U1 LIVRE I. — CHAPITRE XIV
(ion, jusqu'au moment où l’Italie fut entièrement subjuguée ’.Tile-Live témoigne sa surprise de ce que les Eqtics et les Yolsques , si souvent vaincus, se trouvaient toujours en état de tenir la campagne avec de nouvelles armées*. Ces merveilles s’expliquent en supposant , comme il est probable, que les pertes constantes occasionnées par la guerre avaient fait naître l’habitude de n’assujélir presque le principe de population à aucune gène; et qu’en conséquence le nombre des jeunes gens qui arrivaient it l’âge de porter les armes était beaucoup plus grand, par rapporta la population totale, qu’il ne l’est dans des États moins belliqueux. Cette rapide succession de jeunes gens fut, sans contredit.ce qui mit ces peuples en état de faire, ainsi que les Germains, succéder de nouvelles armées à leurs armées détruites, sans paraître jamais s’épuiser.
Il y a pourtant lieu de croire que dans les premiers temps, la pratique de l’infanticide fut établie en Italie comme en Grèce. Une loi de Iiomulus défendait d’exposer les enfants avant l’âge de trois ans accomplis*; ce qui prouve qu'auparavant on les exposait souvent dès la naissance. Mais on n’eut dès lors recours à cette pratique, que lorsque les perles occasionnées par la guerre n’étaient pas sullisanles pour faire place à la génération nouvelle. Ainsi, quoiqu’elle puisse être considérée comme l'un des obstacles destructifs qui empêchaient la population de recevoir son plein accroissement, on peut dire que, dans l’état des choses existant alors, elle contribua plus à la favoriser qu'a l’arrêter dans son progrès.
Chez les Romains, en particulier, qui, dès le commencement de la république, eurent a soutenir des guerres continuelles et sanglantes, cette espèce d'obstacle destructif dut agir avec une force prodigieuse. Mais cette cause, quelqu’active qu’on la suppose, n’aurait jamais produit, sans le concours de quelques autres causes plus actives encore, ce besoin d’hommes qui se lit sentir sous les empereurs , et qui engagea Auguste et Trajan à faire diverses lois pour encourager le mariage et les familles nombreuses.
Lorsque l’égalité de propriété, établie primitivement sur le territoire romain , eut été insensiblement détruite , et que les terres eurent été réparties à un petit nombre de grands propriétaires, les citoyens, privés par ce changement de leurs moyens de subsistance, n’eurent d’autre ressource à leur portée, pour s'empêcher de mourir de faim, que de vendre aux riches leur travail, comme cela se voit dans les États nio-
1 Diuerlatiun , p. 52, in-8», Edinburgh, 1703. — M.iv. VI, ch. XII.
1 Denys d'Ilarlicariiassr, liv. Il, ts.
dernes. Mais cette ressource leur fut enlevée par un nombre prodigieux d'esclaves, qui, croissant avec le luxe, subirent à tous les emplois de l’agriculture et des arts. Dans de telles circonstances, loin de s’étonner que les citoyens libres devinssent moins nombreux, on a peine à comprendre qu’il en restât encore quelques-uns outre les propriétaires. Et véritablement, plusieurs n’existaient qu’a la faveur d’une coutume étrange, que lit naître la situation forcée de cette société politique; je parle de l’usage de distribuer aux pauvres citoyens de grandes provisions de blé en pur don. Sous Auguste, deux cent mille eurent part h ces largesses. 11 est extrêmement probable qu’un très grand nombre d’entr’eux avaient peu d’autres ressources. Un croit qu’on faisait ces distributions a tous ceux qui avaient atteint l’âge d’homme; mais il n’y en avait pas assez pour une famille, et il y eu avait trop pour un individu1 . Cela ne sullisait donc pas pour mettre les pauvres citoyens en état de se multiplier. D’après la manière dont Plutarque parle de l'usage d’exposer les enfants, tel qu’il était établi parmi les pauvres’, il y a lieu de croire qu’on en faisait périr plusieurs, malgré les faveurs accordées aux pères de trois enfants’. Le passage où Tacite, eu parlant des Germains, fait allusion à cette coutume romaine, parait autoriser la même conclusion*. Et véritablement que pouvait-on attendre d’une telle loi, chez un peuple privé de toute autre ressource que de celles de la charité; composé d’individus incapables de pourvoir à leurs propres besoins, et bien plus encore d’entretenir une femme et deux ou trois enfauts? Si l’on eût envoyé hors du pays la moitié des esclaves, et qu’en conséquence le peuple romain eût pu s'appliquer aux arts et à l’agriculture, le nombre des citoyens se serait accru rapidement; et cet encouragement eût été plus efficace que tous ceux que pouvaient offrir les lois.
Il se peut que les droits accordés aux pères de trois enfants’, et
1 Hume, Estai XI , p. 488. — ' Plut., br l'amour des parents pour leurs enfants. s Jus triurn I iberorum .
4 De moribus Germanorum,i9. On voit à quel point les lois faites pour encourager le mariage et le nombre d'enfants étaient méprisées, par un discours de Minutius Félix dans son dialogue d’Octavc , ch. 30. Vos enim video procrcatos , libéras nunc f cris et (tribus exponere, nunc adslrangulalos misero morlis generc clidcre ; sunt quœ in ipsis visceribus,medicaminibus epotis,originem fuluri hominis exlinguanl , H parricidium faciani antequam pariant Ce crime était si commun à Ilome, que Pline même entreprend de le justifier • Quoninm aiiquarum fecundilas plcna fiberis lali renia indiget. Mb. XXIX, ch. IV*. ( Sole de Vau leur.)
* Jus Irium liberorum.
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