsaine, sont généralement aussi celles qui durent le plus*.

Une expérience constante nous fait voir que les fièvres s’engendrent dans les prisons, dans les fabriques, dans les nombreux ateliers, dans les rues étroites des grandes villes; situations qui paraissent toutes avoir en commun les effets de l’extrême pauvreté. On ne peut s’empêcher d’attribuer à de telles causes les retours, autrefois si fréquents, de la peste et d’autres maladies contagieuses dans toute l’Europe. Et si ces maladies y sont devenues fort rares, ou même ont totalement disparu, on doit l'attribuer sans doute à l'amélioration qui s’est opérée dans le genre de vie.

Comme l’accroissement de la population est graduel, et que l’homme ne peut pas vivre, même pendant un temps très court, sans manger, le principe de population ne peut pas produire directement la famine, mais il la prépare, en forçant les classes pauvres à se contenter de l’étroit nécessaire; dès lors, il suffit d’une mauvaise récolte pour les réduire à l’extrémité. Le docteur Short met au nombre des pronostics de la disette une ou plusieurs années d’abondance *. En effet, l'abondance, en favorisant les mariages, amène un état de population excédante, auquel une année commune ne suffit plus.

La petite vérole, qui peut être envisagée comme l’épidémie la plus générale et la plus destructive de celles qui affligent l’Europe de

1 Hiti. of air, trasnnt, vol. Il, p. 206 *t illiv. — 1 Ibid., et p.536. * Ibid., p. 10S. — * Ibid., p. 567.

Page 1