‹ Essai sur le regne de l'empereur DomitienChapitre 17 sur 72 · GUERRES DU DANUBE · texte numérisé non relu

GUERRES DU DANUBE

Sur le Danube, Domitien eut à soutenir de longues guerres avec la plupart des peuples qui habitaient la rive gauche du fleuve. — Les Hermondures, dont le territoire comprenait la partie septentrionale de la Bavière actuelle et la partie méridionale de la Saxe, restèrent cependant les alliés de Rome (1). — Les Marcomans occupaient la Bohême, et les Quades la Moravie (2) ; peu après la chute du roi des Marcomans , Marbode , le Quade Yannius avait été établi comme roi dans ces deux pays par Tibère (3), et pendant trente ans il avait été le protégé de Rome (4). Il fut renversé, en 50, par ses deux neveux, Vangio et Sido, qui se partagèrent son royaume et reconnurent comme lui la suprématie de Rome (5). On ne sait comment se fit ce partage : toujours est-il qu'à une époque postérieure, les Marcomans et les Quades ne cessèrent pas d*âtre étroitement unis, comme le montrera le récit des guerres de Domitien. En 69, Sido et Italicus, sans doute le successeur de Vangio, combattaient dans les rangs des Flaviens contre Tarmée de Vitellius (6). Cependant les Marcomans et les Quades étaient encore puissants, et les guerres du règne de Domitien prouvèrent qu'ils pouvaient devenir pour les Romains de dangereux ennemis.

Dans la grande plaine, située entre le Danube et la Theiss, vivaient en nomades les Jazyges , peuple Sarmate (7) , qui s'y étaient établis par suite d'événements que nous ignorons (8). Leurs habitudes de pillage faisaient d'eux des voisins incommodes. Quand, en 69, les légions du Danube partirent pour aller combattre les Yitelliens en Italie, on appela dans les rangs de l'armée

(1) Tacite, Garmanie, 41.

(2) Germanie, 42.

(3) Il est on effet probable que le royaume de Vannius comprenait la Bobéme et la Moravie : voir Mommsen, RÔm. Getc/iic/ife, V, p. 196, n. 1.

(4) Tacite, Annales, II, 63; XII, 29 et 30.

(5) Tacite, Annales, XII, 30.

(6) Tacite, Hist,, III, 5; III, 21.

(7) Pline, Hist. naL, IV, 80. Tacite {Annales, XII, 29; HisL, III, 5) les appellent les Sarmates Jazyges, « Sarmatae Jazyges. »

(8) On les nommait, pour cette raison, lUTovàarou, « émigrés » (Ptolémée, III, 5, 1; III, 7, 1). — Tacite les indique dans cette région, à la fin du fègne de Claude lAnnsLles, XII, 29).

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les chefs les plus paissants des Sarmaios Jazyges, afin de ne pas laisser à leur merci les frontières dégarnies de troupes. Ils offrirent aussi toute leur cavalerie; mais on les remercia de cette proposition ; « on craignait qu'au milieu de la guerre , ils ne se souvinssent qu'ils étaient étrangers et qu'ils ne se vendissent à Tennemi (1). » — Les Jazyges avaient des relations fréquentes avec les Marcomans : ils avaient autrefois soutenu le roi Vannius (2) ; au quatrième siècle encore, Ammien Marcellin constatait la similitude de mœurs des Jazyges et des Suèves et leur alliance constante (3). C'était surtout la cavalerie qui faisait leur force ; ils entendaient d'ailleurs beaucoup mieux la petite guerre que les batailles rangées (4).

Les Daces occupaient au premier siècle le pays situé entre la Theiss^ les Carpathes, le Sereth, le Danube (5). Ce n'étaient pas des barbares : depuis plusieurs siècles, ils se trouvaient en contact avec les civilisations grecque et romaine (6). Ils étaient belliqueux et leur croyance à l'immortalité de l'âme leur faisait braver tous les dangers (7). Appartenant à la même race que les Thraces et les Mésiens, sujets de Rome (8), ils pouvaient espérer leur appui contre l'empire (9). Bien des fois déjà, depuis un siècle et demi , ils avaient envahi les pays de la rive droite du Danube : c'était surtout quand leurs tribus, en général peu d'accord, obéissaient à un seul souverain , qu'ils devenaient redoutables pour les Romains. Vers le milieu du premier siècle avant Jésus- Christ, Burebîsta, devenu leur chef suprême, avait parcouru en maîtro les bords de la mer Noire, la Thrace, la Macédoine et l'Illyrie; mais il mourut assassiné. César, lorsqu'il fut tué, songeait

(1) Tacite, HisL, III, 5.

(2) Tacite, Annales, XII, 29 et 30.

(3) Ammien Marcellin, XVII, 12, 1.

(4) Tacite, Annales, XII, 30; HisL, III, 5. Cf. Ammien MarceUin. XII, 12, 2 et 3.

(5) Ptolémée, III, 8, 1 et 2. Voir de la Berge, Trajan, p. 29 et 55.

(6) Voir Rossler, Das vorrômische Dacien , dans les Sitzungsberichte der Akademie der Wissenschaften zu Wten , XLV, 1864, p. 337; Mommsen, Histoire de la monnaie romaine (traduction de Blacas), III, p. 289 et suiv.; Jung, Die romanischen Landschaften des rômischen Reiches, p. 320.

(7) Voir de la Berge, Trajan, p. 32.

(8) Strabon, VIII, 3, 2. Voir à ce sujet Mommsen, Rômische Geschichte, V, p. 189.

(9) Les Thraces n'acceptèrent la domination romaine qu'après une longue résistance. Sous Claude encore, ils se soulevèrent (Voir Mommsen, loc. cit., p. 21 et suiv., 191 et suiV.).

204 ESSAI SUR LB RÈGNE OB l'EBCPERBUR DOMTTIEN.

à entreprendre une expédition contre les Daces. Octave eut, avant la bataille d'Âclium, le même dessein : aussi Cotiso, roi de ce peuple, s'allia-t-il à Antoine , nouvelle qui causa à Rome une grande terreur. Il est probable que des troubles intérieurs rendirent ensuite les Daces moins dangereux : Auguste se contenta dès lors de repousser leurs invasions fréquentes. Vers 29 avant Jésus- Christ, Crassus leur fit la guerre avec succès; en 16, ils envahirent de nouveau les territoires de la droite du Danube; en Tan 10 avant Père chrétienne ils ravagèrent la Pannonie, mais furent contraints de battre en retraite. Vers Tan 6 après Jésus-Christ , Lentulus passa le Danube, pénétra sur leur territoire et les vainquit : ce fut sans doute à la suite de cette expédition qu*Âelius Catus établit cinquante mille Daces sur la rive droite du fleuve. Les succès de Lentulus affaiblirent beaucoup ce peuple; en outre, des révoltes avaient détruit la domination fondée par Burebista : son ancien royaume s'était partagé en cinq Etats. Strabon, lorsqu'il écrivit sa Géographie^ put croire que les Daces feraient bientôt leur soumission. Cependant, il y eut peut-être encore une invasion à la fin du règne d'Auguste (1). Sous Tibère, les Daces pillèrent la Mésie (2). Sous Néron , vers 62/63, Ti. Plautius Silvanus Âelianus, imitant Texemple d*Aelius Catus, en déplaça un grand nombre (3). En 69, au moment où, par suite de la guerre civile, la Mésie était sans défense, les Daces entrèrent encore dansTempire; mais ils furent chassés par Mucien, qui marchait alors vers l'Italie pour combattre Vitellius (4). Un traité de paix fut peutêtre alors conclu avec eux (5).

Au nord des bouches du Danube vivaient les Bastarnes (dans les plaines de la Moldavie et de la Bessarabie) (6), de race germanique, mais très mélangés d'éléments scythiques et thraces (7),

(1) Sur tous ces événements , voir Mommsen, Res gesi&e divi Augustin 2* édit., p. 129 et suiv.

(2) Suétone, Tibère, 41.

(3) C. /. L. , XIV, 36(18. n est vrai que l'inscription dit : c Transdanuvianorum. d II peut être question de Bastarnes et de Sarmates aussi bien que de Daces.

(4) Tacite, HiaL, III, 46.

(5) Jordanes, Getica, XIII, 76, p. 76, édition Mommsen : o Domitiano imperatore rognante... foedus quod dudum cum aliis principibus pepigerant Gotbi (=: Daci) solventes... »

(6) Il y avait aussi des Bastarnes établis dans Testuaire môme du Danube (voir Tacite, Germanie, 46; Strabon, VII, 3, 15). Strabon indique même des colonies de Bastarnes au sud du fleuve (VII, 3, 13).

(7) Strabon. VII, 1,1; VII, 3, 2; VII, 3, 17. PUne l'Ancien, HUU iVat.,

QUBRRB8. 205

et, plus à Test, les Sarmates, peuple auquel appartenaient les Jazyges et les Roxolans (sur la côte septentrionale du Pont-Euxin). Excellents cavaliers, ils avaient plus d'une fois envahi le territoire romain (1) et menaçaient sans cesse les villes grecques du Pont-Euxin (2).

Pour empêcher les invasions sur le cours moyen comme sur le cours inférieur du Danube, une surveillance active était nécessaire.

Vespasien avait réorganisé les flottes du Danube (3), reconstruit ou créé les camps de Garnuntum et de Vindobona (Petronell et Vienne), en face de la Moravie, passage ordinaire des invasions (4), retiré à la Dalmatie ses deux légions pour les envoyer plus près de la frontière, en Mésie (5), réorganisé des corps auxiliaires (6). Au commencement de son règne, Domitien disposait d'environ cent mille hommes pour défendre une ligne de cinq cents lieues. — Dans la Rhétie et le Norique, il y avait seulement des troupes auxiliaires (7). En Pannonie, se trouvaient deux légions :

1"* La XIII Gemina, à Vindobona. En 69, elle était encore à Poetovio (8) ; sous Trajan elle fut établie en Dacie (9). Son séjour à Vindobona, prouvé par des briques (10), se place entre ces deux dates.

IV, 81; IV, 100. Tacite, Germanie, 46. — Voir sur eux MûUenhoflf, Deutsche Altertumskunde, II, p. 104 et suiv.

