‹ Essai sur le principe de populationChapitre 242 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE L · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE L

sulter ici de quelque autre loi générale. Pour que l’objet de la loi put être rempli sans qu'aucun mal pût en résulter, il faudrait que la loi d’accroissement fût sujette k de perpétuels changements, et qu’elle se prêtât à toutes les variations des circonstances qui ont lieu en différents pays. Il est bien plus conforme à l’analogie fondée sur les autres parties de la nature, il parait aussi plus utile pour nous et plus convenable pour notre perfectionnement, que la loi soit uniforme, et que les maux qu’elle entraîne, par l’effet de quelques circonstances, soient abandonnés à la prudence humaine , alin qu'elle travaille h les écarter ou à les adoucir. Le devoir à cet égard dépend de la situation. Ainsi l'homme apprend à être vigilant sur lui-méme et h prévoir les suites de ses actions. Ses facultés se déploient et se perfectionnent par l’exercice, bien plus sans doute que si la loi, se pliant â toutes les circonstances, l’exemptait des maux et de l’attention nécessaire pour les éviter.

Si les passions étaient trop aisément subjuguées, ou si, par la facilité de les satisfaire d’une manière illicite, il devenait indifférent aux hommes de vivre dans le célibat, les fins de la nature, qui tendent à peupler la terre, seraient probablement frustrées. Il est de la plus haute importance sans doute pour le bonheur du genre humain de ne pas croître d’une manière trop rapide, mais d’un autre côté, pour que le but soit atteint, il parait que le désir du mariage doit subsister au point où il est. C’est le devoir de tout individu de l’espèce humaine, de ne songer au mariage que lorsqu'il a de quoi suffire aux besoins de sa progéniture ; et cependant, il faut que le désir du mariage conserve toute sa force, qu’il entretienne l’activité et qu’il engage le célibataire à acquérir par son travail le degré d'aisance qui lui manque.

Ainsi , c’est à diriger et à régler le principe de population que nous devons nous appliquer, et non à C affaiblir ou à f altérer. Et si la contrainte morale est le seul moyen légitime d’éviter les maux qu’il entraîne, nous ne serons pas moins tenus à la pratique de cette vertu que nous ne le sommes h celle de toutes les autres, dont Futilité générale nous prescrit l'observation.

Quoiqu’on doive sans doute de l’indulgence aux fautes , lorsque le devoir est d’une observation difficile, le devoir n’en doit pas moins être exactement reconnu. L’obligation de s’abstenir du mariage, tant que l’on n’a pas la perspective de pouvoir suffire â l’entretien d’une famille, est nn objet digne de toute l'attention du moraliste. C'est ce qui paraîtra sans doute indubitable, s’il est une fois prouvé que la pratique de cette vertu est un des moyens les plus efficaces de prévenir le malheur, et que la violation de ce devoir, ou la permission de suivre sans ré-

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