‹ Essai sur le principe de populationChapitre 165 sur 368 · U VUE III — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

U VUE III — CHAPITRE III

se livrer au travail des fabriques et produire les divers objets de consommation qui embellissent son existence.

L'autre est fondé sur l'inévitable pauvreté où doit très vite aboutir tout système d’égalité. C’est le résultat nécessaire de la tendance de la race humaine à se multiplier plus rapidement que ses moyens de subsistance, àmoinsqu’untelaccroisscmeulne soit prévenu par des moyens beaucoup plus cruels que ceux qui naissent de l’établissement proprietaire, et de l’obligation imposée à tout homme, par les lois divines et par celles de la nature, de nourrir ses enfants.

Le premier de ces arguments m’a toujours paru concluant. Un État dans lequel l’inégalité des conditions offre à la bonne conduite sa récompense naturelle, et inspire à tous l’espérance de s'élever et la crainte de déchoir, est sans contredit le plus propre à développer les facultés de l'homme et l’énergie du caractère, à exercer et perfectionner sa vertu*. L’histoire atteste que, dans tous les cas où l’égalité a été établie, le manque de stimulant a eu l'effet d’abattre et d’amortir toute espèce d’ardeur et d’émulation sociale.

II se peut néanmoins que ni l’expérience ni la théorie ne ferment entièrement la bouche aux partisans de ce système. Ils diront que les exemples de l'établissement de l’égalité dont l’histoire nous a transmis la mémoire sont si rares, ou si rapprochés de l’état de barbarie, que l'on n’en peut rien conclure relativement aux peuples civilisés; que dans les cas même où l'antiquité nous montre des sociétés presque exemptes d’inégalité, on a vu déployer une grande énergie de caractère; et que dans les temps modernes, quelques sociétés, telles en particulier que celle des Moraves, ont mis en commun une grande partie de leur propriété, sans que leur activité industrieuse en ait souffert. Ils diront encore, qu’en supposant que l’inégalité des conditions ait été nécessaire pour tirer l’homme sauvage de son apathique indolence et le faire passer à la vie active et intelligente que comporte la civilisation , il ne s'ensuit pas de là que le meme stimulant soit indispensable pour entretenir cette énergie et cette activité, lorsqu’une fois elles ont été excitées. On fient donc laisser les hommes jouir des bienfaits de l’état de civilisation, sans les soumettre à l'action d’un stimulant qui, comme tant d’autres, après avoir produit un effet avantageux, finit, si ou

1 Ce sujet a été habilement traité dans un ouvrage sur la création (on Uie Rr corde oflhe Création and the moral attribulei of Un l'realor) du Rév. J. -B. Suniner publie récemment ; ouvrage digne déloges, et que je souhaite de voir bientôt aussi répandu qu'il mérite de l’élre. (jYoïc de lautenr.)

SYSTÈMES D'ÉGALITÉ

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