CHAPITRE PREMIER
DOiaTIBN AVANT SON RÈGNE.
Domitien (Titus Flavius Domitianus) (1) naquit le 24 octobre 51 (2), dans un lieu de la sixième région de Rome appelé « Malum Punicum , » où il fit élever plus tard un temple de la famille fiavienne (3). Vespasien , son përe, était alors consul désigné (4). Domitieu fut assez abandonné dans son enfance. Sa mère Domitilla mourut, semble-t-il, quand il était encore très jeune (5) : quant à Vespasien , des affaires d*état et des disgrâces Féloignèrent de Rome à plusieurs reprises depuis Tannée 51 (6).
(1] Nulle part on ne trouve le nom complet de Domitien. C*est par une conjecture probablement inexacte, car elle est contraire à l'usage, que Franz a restitué dans une inscription grecque (C. /. G., n* 5043) : o [t. 4»Xa. A]o(ii- TiowoO. s Mais ceux qui , sous les trois empereurs llaviens, reçurent le droit de cité par bienfait du prince s'appelèrent tous T. Flavius (voir en particulier Kaibel, Inscriptiones graec&e Siciliae et lialiaef n* 746 ; cf. Friedlânder, Sittengeschichte RomSj II, 6* édit., p. 634), ce qui prouve que Domitien avait pour prénom Titus , comme son père et son frère.
(2) Suétone, Domitien , 1 : o Natus est ix kal. novemb. » Cf. C. /. L., X, 444. Dion Gassius (LXVII, 18) dit que Domitien vécut quarante-quatre ans, dix mois, vingt-six jours. Or il mourut le 18 septembre 96 (Suétone. Domi-
(3) Suétone, Domitien, 1. Martial, IX, 20. Voir chapitre IV.
(4) Suétone, loc, cit, — Il fut consul du 1" novembre au 31 décembre (Suétone, Vespasien ^ 4).
(5) Elle mourut en tout cas avant 69 (Suétone, Vespasien, 3). (^ Suétone, Vespasien, 4.
4 B8SAI SUR LK RÈONK DE l'bMPBBBOH DOMITIBN.
Titus, frère de Domitien, âgé de dix ans de plus que lui (1), quitU tôt la maison paternelle, pour vivre à la cour d abord, puis
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Son p?re avait été en 67 chargé de réprimer la révolte des Juifs. Anrès la mort de Néron, il avait successivement reconnu Galba, ofhVn Vitellius. Mais craignant d'êtro sacrifiées aux troupes de Germanie qui soutenaient Vitellius, les légions d'Egypte de S et de Syrie conférèrent l'empire à Vespasien OmUet 69), e cSles des pays du Danube (Mésie, Pannonie. Dalmatie) suivirent
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(1) Titus naquit le 30 décembre 40 ou 41 (voir PhilologUcHer Anzeiger, XVI 1886, p. 552). __ «
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DOMITIBN AVANT SON RÈGNK. S
rent à pénétrer, dit-on , jusqu'à Domitien , et lui indiquèrent un lieu où il trouverait asile et protection. Le jeune homme eût bien voulu se réfugier auprès des troupes flaviennes, qui avaient déjà traversé les Apennins, mais il n'osa pas se fier à ses gardiens, quoiqu'ils lui eussent promis de raccompagner dans sa fuite (1). Le 18 décembre 69, Vitellius, qui avait appris les trahisons et les défaites des siens sans rien faire pour les empêcher, se décida à abdiquer. Flavius Sabinus, frère de Vespasien, et alors préfet de la ville, lui promit la vie sauve. Mais le peuple et les soldats de l'armée de Germanie qui se trouvaient encore à Rome le forcèrent à garder le pouvoir impérial, et Sabinus, menacé par eux, dut se retirer avec les cohortes urbaines et quelques sénateurs et chevaliers sur le Capitole , où il se fortifia. Il y fit venir de nuit ses flls et Domitien , croyant ainsi les mettre en lieu sûr (2). — Mais le lendemain (19 décembre), la colline sacrée fut prise d'assaut par les Vitelliens, le temple de Jupiter brûlé, Sabinus fait prisonnier, puis égorgé. La plupart de ses compagnons périrent. — Retiré dès la première attaque chez le gardien du temple, Domitien y passa la nuit. Le lendemain matin il se revêtit d'une tunique de lin , comme un prêtre d'Isis , et se joignant à quelques serviteurs de cette déesse, il descendit du Capitole sans être reconnu : puis il alla se cacher près du Vélabre chez Cornélius Primus, client de son père (3).
(!) Tacite, Hist,, III, 59.
(2) Tacite, HisL, III, 69. Suétone, Domitien, l. Dion Cassius, LXV, 17. Joséphe, Guerre de Judée, IV, li^ 4.
(3) Tacite, Hist.^ III, 74. Suétone, Domitien, 1. Les deux récits diffèrent un peu. Selon Suétone , Domitien se serait réfugié au delà du Tibre , chez la mère d'un de ses condisciples. Voir encore Dion Cassius, LXV, 17. — Plus tard, les flatteurs de Domitien rappelèrent fréquemment cet épisode. Stace, Thébatde, I, 21 :
Oefenia prius vix pubescentibus annia bella Jovia.
SHves, I, 1, 79
Tn belU Jovis, tu praelia Rbeni...
loDgo marte domas.
Silius Italiens, Punica, III, 609 [Prophétie de Jupiter] :
Nec te tarrnerint Tarpeii culmiais ignés :
•acrilegas inter flammas servabere terria.
Martial, IX, 101, 13 :
Adaeruit poasesaa malia Palalia regnis prima aao geaail pro Jove bella puer.
Pour Josèphe [Guerre de Judée, IV, 11, 4), le salut de Domitien fut l'effet d'un miracle : h daiiAoviuTspov 6iaaa>(;ETQ(i. » — Domitien lui-même fit un
4 ESSAI SUE LE RÈGNE DE l'eMPEREUR DOMITIEN.
Titus, frère do Domitien, âgé de dix ans de plus que lui (1), quitta tôt la maison paternelle, pour vivre à la cour d'abord, puis dans les camps (2).
L'éducation de Domitien fut négligée. Il fut laissé dans la gêne par Vespasien, alore assez pauvre (3) : on raconta même que dans sa jeunesse il s'était vendu plusieurs fois (4). Nous ne savons rien de plus sur ses premières années.
Son père avait été en 67 chargé de réprimer la révolte des Juifs. Après la mort de Néron, il avait successivement reconnu Galba, Othon , Vitellius. Mais craignant d'être sacrifiées aux troupes de Germanie qui soutenaient Vitellius, les légions d'Egypte, de Judée et de Syrie conférèrent l'empire à Vespasien (juillet 69), et celles des pays du Danube (Mésie, Pannonie, Dalmatie) suivirent leur exemple.
Le nouveau prince se rendit en Egypte : il voulait vaincre par la famine Rome qui tirait de cette contrée la plus grande partie de ses approvisionnements de blés ; il désirait aussi ne pas compromettre sa réputation dans une guerre civile. Le gouverneur de Syrie, Mucien , qui avait décidé Vespasien à accepter le pouvoir suprême , fut chargé de conduire une armée en Italie par l'Asie Mineure, laThrace, l'IUyrie. Mais les légions danubiennes, sous la conduite d'Antonius Primus , le devancèrent. Victorieuses à Crémone , elles se dirigèrent vers Rome , passèrent les Apennins et arrivèrent à Ocriculum (au sud de Narni), où elles attendirent Mucien.
Pendant ces événements » Domitien se trouvait à Rome. Vitellius , pensant que le fils de son rival pourrait lui servir d'otage , le fit garder. Il n'avait d'ailleurs formé aucun mauvais projet contre lui, espérant par cette conduite modérée sauver la vie des siens en cas de défaite. Des envoyés d'Antonius Primus parvin-
(1) Titus naquit le 30 décembre 40 ou 41 (voir Philologischer Anzeiger, XVI, 1886, p. 552).
(2) Suétone, Titus, 2 et 4. Tacite, Histoires, II, 77.
(3) Vespasien se trouva dans de grands embarras pécuniaires après son proconsuiat d'Afrique (Suétone, Vespasien, 4. Tacite, Hist.^ III, 65).
(4) Suétone, Domitien, 1 : « Pubertatis ac primae adulesccntiae tempus tanta inopia tantaque infamia gcssisse fertur, ut nullum argenteum vas in usu haberet. Satisquo constat Clodium Pollionem, praetorium vinim, ...chirographum ejus conservasse et nonnumquam protulisse noctem sibi poliicentis ; nec defuerunt qui adfirmarent corruptum Domitianum et a Nerva, successore mox suo. » -^ Il faut remarquer que Suétone est fort peu affirmatif : c Fertur, satis constat, nec defuerunt qui adfirmarent. » — Voir encore Juvénal, Satires, IV, 105, et le scoliaste (édition Jahn-Bûcbeler).
DOMITIBN AVANT SON RÈ6NK. 5
rent à pénétrer, dit-on , jusqu'à Domitien , et lui indiquèrent un lieu où il trouverait asile et protection. Le jeune homme eût bien voulu se réfugier auprès des troupes flaviennes, qui avaient déjà traversé les Apennins, mais il n'osa pas se fier à ses gardiens, quoiqu'ils lui eussent promis de raccompagner dans sa fuite (1). Le 18 décembre 69, Vitellius, qui avait appris les trahisons et les défaites des siens sans rien faire pour les empêcher, se décida à abdiquer. Flavius Sabinus, frère de Vespasien, et alors préfet de la ville, lui promit la vie sauve. Mais le peuple et les soldats de l'armée de Germanie qui se trouvaient encore à Rome le forcèrent à garder le pouvoir impérial, et Sabinus, menacé par eux, dut se retirer avec les cohortes urbaines et quelques sénateurs et chevaliers sur le Capitole , où il se fortifia. Il y fit venir de nuit ses fils et Domitien , croyant ainsi les mettre en lieu sûr (2). — Mais le lendemain (19 décembre), la colline sacrée fut prise d'assaut par les Vitelliens, le temple de Jupiter brûlé, Sabinus fait prisonnier, puis égorgé. La plupart de ses compagnons périrent. — Retiré dès la première attaque chez le gardien du temple, Domitien y passa la nuit. Le lendemain matin il se revêtit d'une tunique de lin , comme un prêtre d'Isis , et se joignant à quelques serviteurs de cette déesse, il descendit du Capitole sans être reconnu : puis il alla se cacher près du Vélabre chez Cornélius Primus , client de son père (3).
(!) Tacite, Hist., III , 59.
(2) Tacite, HisL, III, 69. Suétone, Domitien, 1. Dion Cassius, LXV, 17. Josèphe, Guerre de Judée, IV, li,. 4.
(3) Tacite, Hist,, III, 74. Suéto'ne, Domitien, 1. Les deux récits diffèrent un peu. Selon Suétone, Domitien se serait réfugié au delà du Tibre, chez la mère d'un de ses condisciples. Voir encore Dion Cassius, LXV, 17. — Plus tard , les flatteurs de Domitien rappelèrent fréquemment cet épisode. Stace, Thébaide, I, 21 :
Oefensa prius vix pubescentibus annis bella Jovis.
Silves, I, 1, 79
Ta bella Jovis, ta praelia Rbeni...
loDgo marte domas.
Silius Italiens, PunicRy III, 609 [Prophétie de Jupiter] :
Nec te terraerint Tarpeii culminis ignés :
sacrilegas inter flammas servabere terris.
Martial, IX, 101, 13 :
Adseruit possessa mails Palatia regnis prima sao gessit pro Jove bella puer.
Pour Josèphe (Guerre de Judée, IV, 11, 4), le salut de Domitien fut l'effet d*un miracle : a dat{iovitaTEpov 6iaaa>CETai. » — Domitien lui-même fit un
6 B8SAI SUR LB RÈ6NB DB l'BICPBREUR DOMITIBN.
Le 20 décembre (1), Antonius Primas, accouru en toute hâte sur ravis de Sabinus , entra dans Rome , se rendit maître de la ville et Yitellius fut massacré. Le jour étant sur son déclin, et la peur ayant dispersé les sénateurs et les magistrats, dont les uns étaient sortis de Rome , les autres cachés chez leurs clients , le Sénat ne put être convoqué. Domitien, ne voyant plus d'ennemi à redouter, se rendit auprès des chefs victorieux et fut salué du nom de César; puis les soldats, toujours en armes , le conduisirent à la maison de son père (2), quMI quitta du reste bientôt pour aller habiter sur le Palatin, dans la demeure impériale (3).
