‹ Essai sur le principe de populationChapitre 243 sur 368 · CONTRAINTE MORALE. INFLUENCE DE CETTE VERTU · texte numérisé non relu

CONTRAINTE MORALE. INFLUENCE DE CETTE VERTU

serve l'impulsion de la nature, en se mariant dès I’âge de la puberté, suffirait pour jeter la société dans un état de détresse dont aucune autre vertu ne pourrait la faire sortir, pour la livrer en proie à la misère, à la contagion et à la famine.

CHAPITRE 11. — DE l.'lSn.DESCE QUE la contrainte morale aurait sur la société.

Bien des gens ne veulent pas avouer que la population tende à croître plus rapidement que les moyens de subsistance, parce qu’il leur semble impossible que la Divinité ait établi des lois par lesquelles elle appelle à l’existence des êtres dont, par ces mêmes lois, l’existence ne peut se soutenir. Si nous réfléchissons que ces lois, indépendamment de l’activité et de la direction utile qu’elles impriment à notre industrie, nous indiquent, par des maux accidentels, quel est l’obstacle le plus convenable b opposer à une population excédante ; et si, en nous soumettant à cet ordre tracé par la raison et la nature , confirmé même et sanctionné parla révélation, nous pouvons éviter ces maux, il me semble que l’objection est détruite, et que la bonté divine est justifiée.

Les moralistes païens ont toujours envisagé la vertu comme l’unique moyen d’obtenir le bonheur dont l’homme peut jouir ici-bas. El parmi les vertus, ils mettaient au premier rang la prudence; quelques-uns même y rapportaient toutes les autres. La religion chrétienne place notre félicité présente et future dans l’exercice des vertus qui peuvent préparer à de plus sublimes jouissances, et exige en conséquence avec plus de rigueur que nous soumettions nos passions h l’empire de la raison, ce qui est la première maxime de la prudence.

Si, par forme d’exemple, nous faisions ici le tableau d’une société dont chaque membre s’efforcerait de parvenir au bonheur, en remplissant exactement les devoirs que les philosophes anciens les plus judicieux ont envisagés comme dictés par les lois naturelles et que la morale chrétienne a sanctionnés, l’aspect qu’offrirait une telle société serait sans doute bien différent de celui que nous présente celle dont nous sommes membres. Toute action sollicitée par le désir de quelque avantage immédiat, mais qui entraîne après elle une plus grande mesure de peine, serait considérée comme la violation d’un devoir. En conséquence, un homme qui gagne de quoi nourrir deux enfants seulement, ne consentirait jamais h se mettre dans une situation où il pourrait être forcé d’en nourrir quatre ou cinq, quelles que fussent à cet égard les suggestions d’une passion aveugle. Cette prudente retenue, si elle était

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