CONTRAINTE MORALE. INFLUENCE DE CETTE VERTU
que les individus des deux sexes passassent dans le célibat un assez grand nombre d’années, avant de songer k s’établir. Si cet usage devenait général, il y aurait place pour plus de mariages dans la suite : en
sorte qu'à tout prendre, on verrait moins de personnes forcées d’y renoncer pendant toute leur vie. Si la coutume de se marier tard pouvait enfin prévaloir, et si la violation des lois de la chasteté était envisagée comme également déshonorante pour les deux sexes, il pourrait se former enlr’cux sans danger des relations d'amitié plus intimes. Un ami et une amie, quoique jeunes, pourraient s’entretenir familièrement dans le sein de la conliauce, sans qu’on en conclût aussitôt ou des vues matrimoniales ou quelque intrigue. Ainsi, de part et d'autre, on étudierait mieux ses penchants, et on aurait plus d'occasions de former des attachements durables, sans lesquels le mariage a moins de douceur que d’amertume. Les premières années de la vie ne seraient pas étrangères h l’amour, k un amour chaste et pur, qui , loin de s’éteindre par la satiété, se soutiendrait avec constance pour briller avec plus d’éclat et ne finir qu'avec la vie. Le mariage ne serait pas envisagé comme un moyen de suivre avec plus de liberté ses goûts par une mutuelle tolérance; il paraîtrait la récompense du travail et de la vertu , le prix d’un attachement constant et sincère'.
I,a passion de l'amour tend k former le caractère, et porte souvent aux actions nobles et généreuses; mais ces heureux effets n’ont jamais lieu que lorsque cette passion se concentre sur un seul objet, et d’ordinaire que lorsqu'elle rencontre des obstacles'. Jamais peut-être le cœur
1 Le Dr Currie, dans ses intéressantes observations sur le caractère et la condition des paysans écossais, placées en tète de la vie de Burns, fait ime remarque qui italique beaucoup de connaissance du cœur humain. « En appréciant le bonheur et la vertu d'une communauté, dit-il, il n'y a peut-être aucun indice isolé auquel on doive donner autant de confiance, qu'aux relations des deux sexes. Lorsqu'on y observe un attachement plein d'ardeur joint à beaucoup de pureté dans les mœurs, le caractère et l'influeuce des femmes s'élèvent, la faible nature humaine touche au plus haut degré de perfection auquel elle puisse atteindre. De cette seule affection découle une source de félicité, qui, se répandant en une multitude de canaux, orne et enrichit le champ de la vie. Là où l'attachement entre les sexes dégénère en un aveugle appétit, la race humaine tombe dans un étal misérable, et se rapproche de la bêle qui péril. » Vol. I, p. 18. (Note de l'auteur .)
’ Le Dr Currie dit que les paysans écossais développent dans leurs amours un esprit aventurier, digne de l'ancienne chevalerie. { Duras Works , vol. I , p. 16.) L'espèce de passion romanesque que cet auteur nous peint comme étant commune chez le peuple écossais, fomentée dans les classes supérieures par des sentiments élevés, qui sont le fruit d'une éducation libérale, a eu sans doute, sur le caractère national, la plus heureuse influence. (JVole de l'auteur.)