Le lendemain (4) (21 décembre) , le Sénat reconnut Yespasien comme empereur. Yespasien et Titus furent élus consuls pour 70 ; Domitien reçut la préture avec Vimperium consulaire (5). Peu de temps après (6), Mucien entra dans Rome : il conduisit le prince au milieu des troupes et lui fit adresser une harangue aux soldats (7). Domitien se présenta aussi au peuple, devant lequel Mucien déclara que le fils de Yespasien gouvernerait jusqu'à l'arrivée de son père (8). — Le premier janvier 70, Julius Frontinus, préteur urbain , entra en charge , mais bientôt il se retira et Domitien put prendre possession de la préture (9). Il exerça les droits
poèmo sur la guerre du Gapitole (voir plus loin), et témoigna ta reconnaissance à Jupiter Custos en lui élevant, à la place oh était auparavant le logement du gardien, une chapelle, puis un temple (voir chapitre IV).
(1) Il faut observer pourtant que la chronologie de ces événements n'est pas connue d'une manière certaine. Yitellius fut peut-être tué le 23 décembre. Voir Lenain de Tillomont, Histoire des Empereurs, l, p. 622.
(2) Tacite, Hist., 111,86. Suétone, Domitien, i. 11 est probable que les légions d'Orient, quand elles proclamèrent Yespasien empereur, au mois do juillet 69, reconnurent en même temps ses deux fils comme Césars. Aussi trouve-t-on des monnaies de Yespasien, antérieures, semblo-t-ii, au 21 décembre 69, qui portent au revers : Titus et DomitiAn{us) Caesares, prin- {cipes) juven{tutis), Yoir Eckhel, Doctrina numorum veterum, VI, p. 320 et 367. Cohen, Description des monnaies frappées sous Vempire romain, I, 2» édit., Yespasien, n- 542; cf. 52, 539-541, 545.
(3) Tacite, Hist., lY, 2.
(4) Il est fort vraisemblable, en effet, que, dès le lendemain de la mort de Yitellius, le Sénat fut convoqué pour reconnaître Yespasien.
(5) Tacite, Hist,, IV, 3. Suétone, Domitien, 1. Dion Gassius, LXVI, 1. — Voir Mommsen, Staatsrecht, II, 3* édit., p. 650.
(6) Josèphe (IV, 11, 4) dit que Mucien entra dans Rome dès le lendemain du jour où ftit tué Yitellius; mais c'est peu vraisemblable. Voir la suite des événements au début du livre IV des Histoires.
(7) Dion Cassius, LXV, 22.
(8) Josèphe, IV, U, 4.
(9) Tacite, Hist., IV, 39. — On a des monnaies de 70, sur lesquelles Do-
que lui donnait Vimperium consulaire d'autant plus librement que les deux consuls du premier nundinum de 70 furent Yespasien et Titus , absents de Rome, et que Petillius Cerialis, un des consuls du second nundinum ^ quitta probablement la ville avant d'entrer en charge (1). — Le nom de Domitien figura en tôte des lettres ofBlcielles et des édits (2).
Inconnu six mois auparavant, Domitien devint alors le personnage le plus en vue de Rome. Par suite de Téloignement de son përe et de son frère et du meurtre de Sabinus, il y représentait seul la famille impériale (3). Tandis que Yespasien et Titus, restés en Orient, avaient laissé les événements suivre leur cours, il s'était vu exposé à de graves dangers qui attiraient sur lui la sympathie. — Des idées ambitieuses s'éveillèrent dans l'esprit de ce jeune homme de dix-huit ans , qui jusque-là avait vécu isolé et pauvre , et n'avait jamais pris aucune part aux affaires publi* ques. Infatué de sa fortune subite, mal conseillé (4), il se mit en tête de diriger l'Etat (5) , négligeant comme trop mesquins les devoirs que lui imposait sa charge de préteur (6).
Mais les circonstances étaient trop graves pour que le gouvernement pût lui être abandonné. A Rome, le Sénat manifestait des velléités d'indépendance ; les troupes vitelliennes devaient être licenciées ou écartées de l'Italie; les Flaviens voulaient ôtre
mitien ost qualifié do praelor. Voir Gohon , Vespasien , Titus et Domitien 1. 1, p. 424 , n* 6 : Imp{erator) Caesar Vespasianus Auglustus) tr{ibunicia p{ote8tate). ^ Caesar Aug{u8ii) f{ilius) co[n)8{ul), Caesar Aug{u8ti) [{ilius pr(aetor). Cf. n" 3 (avec la correction do Pick, Zeitschrift fur Numismatih XIV, 1886, p. 363), 4, 5, 12, 14.
(1) Josèpho, VII, 4, 2. oh il faut lire : « eU FepitavCav iatUsai, » Mucien et Domitien avaient quitté Rome avant le 2! juin 70 (voir p. 11, n.7), et Ton sait que le départ do Cerialis eut lieu avant le leur (Tacite, Hist,y IV, 68, 71, 85). — Cerialis dut être désigné consul pour le second nundinum de 70, du 1*' mai au 31 août (voir Asbach , Jahrbûctier des Vereins von Alterthumsfreunden im Rheinlande, LXXIX, 1885, p. 129-130).
(2) Tacite, Hist,, IV, 39.
(3) Sabinus, frère de Vespasien, laissait, fl est vrai, deux fils : T. Flavius Sabinus et T. Flavius Clemons; mais ils étaient, semble-t-il, en bas âge* Petillius Cerialis était proche parent de l'empereur, mais par alliance (Tacite, Hist,, III, 59. Dion Cassius, LXIV, 18).
\A) Tacite, Hwt., IV, 39; IV, 68 : « pravis impulsoribus. »
(5) Tacite, Hist., IV, 39. Dion Cassius, LXVI, 3 : « oùôèv yàp (iixpôv iuevoei. »
(6) Suétone, Domitien, 1 : « Honorcm praeturae urbanae consulari potestate suscepit titulo tonus ; nam jurisdictionem ad collcgam proximum ^ranstulit. »
8 BSSAI SDR LB RÈGNE DE L*BMPBRBUR DOICITIBN.
récompensés de leur victoire, et après leur entrée dans Rome, ils s'étaient montrés fort disposés à piller la ville; une grande révolte venait d'éclater sur le Rhin et menaçait de se répandre dans toute la Gaule; on savait que T Afrique n'était pas favorable à Yespasien et on disait même qu'elle s'était soulevée.
D'ailleurs ni Mucien, ni Yespasien n'auraient souffert que Domitien prît en main la direction de l'Etat. Mucien se vantait publiquement d'avoir disposé du pouvoir suprême au profit de Yespasien. Pendant l'absence de celui-ci, il voulut être empereur de fait, et Yespasien le lui permit, car il avait toute confiance en son habileté. Il l'autorisa à rendre des décrets, sous la seule réserve qu'il mettrait en tête le nom de l'empereur et lui envoya même son anneau pour en marquer les décisions qu'il publierait (1). En un mot, l'ancien légat de Syrie sembla pendant plusieurs mois • un homme associé à l'empire, plutôt que le ministre de l'empereur (2). » Domitien dut agir sur ses avis et avec son concours (3). — D'ailleurs Mucien , pour ménager sa vanité , eut la prudence de lui laisser en apparence une certaine initiative.
Le jour où Domitien, devenu préteur, fit son entrée au Sénat, il y fut bien accueilli. Il dit sur l'absence de son père et de son frère et sur sa propre jeunesse quelques mots pleins de convenance que la grâce de son maintien faisait valoir : on prit pour de la modestie la rougeur qui couvrait à chaque instant son visage. Il demanda que la mémoire de Galba fût réhabilitée. Mais il refusa de communiquer au Sénat les registres du palais qui auraient fait connaître les délateurs du règne précédent, et dé- Clara que sur une telle affaire, il allait consulter l'empereur (4). A la séance suivante, il recommanda l'oubli des injures et des haines ; il allégua les nécessités des temps malheureux qui avaient précédé. Mucien soutint le même avis, mais en des termes plus discrets encore (5). Peu après, une loi présentée par Domitien aux comices révoqua les consulats que Yitellius avait conférés (6). Dans ces différentes circonstances , le fils de Yespasien , tout en
(1) Tacite, HisU, IV, 4; IV, 11. Dion Cassius, LXVI, 2.
(2) Tacite, HisL, II, 83; cf. IV, 39.
(3) Tacite, Agricola^ 7 : « Initia principatns ac statum Urbis Mucianus rogebat, juvene admodum Domitiano. »
(4) Tacite, Hist., IV, 40.
(5) Tacite, Ht»l., IV. 44.
(C) Tacite, HisL, IV, 47. Cf. Mommsen , Slaaisrechl , I, 3» édit., p. 030, n. 4; H, p. 930, n. 4 ; III, p. 346, n/ 4. — Vitellius avait fait désigner les consuls pour dix années (Suétone, Vitellius^ 11 ; Tacite, i/tsi., IIl, 55).
condamnant les actes d*Othon et de Yitellius, chercha à empêcher des représailles qui eussent déshonoré le nouveau règne.
D'accord avec Mucien, Domitien s'efforça de régler Tétat de la garde prétorienne. Les soldats de ce corps , que Vitellius avait licenciés, demandaient à y reprendre leur place; les légionnaires, auxquels on avait promis de les admettre dans la garde, voulaient qu'on leur tînt parole ; enfin il semblait difficile de renvoyer les prétoriens de Yitellius, sans provoquer des désordres sanglants. Pour se débarrasser de ces derniers, Domitien vint au camp leur oITrir des terres. Ils les refusèrent et demandèrent de continuer h servir et à recevoir la paye : c'étaient des prières, mais des prières qui ne souffraient pas de contradiction. On leur laissa donc leur rang de prétoriens, et on ne les congédia ensuite que les uns après les autres, la plupart avec honneur (1).
Il fallait aussi que le gouvernement nouveau fût sûr de la fidélité de ceux qui exerçaient des fonctions publiques. En un seul jour, Mucien et Domitien distribuèrent plus de vingt emplois importants à Rome et dans les provinces; ce qui fit dire à Yespasien qu'il s'étonnait que son fils ne lui envoyât pas aussi un successeur (2).
Du reste, Domitien fit preuve de quelques qualités. On n'eut, pendant que son père fut absent, aucun reproche do cupidité ou de cruauté à lui faire; il montra, au contraire, une sensibilité outrée ot même ridicule. Suétone prétend que s'étant souvenu de ce vers de Yirgile :
Impia quam caesis gens est epulata juvencis.
il songea à faire un édit pour défendre qu'on immolât des bœufs (3).
Mais, malgré les apparences, Domitien comprenait qu'il jouait un rôle subalterne, et son orgueil en était blessé. II protesta par de brusques coups d'autorité contre une situation qu'il regardait comme indigne de lui (4). « Il exerça, » dit Suétone (5), « le
(1) Tacite, HiaL, IV, 46.
(2) Zonaras, XI , 17, p. 492-493 (édiUon Pinder). Dion Gassius , LXVI . 2. Saétone, Domitien^ 1.
(3) Suétone, Domitien, 9.
(4) Suétone, Domitierif 12 : (x Ab juvcnta... confidens, et tum verbis, tum rcbus immodicus. » Tacite, Hist.^ IV, 39 : « Vis pencs Mucianum erat, nisi quod pleraquc Doinitianus , instigantibus amicis, aut propria libidino audebat. » Cf. Agricola, 7.
(5) Domitien, 1.