(1) Dion Cassius, XXXVIII, 10; LI, 23 et suiv. Florus,II, 29. Ovide, Pontiques, I, 2, 79; Tristes, II, 191. Suétone, Tibère, 41. C. /. t., XIV, 3608. Tacite, Hist., I, 79. Joséphe, Guerre de Judée, VII, 4, 3.

(2) C. /. L., XIV, 3608. Dion Chrysostome, Discours, 36 (tome I, p. 49, édition Dindorf).

(3) Ces flottes s'appelèrent dés lors classis Fl&via. Pannonica, classis Flavia Moesica, Voir Héron de Villefosse, art. Classis dans le Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio, II, p. 1236.

(4) Pline TAncien, Hist. nat., IV, 80. Archàologisch-epigraphische Mittheilungen aus Oesterreich, II, 1878, p. 182; V, 1881, p. 209: XI, 1887, p. 8-9. Mommsen, Rômische Geschichte, V, p. 187, n. 1.

(5) Joséphe, VII, 4, 3. Voir Mommsen, Rôm, Geschichte, p. 200, n. 1.

(6) Voir plus haut, p. 161 et suiv., l'énumération des corps auxiliaires portant l'épithéte de Flavia; ils doivent avoir été créés, pour la plupart, par Vespasien. II en est de même de l'ala I Vespasiana Dardanorum (C. /. L. , III, p. 863 : en Mésie Inférieure, en 100).

(7) Tacite, Hist., I, 68; III, 5; IV, 70. En 107, la Rhétie avait au moins onze cohortes et quatre ailes (voir C. /. L., III, p. 867).

(8) Tacite, Hist., III, 1.

(9) C. /. L., III, p. 160.

(10) C, /. L., m, 4660. Cf. rinscription 4563. i

206 RSSAI SUR LE RÈGNE OB L*£MPBR£UR DOMITIBN.

2'' La XV Apolliiiaris, à Caïuiiulum. Elle se trouvait en Asie à répoque d^Hadrien (1); les nombreuses traces de son séjour à Garnantum (2) se rapportent donc à une époque antérieure.

La Mésie avait, semble-t-il, quatre légions :

l"" La IV Fia via, qui semble avoir été, dès le début de l'époque Fia vienne, cantonnée à Singidunum (Belgrade), où Ptolémée la place (J), et où des inscriptions attestent son séjour (4).

2° La VII Claudia, qui avait probablement, dès cette époque, son camp permanent à Viminacium (Kostolatz), où elle a laissé des inscriptions (5).

3"* et 4'' La I Italica et la V Macedonica. On ne sait où elles étaient cantonnées avant la formation de la province de Mésie Inférieure.

A ces légionnaires étaient adjoints des soldats de corps auxiliaires en nombre à peu près égal (6).

Par derrière, en Dalmatie et en Thrace, il n'y avait que des ailes et des cohortes (7). Deux flottes avaient des stations sur le fleuve et ses principaux afiluents (8); une autre protégeait les côtes du Pont-Euxin (9).

Sous Vespasien et sous Titus, ces troupes suffirent, mais il n'en fut pas de même sous Domitien. Comme au temps de Burebista, un grand empire se forma alors chez les Daces. Par suite de l'abdication d'un de leurs rois. Duras (10), et d'autres événements qui nous sont inconnus, Diuppaneus, que les écrivains anciens appellent d'ordinaire Décébale (1 1), les réunit tous sous sa

(1) Arrien, Histoire des AlainSf p. 251, édit. Mûller.

(2) Uirschfeld, Arch.-epigr. Mitth. aus Oesterreich, V, 1881, p. 217.

(5) C. /. L., III, 1650, 1651, 1700 (1 et 2), 8103, 8275, etc.

(6) En Pannonie, il y avait, en 84-85, six ailes et dix-sept cohortes environ (voir C, /. L., III, p. 855; Ephem. epigr., V, p. 93).

(7) En Thrace , deux mille hommes de troupes sous Néron (voir Josèphe, Guerre de Judée, II, 16, 4, p. 118, édit. Dindorf).

(8) C. /. L., III, p. 858, etc. Voir Héron de Villefosse, art. Classis, p. 1236.

(9) Joséphe, loc, ciL Tacite, Htst., II, 83. A. Dumont, Mélanges d'archéologie, p. 381, n* 72 a.

(10) Dion Cassius, LXVII, 6 (p. 353, n. 7 de l'édition Gros-Boissée).

(11) Dion Cassius (LXVII, 6, etc.) le nomme AexcSoXoc; Pline le Jeune {Correspondance avec Trajan, 74), Decibalus. Dans une inscription (C. /. L., VI, 1444), on lit : Gentem Dacor[um) et regem Decebalum bello superavit, La forme Decibalus se lit aussi sur des inscriptions : C. /. L., III, 4150; VIII, 866; Arclu-epigr. Mitlh. aus Oesterreicti, XI, 1887, p. 23. Voir encore Trebeliius PolUon (Trente Tyrans, 10, 8) : « Decibali ipsius ut fertur ad-

OtJERRBd. 207

domination. Pendant plus de vingt ans, il résista aux Romains et ne fut abattu qu'après quatre grandes guerres faites contre lui par Domitien et Trajan : « C'était, » dit Dion Oassius, « un homme qui, dans les choses de la guerre, savait concevoir et agir, connaissant le moment opportun pour Tattaque comme pour la retraite, capable de préparer des embuscades et de livrer une bataille, de profiter d'une victoire et de se relever après une défaite (1). > Les Romains remportaient sur ses sujets, non par le courage, mais par la tactique, la discipline, l'armement. Voulant leur enlever cette supériorité, il attira dans ses Etats un grand nombre de déserteurs romains, sans doute des Thraces et des Mésiens (2), eut des machines de guerre, éleva des fortifications (3). Rusé et sans scrupule, il chercha plus d'une fois à tromper ses ennemis par des négociations qu'il ne voulait pas voir aboutir, conclut des traités qu'il viola (4). Sous Trajan , il s'empara môme par trahison d'un ambassadeur (5), et donna à des déserteurs l'ordre d'assassiner Tempereur (6). Soit par la contrainte, soit par des négociations, il s'assura l'alliance des autres peuples du Danube (7) et peut-être aussi celle de PacoriiSt roi des Parthes (8).

Il y eut, semble- t-il, des troubles du côté du Danube dès le début du règne de Domitien ^ comme M. Asbach la fait remarquer (9). Le diplôme du 19 septembre 82 (10) nous apprend que l'aile de cavalerie Claudia nova et les cohortes /// Gallorum et Y Hispanorum, qui étaient en Germanie Supérieure en 74(11)^ se

finis. » — Dans Paul Orose (VII» 10), le roi est nommé Diurpaneus; dans Jordanes(Gettca, XIII, 76), Dorpaneus. La véritable forme semble être DiuppaneUB. Voir G. /. L,, VI, 16903 : Diuppaneus qui Euprepes, Slerissae f{iliu8\ Dacus. — Pline le Jeune (VIII. 4, 3) dit que le nom du roi des Daces entrerait difficilement dans un vers grec et y ferait mauvais effet. Cette remarque s'appliquerait plutôt au mot Aïùicnâvevrc, qu'au mot AïxeéôXoc* Il n'est pas possible de déterminer la signification exacte de ces deux mot : voir Rossler, Das vorrômische Dacien, p. 353, n. 108.

(1) Dion Cassius, LXVII, 6.

(2) Voir plus haut, p. Iô5 et 203.

(3) Dion Cassius, LXVIII, 9 et 10.

(4) Voir plus loin, et Dion Cassius, LXVIII, 8; 9; 10.

(5) Dion Cassius. LXVIII, 12.

(6) Dion Cassius, LXVIII, 11.

(7) Dion Cassius, LXVIII, 10 et 11.

(8) Voir plus loin.

(9) Bonnische Jahrbûcher, LXXI, 1886, p. 335

(10) Ephem. epigr., IV, p. 496.

(11) C. /. L., III, p. 582.

208 BSdAi sim lb règnb de l^bmpbreur douitien.

trouvaient alors dans la province de Mésie. On doit observer que le diplôme n'énumëre, outre les trois corps indiqués ci-dessus, que des troupes appartenant à l'armée de Germanie Supérieure. Ils étaient considérés en droit comme faisant partie de cette armée et n'en avaient été détachés que provisoirement pour aller renforcer l'armée de Mésie (1).

Au mois de septembre 84, la situation était assez grave, puisque les vétérans de l'armée de Pannonie, qui avaient fait leurs vingtcinq années de service, ne reçurent pas leur congé (2). Quelques succès militaires furent peut-être remportés alors ; en 84, Domitien prit deux salutations impériales entre le \" janvier et le 3 septembre, la sixième et la septième (3).

Le royaume vassal du Bosphore Gimmérien avait été mis , en 63, dans une dépendance plus étroite de Rome (4). Ses monnaies avaient depuis lors cessé de porter le monogramme royal (5). Mais, à partir de 84% l'efElgie et le nom du souverain du Bosphore, Rhescuporis II , apparaissent sur deà monnaies d'or, derrière la tête et le nom de l'empereur romain (6). Fut-ce par suite d'une concession de l'empereur, ou faut- il y voir une usurpation, faite à la faveur des embarras que causèrent à Rome les guerres du Danube? Il est difficile de le dire (7).

(1) Ils ne retournèrent cependant pas en Germanie , la situation s'étant aggravée sur le Danube dans les années qui suivirent. Plus tard on retrouve la III Gallorum en Mésie Inférieure (C. /. L., III, p. 863 : diplôme de l'an 100; C. /. L., III» p. 865 : diplôme de Tan 105); la V Hispanorum en Mésie Supérieure (C. /. L., VIII, 4416); quant à Tala Claudia nova, elle est peut-être identique à l'ala Claudia Gallorum que Ton trouve en Mésie Inférieure en 105 (C. I. L., III, p. 865).

(2) Ephem. epigr,, V, p. 93.

(3) Sur cinq monnaies frappées entre le 1*' janvier et le 13 septembre 84, Domitien est qualifié dHmperator V, titre qu'il portait déjà en 83; sur quatre autres, d'imperalor VI. Il reçut donc cette salutation vers le printemps de l'année 84. — Le 3 septembre 84 {Ephem, epigr., V. p. 93) il était impe^ rator VII, Voir Chambalu, De magistratibus Flaviorum, p. 25.

