MOYEN D'AMÉLIORER LE SORT DU PAUVRE
faudrait donc renoncer à suivre une telle route, pour ne pas mettre une tortue à la poursuite d’un lièvre en pleine course. Sûrs désormais que les lois de la nature s’opposent à notre entreprise, et que jamais nous ne pourrons réussir à élever les vivres au niveau de la population, nous tenterions sans doute la méthode inverse, et nous tâcherions d’abaisser la population au niveau des subsistances. Si nous pouvions distraire ou endormir le lièvre qui court, nul doute que la tortue ne pût enfin le devancer.
Ce n'est pas néanmoins que nous devions diminuer d’activité pour accroître la quantité des subsistances; mais il faut y joindre un effort constant pour maintenir la population un peu au-dessous du niveau.
Ainsi nous obtiendrons à la fois les deux fins qu'on doit se proposer : une grande population et un état de société d’où la pauvreté sordide et la dépendance servile soient bannies, autant que la nature des choses peut le permettre : deux Uns qui n'ont rien de contradictoire.
Si c’est bien sincèrement que nous cherchons à améliorer d’une manière permanente le sort des pauvres, ce que nous avons de mieux â faire est de leur exposer au vrai la situation dans laquelle ils se trouvent, de leur faire comprendre que le seul moyen de hausser réellement le prix du travail est de diminuer le nombre des ouvriers, et que comme c’est eux qui les fournissent au marché, c’est eux seuls aussi qui peuvent en prévenir la multiplication. Ce moyen de diminuer la pauvreté me semble si clair en théorie, si bien confirmé par l’analogie de ce cas avec ceux où il s'agit de toute autre marchandise, que rien ne peut nous justifier de ne pas le mettre en œuvre, à moins qu’on ne vint à prouver que ce moyen entraîne des maux plus graves que ceux qu’il pourrait prévénir.