LIVRE III. — CHAPITRE III
premières apparences sont de nature b persuader, aux observateurs superficiels, que l’on pourrait obtenir un grand changement en mieux par rétablissement d’un système d'égalité et de propriété commune. Ils voient d’un coté l’abondance, de l’autre le besoin; il leur parait que le remède naturel et manifeste serait une égale répartition des produits. Ils voient une prodigieuse quantité de travail se perdre sur des objets mesquins, inutiles, quelquefois même nuisibles, tandis que l’on pourrait l’épargner en entier ou l’employer d’une manière plus satisfaisante. Ils voient les inventions se succéder dans la construction des machines, dont l’elfet devrait être, b ce qu'il semble, de diminuer considérablement la somme des travaux. Et toutefois, avec ces moyens apparents de répandre de toutes parts l’abondance, le loisir et le bonheur, iis voient que les travaux des hommes qui forment la grande masse de lu société ne diminuent point, et que leur sort , s’il n'empire pas, ne s’améliore pas du moins d’une manière sensible.
Dans de telles circonstances, il n’y a pas lieu de s’étonner si l’on voit se renouveler sans cesse des propositions tendant b établir quelque système d’égalité. A certaines époques, b la vérité, auxquelles le sujet a été discuté b fond , ou b la suite de quelque grande tentative en ce genre qui a complètement écboué , il doit arriver que la question reste quelque temps dormante, et que les opinions des partisans de l'égalité soient rangées parmi ces erreurs dont le règne a pris fin et dont on suppose que l’on n’entendra plus parler. Mais il est probable que si le monde durait encore plusieurs milliers d’années, les systèmes d’égalité seraient au nombre de ces erreurs dont parle Dugald Stewart', qui. comme les airs d’un orgue ambulant, reparaissent d’époque en époque.
Je suis porté b faire ces remarques, et b ajouter quelque chose b coque j’ai dit sur les systèmes d'égalité, au lieu d'en abandonner la discussion, parce qu’il y a en ce moment une tendance b faire revivre de tels systèmes.
Un homme, pour qui j’ai un vrai respect, M. Owen, de Eanurk. a publié dernièrement un ouvrage intitulé: Nouvel aspect de la société', qui a pour but de préparer le public b l’introduction d’un système de communauté de travail et de biens. On sait aussi que l’opinion s’est répandue parmi les classes inférieures de la société , que le sol est
' Prctiminary dissertation to supplément to llie Encyctopœdia Britannica ,
* A neuf virir of Society.
SYSTÈMES D'ÉGALITÉ
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la propriété du peuple; que la rente qui eu provient doit être (•gaiement répartie entre tous; que c’est par l’injustice et l’oppression des propriétaires ou des régisseurs de son bien, que le peuple a été dépouillé des bénéfices auxquels il avait droit et qui étaient son légitime héritage.
M. Owcn est, il ce que je crois, un homme réellement bienveillant et qui a lait beaucoup de bien. Tout ami de l'humanité doit désirer du fond du cœur le succès de ses efforts pour obtenir un acte du parlement qui limite les heures du travail des enfants employés dans les fabriques de colon , et pour empêcher qu’on ne les y emploie à un âge trop tendre1. Il a droit à être écouté dans tout ce qui a rapport à l’éducation, par l’expérience cl les lumières qu'il ne peut manquer d’avoir acquises en suivant, pendant plusieurs années, deux mille ouvriers de fabrique , et par le succès que ses méthodes ont, dit-on, obtenu. Une théorie qui s’annonce comme fondée sur une pareille expérience est digne sans doute de plus d’attention que celles qui sont le fruit de la simple méditation du cabinet.
(juant aux opinions sur les terres, elles reposent sur des bases fragiles, et décèlent beaucoup d’ignorance. Mais les erreurs de la classe ouvrière doivent être traitées avec indulgence et même avec égards. Elles sont le résultat naturel et excusable de la situation et des lumières bornées des ouvriers, qui les exposent à être déçus par les apparences, et par les artifices de quelques intrigants. A l'exception d’un petit nombre de cas, ce doit être toujours le vœu de ceux qui ont plus d’instruction qu’eux, de les voir ramenés à la connaissance de la vérité par la patience et par l’éducation plus généralement répandue, plutôt que par des moyens plus sévères.
Après ce qui a été dit, dans les chapitres précédents, sur les systèmes d’égalité, il me parait peu nécessaire d'en entreprendre une réfutation régulière. Je ne veux que présenter un motif nouveau déconsigner par écrit une réponse à ces systèmes, fondée sur le principe de population, et donner à celte réponse une forme concise et facilement applicable.
On peut opposer deux arguments décisifs à de tels systèmes. L’un est que, soit en pratique, soit en théorie, un état d’égalité ne peut offrir des motifs d’activité suffisants pour vaincre la paresse naturelle de l'homme, pour l'engager à donner à la terre la meilleure culture, pour
1 Le point de départ de cette réforme n'e.l pas assez connu ; un ignore généra • lemem que nou» devrons la loi du travail des entants dans les manufactures a la bienveillance de ,M. Ovven. {J fl t. O.)