‹ Essai sur le principe de populationChapitre 301 sur 368 · LIVRE IV. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE XII

aussi considérable qu’on la voit en Angleterre, habituellement dépendante des fonds publics, les caisses d’épargne ne peuvent pas être considérées comme des établissements substitués à la taxe des pauvres. Le problème énoncé ci-dessus : Comment entretenir ceux qui sont dans le besoin, de manière à ne pas augmenter continuellement le rapport de leur nombre à toute la population ? Ce problème reste encore à résoudre. Si toutefois on adoptait un plan propre à opérer l'abolition ou la réduction graduelle de la taxe des pauvres et à en limiter le produit, les caisses d'épargne concourraient essentiellement à la seconder; et réciproquement elles en recevraient une impulsion très active.

Dans l’état actuel des choses, elles ont eu à lutter contre des circonstances très défavorables, puisqu'elles ont paru au moment d'une détresse générale et de l'assistance paroissiale la plus étendue. Le succès qu'elles ont obtenu, malgré de tels désavantages, semble montrer assez clairement que, dans un temps de prospérité et de forts salaires, et avec la perspective d’une diminution d'assistances paroissiales, elles auraient dû se multiplier et se répandre de manière à avoir beaucoup d’influence sur les habitudes nationales ’.

Dans le but d’encourager ces établissements dès le moment actuel, il a été passé un acte parlementaire qui autorise h recevoir l'assistance de la paroisse ceux même qui ont des fonds dans les caisses d’épargne, jusqu’il une somme définie et d’après l'avis d’un juge de paix. C’est probablement une mesure suggérée par une politique bornée dans ses vues. C’est sacrifier le principe sur lequel reposent les caisses d'épargne à un avantage présent de peu de valeur. Notre but est d'accoutumer les ouvriers à compter uuiquement sur leurs moyens et leurs efforts pour améliorer leur condition, et nous récompensons leur épargne en les maintenant dans la dépendance de celte espèce d’assistance à laquelle nous avons à coeur de les soustraire. Les progrès des caisses d'épargne, sous l’influence d’un tel règlement, ne peuvent être qu’un symptôme équivoque et fort incertain du bien quelles produisent; tandis que, sans le règlement, chaque pas fait par ces établissements, chaque somme qui y est déposée, attesterait le désir croissant de sortir de la dépendance des assistances paroissiales. Et d’un côté la grande étendue qu’ont prise les sociétés amicales, de l’autre le succès des caisses d’épargne en si peu

1 Les prévisions (le Mallhns se sont accomplies en Angleterre el en France, et partout où cette heureuse institution a pénétré. En ce moment même les économies sont telles que leur emploi devient un grave problème de finances. Voir , entre autres écrits, l'article de M. L. Leclerc, Aon. de l eçon, polit. 1843. (Jp/i. G.)

EXAMEN DE DIVERS PLANS

de temps, font assez voir que, dans des circonstances favorables , ces institutions auraient pris un grand essor, sans recourir à une mesure dont l’eflet est évidemment de sacrifier la lin aux moyens de l’obtenir.

Quant aux plans qu’on a mis en avant pour réduire ou limiter la taxe des pauvres, ils sont certainement de nature à attaquer le mal dans sa racine; mais ils seraient manifestement injustes, si l’on ne rétractait pas formellement le prétendu droit des pauvres1 à recevoir leur entretien; et pendant plusieurs années encore ils seraient, dans leurs opérations, beaucoup plus durs que le plan d'abolition que j’ai hasardé de proposer dans un précédent chapitre. Si toutefois on pense que l’Angleterre ne peut être entièrement affranchie d’un système mêlé dès longtemps et si intimement à tout l'établissement politique; une limite assignée au produit de la taxe des pauvres, ou plutôt au rapport de ce produit à toute la richesse et la population du pays (ce qui serait plus juste et plus raisonnable), accompagnée d’une notice franche et développée de la nature d’un tel changement, pourrait procurer des avantages essentiels, et avoir beaucoup d’influence sur l'amélioration des habitudes des pauvres et sur l’accroissement de leur bonheur.

CHAPITRE XIII. — Dr. la nlcessitC de poses des principes clnér.ux scr l’objet dont

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