(4) Voir von Domaszewski, Rheinisches Muséum^ XLVII , 1892, p. 208 et suiv. Latjschev, Inscriptiones antiquae orae seplentrionalia Ponti

EuxinU II, p- XLV.

(5) Von Sallet, Zeitachrift fur Numismatih, IV, 1877, p. 304-305. — En 69, cependant, pendant le court régne de Vitellius, le monogramme royal reparut.

(6) Mommsen, Monnaie romaine, traduction Blacas, III, p. 298. Eckhel, II, p. 377. Mionnet, II, p. 371, n* 70; Supplément, IV, p. 501, n" 93 et 94; p. 503, n» 99.

(7) Il semble cependant que ce fut plutôt une concession qu'une usurpation, car môme quand les Romains n'eurent plus aucune difficulté sur le

Au mois de septembre 85 , tout danger semblait écarté sur le Danube. Il y eut à cette date, en Pannonie, un grancj licenciement de troupbs (1).

Cependant les Romains éprouvèrent bientôt un désastre. Les Dâces passèrent le fleuve, peut-être sur la glace au milieu de rhiver, et envahirent la Mésie (2). Jordanesdit qu'ils agirent ainsi par crainte de la cupidité de Domitien (3). Il est plus probable qu'ils n'entrèrent dans Tempire que parce qu'ils voulaient le piller; ce qu'ilfe avaient déjà tenté de faire à plusieurs reprises. Ils vainquirent le légat de la province, Oppius Sabinus, qui fut tué, et dévastèrent toute la contrée (4).

A cette nouvelle, Domitien quitta Rome et se rendit sur les bords du Danube (5).

La date de cette expédition est asse» difficile à fixer. Selon Suétone, Domitien fit deux* expéditions contre les Daces, la première après la défaite d'Oppius Sabinus; la seconde, après celle de Cornélius Fuscus (6). Nous verrons plus loin que la seconde date de 89. Quant à la première, elle eut lieu au plus tôt dans le courant de 84 , puisque Sabinus ne devint légat de Mésie qu'après son consulat, qu'il géra dans les quatre premiers mois de 84 (7). Elle fut antérieure à la révolte d'Antonius (fin de 88) (8) , car Martial^qui parle de la révolte dans son livre IV (9), mentionne déjà l'expédition contre les Daces au livre I (10). Deuz inscriptions

Danube, sous Trajan par exemple, L'usage introduit sous Domitien. se maintint (voir Mionnet» II, p. 372 et suiv.; Supplémenty IV, p. 5Û4 et suiv. Sailot, loc. cit., p. 307).

(i) C. /. L., III, p. 855.

(2) Jordanes, Getica, XIII, 76.

(3) Loc, cit. : « Domitiano imperatore régnante ejusque avaritiam metuentes, foedus... Gothi solv entes. »

(4) Suétone, Domilien, 6. Jordanes, loc» cit.

(5) Suétone, loc, cit. Dion Cassius, LXVII, 6.

(6) Suétone, toc. cit, : « (expeditiones suscepit) in Dacos duas, primam Oppio Sabine consulari oppresso, secundam Cornelio Fusco. » Cf. Martial, IX, 101, 17 :

Gornaa Sarmatict ter ptrûda eonUidit HUtri.

Il s^'agit , dans ce vers , des deux expéditions daciques et de l'expédition suévo-sarmatique de 92. Dans cette troisième expédition sur le Danube, Domitien n'eut pas à combattre les Daces : du moins aucun texte ne les mentionne.

(7) Asbach, Bonnische Jhhrbûcher, LXXIX, 1885, p. 119.

(8) Voir, pour cette date, le chapitre VII.

210 ESSAI SUR LB RÈONB DB l'bMPEBKTTB DOMITIBN.

du temps de Domitiea mentionnent successivement une guerre dacique et une guerre germanique (1), qui est celle de 88-89, car il ne peut être question de celle qui se termina dès 83 (2).

Ij3. première guerre dacique n'eut pas lieu eu 87, non plus qu'au commeqcement de 88, car, dans cette période de son règne, Domitien ne prit aucune salutation impériale (3); de plus, il n'est fait aucune allusion à une expédition de Domitien dans les actes des frères Ai-vales de 87^ que uous possédons en entier (4). Elle n'eut pas lieu non plus dans Tété de Tannée 88, car à cette époque Domitien était à Rome (5).

L'empereur se trouvait aussi à Rome au commencement du mois de janvier de 86 , comme le montrent les actes des Arvales (6), et vers l'été de la même année, date de la célébration des premiers jeux Gapitolins (7). Nous avons vu qu'en septembre 85 la frontière du Danube était en paix (8). Entre cette date et le mois de janvier 86, il me semble impossible de placer l'invasion de la Mésie par les Daces, la défaite d'Oppius Sabinus, le départ de Domitien pour le Danube, l'expulsion des Daces de la Mésie, les préparatifs de l'expédition de Cornélius Fuscus, le retour de l'empereur à Rome (9). Si Ton veut mettre Texpédition de Domi-

(1) C. I. L., VIII, 1026 : Q. Vilanius, Q. ((ilius) Vol(tinia), Nepos, Philippis, (centurio) coh(orU8) XIII urb(anae), donis donatus a Domitiano ob bellum DacicurUt item ab eodem ob bellum Germanicum^ item torquib(xis)j armillis ob bellum Dacicum.

C. /. L., 111, 7397 : M. Julius Avitus, V{o)llinia Reis ApoUinatiibus)^ centurio leg{ioni8) XV Apol[linaris), item centurio leg[ioni8) V Mac(edontcae) et legionis XVI F{(avtae) Fir(mae), bis donis donatus bello Dacic[o] et belle Germanico.,.

(2) Mommsen (Rôm, Gesc/itchfe, V, p. 200, n. 2) a, je crois, tort de penser qu'il s'agit de cette guerre de 83.

(3) Ce fut seulement vers l'été de 88 qu'il devint imperator pour la quinzième fois, peut-être à la suite de la révolte du faux Néron : voir p. 154, n. 10.

(4) C. /. L., VI, 2065. Ces actes nous apprennent, en outre, que, quelques jours avant le 22 janvier 87, Domitien était à Rome.

(5) Il célébra alors les jeux séculaires : voir p. 77, n. 3. Il y était probablement aussi le 24 octobre : voir les vers de Martial (IV, 1} qui datent de ce jour ; si Domitien avait été sur le Danube à ce moment, Martial y aurait sans doute fait quelque allusion.

(6) C. /. L., VI, 2U64 : c ... [id]us Ianuari(as) in aedem Concordiae astantibus fratribus Arvallibus], magisterio [Imp(eraloris)] Caesaris Domitiani Augusli Germanici.

(7) Voir p. 123, n. 6.

(9) Domitien devint à cette époque imperator X et imperator XI ; maig

Va-

guerres. 211

tien entre Tété et la fin de Tannée 86 (1), on est contredit par Easèbe, dont les données chronologiques ne sont pas à dédaigner pour cette époque : Nasamones et Daci beilum cum Romanis cornmiserunt et concisi sunt, fait qu'il place soit à Tannée 2101 |1*' octobre 84-30 septembre 85), soit à Tannée 2102 (l^^ octobre 85-30 septembre 86) (2). Il semble donc qu'il faille se décider, soit pour la période qui s'étend du milieu de 84 au 5 septembre 85, soit pour le commencement de Tannée 86. Dans le premier cas, on pourrait rapporter à la guerre dacique la huitième salutation impériale^ que Domitien reçut après le 3 septembre 84, au plus tard vers le commencement de 85 (3), ainsi que la neuvième, qui date du printemps de 85, à peu près (4). Dans le second cas, il faudrait attribuer à cette guerre la douzième salutation, reçue entre le 17 février et le 13 mai 86 (5), peut-être aussi la treizième, reçue après le 13 mai et avant le 13 septembre (6). Bien que je n'en puisse donner aucune preuve certaine, je croirais plus volontiers que l'expédition de Domitien date de 86. Il ne semble pas, en effet, que Domitien ait été absent de Rome en 85; ce fut cette année-là qu'il se ût conférer par le Sénat, d'abord la censoria po testas ^ vers le commencement de Tannée, puis la censure à vie, vers Tautomne (7). Je serais disposé à placer Tinvasion de la Mésie vers la un de 85 : Pline le Jeune nous apprend que Thiver était la saison la plus favorable aux peuples du Danube pour faire la guerre; ils pouvaient alors passer le

ces salutations peuvent se rapporter à des succès sur le Rhin ou en Afrique, (i) Domitien reçut alors sa XiV* salutation impériale. Entre le 13 septembre 86 et le 31 décembre de la même année, deux monnaies portent le titre « imp{er&tor) XIII »; deux autres, « imp[erator) XIV » {Chambalu, De ma,' gistratibus Flaviorum, p. 26).

(2) En 2101, selon la version arménienne (édit. Bchône, p. 160); en 2102, selon saint Jérôme (p. 161).

(3) Le 3 septembre 84, il était imperator VII (Eph, epigr,, V, p. 93). On ne connaît aucune monnaie portant ce chiffre. Le chiffre VllI n'apparaît que sur des monnaies frappées après le 1*' janvier 85 ; mais Domitien a pu recevoir cette salutation dès la fin de Tannée précédente.

(4) Voir plus haut, p. 197, n. 3.

(5) Le diplôme C, /. L., III, p. 856, portant la première date, indique la onzième salutation; le diplôme C. /. L., 111, p. 857, portant la seconde date, la douzième. Pour la période du 1" janvier au 13 septembre 86, on a huit monnaies avec c tmp. XI », sept avec a tmp. XII », (Chambalu, loc, cit,^ p. 25-26).

(6) On a une monnaie antérieure au 13 septembre, où se lit a imp(erator) XIII » (Cohen, Domitien, 207).

(7) Voir plus haut, p. 54» n. 6.

212 ESSAI SUR LB RÈGNE DE L*BM?BREtIR DOMITIBN.

fleuve sur la glace (1). En apprenant le désastre d'Oppius Sabinus, Domitien aurait quitté Rome vers la fin de janvier 86. Peut-être les vœux que les frères Arvales'prouoncèrent pour la première fois le 22 janvier de cette année-là « pour le salut de l'empereur et l'éternité de l'empire (2), » eurent-ils pour cause son départ (3). Domitien serait resté plusieurs mois sur le Danube et il en serait revenu vers Tété pour célébrer les jeux Capitolins, tandis que Cornélius Fuscus entreprenait une expédition au delà du Danube. C'est ainsi que Ton peut fixer, je crois, là chronologie de cette première guerre dacique; mais naturellement, en Tabsence de tout témoignage précis, les hypothèses qui viennent d'être présentées sont douteuses.

