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MEURTRE DE DOMITIEN. CONSÉQUENCES DE SON RÈGNE

Il n'avait aucune confiance dans les préfets du prétoire qui devaient veiller à sa sûreté : deux d'entre eux furent mis en jugement à l'époque môme où ils exerçaient leurs fonctions (1).

Au mois de septembre de l'année 96, il songea peut-être à se défaire de sa femme, dont il se savait détesté, et de quelquesuns de ses principaux affranchis; de ses conseillers intimes, sur lesquels il avait conçu des soupçons. D'après le récit de Dion Cassius (2), il déposa sous le chevet de son lit de petites tablettes de bois sur lesquelles il avait écrit leurs noms ; mais un jeune enfant, admis dans le palais comme bouffon, les déroba pendant que le prince faisait sa sieste et s'en alla sans savoir ce qu'il portait. Domitia, qui le rencontra, lut ces tablettes et avertit les autres : ce fut pour eux un motif de presser un complot auquel ils songeaient déjà. Mais on doit remarquer que les mêmes détails nous sont donnés sur la mort de Commode (3); il y a donc là probablement une légende ou une confusion. — Les principaux conjurés furent Parthenius et Sigerius (4), chambellans de l'empereur; Entellus, secrétaire a libellis ; Stephanus, procurateur de Domitille, alors accusé d'avoir détourné une partie des biens confiés à sa garde (5). Domitia eut connaissance, dit-on, de la conspiration (6). Les deux préfets du prétoire, Norbanus et Petronius Secundus, ne l'ignorèrent pas non plus; leur complicité était nécessaire pour empêcher les soldats de se livrer à de sanglantes représailles lorsqu'ils apprendraient la mo^t de Domi-

pour avoir fait l'apologie de Thraséas, une des victimes de Néron (voir le contexte).

(1) Dion Cassius, LXVII, 14 : « o'iSè év xoTç éicdpxotc ovJc ye xal icap* aut^v tVjv i^E(i.ûv(av xpCveaOat èTcoiei, èXniSa à/rçaXeiaç tlye. u Nous ne savons pas de quels préfets rhistoricn veut parler. Ce fait semble s'être passé en 95 (voir Dion, mémo chapitre).

(2) LXVII, 15. Il est du reste peu affirmatif : « ^xouda 5è lytoY' ^^^ éxeTvo, 6Tt, etc. D

(3) Hérodien, I, 17.

(4) Les deux formes Sigerus et Sigerius sont admissibles. Voir Friedlànder, SittengpschirhtCf I, p. 116, n. 2; annotations de l'édition de Martial, IV, 78, 8.

(5) Dion Cassius, loc. cit. Suétone, DomUieriy 17. — C'est sans raison plau- ^blc qu'on a supposé que les chrétiens furent complices du meurtre de Domiticn. Voir Allard, llisloire des persécutions, I, p. 128 et suiv.

(G) Il est pcut-ctrc permis de voir une allusion à la complicité de Domitia dans ces mots de Suétone (Titus, 10), au sujet des bruits qui l'accusaient d'avoir été la maîtresse de Titus : o haud negatura, si qua omnino fuissct, immo etiam gloriatura, quod illi promptissimum erat in omnibus probris. »

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tien (l). — Avant de mettre leur projet à exécution, les conjurés s*âssurërent du successeur à l'empire ; de graves désordres étant à craindre, il fallait qu'immédiatement après le meurtre un gouvernement fort fût établi. Dans de telles circonstances, des hésitations, des intrigues sénatoriales pour l'élection d'un nouveau prince auraient été très inopportunes. Plusieurs personnages restèrent sourds aux propositions qui leur furent faites ; ils craignaient un piège. Enfin, M. GocceiusNerva,qui était d'une haute naissance et avait deux fois géré le consulat ordinaire (2), se déclara prêt à accepter l'empire (3). Nous avons vu que Domitien avait songé à le mettre à mort. Il est probable que quelques sénateurs influents furent informés de ce choix, afin que l'élection de Nerva ne fût entravée par aucune difficulté. Le nombre de ceux qui connurent le complot dut donc être assez considérable, mais la haine quUnspirait Domitien et le désir qu'on avait de se débarrasser de lui répondaient de la discrétion de tous.

