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et qu’elle ne peut commencer à croître d’une manière permanente, qu’à l’époque où ceux qui restent ont assez cultivé le sol pour produire plus de nourriture qu’il n’en faut pour eux-mêmes, et avoir ainsi un excédant qu'ils puissent répartir entre leursenfants. La chute si fréquente des nouveaux établissements de colonies est propre à faire voir combien il est nécessaire que les moyens de subsistance précèdent la population.
Après avoir reconnu la ditliculté de faire réussir ces entreprises au dehors, il faut dire encore que la partie du peuple qui, dans les pays anciens, a le plus à souffrir de l’excès de la population, ne pourrait pas, par ses propres moyens, songer à former au loin de nouvelles colonies. Ces hommes, privés de toute ressource, ne peuvent s’expatrier de la sorte qu'en se mettant sous la protection d’un chef d’une classe pins élevée, qu’animent la cupidité, l’esprit d’entreprise, quelques mécontentements politiques ou religieux, ou à qui le gouvernement accorde secours et protection1. Quelle que soit d’ailleurs la détresse où ils sont réduits, par le défaut de subsistances, dans leur ancienne patrie, ils sont, par eux-mêmes, dans l’impuissance absolue de prendre possession des pays incultes qui occupent une partie si considérable de la surface du globe.
Quand les colonies nouvelles sont établies et mises en état de sûreté, la ditliculté d'émigrer en s’y transportant est sans doute fort diminuée. Alors même cependant il faut quelques moyens d’éqùipcr des vaisseaux pour le voyage, de fournir aux besoins des émigrants, en attendant qu’ils puissent se suffire à eux-mêmes et trouver de l’occupation dans leur patrie adoptive. Jusqu'à quel point le gouvernement est-il tenu de suppléer aux ressources qui peuvent leur manquer? C’est une question qui n’est pas bien décidée. Mais quel que soit son devoir à cet égard, c'est trop en attendre peut-être que d’espérer de grands secoure de sa part en faveur des émigrants, à moins qu’il n’ait en vue quelques avantages particuliers dépendant des liaisons de l’État avec ses colonies.
Souvent , il est vrai , les moyens de transport et de subsistance ont été fournis aux émigrants par des particuliers ou par des compagnies privées. Pendant plusieurs années avant la guerre d’Amérique et quelques années après, il y a eu une grande facilité d’émigrer dans ce nouveau monde, qui offrait d'ailleurs aux émigrants des avantages considérables en perspective. C’est incontestablement une circonstance fort heureuse pour un pays, quel qu’il soit, d’avoir un si doux asvlc ouvert à
' C’est là le caractère du dernier exemple de colonisation , celui de Santo- Thoinas, palronise par le gouvernement Belge. (Jp/i. ti.)
ÉMIGRATION. S Si
sa population excédante. Mais , même pendant le cours de ces années d’émigration, je demanderai si, en Angleterre, le peuple a cessé d’être en proie au besoin ; si tout homme a pu s’y marier en pleine sécurité, avec l’assurance de pouvoir élever une nombreuse famille sans recourir à l’assistance de sa paroisse. J'ai la douleur de penser que la réponse ne sera pas affirmative '.
On dira peut-être que c’est la faute de ceux qui, ayant une occasion d’émigrer, préfèrent vivre où ils sont dans la gêne et le célibat. Est-ce donc un tort d’aimer le sol qui nous a vu naitre, nos parents, nos amis, les compagnons de notre enfance? De ce qu’on ne brise pas ces liens, faut-il conclure qu’on n’éprouve point de vraies souffrances? Une telle séparation est quelquefois comprise dans les grandes vues de la Providence, mais elle n’eu est pas moins douloureuse. Quoiqu'elle fasse le bien général, elle ne cesse pas pour cela d’être un mal individuel. D’ailleurs un établissement étranger présente toujours, surtout aux hommes des dernières classes , une apparence de difficulté et d’incertitude. Ils entrent en quelque défiance sur tout ce qu’on leur dit du haut prix du travail et du bas prix des terres. Ils craignent de se mettre à la merci d’entrepreneurs intéressés. La mer qu’il faut traverser sembje opposer à leur retour une barrière insurmontable, parce qu’ils sentent qu’ils ne trouveront pas des gens empressés à les défrayer. Si l’esprit d’entreprise ne vient pas se joindre aux angoisses de la misère, ils aimeront mieux, et l’on n’a pas droit de s’en étonner, souffrir où ils sont, que chercher au loin des maux inconnus.