En partant pour le Danube, Domitien se fit accompagner par Cornélius Fuscus, préfet du prétoire, et sans doute aussi par une partie de la garde prétorienne (4). Martial prédisait alors que l'empereur triompherait des Daces sans aucune peine ; selon lui, Domitien dédaignait ces barbares autant que le lion apprivoisé dédaigne le lièvre qu'il tient dans sa gueule et qu'il relâche ensuite (5). Des forces considérables furent appelées sur le théâtre de la guerre (6).

(1) P&nég.f 12 : « 60 tempore quod amicissimum illis (popuUs), difficilUmum nobis, cum Danubius ripas gelu jungit, duratusque glacie ingentia tergo bella transportât , cum ferae gôntôs non telîs iHagis quam sno caelo , suo sidère armantur. > Cf. P&nég., 82. — Martial fait dire à la faux (XIV, 34) :

Pax me oerta duoU placidos oorTBTit in vukob : agricolae nano simi, militlB ante foi.

Le livre XIV de Martial fut édité en décembre 84 ou en décembre 85 (voir Friedlânder, préface de l'édition de Martial, p. 52). Si Ton se décide pour 85, on peut supposer que, vers la fin de cette année-là, la nouvelle de l'invasion de la Mésie n'était pas encore parvenue à Rome. La chronologie que Dau (De M. Valerii M&rtialis libellorum ratione temporibusque ^ 1887) propose pour les livres XIII et XIV de Martial ne repose que sur des rapprochements forcés et me paraît inadmissible.

(2) Voir plus haut, p. 46, n. 4.

(3) C'est ce que pense Henzen, Acta fratrum Arvalium^ p. 110. — Je dois remarquer cependant que, si Ton admet cette hypothèse, on peut s'étonner que les vœux ne soient pas faits aussi pro Victoria et reditu,

(4) C'est peut-être à la première guerre dacique que l'on doit rapporter les récompenses militaires que C Vedennius Moderatus Ântio, soldat de la neuvième cohorte, reçut sous Domitien (C. /. L., VI, 2725).

(6) Jordanes, loc. cit» : « Domitianus cum omni virtute sua lUjricum properavit et totius paene reipublicae militibus ductore Fusco praelato... » On ne connaît pas d'une manière exacte les troupes qui furent employées dans cette guerre, non plus que dans la seconde guerre dacique de Domitien.

GPBRRBS. 213

Xes Daces furent vaincus et chassés du territoire romain (1). Les Mésiens, qui avaient peut-être montré des sympathies pour les envahisseurs, semblent avoir été soumis (2). Décébale chercha alors à traiter, mais Domitien ne voulut pas y consentir (3). L'empereur, désirant venger complètement Oppius Sabinus, prépara une invasion en Dacie. Soit par paresse, soit plutôt par défiance de^ lui-même (il n'avait jamais fait le métier de général), il ne voulut pas diriger Tarmée. Il s'établit dans une ville de Mésie (4) et bientôt après il retourna à Rome (5). La conduite

Les légions de Pannonie et de Mésie y prirent certainement part. Voir, pour la première guerre daciqte, Tinscription de M. Julius Avitus, citée plus haut (p. 210, n. 1) ; la XVI Flavia étant une légion de Syrie, ce fut soit dans la XV ApolUnaris, soit dans la V Macedonica qu'il fit la guerre contre les Daces. — C. /. L., XII, 3167, inscription d'un personnage qui reçut des récompenses militaires comme tribun de la V Macedonica dans une guerre dacique, probablement sous Domitien (v. plus haut, p. 141, n. 3). — Inscription de Mésie (Arch.-epigr./Mitth. ans Oesterreich, XV, 1892, p. 2Ô9). mentionnant un centurion de la légion V Macedonica, récompensé bel{lo) Dac(ico); l'empereur n'y est pas nommé. — L. Funisulanus Vettonianus, légat de la Mésie Supérieure après 85 (voir p. 137), reçut en cette qualité des récompenses de Domitien, hello Dacico (p. 136, n. 5). — Peut-ôtre la légion II Adjutrix, qui était certainement sur le Danube en 92 (voir plus loin), y fut-elle appelée dés le commencement des guerres daciques. Elle a certainement combattu dans une des deux guerres; voir fîhetnjsches Muséum, XLVI, 1891, p. 604 : épitapbe d'un centurion de cette légion, trouvée à Sirmium ; il reçut des récompenses militaires dans une guerre dacique : donis donatus ab Jmp{eratore) Caesare Aug{usto) bello Dacico,,, L'empereur qui n'est pas nommé est sans doute Domitien. — Une inscription de la Chergonné&e de Thrace (Bu/(e(tn de correspondance hellénique, t. IV, 1880, p. 507) mentionne un préfet de l'aile II Pannoniorum : « TSTei[(iY}')i&<v(|) hta~ poic (TTpaTiMTtxoîc icâfftv év ti^ [A]axixc|p iroXépKp. » Il s'agit peut-être d'une des deux guerres de Domitien. Cette aile se retrouve plus tard en Dacie (C. /. L., III, 1100; 1483; 1663, 3). — Au contraire, l'inscription d'un certain Ti. Claudius Vitalis (C. /. L. , VI, 3584), qui reçut des récompenses dans deux guerres daciques successives, en servant d'abord dans la I Italica, puis dans la I Minervia, semble devoir être rapportée à l'époque de Trajan, bien que l'empereur n'y soit pas nommé. On sait que la I Minervia combattit dans La seconde guerre dacique de Trajan (voir C. /. L., III, 550).

(1) Eusébe, ChronologiCy p. 160 et 161 : a Daci bellum cum Romanis cornmiserunt et concisi sunt, » Ce fut peut-être alors que Domitien fut proclamé imperalor pour la douzième fois (voir p. 211).

(2) Voir p. 155.

(3) Pierre le Patrice (d'après Dion Cassius), dans Mûller, Fragmenta historicorum Graecorum, IV, p. 185.

(4) Dion Cassius, LXVII, 6.

(5) Oh il célébra alors les Jeux Capitolins, si l'on admet la chronologie proposée plus haut.

de l'expédition fut confiée à Cornélius Puscus (1). Ce fut une faute : le préfet du prétoire n'avait pas une expérience suffisante des choses militaires , qu'il avait apprises , dit Juvénal , au fond de son palais de marbre (2); son élévation semble avoir été due surtout au zèle qu'il montra pour Vespasien, alors qu'il était procurateur de Pannonie, en 69 (3). D'humeur aventureuse, il aimait, dit Tacite, les dangers, moins pour le fruit qu'on en tire que pour les aangers mêmes (4). A la tête de troupes nombreuses (5), il traversa le Danube sur un pont de bateaux et envahit le territoire ennemi (6). Décébale, attaqué dans son propre royaume, que les Romains connaissaient mal, se crut dès lors sûr de la victoire. Il envoya une seconde ambassade à Domitien, mais cette fois c'était pour le braver : il lui faisait dire que si les Romains voulaient lui payer deux oboles par tête tous les ans, il consentirait à la paix ; sinon , il combattrait contre eux et leur causerait de grands désastres (7). Néanmoins, évitant une bataille rangée dans laquelle il n'aurait peut-être pas eu le dessus , il laissa Fuscus s'avancer dans la plaine. Mais quand ce général se fut engagé dans la vallée étroite et difficile de la Témès et de la Bistra, qui conduisait à Sarmizegetusa, capitale des Daces, il l'attaqua (8). L'armée romaine, probablement cernée, succomba presque tout entière avec le général lui-même (9) : les armes,

(1) Suétone, Domitierif 6. Pierre le Patrice, loc, cit. Jordanes, loc. ciL

FoscoB maimorea mediUtiu praelia rilla.

(3) Tacite, Histoires, II, 86; III, 4 ; III, 66. Pour la suite de sa carrière, voir Hist., III, 12; IV, 4.

(4) Tacite, Hist., II, 86.

(5) Pierre le Patrice : « lUTà tcoXXîSc Suvà(ie<ioc. >

(6) Jordanes, Getica, XIII, 77. Cf. Martial, VI, 76, 6.

(7) Pierre le Patrice, loc, cit.

(8) Fuscus, selon Jordanes, fut vaincu dès la première rencontre, primo conflictu. Cependant cette rencontre ne semble pas avoir eu lieu près du Danube. Ce fut dans la vallée do la Tcmès et de la Bistra, entre Tapae, lieu oti la Témès sort des montagnes pour entrer dans la plaine, et Sarmigezetusa, que Trajan trouva les armes, les machines, l'enseigne et les autres trophées pris sur Fuscus (Dion Cassius, LXVIII, 9). Fuscus dut donc suivre la route que prirent plus tard Tettius Julianus et Trajan (voir plus loin) , et sa défaite eut lieu dans la vallée de la Témès.

(9) Suétone, Domitien, 6. Martial, VI, 76. Juvénal, IV, 111 :

et qui vultoribas lervabat nsoera Dacis Fisous. ..

Scoliaste : « Fuscus sub Domitiano exercitui praepositus in Dacia periit. » Jordanes, XIII, 78.

les machines, une aigle tombèrent entre les mains des ennemis (1). C'était le plus grand désastre de Rome depuis la défaite de Varus. Tacite, dans ses Histoires^ ne voulut pas, par patriotisme, faire connaître le nombre des morts (2).

Après l'expédition de Fuscus, les hostilités semblent avoir été suspendues pendant les années 87 et 88 (3). Mais Domitien se prépara à une nouvelle guerre. Ce fut, semble-t-il, à cette époque que, pour faciliter la défense de la frontière et la surveillance des populations favorables aux Daces, il partagea la Mésie en deux provinces (4) qui reçurent chacune deux légions. La IV Flavia et la VII Gemina furent attribuées à la Mésie Supérieure (5). Quant à la Mésie Inférieure, elle eut pour légions la V Macedonica et la I Italica (6) ; la première établie probablement dès cette époque à Troesmis (Iglitza) (7), la seconde peut^tre à Du-

(1) Voir p. 214, n. 8. Jordanes, loc. cit. : «t Divitias de castris militum spoliant. » Sur la colonne Trajane (Frôhner , planche xxxii : début de l& pre^ mière guerre dacique de Trajan) , un porte-enseigne représenté auprès de l'empereur, tient dans ses mains une hampe, mais l'aigle manque. Est-ce, comme le dit Frôhner {Description des bas-reliefs^ p. 4), parce que l'aigle de la légion, à laquelle ce porte-enseigne appartenait, avait été prise par les Daces lors du désastre de Fuscus ?