10 ESSAI SUR LE RÈfi^NB DE L*E1CPBRBUR DOICITIBN.
pouvoir du manière si arbitraire que, dès lors^ il montra ce qu*ii devait être plus tard. » Il témoigna une grande malveillance à Mucien et devint Tami de deux de ses adversaires politiques, Antonius Primus et Arrius Varus (i). C'était Antonius qui avait vaincu les Yitelliens; cependant Mucien, malgré de flatteuses promesses, ne lui avait pas permis de prendre une part active au gouvernement (2). Quant à Varus, il occupait alors la fonction de préfet du prétoire (3); compagnon d'armes d'Antonius pendant la guerre civile, dans laquelle il s'était fort distingué, il était, comme son ancien chef, suspect au tout-puissant ami de Yespasien (4). Mucien lui retira son commandement, mais il ne voulut pas faire un affront trop sensible au fils de l'empereur. Varus reçut la préfecture de l'annone, et son successeur fut un homme très aimé de Domitien, et qui tenait par alliance à la famille impériale, M. Arrecinus Clemens (5).
Ce fut surtout à l'occasion des guerres qui se firent aloi-s sur le Rhin que Domitien manifesta ses desseins ambitieux et qu'il eut à subir de pénibles humiliations. — Les Bataves, les Cannénéfates, les Prisons s'étaient révoltés sous la conduite de Civilis, et les peuples de la Germanie occidentale, désireux de piller le territoire romain, s'étaient joints à eux. Les Tréviros et les Lingons, commandés par Classicus, Julius Tutor et Julius Sabinus, avaient proclamé l'empire indépendant des Gaules, que reconnurent bientôt les Vangions, les Triboques, les Caracates, les Ubiens, les Tongres. Les légions des deux armées de Germanie avaient été massacrées ou avaient juré fidélité à cet empire gaulois.
Au printemps de l'anncc 70, Pelillius Cerialis, parent de l'empereur, fut envoyé en Germanie et chargé de diriger la guerre contre les rebelles (6). Mais le danger semblait si grand qu'il fut décidé que Mucien et Domitien se rendraient sur les bords du Rhin où dos légions furent appelées de Bretagne, d'Espagne et d'Italie (7). Le prince désirait vivement faire cette expédition, c Impétueux d'espérance et de jeunesse, » comme dit Tacite, il
(1) Tacite, Hist., IV, 68; IV. 80.
(2) Tacite, Hiet , IV, 11; IV, 39.
(3) Tacite, HisL, IV, 2.
(4) Tacite, Hi'st., IV, 39; IV, 68.
(5) Tacite, Hift», IV, 68. Arrecinus Clemens était frère de la première femme do Titus, Arrccina Tertulla (Suétone, Titus, 4. Tacite, loc. cit.),
(6) Tacite, Hisi.^ IV, 68. Joséphe, VII, 4, 2 (sur ce passage, voir Urlichs, De vita Agricolae^ p. 19).
(7) Tacite, Hist., IV, 68: cf. Mommson, Hermès, XIX, 1884, p. 440, n. 1.
se promettait des succès militaires qui lui assureraient une renommée aussi grande que celle de son frère Titus, chargé à cette époque de terminer la guerre de Judée (1). Quant à Mucien, il aurait préféré rester à Rome qu'il redoutait de laisser sans maître ; mais il craignait que Cerialis ne fût pas capable d'étoufTer la révolte, et il voulait accompagner Domitien, dont l'esprit aventureux lui inspirait des inquiétudes (2). Jaloux d'exercer sur l'armée une autorité incontestée, il no permit pas au jeune Gi3sar d'emmener avec lui Antonius Primus, son rival (3). Des nouvelles heureuses le rassurèrent bientôt et dilrent augmenter sou désir de ne pas s'éloigner de Rome : la défaite des Lingons par les Séquanes restés fidèles; le refus que les députés des peuples de la Gaule, réunis àHeims, firent de reconnaître l'empire proclamé pai les rebelles; la soumission des Triboques, dos Vangions, des Caracates; la délivrance de deux légions cantonnées à Trêves et contraintes de jurer fidélité à l'empire gaulois (4). Il opposa donc à l'impatience du jeune César délais sur délais (5), et lui fit donner par des amis de Vespasien le conseil de ne pas entreprendre cette expédition (6).
Cependant Mucien et Domitien se mirent enfin en marche (7) et ils arrivèrent au pied des Alpes. Là, ils apprirent que Petillius Cerialis était entré dans Trêves après une grande victoire. Les Lingons et les Trévires avaient fait leur soumission ; l'empire des Gaules n'existait plus. Il fallait encore vaincre sur le Rhin inférieur les Bataves de Civilis, les Germains, ses alliés, et les révoltés gaulois qui s'étaient réfugiés auprès de lui. Cette guerre pouvait être longue et difiicile, mais Rome n'avait pas à en craindre l'issue. — Alors Mucien exprima une idée qu'il cachait depuis longtemps, mais qu'il feignit de concevoir tout à coup. Il déclara que, puisque la faveur des dieux avait brisé les forces des ennemis, il siérait peu à Domitien d'aller, quand la guerre était pros-
(1) Suétone, Domitien, 2.
(2) Tacite, loc. cit.
(3) Tacite, Hist., IV, 80.
(4) Tacite, Hist,, IV, 67 et suiv.
(5) Tacite, Hfat., IV, 68,
(6) Suétone, Domitien, 2 : « [Domitianus] expoditionom in Galliam Germaniasque... dissnadcntibus paternis amicis inchoavit. »
(7) Mucien et Domitien n'étaient plus à Rome le 21 juin 70. Ce jour-là fut purifié l'emplacement sur lequel devait s'élever le nouveau temple de Jupiter Capitolin. Or ni Mucien, alors consul, ni Domitien ne sont indiqués par Tacite {Hisl., IV, 53) comme ayant pris part à cette importante cérémonie.
12 BSSAI SUR LB RÈGNB DB L'BMPBRBUR DOBIITIBN.
que achevée, prendre sa part de la gloire d'un autre ; si la stabilité de Tempire et le salut des Gaules étaient menacés, la place d*un César serait sur les champs de bataille, mais il fallait laisser à des chefs moins importants les Cannénéfates et les Bataves. Il devait rester à Lyon , d'où il montrerait de près la force et la fortune du principal, sans se commettre dans de vulgaires dangers, et prêt cependant pour de plus grandes occasions (1). — Domitien comprit cette ruse, mais les égards qu'il devait à Mucien lui commandaient la dissimulation. On alla donc à Lyon. Tacite dit, sans l'affirmer cependant, que de ce lieu il envoya, en secret, des courriers à Cerialis : il voulait savoir si ce général lui remettrait, en cas qu'il parût, l'armée et le commandement. « Cette demande, » ajoute l'historien, « cachait-elle un projet de guerre contre son père, ou cherchait-il à s'assurer contre son frère des ressources et des forces? La chose resta incertaine. » Il n'est guère probable que Domitien ait eu la folle pensée de renverser Vespasien, mais peut-être prclendait-il, à cette époque, partager le pouvoir impérial avec Titus (2), après la mort de son père qui avait déjà soixante et un ans. — Cerialis, tout en lui répondant en des termes très mesurés, éluda sa demande comme le caprice d'un enfant, et il ne resta plus à Domitien qu'à retourner en Italie (3). Son séjour à Lyon contribua peut-être à. hâter la soumission des rebelles : Josëphe le dit en termes emphatiques dans son Histoire de la guerre de Judée. Yoici comment il raconte la campagne du jeune César (4) : « A la nouvelle de la révolte, Domitien n'hésita pas, malgré sa jeunesse, à supporter le poids de cette grande guerre : il tenait de son père l'intrépidité, et il avait une expérience supérieure à son âge. Il entreprit donc aussitôt une expédition contre les Barbares. Ceux-ci , informés de son approche, eurent peur et se soumirent; ils s'estimèrent heureux de reprendre leur ancien joug, sans recevoir de châtiment. Après avoir tout fait rentrer dans l'ordre en Gaule , de manière que do nouveaux troubles y fussent désormais à peu près impossibles, Domitien retourna glorieusement à Rome, ayant accompli des
(1) Tacite, Hist., IV, 85.
(2) Voir Suétone, Domitien, 2.
(3) Tacite, Hist, IV, 86.
(4) VII, 4, 2. On lit, dans le quatrième livre des Stratagèmes (qui n'est pas de Frontin, mais peut-être d'un de ses contemporains ; voir Schanz, Philologus, XLVIII, 1889, p. G74 et suiv.), que la cité dos Lingons, en apprenant l'approche de l'armée de Domitien, craignit d'être dévastée et fît sa soumission (IV, 3, 14).
DOMITIBN AVANT SON HË6NB. 13
actions qui , par leur éclat , dépassaient son âge et étaient dignes de son père (1). »
En réalité , cette expédition que le prince avait rêvée si éclatante s'était terminée d'une manière fort mesquine. Loin d'acquérir une renommée militaire, il avait été joué par MucieUi peut-être aussi par Cerialis.
En même temps, Domitien s'était fait une fort mauvaise réputation par ses débauches. Pendant Tabsence de son père, il séduisit un grand nombre de femmes mariées, entre autres Domitia, la flUe de Tillustre Corbulon, vainqueur des Parthes. Quoiqu'elle fût déjà mariée à L. iElius Lamia Plautius iElianus, iirépousa (2).
Yespasien, qui était resté en Egypte, fut informé de la conduite de son second ûls : l'ambition déplacée de Domitien, ses différends avec Mucien, ses désordres lui déplurent fort (3). — Tacite prétond même (4) qu'il se montra si mécontent que Titus, au moment où il quitta l'empereur pour aller achever la guerre juive, crut devoir intercéder en faveur do son frère. Il supplia Ycspasien de ne pas s'irriter sur la foi de vagues accusations et de montrer envers son fils un esprit libre et indulgent, t Ni légions, ni flottes, » disait-il, « ne sont d'aussi fermes soutiens du pouvoir suprême que le nombre des enfants... Le sang forme des liens indissolubles, surtout entre les princes : si d'autres peuvent jouir de leur prospérité , c'est leur famille qui ressent leurs disgrâces. La concorde ne pourra durer entre les frères, si un père n'en donne l'exemple. » L'empereur moins adouci en faveur do Domitien que charmé de l'affection fraternelle de Titus , lui dit de se rassurer et d'illustrer l'Etat par les armes ; que lui-même s'occuperait des soins de la paix et de sa propre maison. — L'entretien dont parle Tacite ayant été secret, son récit mérite évidemment fort peu de confiance. Il a voulu mettre en opposition , comme il le fit probablement dans le reste de ses Histoires (5), et comme le firent aussi Suétone et Dion Cassius, la ij'onérosité de Titus et la perversité de Domitien.
(1) Silius Italicus [Punica, III, 607) so contente de dire :
At eic transcendes, Germanice, faota tuorom, jam puer aaricumo praeformtdate Batavo.
Viiir encore Martial, II, 2, 4, et VII, 7, 3.
(2) Suétone, Domilien, 1. Dion Cassius, LXVI, 3. Tacite, Hisl., IV, 2.
(3) Tacite, Uist., IV, 51. Suétone, Domitien^ 2.
(4) Tacite, HisL, IV, 52.
(5) Voir, par exemple, Hist,, IV, 86.
14 ESSAI SUH LB RÈGNB DE l'eMPERBUR DOMITIBN.
Q^oi qu*il en soit, Domitien savait si bien que son père était irrité contre lui, que, prévoyant le retour prochain de Tempereur, il agit avec plus de prudence après son expédition des Gaules. Autant par blessure d*amour-propre que par crainte d'une disgrâce complète, il renonça tout à fait aux occupations du gouvernement (1). Il se donna les apparences de la simplicité et de la modestie et affecta le goût des lettres (2). ^ Quand Yespasien revint on Italie, au mois d^octobre (3), il mit peu d'empressement à se présenter devant lui, craignant des reproches trop mérités. Mucien et d'autres personnages importants allèrent à sa rencontre jusqu'au port de Brindes; Domitien ne dépassa pas Bénévent (4).
