‹ Essai sur le principe de populationChapitre 87 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

du même droit, et il n’y avait aucune limite de temps prescrite à cet égard ; en sorte que l’acheteur ne pouvait jamais se regarder comme étant à l’abri de toute réclamation. Ensuite on fixa l’espace de vingt ans pour les faire valoir. En 1771, ce temps fut réduit à dix années, et les collatéraux furent privés de tout droit de rachat; mais il faut que cet espace de temps s’écoule sans interruption ; car si , dans le cours des dix années, un parent en droit de rachat fait signifier à l’acheteur qu’il ne renonce pas h ce droit, quoiqu’il ne puisse le faire valoir encore, il faut six ans de plus de possession pour mettre l’acheteur h l’abri de toute demande ultérieure. A quoi il faut ajouter que, dans la ligne directe, un aîné peut réclamer le fonds que son cadet a racheté. Ces lois , quoique amendées , sont un grand obstacle h l’amélioration des terres; et avant d’avoir été modifiées, lorsque le rachat pouvait avoir lieu en tout temps et qu'il se faisait néanmoins beaucoup de ventes de fonds, de telles lois rendaient toute amélioration impossible. Cela suffit pour expliquer comment, pendant une suite de siècles, la population a fait en Norwège de si lents progrès.

Une autre difficulté arrête le défrichement et la culture. C’est la crainte qu’ont les marchands de bois de voir détruire les forêts. Quand une ferme a été divisée entre les enfants et les petits-enfants, comme chacun d’eux a un droit égal aux forêts, chacun aussi tâche d’en abattre autant qu’il peut; les bois en conséquence sont coupés avant d’être propres à la construction, et les forêts se dégradent. Pour prévenir cette perte, les marchands de bois achètent des fermiers de vastes étendues de forêts, sous condition que leurs fermes ne seront pas divisées et qu’ils n’y établiront pas de nouveaux inaisonniers; ou du moins, que si leurs familles se divisent, elles n’auront aucun droit sur les forêts. On dit que les marchands qui font ces marchés, 11e sont pas très rigoureux dans l'exécution , pourvu que les petits fermiers et inaisonniers ne prennent pas le lx>is pour la construction de leurs maisons. Du reste, les fermiers qui vendent de grandes portions de forêts sont obligés par la loi de se réserver le droit d’y faire pâturer leurs bestiaux , et d’y couper le bois de construction nécessaire pour leur propre maison, pour les réparations à y faire, et pour leur chauffage.

Une pièce de terre qui entoure l’habitation d’un maisonnier ne peut être enclose pour la culture, sans une double permission; premièrement, celle du propriétaire des forêts, portant déclaration que ce lieu n’est pas propre à la production des bois de construction; secondement, celle du magistrat du lieu , sans doute pour constater et vérifier le consentement du propriétaire.

OUSTACLES A LA ÎOPULATION EN NORWÊGE. «g

Indépendamment de ces obstacles qu’on peut nommer artificiels, la nature en présente d’insurmontables, qui ne permettent point d’espérer que jamais la culture et la population soient en ce pays-là proportionnées à son étendue. Quoique les Norvégiens ne soient pas un peuple nomade, ils sont encore à un certain point un peuple pasteur : ils dépendent beaucoup du bétail pour leur subsistance. Les terrains élevés, au pied des montagnes, ne peuvent produire de grains; le seul usage auquel on puisse les employer est d’v mettre les bêtes en pâture pendant trois ou quatre mois d’été. En conséquence, les fermiers y envoient tous leurs troupeaux à cette époque de l’année, sous la garde de quelques individus de leur famille; c’est là qu’ils font leur beurre et leur fromage, soit pour la vente, soit pour leur propre consommation. La grande diOiculté est pour eux de nourrir leur bétail pendant la longue durée de l’hiver; pour cela, il faut absolument qu’ils destinent une partie considérable de leurs meilleures terres à être fauchées et à leur donner du foin. S’ils mettaient trop de terre en labour, il faudrait diminuer proportionnellement le nombre des bestiaux, ce qui rendrait absolument inutile une grande partie des terrains élevés. C-’est une question de savoir si, en ce cas, le pays, tout compensé, pourrait nourrir une plus grande population.

Cependant, malgré ces obstacles, la Norv ège est susceptible de beaucoup d’améliorations, et il y a eu à cet égard un grand progrès dans le cours de ces dernières années. J’ai ouï dire à un professeur de Copenhague que ce qui avait retardé en Norvège l’agriculture, c’est qu’il n’y avait pas de fermier d’un état supérieur à celui des paysans, qui put donner l’exemple des procédés d’amélioration et rompre l’aveugle routine qui s’était transmise d’âge en âge parmi les cultivateurs. Ce que j’ai vu eu Norvège me fait croire que cette cause de retard doit désormais avoir moins d’influence : plusieurs négociants très intelligents, et des officiers généraux fort instruits, s’occupent de diriger leurs fermes. Autour de Christiania, le système d’agriculture s’est visiblement perfectionné; et même, aux environs de Drontheim, on a introduit l’usage des prairies artificielles, qui sont un objet fort important dans un pays où il faut tant de provisions d’hiver pour le bétail. La culture des pommes de terre a réussi presque partout; l’usage de cette racine devient de jour en jour plus général, quoique, dans les parties les plus écartées, le peuple ail encore quelque répugnance pour cet aliment.

La pratique de diviser les fermes a été moins rare dans ces derniers temps que dans ceux «qui ont précédé ; et comme il n’y a peut-être pas assez de débouchés en Norwège pour encourager la culture complète de

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