(2) Paul Orose, VII, 10 : « Nam quanta fuerint Diurpanei, Dacorum régis, cum Fusco duce proelia, quantaque Romanorum clades, longo textu evol- ▼erem, nisi Cornélius Tacitus, qui hanc historiam diligentissime contexuit, de reticendo interfectorum numéro, et Salhistium Crispum, et alios auctores quam plurimos sanxisse, et se ipsum idem potissimam elegisse dixisset. »

(3) Voir plus haut, p. 210.

(4) Voir p. 135 et suiv.

(5) Cf. p. 206.

(6) Ptolémée (3, 10, 5) place ces deux légions dans la Mésie Inférieure (cf. les colonnettes légionnaires : C. /. L., VI, 3492), où elles devaient se trouver dès répoque de Domitien. Il fallait, en effet, donner des légions au nouveau légat consulaire. De plus, nous savons positivement, qu'à la fin du régne de Domitien, la V Macedonica était en Mésie Inférieure. Spartien (Hadrien, 2) dit qu'Hadrien fut envoyé dans cette province comme tribun militaire, a extremis jam Domitiani temporibus », et l'inscription C. /. L., III, 550 prouve que la légion dans laquelle servit alors le futur empereur était la V Macedonica.

(7) Oh elle a laissé de nombreuses traces : C. I. L., III, 776, 6166, etc.; cf. Ptolémée, loc, cit. Peut-être dans ces vers de Stace (Situes, V, 2, 136) faut-il voir une allusion au camp de la V Macedonica à Troesmis :

An te septenus habebit Ister et undoso eircamflaa oonjuge Peuce?

(Le poète énumère les pays où un jeune homme, Vettius Crispinus, pourra être envoyé comme tribun militaire). Cf. Martial, VII, 84, 3.

216 ESSAI SUR LB RÈGNE OE l'EMPBREUR ;D0MITIBN.

rostorum (1). Les corps auxiliaires donnés à cette prompce soat à peu près complètement connus, grâce à deux diplômes militaires datant Ton et l'autre de Tannée 100 (2). Six ailes et treize cohortes y sont énumérées. Des troupes furent appelées d'autres provinces, pour faire partie de cette armée; ainsi nous savons que la cohorte I Lepidiana civium Romanorum qui, en 80, était eu Pannonie (3), se trouvait en Mésie Inférieure en 100 (4).

La guerre recommença en 89. Domitien fit alors sur le Danube une expédition dont la date peut être fixée avec assez de précision. — Elle eut pour objet, dit Suétone, de venger la.défaite de Cornélius Fuscus (5). Or, dans son livre VI d'épigrammes, publié vers le milieu de l'année 90 (6), Martial parle de cette défaite comme d'un événement assez lointain dont les Romains avaient tiré vengeance (7). La guerre n'eut pas lieu en 90, car cette année-là Domitien ne prit aucune salutation impériale; de plus, il n'y est fait aucune allusion dans les actes des Arvales, conservés en entier pour cette même année. Nous avons vu que Domitien triompha des Daces et des Gattes à la fin de 89 (8). Or, peu de temps avant ce double triomphe, il fit un séjour sur les bords du Danube. Stace dit, en effet, dans sa Silve sur la statue du forum, élevée très .peu de temps après ce double triomphe :

Qualem modo frena tenentem Rhenus et attoniti vidit domus ardua Daci (9).

Il y a sûrement dans ces^ vers une allusion à la deuxième guerre dacique de Domitien. — D'autre part , l'expédition de Domitien ne saurait, pour des raisons que nous avons déjà indiquées, être placée en 87 ni en 88 (10). Certains textes prouvent même qu'elle est postérieure à la révolte d'Antonius et à la guerre contre les

(1) Où Ptolémée (édit. Mûller, p. 465, n. 1) la place et oti elle aurait été remplacée au second siècle par la XI Claudia (C. /. L., III, p. 1349). Mais le fait n'est nullement certain, la I Italica n*ayant laissé aucune trace à Durostorum.

(2) C. /. L., III, p. SeZ. Arch.-epigr, Mitth, aus Oesterreich, XI, 1887, p. 24.

(3) C. /. L., III, p. 854.

(4) C. /. L., III, p. 863.

(5) Voir plus haut, p. 209, n. 6.

(6) Voir Friedlànder, édition de Martial, p. 58.

(S) Voir plus haut, p. 198 et suiv.

(9) Silves, I, 1, 6.

(10) Voir p. 210.

Hur~ï^a~r ■

Germains qui suivit .ceHe -révolte (fia de 88, <;(>pm6]icement de 89). Une inscription d'Afrique (1) nous apprend que, sous Domitien, un soldat reçut successivement des récompenses militaires dans une guerre dacique (c'est la première, celle qui eut lieu peut-être en 86) ; dans une guerre germanique (celle de 88-89) ; enfin, dans une guerre dacique, qui est par conséquent la seconde guerre dacique de Domitien. Stace écrit, en suivant très probablement Tordre des temps : « Tu bella Jovis (guerre du Capitule en décembre 69), tu praelia Rheni (en 83), tu civile nefas (révolte d'Antonius), tu tardum in foedera montem longe Marte domas (2). w Par ces mots tardum in foedera montem , il faut entendre la Dacie . comme le prouvent d'autres vers du même poète :

Domus ardua Daci (3)...

Quaeque suum Dacis donat clementia montem (4)... Et conjurato dejectos vertice Dacos (5)....

L*entrevue de Domitien avec Diegis, dont nous parlerons plus loin^ entrevue qui amena la paix, fut postérieure à la révolte d'Antonius (6) et antérieure au double triomphe (7). Or, elle eut lieu, non à Rome, mais sur les bords du Danube (8). Nous savons en effet par Dion Gassius que Domitien venait de combattre les Marcomans sur le cours moyen du Danube, et qu'après avoir vu Diegis, il envoya à Rome des Daces et une lettre de Décébale (9). La seconde expédition de Domitien sur le Danube eut lieu par conséquent en 89 (10). Or, au commencement de cette année-là, il avait fait une expédition sur le Rhin (11). Revint-il en Italie dans

(1) Elle est citée plus haut, p. 210, n.i.

(2) Silve^, I, i, 79.

(3) Silves, I, i, 7.

(4) Silves, III, 3, 169.

(5) Thébaide, 1, 20.

(6) Martial mentionne la révolte au livre IV (IV, 11) et l'ambassade de Diegis au livre V (V, 3).

(7) Dion, LXVII, 7.

(8) Dans ce vers de Martial (V, 3, 1) :

Accola nono nostrae Degis, Germanice, ripae

ripa désigne le pays frontière de l'empire sur le Danube. Cf. C. /. L., XIV, 3608 : a (Plautius Silvanus, gouverneur de Mésie) reges signa Eomana adoraturos in ripam} quam tuebatur, perdùxit. »

(9) Dion, LXVII, 7.

(10) Je crois que M. Asbach {Bonnische Ja/irbùc/ier, LXXXI, 1886, p. 36) la place à tort en 88.

(11) Voir plus haut. p. 197, et plus loin ch. VII.

208 BSâAl SÛR LB RÈGNE DE L*BMPBREUR DOUITIEN.

trouvaient alors dans la province de Mésie. On doit observer que le diplôme u*énumère, outre les trois corps indiqués ci-dessus, que des troupes appartenant à l'armée de Germanie Supérieure. Ils étaient considérés en droit comme faisant partie de cette armée et n'en avaient été détachés que provisoirement pour aller renforcer Tarmée de Mésie (1).

Au mois de septembre 84, la situation était assez grave, puisque les vétérans de l'armée de Pannonie, qui avaient fait leurs vingtcinq années de service, ne reçurent pas leur congé (2). Quelques succès militaires furent peut-être remportés alors ; en 84, Domitien prit deux salutations impériales entre le 1*^ janvier et le 3 septembre, la sixième et la septième (3).

Le royaume vassal du Bosphore Gimmérien avait été mis, en 63, dans une dépendance plus étroite de Rome (4). Ses monnaies avaient depuis lors cessé de porter le monogramme royal (5). Mais, à partir de 84% l'efElgie et le nom du souverain du Bosphore, Rhescuporis II, apparaissent sur deà monnaies d'or, derrière la tête et le nom de l'empereur romain (6}. Fut-ce par suite d'une concession de l'empereur, ou faut- il y voir une usurpation, faite à la faveur des embarras que causèrent à Rome les guerres du Danube? Il est difficile de le dire (7).

(1) Us ne retournèrent cependant pas en Germanie , la situation s'étant aggravée sur le Danube dans les années qui suivirent. Plus tard on retrouve la III Qallorum en Mésie Inférieure (C. /. L., III, p. 863 : diplôme de l'an 100; C. /. L., III, p. 865 : diplôme de Tan 105); la V Hispanorum en Mésie Supérieure (C. /. L. , VIII, 4416); quant à Tala Claudia nova, elle est peut-être identique à Tala Claudia Qallorum que l'on trouve en Mésie Inférieure en 105 (C. I. L., m, p. 865).

(2) Ephem. epigr., V, p. 93.

(3) Sur cinq monnaies frappées entre le 1*' janvier et le 13 septembre 84, Domitien est qualifié d'tmpera(or V, titre qu'il portait déjà en 83; sur quatre autres. dHmper&tor VL II reçut donc cette salutation vers le printemps de l'année 84. — Le 3 septembre 84 {Ephem, epigr., V, p. 93) il était imperator VJI, Voir Chambalu, De magistratibus Flaviorum, p. 25.

(4) Voir von Domaszewski, Rheinisches Muséum^ XLVII , 1892, p. 208 et suiv. Latjschev, Inscriptiones antiquae orae septentrionalis Ponti EuxinU II, p. XLY.