L'empereur, rentré à Rome, dirigea dès lors les affaires publiques. Il ne put ni ne voulut donner à ses deux âls le même rang dans l'Etat. Titus, né en 40 ou 41 , était un homme fait. Doué d'une Intelligence remarquable, d'une mémoire extraordinaire, il avait reçu dans sa jeunesse une éducation soignée. II avait rendu et continuait à rendre d'importants services à son père. C'était par affection pour lui que Mucien s'était déclaré en faveur de Yespasien ; chargé de diriger la guerre de Judée, il illustra le nouveau règne et l'affermit par la prise de Jérusalem, au mois de septembre 70. Ses dehors brillants, sa gloire militaire, des prophéties connues de tous, lui donnaient un grand prestige aux yeux du peuple et des soldats. Ambitieux d'ailleurs, il aurait peut-être enlevé le pouvoir à son père, si celui-ci ne s'était décidé à le partager avec lui. Par reconnaissance et par intérêt, Yespasien devait associer son flls afné à l'empire. Titus reçut la puissance tribunicienne , qu'il exerça à partir du 1^ juillet 71, Vimperium proconsulaire , le droit de s'attribuer les salutations impériales, il prit le nom dHmperator. Il exerça le consulat en môme temps que Yespasien depuis l'année 72 ; en 73-74, il fut censeur avec lui. Il participa non seulement aux honneurs supré-
(1) Tacite, Hiat., IV, 86. Cf. Dion Gassius, LXVI, 3.
(2) Tacite, loc, cit.
(3) Titus apprit à Béryte, peu après le 17 novembre 70 (Joséphe, Guerre de Judée ^ VII, 3, 1 ; cf. Suétone, Yespasien, 2), Tarrivée de son père à Rome (Josèphe, VII, 4, 1). Or une nouvelle mettait un mois environ pour parvenir de Rome à Béryte. Voir Cbambalu, Philologue^ XLV, 1885, p. 502 et suiv. M. Pick pense à tort, selon nous, que le retour de Vespasien à Rome eut lieu vers la fin du mois d'^ût (Zeitschrift fur Numismatih, XIIF, 1885, p. 378, n. 2).
(4) Dion Gassius, LXVI, 9.
OOlfITIBN AVANT SON BÈ&N8. 15
mes, mais aussi au gouvernement de l'Etat, eut le commandement de la garde prétorienne, présenta des propositions législatives au Sénat, dicta des lettres officielles, rédigea des édits au nom de son père. « Il fut, » dit Suétone (1), « Tassocié, plus encore, le tuteur de Tempire. » — Domitien, au contraire, n'avait pas encore vingt ans quand Vespasien revint en Italie. Depuis la mort de Yitellius, il s'était signalé surtout par son orgueil, son humeur brouillonne et ses vices. Les soldats le connaissaient seulement par son expédition manquée de Gaule : il n'avait jamais paru sur un champ de bataille. Vespasien ne pouvait donc songer à faire de lui l'égal de Titus, qui, du reste, ne Taurait probablement pas souffert. Il faut ajouter que la constitution impériale ne permettait pas au prince d'avoir plus d'un associé dans l'exercice de la puissance tribunicienne (2).
Il ne lui accorda aucun des titres qui indiquaient l'association à l'empire. Comme il se défiait de lui et voulait en Thumiliant le punir de sa conduite passée (3) , il ne lui permit pas de prendre une part active aux affaires publiques. De 70 à 79, Domitien n'exerça aucun commandement militaire, malgré son vif désir de se montrer aux légions; à Rome même, il fut écarté de toute fonction administrative : l'empereur le chargea seulement quelquefois de porter au Sénat ses messages (4). D'ordinaire il dut habiter avec son père qui désirait le surveiller de près (5).
Mais, d'un autre côté, Vespasien se préoccupa toujours d'assurer l'empire à sa famille. Suétone dit que, malgré de nombreuses conspirations dirigées contre lui, il osa déclarer au Sénat qu'il aurait pour successeurs ses fils ou personne (6). Titus n'ayant pas d'enfant mâle, c'était Domitien qui, dans sa pensée, devait succéder à son fils aîné. Il voulut, en lui accordant des honneurs extraordinaires, faire de lui le troisième personnage de l'Etat, le placer au-dessus de tous les particuliers , et accoutumer les Romains à le considérer comme leur futur maître.
Domitien eut le titre de prince de la jeunesse (7). Comme Titus,
(t) Titus f 6 : <i participem atque etiam tutorom imperii. »
(2) Voir Mommsen, Staatsrecht, II, 3* édit., p. 1160.
(3) Suétone, Domitien, 2. Dion Gassius, LXVI, 10.
(4) Dion Gassins, LXVI, 10.
(5) Suétone, Domitien, 2. Cependant Domitien séjournait fréquemment à iUbano (Dion Gassius, LXVI, 9; cf. LXVI, 3).
(6) Suétone, Vespasien, 25.
(7) Cohen, Domitien, 52; 374, etc. C. /. L., VI, 932.
16 ESSAI SUR LK RÈ&NB DE l'bMPBRBUR OQHITIBN.
il fut de tous les grands collèges religieux (i). De même que lui, il reçut, en 72, le droit de faire frapper par le Sénat des monnaies de bronze à son effigie (2) , et en 74 celui de battre monnaie en or et en argent (3). Il put porter la couronne de lau-
(1) C. /. L. , IX, 4955 : Domiti&no co(n)8{ulii,.,, sacerdoti [c]onlegiorum omniu[m, pr]incipi juveniuti[8]. — C. /. L.. VIII, 10116 : ,..DomititLn[o c]o{n)[8{uli)] mi, pontif{ici). — Cohen, Domitien^ 38. 336 : Domitianus Caesar, auy(ur). — Actes des Arvales, C. /. L., VI, 2054, 2057 : Domitien est indiqué comme présent à des réunions de la confrérie.
(2) Domitien reçut ce droit avant 73, car sur plusieurs de ses monnaies autonomes en bronze, il est indiqué comme co{n)8{ul) desiignatus) Il (Cohen, Domitien, 404, 476, 533, 616, 635, 636; il fut consul II à partir du 1*' janvier 73). D'autre part, il le reçut après 71 , car il no put l'obtenir avant Titus . dont les premières monnaies autonomes sont datées de 72 (Ooben, Titus, 6, 7, 77, etc.). Titus reçut probablement le droit dont il s*agit vers le commencement de l'année 72 : après l'année 71 , on ne le voit plus représenté sur les revers des monnaies de bronze do son père. -~ Il no serait pas impossible que le droit do monnayage en bronze eût été accordé plus tard à Domitien qu'à lui. En effet, si après 71 Domitien n'apparaît pas plus que Titus sur les monnaies do l'empereur, frappées en bronze (Cohen, Vesp&sien, 537, est de 71 ; voir Pick, Zeilschrift fur Numismatih, XIV, 1886, p. 3C0), il est encore représenté sur trois bronzes autonomes de Titus (Cohen, Titus, 27-29; il faut sans doute y joindre le n* 26 : voir Pick, Zeitschrift fur Numismatih , XIII , 1885, p. 373<, dont deux sont postérieurs au 1*' juillet 72. — Domitien eut le droit de faire battre de la monnaie de bronze à Antioche (Cohen, Domitien, 747, 748, 749. Pick, Z. F. JV., XIV, 1886, p. 313, 346 et suiv.). Voir aussi des monnaies autonomes on bronze de Domitien César, portant les noms des proconsuls de Bithynie (Mionnet, Description générale des monnaies, II, p. 409, n* 3; Supplément ^ V, p. 2, n**,3 et 5). Par contre, Domitien n*eut pas, avant d'être empereur, le droit de monnayage à Alexandrie (voir Pick, Z. F. iV., XIV, p. 327-328).
(3) Il ne put recevoir ce droit avant Titus. Or celui-ci ne l'avait pas en 72 (voir : a) Catalogo del museo di Napoli, monete romane, p. 108, n* 6227, et Pick, Zeitschrift fur Numismatik, XIV, 1886, p. 362 = Cohen, Vespasien et Titus, 3 [corrigé] ; 6) Catalogo, p. 108, n* 6226, et Pick , toc. cit,. p. 364, n* 8 = Cohen , Vespasien , Titus et Domitien , 8 [corrigé] ; y) S) e) Cohen, Vespasien et Titus, 1 [= Pick, p. 362], 4 et 5); — ni probablement en 73 (voir Cohen, Vespasien, Titus et Domitien, 7, corrigé par Pick , p. 363 [quoique la lecture de cette monnaie ne soit pas certaine]). On doit remarquer qu'il n'existe aucune monnaie de Titus en or et en argent marquée du titre de co(n)s{ul) II, qu'il garda du 1*' janvier 72 au 31 décembre 73. Hais Titus avait certainement ce droit en 74 (Cohen, Titus, 21, 123, 159, 160, 161).
Domitien l'obtint sans doute aussi en 74. Plusieurs de ses monnaies autonomes en métal précieux portent le titre : co{n)s{ul) Il (Cohen, Domitien, 614, 663, 664, 665), qu'il garda du 1*' janvier 73 jusqu'au commencement de 75 (probablement jusqu'au 13 janvier; voir plus loin). — Outre ses monnaies autonomes d*or et d'argent avec exergue en latin, il faut citer des monnaies grecques de Tile de Chypre, en argent : Ao{AtTtaviç Kol^ap. 4 "E^wç vcou UpoQ 6 (neuviomo année du régne de Vespasien). Voir Pick, loc. cit,, p. 334.
DOMiTIBN AVANT SON RÈGNE. 17
rier (1). Sur les monuments publics son nom fut gravé à côté de ceux de Vespasien et de Titus (2). Six fois, pendant le règne de son père» il devint consul (3).
Son premier consulat (4) ne fut pas un consulat ordinaire. Le 1" janvier 71, Vespasien et M. Cocceius Nerva entrèrent en charge (5). Ce fut le 1^ mars (6) que Domitien devint consul, d*abordavecGn. Pedius Cascus(7), puisavecG. CalpetanusRantius
On lit sur des monnaios d'argent de Césarée, en Gappadoce (Mionnet, Description des monnaies, IV, p. 411 , n. 25 et 26; Supplément, VII, p. 663, n. 24. Pick , loc. cit. , p. 350) : AÛTOxp&(Ttt>p] Kaîaap OOeaicaeriavàc £e6a<TTÔç. ij Ao|LiTtavàc Karaap £e6(a<rro0) Oié(c)* 'Et(ouO 6. Titus, non plus, ne fit pas frapper de monnaies autonomes à Césarée pendant le régne de son père : il figure, lui aussi, sur le revers d'une monnaie de Vespasien, de la même année (Pick, loc, cit.). #
(l)VoirEckhel,VI, p. 369; VIII,36l. Mommson, StasLtsrecht, II, p. 822, 1150.
(2) C./.L., II, 2477; VIII, 10116, 10119; III, 6993. Orelli. I, 2008. Archàologisch-epigraphische Mittheilungen aus Oesterreich, V, 1881, p. 209. Journal asiatique, série VI, tome XIII, 1869, p. 96. Perrot, Exploration archéologique de ta Galatie, p. 209. Le Bas et Waddington, Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mineure, III , 1225. — Voir aussi C. /. L., VI , 932 (mais c'est un monument privé).
(3) Suétone, Domitien , 2. — Sur les consulats de Domitien sous le règne do son père, voir Ghambalu, De magistratibus Flaviorum, p. 10 et suiv.; Cliambalu, Philologus, XLIV, 1885, p. 106 et suiv.; Asbach, Ja/ir&ûcher des Vereins von Aller Ihumsfreund en im Rheinlande, LXXIX, 1885, p. 110 et suiv., 131 et suiv.; Pick, Zeitschrift fur Numismatik, XIII, 1885, p. 356 et suiv.
(4) Nous ne savons pas quand il y fut désigné : peut-être en même temps que son père. Voir Cohen, Vespasien, Titus et Domitien, 13, corrigé par Pick, Z. F. iV.,XIV, p. 364 : Imp{erator) Caes{ar)Vespasian{us)Aug{ustus), p[ontifex) m(aximus)y tr{ibunicia) p{otestate), p{ater) p{atriae), co{n)8{ul) Ily d{esignatus) III, i) : Imp{erator) T{itus) Ves{pasianus) co{n)s{ul) design(atus],.,; D{omitianus) Cacsar, Aug{usti) f{ilius), co(n)s(MO design{atus). Mais la lecture n'est pas certaine. — Les comices dans lesquels Vespasien fût élu consul pour la troisième fois suivirent de peu son retour (octobre 70) : sur les monnaies de cet empereur représentant la Fortuna redux, sept portent co(n)s{ul) iter{um) ou //, une co{n)s{ul) II, des(ignatus) III (Cohen, Vespasien, 81-85, 171, 185, 186).