Il en serait bien autrement , si un nouveau sol était ajouté au sol de l'Angleterre, par exemple, et qu’il fût divisé en petites fermes. On verrait bientôt hausser le prix du travail, et les riches s’en plaindre, comme on dit qu’ils font en Amérique.
Même dans cette supposition, ou dans toute autre qui pourrait être aussi favorable au système de l’émigration , le secours qu’on pourrait tirer de cette pratique serait de très courte durée. A peine trouverait-on en Europe un pays, si l’on excepte la Russie, où les habitants ne cherchent pas souvent h améliorer leur sort eu s’établissant hors de chez eux. Ces pays ayant, à ce qu’il (tarait, plutôt trop que trop peu d’habitants, en proportion de leur produit, ne peuvent s’offrir mutuellement des ressources d’émigration. Supposons pour un moment que, dans cette partie du globe qui est la plus éclairée, l’économie inté—
1 Les immigrations annuelles aux États-Pnis, somme de presque toutes les émigrations européennes, n ont pas, an dire de J. B. Say, dépassé 4,000. (Jph. G.)
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rieurc tle chaque Klat soit si admirablement ordonnée, que la population n’y éprouve aucun obstacle, et que les gouvernements y accordent à l’émigration toutes sortes de facilites. Admettons que la population de l’Europe, sans la Russie, s'élève à cenl millions. Accordons encore que l'accroissement du produit y soit partout beaucoup plus considérable qu’il ne peut être réellement. Toutes ces suppositions étant admises, l’excès de la population de cette grande mère patrie serait, au bout d’uu siècle, de onze cent millions. Ce nombre, ajouté à l'accroissement naturel des colonies elles-mêmes pendant le même espace de temps , fait plus que le double de la population actuelle de la terre entière.
I’eul-on croire que, dans les parties incultes de l’Asie, de l’Afrique ou de l’Amérique, les efforts les mieux dirigés doivent sullire, dans une si courte période, pour amender et préparer autant de terres qu’en requerrait l’entretien d’une semblable population? Si quelqu’un en concevait l’espérance , je le prierais d’ajouter à ces cent années vingt-cinq ou trente autres encore ; et il ne serait plus possible d’avoir là-dessus deux opinions.
Si donc on pense encore que l’émigration peut servir de remède à la population excédante, ce ne peut être que parce que la répugnance qu’éprouvent tous les hommes à quitter leur pays natal, jointe à la difliculté de défricher et d'amender un sol nouveau , n'a jamais permis d’adopter cette mesure d’une manière générale. Si ce remède était efficace et pouvait apporter quelque soulagement aux maux que le vice ou l’infortune produit dans les Etats anciens ; s’il pouvait en quelque sorte les rajeunir et les mettre dans h situation où se trouvent les colonies nouvelles, il y a longtemps qu’on aurait épuisé cette coupe salutaire , et qu'après y avoir eu recours à chaque époque où les maux auraient recommencé à se faire sentir, on aurait vu se fermer pour jamais cette source de bonheur et d’espérance.
Il est donc certain que [émigration est absolument insuffisante pour faire place à une population qui croit sans limite. Mais envisagée comme un expédient partiel et à temps, propre à étendre la civilisation et lu culture sur la face de la terre, i émigration parait utile et convenable. Et si , d’un côté , on ne peut démontrer que les gouvernements sont tenus de l’encourager d’une manière active ; de l’autre, c’est non-seulement de leur part une criante injustice, mais encore une mesure fort impnlitique , de la défendre ou de la prévenir. Nulle crainte moins fondée, que celle de la dépopulation dont l’émigration pourrait être la cause. La force d’inertie qui fixe la masse du peuple au lieu où il est