(5) Von Ballet, Zeitschrift fur Numismaiih, IV, 1877, p. 304-305. —En 69, cependant, pendant le court règne de Vitellius, le monogramme royal reparut.

(6) Mommsen, Monnaie romaine^ traduction Blacas, III, p. 298. Eckhel, II, p. 377. Mionnet, II, p. 371, n* 70; Supplément, IV, p. 501, n" 93 et 94; p. 503, n» 99.

(7) Il semble cependant que ce fut plutôt une concession qu'une usurpation, car môme quand les Romains n'eurent plus aucune difficulté sur le

Au mois de septembre 85 , tout danger semblait écarté sur le Danube. Il y eut à cette date-, en Pannonie , un grancî licenciement de troupfes (1).

Cependant les Romains éprouvèrent bientôt un désastre. Les Dàces passèrent le fleuve, peut-être sur la glace au milieu de rhiver, et envahirent la Mésie (2). Jordanesdit qu'ils agirent ainsi par crainte de la cupidité de Domitien (3). Il est plus probable qu'ils n'entrèrent dans Tempire que parce qu'ils voulaient le piller; ce qu'ils avaient déjà tenté de faire à plusieurs reprises. Ils vainquirent le légat de la province, Oppius Sabinus, qui fut tué, et dévastèrent toute la contrée (4).

A cette nouvelle, Domitien quitta Rome et se rendit sur les bords du Danube (5).

La date de cette expédition est asse» difficile à fixer. Selon Suétone, Domitien fit deux* expéditions contre les Daces, la première après la défaite d'Oppius Sabinus; la seconde, après celle de Cornélius Fuscus (6). Nous verrons plus loin que la seconde date de 89. Quant à la première, elle eut lieu au plus tôt dans le courant de 84 , puisque Sabinus ne devint légat de Mésie qu'après son consulat, qu'il géra dans les quatre premiers mois de 84 (7). Elle fut antérieure à la révolte d'Antonius (fin de 88) (8) , car Martial, qui parle de la révolte dans son livre IV (9), mentionne déjàrexpéditioQ contre lesDa€es au livre 1(10). Deux inscriptions

Danube, sous Trajan par exemple, L'usage introduit sous Domitien. se maintint (voir Mionnet, 11^ p. 372 et suiv.; Supplément^ IV, p. 504 et suiv. Sailet, toc. cit., p. 307).

(1) C. /. L., III, p, 855.

il) Jordanes, Getica, XIII, 76.

(3) Loc, cit, : « Domitiano imperatore régnante ejusque avaritiam metuentes, foedus... Gothi sol ventes. »

(4) Suétone, DomUien, 6» Jordanes, toc. cit,

(5) Suétone, toc. cit, Dion Cassius, LXVII, 6.

(6) Suétone , toc. cit, : « (expeditiones suscepit) in Dacos duas , primam Oppio Sabino consulari oppresso, secundam Corneiio Fusco. » Cf. Martial, IX, 101, 17 :

Cornna Sannatioi ter ptrûda conUidit Histri.

Il s^agit , dans ce vers , des deux expéditions daciques et de l'expédition suévo-sarmatique de 92. Dans cette troisième expédition sur le Danube, Domitien n*eut pas à combattre les Daces : du moins aucun texte ne les mentionne.

(7) Asbach, Bonnische Jhhrbûcher, LXXIX, 1885, p. 119.

(8) Voir, pour cette date, le chapitre VII.

210 B8SAI SUR LB RÈONB DB l'bMPEBBTTB DOMITIBN.

du temps de Domitiea mentionnent successivement une guerre dacique et une guerre germanique (1), qui est celle de 88-89, car il ne peut être question de celle qui se termina dès 83 (2).

Ia première guerre dacique n'eut pas lieu en 87, non plus qu'au commeqcement de 88, car, dans cette période de son règne, Domitieu ne prit aucune salutation impériale (3); de plus, il n'est fait aucune allusion à une expédition de Domitien dans les actes des frères Arvales de 87, que nous possédons en entier (4). Elle n'eut pas lieu non plus dans l'été de Tannée 88, car à cette époque Domitien était à Rome (5).

L'empereur se trouvait aussi à Rome au commencement du mois de janvier de 86, comme le montrent les actes des Arvales (6), et vers l'été de la même année, date de la célébration des premiers jeux Capitolins (7). Nous avons vu qu'en septembre 85 la frontière du Danube était en paix (8). Entre cette date et le mois de janvier 86, il me semble impossible de placer l'invasion de la Mésie par les Daces, la défaite d'Oppius Sabinus, le départ de Domitien pour le Danube, l'expulsion des Daces de la Mésie, les préparatifs de l'expédition de Cornélius Fuscus, le retour de l'empereur à Rome (9). Si l'on veut mettre Texpédition de Domi-

(1) C. I. L.,VIII, 1026 : Q.ViUnius, Q. f(iliu8) Vol(tinia), Nepos, Philippis, {centurio) coh{prli8) XIU ur6(anae), donis donsLius a Domtttano ob bellum D&cicum, ilem &b eodem ob bellum Germanicunif item torquib{iLS)^ armillis ob bellum D&cicum.

C. i. L., III, 7397 : M. Julius Avitus, V\o)ltinia. Reis Apollin&tiibua), centurio leg^ionis) XV Apol{linàri8)i item centurio leg{ionis) V Afac(edontcae) et legionis XVI FZ(avtae) Fir(mae), bis donis donatus bello Dacic[o] et bello Germsinico,,.

(2) Mommsen (Rôm. Geschichte, V, p. 200, n. 2) a, je crois, tort de penser qu'il s'agit de cette guerre de 83.

(3) Ce fut seulement vers l'été de 88 qu'il devint imperator pour la quinzième fois, peut-être à la suite de la révolte du faux Néron : voir p. 154, n. 10.

(4) C. 1. L,y VI, 2065. Ces actes nous apprennent, en outre, que, quelques jours avant le 22 janvier 87, Domitien était à Rome.

(5) Il célébra alors les jeux séculaires : voir p. 77, n. 3. Il y était probablement aussi le 24 octçbre : voir les vers de Martial (IV, i) qui datent de ce jour ; si Domitien avait été sur le Danube à ce moment, Martial y aurait sans doute fait quelque allusion.

(6) C. /. L., VI, 2004 : c ... [td]us ianuari(as) in aedem Concordiae astantibus fratribus Arvallibus]^ magisterio [lmp(eratoris)] Caesarig Domiliani Augusti Germanici.

(7) Voir p. 123, n. 6.

(9) Domitien devint à cette époque imperator X et imperator XX ; mais

tien entre Tété et la fin de l'année 86 (1), on est contredit par Eusëbe, dont les données chronologiques ne sont pas à dédaigner pour cette époque : Nasamones et Daci bellum cum Romanis cornmiserunt et concisi sunty fait qu'il place soit à Tannée 2101 {{•' octobre 84-30 septembre 85), soit à Tannée 2102 (l«r octobre 85-30 septembre 86) (2). Il semble donc qu'il faille se décider, soit pour la période qui s'étend du milieu de 84 au 5 septembre 85, soit pour le commencement de Tannée 86. Dans le premier cas, on pourrait rapporter à la guerre dacique la huitième salutation impériale^ que Domitien reçut après le 3 septembre 84, au plus tard vers le commencement de 85 (3), ainsi que la neuvième, qui date du printemps de 85, à peu près (4). Dans le second cas, il faudrait attribuer à cette guerre la douzième salutation, reçue entre le 17 février et le 13 mai 86 (5), peut-être aussi la treizième, reçue après le 13 mai et avant le 13 septembre (6). Bien que je n'en puisse donner aucune preuve certaine, je croirais plus volontiers que l'expédition de Domitien date de 86. Il ne semble pas, en effet, que Domitien ait été absent de Rome en 85; ce fut cette année-là qu'il se fit conférer par le Sénat, d'abord la censoria potestas, vers le commencement de Tannée, puis la censure à vie, vers Tautomne (7). Je serais disposé à placer l'invasion de la Mésie vers la fin de 85 : Pline le Jeune nous apprend que Thiver était la saison la plus favorable aux peuples ^ du Danube pour faire la guerre; ils pouvaient alors passer le

ces salatations peuvent se rapporter à des succès sur le Rhin ou en Afrique.

(1) Domitien reçut alors sa XIV* salutation impériale. Entre le 13 septembre 86 et le 31 décembre de la même année, deux monnaies portent le titre c imp{er&lor) XJII »; deux autres, a imp{eralor) XlV » (Cbambalu, De magistratibus Flautorum, p. 26).

(2) En 2101, selon la version arménienne (édit. Schône, p. 160); en 2102, selon saint Jérôme (p. 161).

(3) Le 3 septembre 84, il était imperator VII (Eph. epigr., V, p. 93). On ne connaît aucune monnaie portant ce chiffre. Le chiffre VIÏI n'apparaît que sur des monnaies frappées après le 1" janvier 85; mais Domitien a pu recevoir cette salutation dés la fin de l'année précédente.

(4) Voir plus haut, p. 197, n. 3.

(5) Le diplôme C. i. L., III, p. 856, portant la première date, indique la onzième salutation; le diplôme C. /. L., III, p. 857, portant la seconde date, la douzième. Pour la période du 1" janvier au 13 septembre 86, on a huit monnaies avec c imp» XI », sept avec a imp, XII », (Chambalu, loc, cit,t p. 25-26).

(6) On a une monnaie antérieure au 13 septembre, où se lit « imp(erator) xni » (Cohen, Domitien, 207).

(7) Voir plus haut, p. 54, n. 6.

820 ESSAI SUR LE RÈGNE DE li*^PBRBUR DOMITIBN.

bons 6t les mauvais soldats (1). Le dessin de Julianus était de pénétrer en Dacie et d'atteindre Sarmizegetusa, par la Témès et son affluent, la Bistra. Los camps de la Mésie Supérieure, Viminacium (Kostolatz) et Singidunum (Belgrade), points les plus rapprochés de l'Italie et la Pannonie, durent lui servir de base d'opérations. Il suivit la route que prit Trajan dans sa première guerre dacique et qui, plus tard, est indiquée sur la carte de Peutinger comme passant par Lederata, sur le Danube, près de Viminacium , Arcidava , Centumputea , Bersovia , Azizis , Caput Bubali et Tibiscum, au confluent de la Téftiès et de la Bistra (2).