(5) C. J. L., VI, 1984. Ephemeris epigraphica, I, p. 161, n* 177, etc. Voir Klein, Fasti consulares, p. 43.
(6) Vespasien et Nerva étaient certainement en charge le 1" février. Voir une tessére gladiatoriale citée par Pick, Z. F. iV., XIII, p. 382, n. 1. — Us durent rester consuls jusqu'à la fin du premier nundinum , c'est-à-dire jusqu'au 28 février, et non jusqu'au 31 mars, car au premier siècle de l'empire, on ne connaît aucun nundinum de trois mois. Voir Henzen, Ephemeris epigraphica, I, p. 199.
(7) Le 5 avril, Domitien et Cascus étaient consuls (C. /. L., III, p. 850. Ephemeris epigraphica, II, p. 458). Us l'étaient encore après le 14 avril et avant le !•• mai (C. /. L., III, p. 851).
18 ESSAI SUR LE RÈGNE DE l'EMPERBUR OOMITrSN.
Qairinalis Valerius Festus (1). Il sortit de charge le 30 juin (2). Des Tannée 71 , il apparaît sur des monnaies comme désigné à un deuxième consulat (3) qui devait être suffect, car avant le 5 avril de cette même année , Vespasien et Tilus avaient été désignés pour les deux consulats ordinaires de 72 (4)« — Gomme il
(1) Domitien et Festus étaient consuls ensemble au mois de mai et le 25 juin (Kaibel, Inscriptiojiea graecae Siciliae et Itali&e, n* 750. C. /. L., VI, 2016). — L'inscription C. /. L., IV, 2555 : Vespasiano lll et filio c{qn)8{uU' hu8)t et un passage de Pline TAncien {Hist, naturelle, II, 57) : Imperaitorihus Vespasianis pâtre III, filio iterum consulibus sont fautifs et ne peuvent nous induire à croire que Domitien fut, en 71, consul on mémo temps que son père. Dans l'inscription , il faut probablement corriger /// en II et entendre par filio Titus (année 70) ; dans Pline, il faut lire //// au lieu de ///, le mot filio ^ désigne aussi Titus (année 72). Voir à ce sujet Pick , Zeitschrift fur Numiamatih, XIII, p. 381.
(2) Le 20 juillet, les deux consuls étaient L. Flavius Pimbria et C. Attilius Barbarus (C. I. L., I, p. 200, n* 773 ; Kaibel, loc. cit.),
(3) Cohen, Vespasien, 536 [= Pick, Z. F. iV., XIII, p. 229, n. 2] : Imp(e' rator) Caes{ar) Vespasianus Augiustus), p[ontifex) m{aximu8), tr{ihunicia) p{otestate,p{ater) p[atriae)j co(n)«(uI) ///. i) T{itU8) imp{erator) Caesar, co(n)- 8(ul) des(ignatus) II, Caesar Domil{ianus) , co{n)sul des(ignatus) II, s(ena^ tus)c{onsulto). Cf. Cohen, Vespasien, 537 et 204, corrigés par Pick, Z. F. iV., XIII, p. 229, n. 2; XIV, p. 357 et 360. — Cohen, Ve«pa«ien, 46-51 : Imp. Caes. Vespasian^ Aug., p. m., tr, p., p. p., cos, III, ij : Caes, Aug, f, des, imp. Aug, f. cos, des. iter. Comment faut-il lire le revers de ces monnaies ? Pick lit (Z. F. N., XIII, p. 191 et suiv. ; XIV, p. 355) : Imp{erator), Aug{usti) fiilius), co(n)s(uli des{ignatu8) iter{um); Caes(ar), Aug(uBti) f{Hius)^ des{igna' tus). Par conséquent, ces monnaies auraient été frappées après les premiers comices de 71, dans lesquels Titus aurait été désigné consul II, et avant le 1*' mars 71, date de l'entrée en charge de Domitien. Mais cette explication semble inadmissible. A la vue des monnaies, elle ne viendrait à la pensée de personne (voir la reproduction de l'une d'elles dans Cohen, I, p. 371), et tout le monde lirait la légende des revers en commençant par le mot Caes, et non par le mot imp. De plus, l'omission du mot cos, avant le second designatus serait très irrégulière. — Hommsen (Z. F. JV., XIV, p. 31), lit : Caes(ares), Aug{usti) f{iliu6), des{ignatus) imp(erator) ; Aug{uBti) f{ilius\ co(n)s{ul) des{ignatu8) iter{um). Ces monnaies auraient été frappées après les premiers comices de 71, dans lesquels Domitien aurait été désigné pour un second consulat (par conséquent après le 1*' mars 71, car Domitien ne pouvait être désigné en même temps à deux consulats), et avant le 1*' juillet, date à partir de laquelle Titus exerça la puissance tribunicienne et fut, par conséquent, associé officiellement à l'empire. — Schiller [Bursian's Jahresbericht, LU, 1887, p. 17), lit : Cae«(are8), Aug{usti) f{Hius), des{ignatus) im» p{erator); Aug(usti) f{Hius), co{n)s[ules) des{ignati) iter[um). La légende serait bien embrouillée : la date de cos monnaies serait, du reste, la même.
(4) Pour Vespasien cola est certain (C. /. L., III, p. 850; Bphemeris epigraphica, II, p. 458 : diplômes du 5 avril). Quant à Titus, qui fut consul le l*r janvier 72 , il est fort probable qu'il fut désigné eh même temps que l'autre consul ordinaire de 72, Vespasien. Si on lit les monnaies de Vespa-
DOMITIBN AVANT SOxN RÈGNE. 19
eût été irrégulier de conférer dès 71 un consulat pour 73, il est assez probable que Domitien devait entrer en charge en 72, soit dans le premier nundinum comme suppléant d*un consul ordinaire qui se serait retiré avant le terme légal de sa charge ^ soit dans un des nundina suivants.
Il ne fut cependant consul pour la seconde fois que le 1*' janvier 73 (l). Suétone nous en donne'la raison : a Des six consu-, lats qu'il reçut du vivant de son père, il n'en exerça qu'un ordinaire , parce que Titus lui céda la place et demanda pour lui cet honneur (2). » Vespasien attachait une grande importance au consulat , sans doute à cause de l'éponymie (3) ; pendant son règne, il exerça tous les ans cette magistrature, sauf quand des circonstances particulières Ten empêchèrent (4). D'autre part, Titus, associé à l'empire en 71, géra dès lors le consulat en même temps que son père (5). En vertu de ces principes, Vespasien et son fils aîné devaient être consuls le 1*^ janvier 73, et comme à cette époque les élections aux consulats ordinaires se faisaient vers le début de l'année précédente (avant le 5 avril en 71), ils devaient être désignés au commencement de 72. Ce fut aux comices qui eurent lieu à celte époque que Titus dût faire abandon de son droit en faveur de son frère, qui fut désigné par le Sénat comme consul ordinaire pour 73. La renonciation de Titus entraîna celle de Vespasien (6) et CatuUus Messalinus fut élu comme
sien (Cohen, n** 46-51), comme le propose Schiller, il est certain que Titus fut élu aux premiers comices de 71, avec son père.— Si Ton adopte la lecture de Mommsen ou celle de Schiller, il faut en conclure que Domitien fut aussi désigné aux premiers comices (comme il le fut en 79, voir plus loin).
(1) C. l. L., X, 5405; V, 7239. Annsili delV InsUluto, LXII, 1870, p. 173, n* 3. — Le chronographe de 354 , les fastes connus sous le nom d'Idace et la chronique pascale indiquent ce consulat. Prosper l'indique aussi, mais à une mauvaise place, comme le premier des consulats que Domitien géra étant empereur.
(2) Suétone, Domitien , 2 : a In sex consulatibus, non nisi unum ordinarium gessit, eumque cedente et suffragante fratre. » C'est tans raison plausible que Ghambalu {Philologus, XLIV, 1885, p. 106 et suiv.) conteste l'exactitude de ce texte.
(3) Mommsen, Staalsrecht^ II, 3* édit., p. 1097. Herzog, Geschichte und System der rômischen Staatsverfassung, II, p. 288.
(4) Il fut consul en 70, 71, 72, 74, 75, 76, 77, 79 : quand il mourut, il était désigné pour 80.
(5) Un associé à l'Empire ne pouvait gérer que des consulats ordinaires : voir Mommsen, Staatsrecht, II, p. 1166.
(6) II n'y a aucune raison d'admettre que ce fut Vespasien qui fit abandon de son droit en faveur de Domitien (comme le prétendent Hoffmann, QuomodOf quando Titus imperalor facius sitf p. 46, et Asbach, Jahrb, des
20 BSSAI SUR LB RÈGNE DB l'bMPBREUR DOMITIBN.
collègue du second fils de Tempei'eur. — Quand les comices furent tenus, Domitien n'était pas encore entré en charge (1), et une fois élu pour 73 , il renonça à prendre les faisceaux en 72 , parce qu*il ne pouvait être en même temps désigné à deux consulats, et que le consulat ordinaire qu'on lui cédait était beaucoup plus estimé qu'un consulat suffect : en outre Titus ne voulait peutêtre pas voir son frère cadet compter autant de consulats que lui. — Aiçsi Domitien resta consul designaius II pendant une partie de 71 et pendant toute Tannée 72 (2), d'abord comme sufTect pour 72, puis comme ordinaire pour 73.
Domitien ne fut pas consul en 74, probablement aussi pour ne pas atteindre le chiffre des consulats de Titus. Son troisième consulat se place en 75 (3) et son quatrième en 76 (4), En 77 , il fut
Vereins^ LXXIX, 1885, p. 131). Vespasien renonça an consulat par suite de la renonciation de Titus, non pour laisser la place à son second fils.
(1) Soit qu'il fût désigné pour le second nundinum qui, cette année-là, commença le 1*' mai (voir Klein, Faeti consulares, p. 44) ; soit qu'il fût désigné pour le premier comme suppléant d'un des deux consuls ordinaires, et que par suite do la promesse faite par Titus avant les comices de renoncer en faveur de Domitien au consulat ordinaire pour 73, le consul ordinaire de 72 qui devait être suppléé par Domitien ne se soit pas désisté pour lui faire place, le 13 janvier (c'était en effet ce jour-là, qu'à l'époque flavienno, le consul ordinaire qui ne remplissait pas tout le temps de sa charge avait coutume de se retirer : voir Suétone, Domitien, 13; Klein, Fastes de 74 et de 92 ; cf. Fastes de 86 et de 87).
(2) Cohen, Domitien, 404, 476. 533, 616, 635, 636; Titus, 27, 28, 29. C. /. L., VI, 932 (inscription de la seconde moitié de 72).
(3) Après le 1*' juillet de l'année 75, Domitien est indiqué comme consul III {Journal asiatique, série Vï, tome xni, 1869, p. 96) : vhraxoç x6 [f] (la restitution est certaine, puisqu'on lit ensuite : àicodeSeiyitivoc x6 8*). Il put l'être en 74, ou 75. Mais 74 doit être écarté. En effet, Domitien ne Ait pas cette année-là consul dans le premier nundinum ; le suppléant de Vespasien nous est connu; ce fut T. Plautius Silvanus Aelianus, qui devint ainsi collègue de Titus, resté en charge (voir Klein, Fasti consulares, p. 44). On no peut pas non plus placer Domitien dans le second ou le troisième nundinum, car les consuls au mois de mai furent Petillius Cerialis et Eprius Marcellus, et ils curent pour successeurs (le 1*' juillet ou le 1*' septembre? on ne saurait le dire) un personnage dont le nom n'est plus représente que par les lettres ...ON... dans l'inscription C. /. L., VI, 2016, et un autre qui n'y est plus indiqué que par deux jambages à peine distincts ...11... Ce n'est certainement pas Domitien qui n'aurait pas été relégué au troisième nundinum après avoir été consul ordinaire. — D'autre part, sur trente-deux espèces de monnaies qui nous restent, Domitien est qualifié co{n)s{ul) U, sur douze seulement co{n)s{ul) m. On peut en conclure qu'il garda deux ans (73 et 74) le titre de co(n]s(ul) lï, un seul (75), celui de co(n)s(uO /// (voir Chambalu, De magistratibus Flaviorum, p. U).
