‹ Essai sur le principe de populationChapitre 169 sur 368 · ÉMIGRATION · texte numérisé non relu

ÉMIGRATION

peut-être, de prendre possession de celle presqu’île, d’en chasser une partie de ces peuples inquiets, et d’assujétir le reste à un genre de vie paisible.

Les difficultés que présente un nouvel établissement, et qui dépendent du sol, du climat, de la privation de toutes les commodités habituelles de la vie, sont à peu près les mêmes dans ces contrées qu’elles peuvent être en Amérique. M. F.ton , dans sa description de l'empire ottoman1, raconte que 75,000 chrétiens lurent contraints par le gouvernement russe d'émigrer de Crimée, pour aller habiter le pays abandonné par les Tartares Nogais. L’hiver étant venu avant que les maisons qui leur étaient destinées fussent achevées, un grand nombre d’enlr’eux n’eurent d’autre abri contre le froid . que des fosses pratiquées dans la terre et recouvertes de tout ce qui s'offrit à eux de propre à cet usage. La plupart périrent. Peu d’années après, il n’en restait plus que 7,000. Le même auteur rapporte qu’une autre colonie venue d’Italie sur les bords du Borislhène n'eut pas un meilleur sort, par la faute des commissaires chargés de pourvoir à tons ses besoins.

Il est inutile de multiplier les exemples; car tous les récits des nouveaux établissements se ressemblent, et offrent partout le tableau des mêmes diflicultés. Un correspondant du docteur Franklin remarque avec raison qu’une des causes qui ont fait échouer tant d’entreprises de colonies, faites à grands frais par le public et les particuliers de diverses nations puissantes de l’Europe, est que les habitudes, tant morales que mécaniques, qui conviennent à la mère patrie, ne conviennent souvent en aucune façon à de nouveaux établissements et aux circonstances imprévues dans lesquelles ils se trouvent placés. Il ajoute que jamais aucune des colonies anglaises n’est parvenue à un certain degré de prospérité, avant d’avoir acquis les mœurs propres au pays dans lequel elle avait été transportée. Pallas insiste sur ce point relativement aux colonies russes; il remarque qu’elles n’ont pas les habitudes qui conviennent à leur situation, et que c’est une des causes qui les ont empêchées de faire les progrès qu’on avait droit d’en attendre.

Il faut ajouter à cela que le premier établissement d’une colonie nouvelle offre l’exemple d'un pays peuplé beaucoup plus que ne le comporte son produit annuel. La conséquence naturelle de cet état de choses est que la colonie, à moins qu’elle ne reçoive d’abondants secours de sa mère patrie, doit diminuer rapidement, jusqu’il ce qu’elle soit au niveau des faibles moyens de subsistance qui sont il sa portée;

1 Account <>{ lhe Turkish Empire.

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