SYSTÈMES AGRICOLE ET COMMERCIAL COMBINÉS. S
strictement inévitable. Il s'agit de ces pays où les ressources qu’offre la terre et celles qui dépendent des capitaux appliqués au commerce et aux manufactures sont les unes et les autres considérables et se balancent de manière à ne pas se surpasser beaucoup mutuellement.
Un pays ainsi constitué possède les avantages des deux systèmes à la fois , sans être exposé aux maux propres à chacun d'eux séparément.
I.a prospérité des manufactures et du commerce suppose, en tout État, qu’il est libéré des plus nuisibles institutions du système féodal. Elle prouve que la grande masse du peuple n’est pas dans la servitude; que les individus ont le pouvoir et la volonté de faire des épargnes; que le capital qui s’accumule trouve des emplois auxquels on peut l’appliquer en toute sécurité , et par conséquent que le gouvernement est de nature à donner à la propriété la protection requise. Dans ces circonstances, il est à peine possible qu’un pays éprouve cette stagnation prématurée dans la demande du travail et dans le produit du sol, qui, à certaines époques, se fait remarquer dans l’histoire de presque toutes les nations de l’Europe. Dans un pays où le commerce et les manufactures fleurissent , le produit du sol trouve toujours dans l’intérieur un débit facile; et ce marché est particulièrement favorable à l’accrois- , sèment progressif du capital. Mais l'accroissement progressif dn capital et des fonds destinés à maintenir le travail est la grande cause de la demande du travail et des hauts salaires en blé; tandis que le haut prix relatif du blé, occasionné par le perfectionnement des machines et par l’étendue du capital appliqué aux manufactures et au commerce, le haut prix du blé, joint à la prospérité du commerce extérieur, permet à l’ouvrier d’échanger une certaine portion du gain qu’il fait en blé contre une partie considérable d’objets de commodité et de luxe, venant du dehors ou fabriqués dans le pays. Lors même que la demande effective de travail commence h se ralentir, et que les salaires en blé éprouvent quelque réduction, le haut prix relatif du blé relève comparativement la condition des classes ouvrières; et bien que leur accroissement soit comprimé, plusieurs des individus dont elles se composent peuvent encore être bien logés, bien vêtus, et se permettre les jouissances de commodité et de luxe que procurent les produits de l’industrie étrangère. Ils ne peuvent jamais être réduits k la misérable condition des pauvres de certains pays , où dès que la demande du travail devient stationnaire, la valeur du blé, comparée k celle des manufactures et des marchandises étrangères, est extrêmement basse.
Tous les désavantages d'un pays purement agricole se trouvent donc
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évités par l'établissement et la prospérité des manufactures et du commerce.
On trouvera de même que les désavantages particuliers, inséparables des Etats puremcut manufacturiers et commerçants , sont évités par l’adjonction des ressources tirées de l'agriculture.
Un pays qui se nourrit lui-méme ne peut point être réduit tout-àcoup, par la concurrence étrangère , à voir sa population éprouver une décadence inévitable. Si les exportations d'un pays purement commercial éprouvent une diminution importante par la concurrence étrangère, ce pays peut perdre, en un temps assez court, le pouvoir d’entretenir tons ses habitants. Mais si la même diminution d'exportations a lieu dans un pays qui trouve dans la terre des ressources, le pays perdra simplement quelques objets de commodité et de luxe fournis par l’étranger, et le commerce intérieur entre les villes et les campagnes, qui de tous est le plus considérable et le plus important, ne sera point troublé, du moins comparativement. Pendant un certain temps sans doute le pays éprouvera quelque ralentissement dans ses progrès, parce qu’il n’aura plus le même stimulant, mais il n’y a aucune raison pour qu’il rétrograde, et l’on ne peut douter que le capital refluant du commerce étranger ne trouve de l'emploi. Il s’ouvrira quelque nouveau canal qu’il suivra utilement, quoiqu'avec moins de prolit qu’il ne suivait ceux qui lui sont maintenant fermés; il maintiendra encore quelque accroissement de population, bien que sur un pied inférieur à ce qu’il était sous l’inlluence d'un commerce extérieur tlorissant.
I.es effets de la concurrence intérieure seront aussi fort différents dans les deux Etats que nous comparons.
Dans un Étal purement manufacturier et commerçant, la concurrence intérieure et l'abondance du capital peut tellement réduire le prix des produits des manufactures en comparaison de relui des produits bruts, que le capital croissant employé dans les manufactures ne procure pas en échange une quantité croissante de nourriture. Dans un pays où la terre offre des ressources , cela ne peut arriver. Bien qu’en vertu du ]>erfeclionnement des machines et de la moindre fertilité des terres nouvellement mises eu valeur, on donne plus d’ouvrages faits pour une même quantité de produit brut, les produits des manufactures, pris en masse, ne peuvent jamais perdre leur valeur, parce que la concurrence des capitaux, dans cette espèce d’industrie, n’est pas accompagnée d’une concurrence correspondante des capitaux sur les terres1.