(4) Dans l'inscription grecque de 75, citée note précédente, Domitien est
consul pour la cinquième fois (1) : le l**** janvier, Vespasiea et Titus entrèrent en charge (2); quelque temps après, peut-être aux ides du même mois , Titus se retira pour laisser la place à son frère qui devint ainsi collègue de l'empereur pendant le premier nundinum (3).
indiqué comme désigné à un quatrième consulat, qu'il géra, par conséquent, en 76. Sur une inscription de la première moitié de l'année 76, il est qualifié de co{n)5(uO IIII (C. 1. 1., VIII, 10116; cf. 10119, qui esfde la même année).
(1) Ann&li delV Instituto , XLII, 1870, p. 181, n* 153 et suiv. (inscriptions gravées sur quatre blocs de marbre) : Jmp{eratoré) Vesp(asiano) Cae- 8(are) Aug(u8to) VIII, DomU{iano) Cae«(are) V co{n)s(ulibus), Chronographo de 354 : « Vespasiano VIII et Domitiano V. » Cf. Fastes connus sous le nom d'Idace et Fastes de la Chronique pascale. — On ne peut citer à ce sujet la monnaie Cohen, I, p. 425, Vespasien et Domifien, 1, car elle est certainement hybride ; voir Pick, Z. F, iV., XIII, p. 369.
(2) C. /. L,, X, 8067 , 3 (sur une balance) : Imp(eratore) Vefip(asiano) Aug[u8to) llXf T{ito) imp{eratore)t Ayg{u8ii) f{ilio)y VI co{n)8{ulibus). Sur ces sortes d'objets, on ne marquait que les consulats ordinaires. Actes des Arvales au 3 janvier (fragment très mutilé , il est vrai). C. /. L. , VI, 2055 : [T(iti) Cae8ari8, Aug{u8ti) f{ili)t Vcspas<]ani, co{n)s{uli8) VI. Prosper d'Aquitaine : « Vespasiano VII (chiffre inexact) et Tito VI. » — Nous avons déjà fait remarquer que Titus, associé à l'empire , ne pouvait être que consul ordinaire. Une inscription de Séleucie du Calycadnos pourrait faire croire que Titus ne fut pas consul ordinaire en 77 (MouoeTov %a\ pi6>ioOi^xYi tS]c sùaryeXixfjc axoXîjç, Smyrne, 1875, p. 100, n» 101; cf. Chambalu, Philologu8, XLIV, 1885, page 113) : AOioxpàTcop Raîaap OOecnra^iavàc leéaffTdç, TcaT^p icaTpCBoc, iJitaTOc t6 t)'* AOTOxpàxtop Tîxo; KaTaap leêaoTOù uîàc, ûiraTOç xà e'. Il résulterait de cette inscription qu'en 77 Vespasien aurait été pendant un certain temps consul VIII, tandis que Titus aurait été seulement consul V : Titus ne serait donc pas entré en charge le 1*' janvier comme son père. Mais il faut probablement lire : TCtoc, etc., {Iicato; to ç' (consul VI), en corrigeant E en E. Voir Pick, Z. F. iV., XIV, p. 370. — Vespasien était régulièrement désigné dés les premiers comices de 76 (C. /. L., X, 1629). Il dut en être de môme pour Titus.
(3) Domitien fut suffect en 77; Suctono dit, en effet, qu'il n'exerça qu'un seul consulat ordinaire (celui de 73) pendant le règne de son père. Mais il fut cette année-là consul en même temps que son père (voir à la note 1). U faut donc en conclure que Titus lui céda la place, sans doute le 13 janvier (voir p. 20, n. 1), tandis que Vespasien resta en charge pendant tout le premier nundinum de ranncc. — Cependant plusieurs autres textes pourraient faire croire que Domitien fut , en 77 , consul ordinaire : a) Los inscriptions gravées sur les blocs do marbre indiquent presque toujours les consulats ordinaires (voir A7\nali dell' Instittiio, XLII, 1870, p. 172 et suiv.); b) sur la liste du chronographo de 354, on lit à l'année 77 : « Vespasiano VIII, Domitiano V » ; cf. Catalogue libérien, édition Duchosnc, Liber pontificalis p. 2; c) les fastes connus sous le nom d'Idace, qui n'indiquent que les consuls ordinaires, donnent comme consuls pour cette année : « Vespasiano VIII et Domitiano III» (III, parce qu'on a copié une liste n'indiquant que les con-
Domitien ne fut point consul en 78 : Vespasien et Titus renoncèrent aussi aux faisceaux cette année-là (1), pour des raisons que nous ne connaissons pas. — En 79, il le fut pour la sixième fois (2). Pour 80, il fut probablement désigné comme
suis ordinaires et sur laquelle, par conséquent, on a lu en 73 : a Domitiano II et Messalino », tandis qu'on n'y a trouvé aucune mention des consulats suffccts gérés par Domitien en 75 et 76) ; d) Dans la Chronique pascale (I, p. 465, édit. Dindorf), Titus et Domitien sont indiqués comme consuls ordinaires : Tixou t6 Ç-' xai Aoiiexiavoû tô p' (p', parce que c'est le deuxième consulat de Domitien que mentionne la Chronique. — Mais il est possible d'expliquer ou de corriger ces textes sans rejeter le témoignage formol de Suétone. En efiTet, les blocs de marbre indiquent quelquefois les consulats £ufTccts (voir Ephemeris epigraphicay V, n* 1378). Or, en 77, on avait des raisons particulières pour graver sur ces blocs le nom du fils de l'empereur, Domitien, qui fut cette année-là on charge avec Vespasien et dut rester consul beaucoup plus longtemps que Titus. Quant aux erreurs qu'on constate dans les fastes manuscrits, elles ont peut-être pour cause la disposition des consulats ordinaires et suffects dans l'original : le nom de Domitien, suppléant de Titus et collègue de Vespasien, était indiqué probablement à côté do celui de son frère et do son père, mais il ne devait pas être marqué de la même manière que les années précédentes et suivantes, oii Domitien fut, autant qu'il semble, suppléant de Vespasien et collègue de Titus. Voir, à ce sujet, Pick, Z. F. JV., XIII, p. 372, qui réfute avec raison les hypothèses de Chambalu, Philologus, XLIV, p. 109 et suiv.
(1) Voir Klein, Fasii consul&res, p. 45.
(2) C. /. L., III, 6993 : Jmp{er&tor) Caesar Vespasianus Aug{u8iu8)y pontif{ex) max{imu8)f trib{unicia) pot{e8iate) Vîîlî, imp{eraior) XIIX , p{ater) p{atriae)j co{n)8{ul) IIX, de8ig{natu8) VIIII; Imp{eraior) T{itU8) Caesar, Aug{u8li) f{Hiu8)f co{n)8{ul) Vf, de8ig{natus) V[I1]; Domilianus Caêsar^ Aug(u8li) f{iliu8)i co(n)8(ul) V, desiginatus) VJ, etc. Cette inscription est de la première moitié de 78 , non de la seconde moitié de 77 <dans laquelle la titulaturo de Vespasien fut déjà co{n)s(ul) V///, ir{ibunicia) pot{e8late) IX ^ imp{erator) XVIII^ ; car en 77 l'empereur et Titus n'auraient pas été dtrjà désignés à un consulat qu'ils n'exercèrent qu'en 79. Ce sixième consulat. Domitien ne l'exerça pas en 78, mais en 79. En effet, sur cinq variétés do monnaies, il est qualifié do Consul JVy titre qu'il ne porta qu'un an (76); tandis que vingt espèces indiquent son cinquième consulat : on peut en conclure que CCS vingt espèces doivent se répartir sur les deux années 77 et 78 (Chambalu, De magislratibus Flaviorum, p. 12). D'ailleurs, il est invraisemblable que Domitien ait été suffect en 78, année dans laquelle deux particuliers furent consuls ordinaires. — Une inscription de Galatie, qui mentionne Domitien, date de l'année 79 : Vespasien y est qualifié de [{p9cdTov]T6 Ivatov, diro8e[5eiy(xévou x6 Séxatov]; Titus de [OTrâxou ta ë62oitov, &icoSe]deiY- |i£vov TA 6'y2o[ov]*, Domitien est indiqué comme OicaTou tô... tov. Faut-il compléter, comme le fait M. Porrot {F.xploraiion archéologique de la Galalie, p. 209) : Oiritou xo [7ré|iirTov, &7co8eS£iY(jLévov) x6 £x]tov? La conclusion serait que lorsque cotte inscription fut gravée, à une époque postérieure aux premiers cuiiiiccs de l'année 79, Domitien n'était pas encore entré en charge, et que, dans ces comices, Domitien no fut pas désigné au septième consulat
DOBCITIBN AYANT SON RÈANB. 23
suffect avant la mort de son père, survenue le 23 juin 7.9 (1). En résumé, Domitien fut six fois consul sous Yespasien. Il le fut dès que son âge le lui permit, en 71. Sous la dynastie julioclaudienne, les jeunes gens auxquels les empereurs destinaient leur succession ne reçurent pas le consulat avant Tâge de vingt ans ; les autres membres de la famille impériale, lorsqu'ils avaient atteint cet âge, ne pouvaient pas obtenir une charge supérieure à la questure (2). Domitien fut donc traité à cet égard, non comme un simple prince du sang , mais comme un véritable héritier de Tempire. En 73, par une faveur spéciale, il exerça le consulat dès le premier janvier. A partir de 75, il reçut chaque année les faisceaux, sauf en 78 ; mais comme Vespasien et Titus devaient être tous les ans consuls ordinaires , ainsi que nous Tavons vu plus haut, il ne resta pour Domitien que des consulats suffects. Cependant, pour atténuer cette déchéance inévitable, l'empereur décida, semble-t-il , que son second fils serait suffect, non pas dans le second ou le troisième nundinum , mais dans le premier , ce qui était plus honorable (3). En 75 et dans les années suivantes , un
qu'il exerça l'année, suivante. Mais on ne s'expliquerait pas pourquoi ce prince qui, à partir de 75, fut toujours consul dans les mêmes années que Vespasien et Titus , et probablement désigné eh même temps qu'eux (cela est certain pour 78 [voir C. /. L., III. 6993, cité plus haut] et très probable pour 75 [voir les observations de Chambalu, Philologus, XL VII, 1888, p. 766, sur l'inscription du Journal asiatique]), n'aurait pas été élu pour 80 avec son père et son frère dans les premiers comices de 79. De plus, en 79, Domitien dut être comme il le fut certainement en 77 et très probablement en 76 (voir p. 24, n. 1), suppléant d'un des consuls du premier nundinum, sans doute à partir du 13 janvier. Son sixième consulat était donc déjà commencé quand ces comices furent tenus vers le mois do mars : c'était la date des premiers comices do Tannée sous Claude et Néron (voir Mommsen, Staalsrechi , I, p. 588-589;, et nous avons vu que le 5 avril 71 Vespasien était déjà désigné pour Tannée suivante (p. 18, n. 4; cf. aussi p. 18, n. 3). Pour ces raisons, on doit supposer, soit que l'indication de Tinscription est fausse, soit qu'au lieu d'un T il y a le dernier jambage d'une M, et il faut lire : dvéxoM t6 [2xtov, ànoSefieiYpiévou tô ëê$o(jL]ov. Voir, à ce sujet, Pick, Zeitschrift fur Numismaiih, XIII, p. 365, n. 4.
(1) Voir note précédente. Ou ne peut s'appuyer sur une monnaie de Titus (Cohen, TiluSy 26), pour soutenir qu'avant la mort de son père, Domitien fut désigné à un consulat ordinaire pour 80. Cette monnaie date probablement de Tannée 72 (voir p. 16, n. 2).