Cette route traversait d'abord la plaine, à Touest et le long des montagnes où la Témès, la Karas et la Nera, prennent leurs sources. A partir de Tapae, aujourd'hui Tapa ou Tapia, près de Lugos, elle suivait la vallée étroite de la Témès, dans un pays montagneux et boisé. Tapae était donc une des portes de la Dacie (3). Les Daces y attendaient Julianus : il les vainquit et en tua un grand nombre. Vezinas, qui parmi eux tenait le second rang après Décébale, n'échappa à la mort que par une ruse : il se laissa tomber comme s'il avait été frappé mortellement. On ne s'inquiéta pas de lui, et il put s'enfuir pendant la nuit (4).

Après cette victoire, Julianus continua à s'avancer vers Sarmizegetusa. Mais la marche de l'armée dut être fort pénible à travers les montagnes, les forêts , les torrents, les précipices où, presque à chaque pas , il fallait combattre (5). Dion Cassius (6) raconte que Décébale, craignant de voir les Romains , à la suite de leur victoire, s'avancer jusqu'à sa capitale, fit couper les arbres

(l) Dion Cassius, LXVII, 10.

{%) Julianus livra bataille au^ Daces à Tapae. Pour arriver & cet endroit, il dut nécessairement suivre Vsl route que nous indiquons. Voir Table de Peutinger, édit. Miller, Segment^ VII, 2-4; Priscien, Instituiiones gratnm&' ticae, VI, 13, p. 205, édit. Keil. Cf., sur cette route. De la Berge, Trajan, p. 41 et suiv.: Xénopol. Revue historique, XXXI, 1886, p. 293 et suiv.

(3) Jordanes , Getica^ XII, 74 : « [Dacia] corona montium cingitur, duos . tantum habcns acccssus, unum per Tapas, alterum pcr Bontas. »

(4) Dion Cassius, LXVII, 10. Staco fait peut-être une allusion à cette victoire (Thébaide, I, 20) :

Et eoQJurato dejectos yertice Dacos.

(5) Les reliefs de la colonne Trajane nous donnent une idée des difficultés que Trajan rencontra dans ce pays lors de sa campagne de 102 (voir Frôhnef, La Colonne Trajane, pi. 61-99). — Un vers de Stace {Silves, I, 1, 8) est, autant qu'il semble, une allusion à cette cxpêditi^^n de Julianus :

tu [Domitien] tardum in foedera u^QDtem lon(^ Marte domas.

(6) Dion Cassius, LXVII, 10.

ÔUEBBBiS. 221

sur la route qu'ils devaient suivre et planter des armes dans les troncs, afin que Tennemi, croyant avoir devant lui des soldats prêts à combattre , prît peur et retournât en arrière : ce qui eut lieu en eflFet. Cette anecdote est des plus suspectes : Frontin en raconte une à peu près semblable au sujet de Spartacus (1). Il est probable que la retraite de Tarmée romaine eut une cause plus sérieuse : Julianus comprit, sans doute, les difficultés et les dangers de cette guerre et craignit le sort de Fuscus. Toujours est-il que la campagne de Julianus avait été marquée par de grands succès (2); Décébale offrit la paix, m^is sans pouvoir l'obtenir de Tempereur (3).

Ces succès furent compromis par Domitien lui-même. U Voulut se venger des Marcomans et des Quades, qui ne lui avaient pas fourni d'auxiliaires contre les Daces (4). Ce fut peut-être à cette époque qu'eut lieu chez ces peuples un changement de dynastie,* qui put modifier pendant quelque temps leur conduite à l'égard de Rome. Tacite dit, en effet, dans la Germanie (5) : « Les Marcomans et les Quades ont eu , jusque de nos jours, des rpis de leur nation, issus des nobles familles de Marbode et de Tuder; maintenant ils en souffrent d'étrangers. » On ne sait pas d'ailleurs à quels événements il est fait allusion dans cette phrase.

Les Marcomans et les Quades eurent peur, ils demandèrent la paix à deux reprises , mais l'empereur mit à mort leurs envoyés et les attaqua (6). Il fut battu par les Marcomans et dut s'enfuir (7).

(1) stratagèmes, I, 5, 22.

(2) Asbach {Bonnische Jahrbûcher, LXXIX,.1885, p. 123) suppose queTettiu8 Julianus devint» en récompense, consul pour la seconde fois en 90. Rien ne l'indique. Si un deuxième consulat lui avait été accordé alors, Stace l'aurait certainement dit dans sa Silve , écrite au commencement de Tannée 93 (voir, pour cette date, les ver» 170-171).

(3) Dion Cassius, LXVII, 7, dit au sujet du traité conclu plus tard avec Décébale : a [à lAopLixiavà;] éc aTCovfiàc aOtàv iiwriye.ye.xo , Aç icoXXaxiç alxiQaavTi oruTcp TCpOTE^ov oùx ESeScûxet. »

(4) Dion Cassius, LXVII, 7. Ce fragment de Dion se rapporte vraisemblablement à la seconde expédition de Domitien sur le Danube, expédition pendant laquelle l'empereur, nous le savons par un autre fragment de Dion {ibid,), fut vaincu par les Marcomans et réduit à fuir, défaite qui amena la paix avec Décébale.

(5) Chapitre XLII,

(6) Los mots de Pline le Jeune (Panéy., 16) : « decertare cupere cum recl^ santibUB o pourraient se rapporter à cette guerre. Voir cependant plus, haut, p. 185, u. 3.

(7) Dion Cassius, l. c, PHne, Panég,, il : « [Dofftiti«nu9] eujus putei fega*

222 ESSAt SÛR LB RÈaNB DE L*BMPERB0R DOMITIBK.

 la suite de cet échec , il coQsentit à traiter avec Décébale, encore accablé par les victoires de Julianus, et lui. envoya des députés pour lui faire des ouvertures de paix ; mais le roi des . Daces, craignant un piège, ne voulut pas entrer lui-même en pourparlers avec Domitien et lui envoya Diegis (1) qui était peut-être son frère (2). — Décébale se reconnut vassal de Tempereur, qui, en signe de suzeraineté, posa solennellement un diadème sur la tête de Diegis , représentant du roi. U remit des otages; il rendit les armes et les prisonniers romains. Il ne restitua cependant pas le butin de guerre et les trophées pris à Fuscus (3). Domitien lui donna des sommes d'argent importantes! avec promesse de lui en remettre d'autres plus tard, des ouvriers habiles dans différents métiers et qui pouvaient rendre des services à son armée, en construisant des fortifications , des machines, etc. (4). 11 distribua des décorations et de l'argent à ses ^oU dats et envoya à Rome des ambassadeurs de Décébale avec une

tique non aliud majus habebatur iudicium, quam si triumpharet. » Cf. Panéy., 20.

(1) Dion Cassius, I. c.

(2) MarUal, V, 3 :

Accola jam nestrae Dttgis, Germanioe , ripae,

a famolis Histri qui tibi venit aqais, laeios et attonitus yiso m*do praeaide mundi,

adfatos comités dioitor eue saos :

■on mea qaam fratris melior, oui tam prope Caa est

cernere, tam longe qnem oolit ille deum 1

(3) Dion, LXVIII, 9. Voir plus haut, p. 214, n. 8.

(4) Dion, LXVII, 7 ; cf. LXVIII, 6. — Martial, VI, 76, 5 :

Grande jognm domita Daoos oerTice reeepit

et famalnm yiotriz poMidet ombra [Foici] nemas. VI, 10, 7 :

Talia eappliciboa triboit diademata Dacis.

Stace, Silveê^ I, 1, 25 :

Disoitnr e Tolta quantum tu mitior armis, qui neo in eztemos faoilia laeTire fororea, daa Gattia Oaciaque fidem.

waam Dbôm donat olemtntia [Domitiani] montem.

— Pline, Panip., U et 12 : a [Barbari] sustulerant animos et jugum excusse* faut, nec jam nobiscum de sua libertate, sed de nostra servitute certabant, ac ne indutias quidem nisi aequis condicionibus inibant, legesque, ut acciperent, dabant... Accipimus (sous Trajan) obsides ergo, non emimus, née ingentiboa danmis immezulsque muneribus paciscimor ut vicerimui. a

GÛBRHBS. 233

lettre gu^il prétendait être de ce roi , mais qu'on disait écrite par lui-même (1).

Domitien revint ensuite à Rome où, comme nous Tàvons vu, il triompha des Daces en même temps que des Gattes, à la fin de Tannée 89 (2). S*il f^ut en croire les écrivains hostiles à l'empereur, les trophées qu'il fit porter devant son char n'avaient pas été pris sur Tennemi, mais tirés du garde-meuble impérial (3). Le Sénat lui décerna le titre de Dacicus (4) et décréta Térection d'une statue équestre de l'empereur sur le forum romain (5). « On lui décerna, dit Dion Cassius, tant d'honneurs que, pour ainsi dire, tout l'univers qui était sous sa domination fut rempli de ses images et de ses statues d'argent et d'or (6). » Des jeux somptueux furent célébrés (7) et les poètes redoublèrent de flatte* ries (8). Martial fit Tépitaphe de Cornélius Fuscus qu'il regardait désormais comme vengé (9) : « Ici repose Fuscus, qui veilla sur la personne sacrée de César, du Mars en toge ; Fuscus, à qui fut confiée la garde de la demeure du maître de l'univers. fortune ! il est permis maintenant de l'avouer : cette pierre n'a plus à craindre les menaces de l'ennemi. Le Dace a courbé sa tête sous le joug et Tombre victorieuse du mort repose dans une forêt soumise à l'esclavage. »

Cependant cette guerre ne terminait rien : Domitien lui-même le comprit. Malgré sa vanité, il ne porta pas le nom de Daci-

(i) Dion Cassius, loc, cit.

(2) Voir page 198. — Cf. Dion Cassius, LXVII, 7 et 8. Stace, Théb&ide, I, 18 : 6 Âxctoos triumphos »; Silves^ III, 3^ 118.

(3) Dion Cassius, LXVII, 7. Pline, Panéy., 16. Tacite disait, — car c'est peut-être à loi qu'Orose (VII, 10) emprunte cette phrase (De la Berge, Tr^'an, p. 37, n. 5) — : c Pravissima elatus jactantia sub nomine superatorum hostlum de extinctis legionibus [Domitianus] triumphavit. » Cf. Dion, LXVII, 9, in Jine, Pline le Jeune considère le triomphe de Trajan, & la suite de la guerre de 101-102, comme le premier qui ait été célébré sur les Daces {Lettres, VIII, 4, 2).