1 Celte raison, suffisamment indiquée par l'auteur, serait susceptible de quelque
SYSTÈMES AGRICOLE ET COMMERCIAL COMBINÉS. ift»
Il faut observer aussi que dans un Etat dont le revenu se compose en entier de proütsetde salaires, la diminution des profits et des salaires réduit de beaucoup la partie de ce revenu dont il peut disposer. En bien des cas il peut se faire que l’accroissement du capital et du nombre des ouvriers ne suflise pas pour compenser la diminution du taux des profits et des salaires. Mais là où le revenu du pays consiste en rente aussi bien qu’en profits cl en salaires, une grande partie de co que l’on perd en profits et en salaires est gagnée en rente, et le revenu dont on peut disposer demeure comparativement sans atteinte.
Un autre avantage éminent dont jouit une nation qui est riche en terre aussi bien qu'en établissements de commerce et de manufactures, est que ses progrès en richesse et en population dépendent comparativement peu de l’état et des progrès des autres pays. Une nation, dont la richesse dépend exclusivement des manufactures et du commerce, ne peut s’accroître sans qu’il y ait un accroissement de produit brut dans les pays avec lesquels elle est en relation d’affaires, ou sans attirer à elle une portion de ce que ces pays sont dans l’usage de consommer et dont ils consentent rarement à se. dessaisir; en sorte que l’ignorance et l’indolence des antres peuvent devenir non-seulement préjudiciables mais fatales à ses propres progrès.
Un pays qui a des ressources en terres ne peut jamais être exposé à ce danger. Si son activité, son génie inventif, son économie font des progrès , sa richesse et sa population en feront aussi , quelles quepuissent être la situation et la conduite des nations avec lesquelles il commerce. Lorsque son capital manufacturier surabonde, et que les marchandises ouvrées sont à trop bas prix, il n’a que faire d’attendre l'accroissement du produit brut de ses voisins. En transportant ce capital surabondant sur ses propres terres, il obtiendra de nouveaux produits, contre lesquels peuvent s’échanger ceux de ses fabriques, et soutiendra le prix de ceux-ci parune double opération, en diminuant l’offre et en augmentant la demande. Une opération analogue, à l’époque où le produit brut serait trop abondant, rétablirait le niveau entre les profils de l’agriculture et des fabriques. Sur le même principe, les capitaux du |>ays se distribueront dans les provinces diverses, même les plus éloignées, selon les avantages que chaque situation offrira pour en faire emploi ou dans les fabriques ou dans l’agriculture.
développement. Les capitaux engagés dans les fabriques doivent se reverser sur la terre dés que les ouvrages faits sont peu demandes et «pie la nourriture devient rhère. (.Vole des traducteurs.)
UVI1E III . — CHAPITRE X.
l'n pays dans lequel l’agriculture, les manufactures, les affaires de commerce, et toutes les différentes parties d’un territoire étendu, agissent et réagissent les unes sur les autres, chacune à son tour, pourrait évidemment aller en augmentant constamment sa richesse et sa force, fut-elle même entourée de la muraille d'airain de l’évêque Berkeley *. Une telle nation ferait naturellement les plus grands profils par son commerce extérieur, en quelque état qu’il pût être; et l’accroissement ou le déclin de ce commerce ajouterait ou retrancherait un puissant stimulant à son activité productive, mais l’accroissement de ses produits serait en grande partie indépendant de l’étranger. Il pourrait être retardé par la suppression du commerce, extérieur , mais non arrêté ou contraint de rétrograder.
Un quatrième avantage résultant de l’union de l’agriculture et des fabriques, surtout quand ces deux industries se balancent presque mutuellement, est que le capital et la population d’un tel pays ne peuvent jamais être forcés à faire un mouvement rétrograde par le seul effet du progrès naturel des autres pays et leur tendance continuelle h l’amélioration.
D’après tous les principes généraux, il doit finalement convenir à la plupart des nations riches en terres de fabriquer pour leur propre usage, et de faire elles-mêmes leur commerce. Que des cotons bruts soient embarqués en Amérique, pour être transportés à quelques milliers de milles de là; débarqués dans le pays où ils ont été transportés pour y être manufacturés; puis embarqués ne nouveau pour le marché américain , c’est un état de choses qui de peut pas être permanent. Qu’un tel état puisse durer quelque temps, c’est ce dont personne ne peut douter, et je suis fort loin de vouloir insinuer qu’il ne faille pas profiter d’un avantage, simplement parce qu’il ne doit pas durer toujours. Mais si cet avantage est de sa nature précaire, il est prudent d’y songer, et d’en faire son profit de manière que quand il viendra à cesser, il n’arrive pas qu’en somme il ait produit plus de mal que de bien.
Si, en conséquence de quelques avantages passagers de ce genre, un pays donnait à son commerce et à ses manufactures une telle prépondérance, qu'une partie considérable de ses habitants fût obligée d’avoir recours au blé étranger pour sa nourriture , on peut être assuré qu’après un certain temps, le progrès des nations étrangères dans les manufactures et dans le commerce amènerait pour ce pavs-là une période
1 Derkelev , évéque île Clovne eu Irlande, auteur du Trailt de la vit ion et des Dialuyuet dllytas el de Philonoût. (Noie des traducteurs )