(2) Mommsen, Staatsrechi^ I, 3» édit., p. 576.
(3) Lé consulat suffect de cette catégorie était accordé à de hauts personnages : par exemple, en 74, à T. Plautius Silvanus Aelianus, déjà consul une fois, décoré des ornements triomphaux et alors préfet de la ville (C. /. L., XIV, 3608). Voir Pick, Z. F. iV., XIII, p. 365.
24 ESSAI SUR LE RÈGNE DE L*E]fPBREUR DOMITIBN.
des deux consuls ordinaires , soit Yespasien , soit Titus , paraît s'être retiré avant le terme légal de sa magistrature pour faire place à Domitien (1). — L'histoire des sii premiers consulats de ce prince prouve donc que son père voulut lui donner un rang exceptionnel dans TEtat, immédiatement au-dessous de luimême et de Titus.
Malgré tous ces honneurs, Domitien considérait la conduite de l'empereur envers lui comme injuste. Dans son orgueil, il était blessé d'être Tinférieur de son frère, d'autant plus que cette infériorité éclatait aux yeux de tous. Au triomphe juif, auquel Titus par vanité donna une magnificence inouïe, Vespasien et Titus s'avançaient sur deux chars ; Domitien , alors consul , les suivait à cheval (2). Quand l'empereur et ses fils se montraient au peuple, Vespasien et Titus étaient portés sur un siège; Domitien venait derrière eux en litière (3). Dans les vœux publics, son nom n'était pas prononcé en même temps que ceux de son père et de son frère (4). Sur les monuments , Titus pouvait se qualifier : Impcrator Titus Caesar Vespasianus , Augusti filius , imperator n , pontifeXy tribunicia potestate n, consul n ; tandis que Domitien était appelé seulement : Caesar^ Augusti filius, Domitianus consul n, pontifex ou princeps juventutis (5).
D'un esprit actif, turbulent même, il était condamné à l'oisiveté. Il voulut plusieurs fois s'y soustraire. Vologèse, roi des Parlhes, avait prié Vespasien de lui envoyer, pour le soutenir contre les Mains, une armée commandée par un de ses fils (6). Domitien fit tout ce qu'il put pour être chargé de cette expédition, mais l'empereur repoussa la demande de Vologèse. Le jeune César voulut alors par des dons et des promesses décider les autres rois de
(1) Ea 76, Domition fut certainement consul avant le 1*' juillet , comme l'indique l'inscription C. /. L., VIII, 10116, qui est en tout cas antérieure au 1-' juillet (cf. C. I. L., VIII, 10119, qui est antérieure au n* 10116, car Titus y est qualifié d'impcrator X, tandis que sur le n» 10116 il est imperator XI). — Pour 77 et 79, voir p. 21 et p. 22, n. 2. En 78, et sans doute aussi en 79, il fut désigné consul aux mômes comices que son père et son frère, ce qui paraît indiquer qu'il exerça en 79 et qu'il devait exercer, en 80, le consulat dans le même nundinum qu'eux.
(2) Suétone, Domitien, 2. Zonaras, XI, 17, p. 494. Joséphe, Guerre de Judée, VII, 5, 5.
(3) Suétone, ibid. Cf. Mommsen, Staatsrecht, I, p. 396-397.
(5) C. /. L., VIII, 10116; VI, 932 et sur les monnaies : voir Chambalu, Philologue, XLV, 1886, p. 130.
(6) Suétone, Domitien, 2. Cf. Dion Cassius, LXVI, 15.
OOMITIBN AVANT SON RÈ6NB. 25
l'Orient à adresser la même prière à Yespasien, mais ses intrigues restèrent sans succès (1).
Il s'ennuyait fort et cherchait de bizarres distractions ; ce fut alors qu'il prit Thabitude, mentionnée par plusieurs auteurs» de passer de longues heures à percer des mouches avec un poinçon (2) : je donne ici cette anecdote pour ce qu'elle vaut. — Son caractère s'aigrit. N'osant témoigner son humeur à Yespasien luimême ou à Titus, il se vengea sur Caenis, la maîtresse de l'empereur, qui la traitait presque comme une femme légitime (3), Un jour, Caenis retournant de voyage vint à Domitien pour l'embrasser : il se recula et lui offrit la main (4).
Cependant il comprit bien qu'il ne pourrait rien contre son père et son frère, et qu'il serait au contraire très facile à Yespasien, prévenu contre lui, de le traiter avec plus de rigueur. Aussi feignit-il la soumission (5). — Dans la retraite, il compléta son instruction négligée jusque-là (6). Quoiqu'il n'eût aucun goût pour la poésie, il composa des vers (7), dont Quintilien fit, plus tard, un éloge ridiculement exagéré : « Je n'ai nommé, » dit-il dans son Institution oratoire (8), « tous ces écrivains (les poètes épiques les plus illustres de la Grèce et de Rome) que parce que le gouvernement de l'univers a détourné Auguste le Germanique de , ses études, et parce que les dieux ont jugé que c^était trop peu pour lui d'être le plus grand des poètes. Et pourtant quoi de plus sublime, de plus docte, de plus harmonieusement beau que les
(1) Suétone, i&td.
(2) Dion Cassins , LXVI , 9. ïi aurait conservé cette habitude après son avènement à Tempire (Suétone, Domitien^ 3).
(3) Suétone, Yespasien^ 3. Cf. Dion Cassius, LXVI, 14.
(4) Suétone, Domitien, 12. Cf. Pline le Jeune, Panég, 24 [à Trajan] : et Non tu... osculum manu reddis ».
(5) Suétone, Domitien, 2. Dion Cassius (LXVI, 9) dit même, avec exagération sans doute, que Domitien simulait parfois la folie, pour ne pas éveiller les défiances de son père.
(C) Ses citations montrent qu*il connaissait bien Homère et Virgile : Suétone, Domitien, 9, 12, 18.
(7) Suétone, Domitien, 2. Martial, VIII, 82, 6 :
Nos [les poètes] taa cura prior, deliciaeqae sumus. Silius Italiens, Punica, III, 618 :
Qain et Romaleos saperabit voce nepotes qais erit eloquio partam decus : huio sa a Musae sacra feront ; meliorqae lyra, oui substitit Hebras et yenit Elhodope, Phaebo miranda loqaetnr.
Pline TÂncien, Hist, iVat., praefatio, 5. Stace, Achilléide, I, 15.
(8) X, 1, 91 et 92.
26 ESSAI SUB LE RÊaNB DE l'bmPBREUR DOMITIBN.
poésies faites dans la retraite où il s'est confiné dans sa jeunesse après avoir fait don de l'empire? et qui pourrait mieux chanter la guerre que celui qui la fait si glorieusement? à qui se montreraient plus propices les divinités qui président aux études? Les siècles futurs le diront mieux que moi ; maintenant sa gloire poétique est éclipsée par Téclat de ses autres talents, n — Domitien semble avoir écrit alors un poème sur le combat du Capitole (1); il entreprit môme peut-être une épopée sur la prise de Jérusalem (2), pour qu'on ne Taccusât pas d'envier son frère. Il lut ses œuvres en public (3).
Quand Vespasien mourut, le 23 juin 79, Titus lui succéda : son père, en Tassociant à l'empire, l'avait désigné aux suffrages du Sénat. Jusqu'alors, les rapports entre les deux frères avaient été bons, en apparence du moins. Domitien avait eu la prudence de cacher ses sentiments de jalousie à Tégard de son aîné, et Titus s'était montré, semble-t-il., bienveillant pour lui (4). Il n'en fut plus de même après la mort de Vespasien.
La situation politique de Domitien ne changea pas, il est vrai. Il conserva ses titres, ses honneurs, continua à battre monnaie (5) ; il fut consul pour la septième fois en 80 (6), et ce fut un consulat ordinaire : il remplaça tout naturellement Vespasien dont il était le suppléant désigné. Son nom fut désormais prononcé dans les vœux publics (7).
(1) Martial. V, 5. 7 :
Gapitolini oaelestia oannina belli.
(2) Valerius Flaccus, Argonautiques^ I, 12 [à Vespasien] :
...vaniam prolas taa pandet Idutnen — nafflqae potest •— Solymo nigrantom polvere fratrem spargentemque facea et in omoi torre forentem.
(3) Suétone, Domitien, 2. Quintilicn vante son éloquence {Inst, Oral., IV, prooemium, 3) : a Principcm ut in omnibus, ita in eloqucntia quoque eminentissimum. » Cf. Silius Italiens, loc, cil, — Cependant, plus tard, il se faisait faire ses lettres, ses propositions au Sénat et ses édits (Suétone, Domitien , 20).
(4) Aux faits indiques plus haut, il faut ajouter les jeux brillants donnés par Titus en Judée, à l'occasion de l'anniversaire de Domitien, le 24 octobre 70 (Josèpho, Guerre de Judée, VII, 3, 1). — Voir encore Pline TAncien, Histoire naturelle, pracfatio, 5.
(5) En plus grande quantité que sous Vespasien. Voir le catalogue do Chambalu, Philologus, XLV, 1886, p. 131. Cependant, quand Titus devint empereur, Domitien semble avoir perdu le droit de battre monnaie à Antioche : voir Pick. Z. F. iV.. XIV. p. 347.
(6) C. /. L., H, 4803. C. /. G.. 3173 A. Annali delV Instituto, XLII, p. 182, n* 157 (&u n* 159, il faut corriger VI en VII). Fastes manuscrits.
(7) Actes des Arvales : C. /. L., VI, 2059.
Mais Titus ne lui laissa prendre aucune pari aux affaires de TEtat. Il ne lui fit conférer ni Vimperium proconsulaire, ni la puissance tribunicienne ; il ne lui permit pas de porter le nom d'Imperator (1). — En agissant ainsi, il ne se conforma probablement pas aux desseins de son përe. Yespasien avait voulu que Domitien succédât à son frère aîné : dans cette pensée, il l'avait élevé au-dessus de tous les particuliers. Il ne put lui accorder les titres qui, en fait, équivalaient presque à une désignation au pouvoir suprême ; mais il espérait sans doute que quand Titus serait empereur à son tour, Domitien les recevrait. Colui-ci n'eut peutôtre pas tort do dire que son përe Tavait désigné comme associé au pouvoir impérial, mais qu'on avait falsifié le testament (2).
Il ne semble pas cependant que Titus ait songé à écarter Domitien de l'empire. Dès le premier jour de son règne , il le déclara son associé et son successeur, et il maintint cotte déclaration, malgré Tatlitude hostile de Domitien (3). Il lui proposa môme d'épouser sa fille unique Julie (4). Mais, jaloux do son autorité et inquiet de l'ambition impatiente de son frère, il ne voulut pas lui donner dans l'Etat un rang trop rapproché du sien. On peut observer aussi (5) que Titus se montra très soucieux pendant son règne do no pas porter atteinte aux prérogatives du Sénat, Or, en s'associant Domitien, il aurait semblé vouloir limiter par avance,
(1) Les inscriptions le prouvent. C. /. L., III, 318 : Domitien y est qualifié seulement de Cae«(ar), Divi fiilius), DomiiianuSj co[n)s{ul) V//, [p]rinc{ep8) Juventutis. Cf. C. /. t., II. 4803; VI, 2059.
(2) 8uétone« Domitien, 2 : « Pâtre defuncto... nunquam jactare dubitavit relictum se participcm imperii, sed fraudem testamento adhibitam. » Dans son testament, Vespasien ne pouvait, en réalité, pas plus désigner un associé à l'Empire que son propre successeur. Ce double droit appartenait au Sénat. Mais il pouvait recommander Domitien au Sénat, qui conférait les titres constituant le pouvoir impérial secondaire, et au futur prince, sur la proposition duquel ces titres étaient conférés. — Il est peu probable que Vespasien ait laissé à Domitien par son testament une partie des biens qu'il possédait personnellement, mais dont un empereur seul pouvait hériter. Vespasien, nous l'avons dit, ne voulait pas que Domitien fût empereur après lui avec Titus ; il désirait seulement que son second fils fût particeps imperii^ associé à l'empire sous le rogne de son fils aîné.