(4) Martial, préface du livre VIII : a Imperatori Domitiano Caesari Augusto Germanico Dacico. »

(5) Voir plus haut, p. 104. — L'inscription C. /. L. , VI , 1207, ne se rapporte pas aux victoires de Domitien sur le Rhin et le Danube ; voir Asbach, Westdeutsche Zeitechrift, III, 1884, p. 16, n. 8 ; VI, 1887, p. 232.

(6) Dion Cassius, LXVII, 8.

(7) Voir plus haut, p. 199 et suiv.

(8) Stace, Silves, I, 1; cf. IV, 2, 66. Martial, V, 19; VI, 4; VI, 10. Voir ausisi Florus, p. 106, édit. Halm (cf. Lafa/e, De poetarum et oratorum certaminibuê apud veteres^ p. 83).

224 ESSAI SUR LE RÈGNE DE L*EMPER£tJR DOMITIEN.

eus (1), et , trois ans après, il dut retourner sur le Danube pour faire une nouvelle expédition contre les Barbares. Cette fois, ce ne furent pas les Daces qu'il combattit, mais les Jazyges, ainsi que les Marcomans et les Quades devant lesquels il avait dû s'enfuir dans la guerre précédente.

Goiitre eux, il s'était assuré Talliance de plusieurs peuples germains. Les Semnons , qui étaient des Suëves, habitaient au nord de la Bohême (2). Leur territoire était très étendu , et ils exerçaient sur tous les peuples qui appartenaient à la même race qu'eux une sorte de suprématie religieuse (3). Domitien entretint avec eux des relations amicales (4). Leur roi Masyos et la vierge Qanna qui, comme Velléda, rendait des oracles (5), vinrent le trouver (6) et s*en retournèrent dans leur pays après avoir été traités par lui avec honneur (7). Les Lygiens, qui habitaient la Silésie actuelle (8) et étaient depuis longtemps en hostilité afvec les peuples de la Bohême et de la Moravie (9), avaient été battus par des Suèves. Ils envoyèrent demander du secours à l'empereur. Celui-ci ne voulut pas faire intervenir son armée dans ces querelles de barbares (10), mais, pour témoigner sa sympathie aux Lygiens , qui pouvaient au besoin opérer une utile diversion contre les Marcomans et les Quades, il leur envoya cent

(1) On ne trouve ce nom que dans le texte de Martial mentionné plus haut, n n'est {çuére probable que Domitien n'ait pas pris le titre de Dacicus parce que les Daces étaient peu estimés, de môme qu'à cause du mépri» qu'inspiraient les Juifs , Vespasien et Titus ne se firent pas appeler Judaici (Dion Cassius, LXVI, 7). Les guerres qui avaient précédé le triomphe de 89 avaient prouvé que les Daces n'étaient pas des ennemis à dédaigner.

{%) Velleius Paterculus, II, 106. Ptolémée, II, 11, 8. Voir Riese, Metnf- 8che9 Muséum, XLIV, 1889 , p. 342.

(3> Tacite*, Germ,, 39;

(4) Ils dis valent être mal disposés pour les Mtircomans. Ifarbode les avait autrefois soumis ^Straboa» VII, 1, 3} ; mai» ils s'étaient révoltée ensuite avec l'aide d'Arminius (Tacite, Annales, II, 45).

(6) Sur l'autorité de ces prophétesses, voir Tacite, Hi»t., IV, 6t; Germ,, 8.

(6) Probablement pendant que Domitien était sur le Danube, cso* il est pea vraisemblable qu'ils soient allés jusqu'à Rome.

(7) Dion Cassius, LXVII, 5.

(8) Ptolémée, II, 11 , 10. Tacite, Germanie, 43. L'auteur de l'extrait de Dion Cassius, qui rapporte ce fait, dit : « iv t^ VbtvUf lL<ijio%; • mais c'est manifestement une erreur.

(9) Marbode les avait autrefois soumis (Strabon, VII, 1, 3). En 50, ils renversèrent Vanniusi ro> des MarooKianfret des Quades (Tacite» Annaloêf XII, 29 et 30).

(10) Claude avait agi de même en 50 (Annales, XII, 29).

cavaliers. Les Suëves, irrités de ce secours donné à leurs ennemis, s'allièrent aux Sarmates Jazyges et s'apprêtèrent à passer le Danube (i). Par ce mot Suèves, dont se sert Dion Cassius, il faut entendre les Marcomans et les Quados (2). Nous savons , en effet, par Stace (3), que Domitien fit, en 92, la guerre aux Marcomans en même temps qu'aux Sarmates, et, d'autre part, ces Suëves devaient être voisins des Sarmates dont ils devinrent les alliés. C'étaient donc les habitants de la Bohême et de la Moravie (4).

Suétone nous apprend que les Sarmates massacrèrent une légion avec son légat (5). Certains savants (6) ont pensé que ce fut la V Alaudae, mais cette légion dut être supprimée par Vespasien (7). Il convient plutôt de penser à la XXI Rapax (8), qui avait dû quitter Mayence en 89, après la révolte d'Antonius (9). Elle n'est pas mentionnée, semble-t-il, à une époque postérieure à Domitien (10).

L'empereur partit alors de Rome et enti*éprit une troisième ex-

(1) Dion Gassius , LXVII, 5 (extrait isolé). — L'affaire des Lygiens ayant provoqué l'alliance des Suëves et des lazyges contre l'empire» alliance que d'autres textes nous permettent de constater lors de la guerre do 92 (voir note 3 et les inscriptions citées plus bas), c'est ici que j'ai cru devoir placer le récit de cette affaire.

(2) Cf. Tacite, Germante, 42; Histoires, TII, 5; les inscriptions citées plus bas, et C. J. L. V, 7426.

(3) SUt76t, III, 3, 170 :

(clementia Domitiani) qaae modo Marcomannos post horrida beUa, ▼agoique Sauromatas Latio non est dignata triampbo.

(4) Les Marcomans et les Quades sont toujours présentés comme unis & cette époque (Dion Cassius, LXVII, 7; Tacite, Germanie, 42.

(5) Domitien, 6. — C'était une légion de Pannonie (cf. Tacite, Agricola^ 41).

(6) Grotefend, dans Pauly, Real-Encyclopàdie , IV, p. 881; Pfitzner, G«schichte der rômischen Kaiserlegionen^ p. 76 ; Pichlmayr, T. Flavius Domitianus, p. 69; Ritterling, De legione Romanorum X Gemina, p. 66, n. 1; p. 72, n, 2.

(7) Borghesi, Œuvres, IV, p. 217; Asbach, Bonnische Jahrbûcher^ LXXXI, 1886, p. 41, n. 1; Mommsen, Rômische Geschichte, V, p. 130.

(8) Comme le font Borghesi {Œuvres, IV, p. 251), Renier {Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1872, p. 427), Schiller {Geschichte der rômiêchen Kaiserzeit, 1, p. 531), Robert {Légions du Rhin, p. 22-23).

(9j Voir chapitre VII.

(10) Voir plus haut, p. 157. — Le nom de la légion XXI Rapax semble av oir été martelé sur une inscription de Vindonissa (Mommsen, Inscr, confoeder, Helvet,, n* 248 : c'est du reste le seul exemple que l'on puisse citer) : ce qui 8*expUqae peut-être par la défaite honteuse subie par cette légion en Q2.

226 BS8AI 8UB LE BÈGNB DE l'eMPEREUH DOMTTTEN.

pédition sur le Danube (1). La date peut en être fixée avec certitude (2). On sait par Martial que Terapereur resta absent de Rome un peu moins de huit mois (3) et qu'il y revint un !•' ou un 2 janvier (4). Il partit donc en mai. Quant à Tannée, les épigrammes de Martial prouvent que cette campagne fut postérieure au double triomphe de la fin de 89, puisque ce triomphe était célébré lors de la publication des livres V et VI (5), tandis que l'expédition suévo-sarmatique n'était pas complètement terminée quand le livre VII parut (6). Depuis 89 jusqu'à sa mort, Domitien ne reçut plus qu'une salutation impériale, la XXII®, entre le 14*juin 92 (7) et le 13 juillet 93 (8). C'est sans doute à l'expédition dont il s'agit qu'il faut la rapporter. Par conséquent, la guerre contre les Suèves et les Sarmates doit se placer soit entre le mois de mai 92 et le mois de janvier 93, soit entre le mois de mai 93 et le mois de janvier 94. Mais nous savons d'autre part que, dans la seconde moitié de 93, Domitien était en Italie. Tacite dit qu'à l'époque de la mort d'Agricola, le 23 août 93, « Messalinus insinuait ses perfides conseils au fond du palais d'Albano (9). » Les procès de Rusticus Arulenus, d'Uerennius Sénéciou, etc., et l'expulsion des philosophes, faits qui eurent lieu à la fin de 93 (10), supposent la présence de Domitien à Rome. Tacite nous apprend d'ailleurs (il) que Domitien assista aux débats judiciaires. En outre, si l'empereur avait reçu sa XXII^ salution entre le mois de mai et le 13 juillet 93, dès le début de l'expédition, il aurait dû, semble- 1- il, en recevoir d'autres pendant le reste de la cam-

(1) Suétone, loc. cit. — Martial, IX, 101, 17 :

Gomna Sarmatict ter perfida contndit fiistri , BudaDtem Getica ter nWe lavit eqaum.

Sur la guerre suévo-sarmatique, voir Mommsen, Etude sur Pline le Jeune, traduction Morel, p. 89 et suiv.; Asbach, Bonnische Jahrbûchery LXXXI, 1886, p. 37 et suiv.

(2) Voir, à ce sujet, Stobbe, Philologus, XXVI, 1867, p. 48 et suiv.; Marquardt, Staatsverwaltung ^ I, 2* édit., p. 362, n. 4. Friediânder, édition de Martial, p. 58 et suiv.

lona quater binos uvx tota peregerat orbes.

(4) VII, 8; VIII, 2; VIII, 4; VIII, 8, et Friedlânder, loc. cit., p. 60.

(5) Voir plus baut, p. 199.

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