ESPÉRANCES RAISONNABLES D'AMÉLIORATION. STT
nente de la pauvreté a peu ou point de rapport avec la forme du gouvernement, ou avec l'inégale division des biens ; — il n'est pas en la puissance des riches de fournir aux pauvres de l' occupation et du pain ; — et en conséquence les pauvres, par la nati re même des choses , n'ont nul droit à leur en demander : telles sont les importantes vérités qui découlent du principe de population. Et ce priucipe, s’il était clairement exposé, ne passerait pas la portée des plus faibles intelligences. Or, il est évident que, dans les classes inférieures de la société, tout homme qui serait une fois bien convaincu de ces vérités se montrerait disposé à supporter avec patience la situation pénible à laquelle il pourrait se trouver réduit. 11 éprouverait moins de mécontentement et d'irritation contre le gouvernement et contre les classes supérieures , à l'occasion de sa pauvreté. On ne le verrait pas, en toute occasion, disposé à l’insubordination et h la turbulence. S'il recevait quelque assistance, soit d'un établissement public, soit de la eharité des particuliers, il en aurait plus de reconnaissance et en apprécierait mieux la valeur.
Si ces vérités se propageaient, ce qui, avec le temps, ne parait pas improbable, les classes inférieures du peuple, prises en masse, deviendraient plus paisibles et plus amies de l'ordre ; elles seraient moins prêtes à exciter des tumultes dans les temps de disette; en tout temps elles seraient moins faciles à agiter par des libelles séditieux et incendiaires, car elles sauraient combien peu le prix du travail et les moyens de soutenir une famille dépendentd’une révolution. La simple connaissance de ces vérités, à supposer même qu’elles n’eussent pas assez d'influence pour produire parmi les pauvres un changement marqué dans les habitudes de prudence relativement au mariage, aurait encore quelques suites avantageuses sous un point de vue politique. L’une des plus heureuses sans doute serait le pouvoir qu’auraient les classes moyennes et supérieures d’améliorer par degrés le gouvernement *, sans avoir à redouter ces excès révolutionnaires dont la crainte menace en ce moment l’Europe de se voir privée même de ce degré de liberté, que l’expérience lui a démontré possible , et dont elle a longtemps éprouvé les salutaires effets.
* Je ne puis croire qu'en écartant les injustes sujets de plainte contre les autorités constituées, on rende le peuple indifférent aux avantages qu'il a droit d'obtenir. Les bienfaits de la liberté sont assez grands pour n'avoir pas besoin d'élre embellis par de fausses couleurs. Je serais affligé de penser que ce n'est que par des promesses illusoires qu'on peut engager le peuple à maintenir ses droits, car c’est le moyen de rendre le remède beaucoup plus insupportable que les maux a la guérison desquels on prétend l'appliquer. (Note de l'auteur.)
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jj7s LIVRE IV. — CHAPITRE XIV.
En jetant les yeux sur l’état de la société dans des périodes anterieures k celles où nous vivons, je puis dire avec assurance qua le* maux résultant du principe de population ont plutôt diminué qu augmenté, quoiqu'on en ignorât la cause. Si donc nous nous livrons à l’espérance de voir cette ignorance dissipée , il n’est pas déraisonnable de s'attendre à voir aussi ces maux diminuer de plus en plus. L accroissement de population qu’occasionnerait cette amélioration de l’état social n’aurait pas beaucoup d’inlluence pour en retarder le progrès, car c’est le rapport entre la population et les subsistances qui a une telle inlluence , et nullement le nombre absolu des individus de l'espèce humaine. Nous avons eu occasion de faire remarquer , dans la première partie de cet ouvrage , que ce sont souvent les pays les moins peuplés <* qui leur population est le plus à charge, ou qui souffrent le plus du principe de population. Il est extrêmement probable que, dans le cours du siècle dernier, l’Europe a éprouvé moins de famines et moins de maladies produites par la misère et le besoin , qu’elle n’en avait éprouvées dans les siècles qui ont précédé.
En tout, si la perspective que nous offre l'avenir, à l’égard des maux produits par le principe de population, n’est pas aussi brillant que nous pourrions le désirer, il s’en faut pourtant beaucoup qu’elle soit lout-àtfait triste et décourageante , et je ne pense pas qu’elle nous interdise l’espérance de quelques améliorations lentes et graduelles; espérance raisonnable, et qui a paru telle jusqu’il l’époque récente où de vaines exagérations l’ont présentée sous un autre aspect. C’est aux lois qui établissent la propriété et qui règlent tout ce qui a rapport ait mariage, c’est au principe de l’amour de soi, si étroit en apparence, que sont dus tous les efforts par lesquels chacun cherche à améliorer son sort, tous les nobles travaux de l’esprit humain, tout ce qui distingue la civilisation de Télat sauvage. Une analyse exacte du principe de (lopulalion nous conduit à cette conclusion , que jamais nous ne pourrons nous passer de ces échelons par lesquels nous sommes parvenus à un point aussi élevé; mais elle ne prouve point que ces mêmes moyens ne puissent nous porter encore plus haut. Il est bien probable que la structure générale de l'édifice social ne sera pas changée. Nous avons tout lieu de croire qu'on y verra toujours une classe de propriétaires et une classe d ouvriers. Mais le Bort de chacune d’elles, et les rapports de l’une h I autre, peuvent être modifiés de manière à augmenter beaucoup l’harmonie et la beauté du tout. Ce serait sans doute une triste perspective, tandis que chaque jour la physique recule les bornes de son domaine , de confiner la philosophie morale et politique dans un étroit horizon, ou de ne don-