LIVRE II. — CHAPITRE I
fermes fort étendues, la division de ces fermes a dû contribuer à l'amélioration générale des terres. Ceux qui sont juges en ces matières conviennent qu’en tout, l'agriculture fait en Norvège des progrès depuis quelque temps. Les registres prouvent aussi que la population a suivi la même marche, mais d’un pas accéléré : pour une moyenne de dix ans, de 1771 à 1781, le rapport des naissances aux morts a été de Hl à 100'. Mais cet accroissement parait avoir été un peu trop rapide; car l’année suivante , 1783, fut une année de disette et de maladies, dans laquelle les inofts l’emportèrent de beaucoup sur les naissances. Pendant quatre années encore, surtout en 1789, le surplus des naissances ne fut pas considérable; mais pendant cinq autres années, de 1789 à 1794, le rapport des naissances aux morts fut presque de 150 à 100’.
Plusieurs personnes, bien instruites et d’un solide jugement, expriment leurs craintes à ce sujet, ainsi que sur les nouveaux règlements relatifs aux enrôlements, et en général sur le système que parait embrasser la cour de Danemarck, d’encourager à tout hasard la population. Depuis 1 783, la Norvège n’a point eu de très mauvaise année. On craint que , s’il en survenait une , la détresse ne fût extrême , par suite d’une multiplicalion si rapide.
La Norvège est, je crois, le seul pays en Europe, où le voyageur entende exprimer la crainte d’un excès de population , et où l’on comprenne le danger auquel un tel excès expose les classes inférieures du peuple. Cela vient manifestement de ce que, dans ce pays, la population est très petite, et qu’en conséquence, un sujet qui s’y rapporte n’échappe pas à l’attention par son étendue. Si nous pouvions la fixer sur une seule paroisse, d’où il n’y eût aucune possibilité d'émigrer, l'observateur le moins exercé verrait bientôt que, si tous les individus s’y mariaient à vingt ans, les fermiers ne sulliraicnt pas, avec toutes les améliorations concevables, à occuper et à nourrir tous ceux qui atteindraient l’âge d’homme; mais lorsqu’on considère une multitude de paroisses, réunies en un seul royaume grand et populeux , l’étendue du sujet et la faculté de changer de lieu jettent sur tous les raisonnements de la con-
1 Thaarnp, slalislik der Duenitchrn monarchie, vol. II, p. 4.
* Ibid., Table I, p. 4. Dans le Tableau statistique dri filais Danois, publié depuis, on voit que le nombre total des naissances, pendant les cinq années qui ont suivi 1794, a été 158,799, celui des morts, 94,530, et celui des mariages, 54,513. Ces nombres donnent le rapport des naissances aux morts de 146 à 100, des naissances aux mariages de 4 à 1, et des morts aux mariages de 275 à 100. Le rapport moyen de naissances annuelles est l/33, et celui des morts annuelles 1/49 de toute la population. ( Noie de l'auteur.)
OBSTACLES A LA POPULATION EN SUÈDE. (fit
fusion et de l'obscurité. Une vérité tout-h-fait évidente est aisément méconnue en ce cas; et par une singulière inconséquence, on attribue à la totalité d’un pays la faculté de nourrir un nombre d'hommes beaucoup plus grand que la somme de ceux que peuvent nourrir toutes les parties dont ce pays est composé'.
CIIAPITUK 11. — DES OBSTACLES A LA POPULATION EN SUÈDE
La situation de la Suède est, sous plusieurs rapports, semblable à celle de la Norwège. Comme dans ce dernier pays, une partie considérable de la population y est occupée des travaux de l’agriculture: et dans plusieurs endroits, les ouvriers mariés, qui travaillent pour les fermiers, y ont, comme les maisonniers de Nonvège, une certaine portion de terre pour leur entretien , tandis que les jeunes gens non mariés des deux sexes vivent avec les fermiers , dans le sein de leur famille, en qualité de domestiques. Cependant cet ordre de choses n’est point établi en Suède d'une manière aussi complète et aussi générale qu’en Norwège. Par cette raison , jointe à l’étendue et à la population supérieure du pays, à la grandeur des villes, à la variété des occupations utiles, l’obstacle privatif n’y a pas agi avec la même force pour contenir la population; par conséquent aussi, l’obstacle destructif y a
' L'Islande , par la faiblesse de sa population et par les limites qui lui sont assignées, pourrait offrir une application intéressante des principes. Je n’ai sur ce sujet qu'une courte note que me fournit mon ami M. de lions letton. Quoiqu’elle me paraisse insuffisante pour le but que je viens d’indiquer; je lie crois pas devoir négliger de fournir ces données aux arithméticiens politiques.
En 1703 , la population de l’Islande était de 30, MJ habitants. — En 1785, on y comptait 17,848 hommes, et 22,773 femmes, en tout 40,623 individus ; savoir, pour
les fermes :
de t an à to 3990
de 10 à 20 4750
de 20 à 30 • 3630
de 30 à 40 3145
de 10 à 30 2637
de 30 à 60 2441
de 60 à 70 14)4
■le 70 à 80 497
île 80 à 90 69
de 90 à 100 2
d'un Age inconnu 194
Le nombre des fermes cultivées était de 4,440 ; celui des fermes abandonnées 776. — On comptait 17,367 liétesà cornes, 107, 926 moutons, 12, 786cbevaux. (Pierre I’tcvoiI.)