(3) Suétone, THu8, 9 : a A primo imperii die consortem successoremque suum testari perscveravit. » Cf. Aurelius Victor, Epitome, 10, qui, au lieu do con^orSt dit particeps potestatis. On a vu plus haut, qu'en réalité, Domitien ne fut pas associé à l'Empire.''
(4) Suétone, OomiVfen, 22.
(5) Herzog, Geschichte und System der rômischen Staatsver'waltung, II, !'• partie, p. 209.
du moins en fait , le droit gui appartenait au Sénat de choisir librement son successeur après sa mort.
Domitien fut fort irrité de la conduite de Titus à son égard, et il manifesta son mécontentement avec beaucoup moins de réserve que sous son père. Une vive discorde éclata entre l'empereur et lui. Sachant que Titus à son avènement était impopulaire^ il aurait songé à ofiTrir aux soldats, après la mort de Vespasien , un àonativum double de celui que leur donna son frère aîné , afin qu'ils le proclamassent (1). A plusieurs reprises, il fut mêlé à des intrigues et à des conspirations ; il chercha presque ouvertement à soulever les armées et à s'enfuir de Rome (2). Ne voulant pas se séparer de Domitia, fille de Corbulon, il refusa d'épouser Julie, et après que cette princesse se fut mariée à T. Flavius Sabinus , fils du frère de Vespasien (3), il en fit sa maltresse du vivant même de Titus (4).
De son côté , Titus frappa de disgrâce les amis de Domitien (5). Il donna on 80 le consulat à L. Aelius Lamia Plautius Âelianus (6) : c'était en quelque sorte une réparation de l'outrage fait à ce personnage par Domitien , qui lui avait jadis pris sa femme (7). T. Flavius Sabinus, cousin et gendre de l'empereur (8), fut désigné consul pour l'année 82 (9). Peut-ôtre Titus traita-t-il Sabinus avec une considération toute particulière. 11 est peu pro-
(1) Suétono, Domitien^ 2.
(2) Suétone, Titus, 9; Domitien, 2. Dion Cassius. LXVI, 26.
(3) Philostrate, Vie d'Apollonius de Tyane, VII. 7, édition Westermann.
(4) Suétone, Domitien, 22.
(5) Pline le Jeune dit de Julius Bassus (Lettres^ IV, 9, 2) : « Titum timuit ut Domitiani amicus. »
(6) Klein, F&sti consulares, p. 46.
(7) Peut-ôtre même Titus ofiTonsa-t-il bien plus gravement son frère en séduisant Domitia. A*U moment d'expirer, il dit qu'il n*avait commis qu'une seule faute. Quelques-uns crurent que c'était une allusion à des rapports intimes avec Domitia (Suétone, THus^ 10; Dion Cassius, LXVI, 26). Suétone ne le pense pas : il ajoute que Domitia jura plus tard solennellement qu'elle n*avait jamais été la maîtresse de Titus, elle qui, loin do nier ces relations si elles eussent été réelles , s'en serait mémo vantée , comme elle s*empressait de le faire pour toutes ses hontes.
(8) 11 était fils do T. Flavius Sabinus, frère de Vespasien : Dion Cassius, LXV, 17; Suétone, Domitien, 10; cf. Philostrate, Vie d'Apollonius, VII, 7. — Il ne faut pas le confondre avec un autre T. Flavius Sabinus qui fut consul en 69, et consul pour la seconde fois eu 72 (Klein, Fasli consulares, p. 42 et p. 44), et qui ne paraît pas avoir été parent des Flavions.
(9) Le 1" janvier 82, Sabinus entra en charge (Kloin, loc, cit., p. 47). Il dut être désigné aux premiers comices de Tannée précédente, comme l'étaient les consuls ordinaires à l'époque flavienne.
bable cependant qu*il lui ait destiné sa succession ; mais il désirait sans doute inspirer cette crainte à Domitien, espérant ainsi le rendre plus soumis. Domitien , nous le savons par Suétone, se montra fort jaloux de Sabinus. Indigné de voir que le gendre de ' l'empereur eût des serviteurs habillés de blanc (c'était la livrée impériale) (1), il s'écria un jour, en citant Homère : « Le gouvernement do plusieurs chefs n'est pas bon (2), »
• Mais », dit Suétone (3), « Titus ne put se résoudre ni à mettre à mort son frère, ni à l'écarter de lui , ni môme à le traiter avec moins de considération qu'auparavant. Quelquefois môme, il le prenait en particulier et le suppliait en pleurant de consentir enfin à payer son affection de retour. » Selon Dion Cassius (4), citant « quelques auteurs dont il partage l'avis, » il se serait repenti de cette indulgence au moment d'expirer. La faute mystérieuse qu'il se reprocha alors aurait été sa condescendance pour Domitien qu'il laissait maître de l'empire romain, tandis qu'il aurait dû le faire périr. Il faut d'ailleurs se méfier de ce que Dion Cassius et môme Suétone, auteurs extrêmement favorables à Titus, nous disent au sujet des relations des deux frères : ils ne rapportent que des faits d'un caractère fort intime sur lesquels la vérité était difficile à savoir.
Cependant leur désaccord était connu de tout le monde : aussi prétendit-on , après la mort de Titus , que son frère l'avait empoisonné (5). C'était une calomnie : l'empereur mourut de la fièvre (6) et dû mauvais régime qu'il suivait (7) ; mais la conduite que Domitien tint alors contribua à répandre des bruits fâcheux pour sa réputation.
(1) Mommsen, Staatsrechtf II, S* édit., p. 805, n. 2. Ci) OOx àyaOàv icoXuKoipavCv) (Suétone, Domitien^ 12). (3; Suétono, Titus, 9.
(4) Dion Cassius, LXVI, 26.
(5) Dion Cassius, LXVI, 26. Philostrato, Apollonius, VI, 32. Hérodien, IV, 5, 6. Aurelius Victor, De Caesaribus, 10 et 11. Evagre d'Epiphanie, Histoire ecclésiastique, III, 41. IV Ezras, II, 35; 12, 28 (édition Hilgenfeld, Messias Judaeorurriy p. 249, 253). Peut-être aussi Chant* sibyllins , XII, vers 121 et suiv. Georges le Syncelle, p. 648, édit. G. Dindorf (cf. Suidas, sub verbo Ao(jieTiav6;). — Les récits de Dion et de Philostrato sont absurdes. Les légendes les plus ridicules coururent au sujet de la mort de Titus (voir Grâtz, Geschichte der luden, IV, 2* édit., p. 118.
(6) Suétone {Titus, 10), le dit formellement. Cf. Suétone, Domitien, 2 et Eusébo, Chronologie, année 2096, p. 158-159 (édit. Schône).
(7) Plutarque (De sanitate pr&ecepta, 3) dit que Titus mourut de Tabas des bains, comme l'affirment ses médecins « &ç ^aaiv ol vooYiXsâaovTcç. v
30 ESSAI SUR LE liÈGNE DE L*BMPBREUR DOMITIEN.
Titus était encore en vie, lorsque Domitîen q\ii se trouvait auprès de lui à Cutilics, non loin de Réate, en Sabine, partit pour Rome à cheval. Il se rendit au camp des prétoriens et se fit saluer empereur par les soldats auxquels il distribua une somme égale à celle qu'ils avaient reçue de Titus après la mort de Vesp«isien (13 septembre 81) (1). Le lendemain (2), les sénateurs, sans même avoir été convoqués, coururent à la curie et conférèrent à Domitien le titre d'Auguste, Vimperium^ la puissance tribunicienne (3). Seize jours après, le 30 septembre, eurent lieu les comices dans lesquels la puissance tribunicienne du nouvel empereur fut proclamée devant le peuple (4). — Domitien fut désigne consul pour la huitième fois (5) : il semble avoir pris la place d'un personnage désigné dès le commencement de Tannée et dont le nom est inconnu (6). Il reçut ensuite le grand pontifl-
(1) Dion Cassius, LXVI, 26. Cf. Suétone, Domitien^ 2. Pour la date, Suétone, Titus, II.
(2) Dion Cassius, LXVII, 18, dit que Domitien régna quinze ans et 5 jours. Or il mourut lo 18 septembre 96 (Suct., Domi/ten, 17) Du U septembre 81 au 18 septembre 96, il y a Tintervalle indiqué par Dion si l'on compte la date initiale et la date finale. — Ce que Suétone dit de la séance tenue par le sénat (Tt*tu8, il; cf. Chambalu, De magistrat ibus Flaviorum, p. 10) prouve que Domitien ne fut pas reconnu empereur un jour de dies legitimus, comme l'étaient les ides de septembre (le 13). — Ce fut le 14 septembre au plus t6t que les frères Ârvales célébrèrent un sacrifice ob imperium Domitiani (C. I, L., VI, 2060) : XV [... h(alendas) ociohr{es)]. En suivant les indications de Dion, on doit restituer XV [III] = 14 septembre, comme Ta fait Henzen, Acta fratrum Arvaliurrif p. 64.
(3) Pour Vimperium et le titre d'Auguste , voir les Actes des Ârvales, C. /. L., VI, 2060. — Domitien fit dater ses puissances tribunicicnncs du 13 ou du 14 septembre et non du 30 : sur un monument du 20 septembre 82 (Ephemeris epigraphica, IV, p. 496), on lit : tribunic{ia) potestat(e) II,
(4) Actes des Ârvales (C. /. L., VI, 2060), au 30 septembre : indication d'un sacrifice célébré au Capitole : [ob c6\mitia tribunicia Caesaris, Divi f{Hi)i Dom[itia]ni Aug(u8ti), — • Le lendemain (1" octobre), les Ârvales se réunirent encore au Capitole pour sacrifier votorum [co]mmendafidorum causa pro salute et incolumitate Caesaris, Divi f{ili), Domitian{i) Aug{usti),
(5) Sur trois monnaies de 81 , où Domitien est indiqué comme empereur, on lit seulement co{n)8iul) VII (Cohen, Domitien^ 33, 172, 344) ; sur les autres, co{n)8{ul) VII f des{ignatus) VIII. Mais il faut observer que les monnaies 33 et 344 portent le titre de p(ontifex) m(aximus) et sont , par conséquent, postérieures à la désignation de Domitien à un huitième consulat (voir p. 31, n. l).
(6) C'est probablement à Domitien que Pline le Jeune (Panégyrique, 57) fait allusion par ces mots : « consulatum... quem novi imperatores destinatum aliis in se transferebant. » — Si Titus avait été désigné au début de
DOBCITIBN AVANT SON RÊONE. 31
cat (1). Le Sénat lui décerna aussi le titre de père de la patrie (2).
Tannée 81 pour un neuvième consulat, Domitien n*aurait eu qu'à prendre la place laissée vide par la mort de son frère. Mais, malgré le témoignage d*uno inscription {Bulletin de correspondance hellénique, III, 1879, p. 171; C. /. L., III, 6732), il est très douteux que Titus ait été désigné à ce neuvième consulat : les monnaies n'en font aucune mention (voir Chambalu, Philologus, XL VII. 1888, p. 766-768).
(1) Sur les monnaies de 81, où Domitien est indiqué comme empereur, on lit tantôt pont{ifex) , tantôt pont(ifex) max{imu8) ; voir Ghambalu, De magiatratibus Flaviorum, p. 21, n. 1 et 2. Ce fut après avoir été désigné à un huitième consulat qu'il reçut le grand pontificat; voir Cohen, Domitien^ 56-59; 370-372, où Domitien est indiqué comme pont{ifex) et co{n)8{ul) VII ^ de8{ignatu8) VIII.
(2) Domitien reçut ce titre avant que le Sénat lui conférât le grand pontificat (voir Cohen, 57-59; 370-372). Peut-être fut-il surnommé pater patriae le jour même de sa proclamation à l'empire : a nomen illud, » dit Pline le Jeune, a quod alii primo statim principatus die, ut Imperatoris et Caesaris, receperunt » {Panégyrique, 21). — Il était cependant d'usage que ce titre ne fût décerné que quelque temps après l'avènement et même que les empereurs le refusassent la première fois qu'on le leur offrait (voir Mommsen, Slaatsrecht, II, 3» édit. , p. 779).