« La veille de sa mort, » dit Suétone (4), qui prétend qu'on lui avait prédit le jour et l'heure où il périrait (5), t on lui avait servi des truffes. Il les fit garder pour le lendemain, en disant : « Si toutefois il m'est permis d'en goûter ! » Puis , se tournant vers ses voisins, il ajouta que, le jour suivant, la lune se couvrirait de sang dans le Verseau et qu'il arriverait un événement dont on parlerait dans tout Tunivers. Au milieu de la nuit, il fut saisi d'un tel effroi qu'il sauta à bas de son lit. Le lendemain matin (18 septembre) (6), il jugea un devin qu'on lui avait envoyé de Germanie, parce que cet homme, consulté au sujet d'un cpup de tonnerre, avait prédit une révolution; il le condamna(7). En grattant trop fort une verrue qu'il avait au front, il la fit saigner. « Plût au ciel , » dit-il , « que j'en fusse quitte à si bon compte 1 » Puis il demanda 1 heure. Au lieu de la cinquième qu'il redoutait 9 on lui dit exprès que c'était la sixième. Alors, comme si le péril était passé, il se rassura et se disposa à faire la sieste. » — Les récits de la scène qui suivit ont un caractère un peu moins

(1) Dion Cassius. loc, cit. Cf. Suétone, Domitien , 14 : « Terribilis cunctis et invisus, tandem opprcssus est amiconim, libertorumque intimonim conspirationo, simul et uxoris. »

(2) En 71 et 90 : voir Klein, Fasli cons., p. 43 et 49.

(3) Dion Cassius, loc, cit.

(4) Domitien, 16.

(5) Domitien^ 14.

(6) Suétone, Domitien, 17. C. /. L., VI, 472.

(7) Cf. Dion^Cassius, LXVII, 16.

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légendaire (1). Le chambellaa Parthenius vint annoncer à Tempereur qu'un homme demandait à lui parler sans retard pour lui faire des révélations d'une grande importance sur une conspiration. Domitien, ayant fait retirer tout le monde, passa dans sa chambre à coucher, et Stephanus,qui se vantait d'avoir découvert les conspirateurs, fut introduit près de lui. Fort robuste, il s'était chargé du meurtre. Plusieurs jours auparavant, il avait feint de se blesser le bras et il le portait enveloppé de linges, au milieu desquels il put cacher un poignard. Il présenta à Tempereur un billet (2), et tandis que celui-ci le lisait avec ctonnement, il le frappa à l'aine. Domitien, dont la blessure n'était pas mortelle, cria à un esclave, qui se trouvait dans la chambre pour veiller au culte des dieux lares, de lui tendre le poignard caché sous le chevet du lit. Mais Parthenius avait eu soin d'en enlever la lame; de plus, toutes les issues avaient été fermées. L'empereur, qui était très vigoureux, saisit l'assassin, le jeta à terre et, pendant quelque temps, il chercha à lui arracher le fer des mains ou à lui crever les yeux, quoiqu'il se fût lui-même blessé les doigts dans la lutte. Mais à ce moment entrèrent le corniculaire Glodianus, Maxime, affranchi de Parthenius, Saturius, décurion des chambellans (3) et quelques gladiateurs ; ils l'achevèrent en lui faisant sept blessui*es. Beaucoup de gens qui n'avaient pas pris part à la conspiration étant aussitôt accourus, Stephanus fut tué à son tour, — Des portefaix emportèrent' du palais, dans un cercueil fort humble, le cadavre de Domitien ; Phyllis, sa nourrice, lui rendit les derniers devoirs dans un.domaine qu'elle possédait sur la voie Latine, puis elle porta furtivement ses restes dans le temple de la famille Flavienne et les mêla aux cendres de Julie, fille de Titus, qu'elle avait aussi élevée (4).

(1) Suétone, Domitien, 17. Dion Gassius, LXVII, 17 eW 18. Philostrate, Apollonius, VIII, 25. Suidas, s. v. Ao|i£Tiavo(. Cf. TertuUien, Apologétique, 35.

(2) Selon Philostrate, Stephanus annonçait à Domitien que Clemons n'était pas mort et qu'il préparait une révolte.

(3) Peut-être faut-il lire, non Saturius, mais Sigerius (Friedlànder, Sittengeschichle, I, p. 116, n. 2).

(4) Suétone, Domitien, 17. Cf. Dion LXVII, 18. — Une tradition rapporte qu'au jour et à l'heure où Domitien. fut assassiné, lo célèbre thaumaturge Apollonius de Tyane, qui discourait alors devant les Ephésiens, s'interrompît tout à coup, puis s'écria : « Frappe le tyran, frappe! » (Philostrate, VIII, 26; Dion Gassius, LXVII, 18, etc.) Peut-être Apollonius était-il instruit do ce complot, mais il est infiniment plus probable que cette légende n'a aucun fondement historique. — Voir dans Malalas (p. 267, édit, Dindorf ; cf. Chro-

L'aristocratie était délivrée de son implacable persécuteur, a Entre ces murailles, » dit Pline (1), « où il se croyait en sûreté, il avait renfermé avec lui la trahison, les pièges, un dieu vengeur de ses crimes. Le châtiment a écarté les gardes et brisé les barrières ; à travers les passages étroits et pleins d*obstacles , il s'est précipité comme si l'entrée eût été libre et les portes ouvertes. A quoi servit alors la divinité du prince? à quoi ces appartements secrets et ces réduits cruels, où la crainte, Torgueil, la haine des hommes le tenaient confiné? »

Les sénateurs, tout joyeux, s'assemblèrent aussitôt. Ils élurent Nerva et accablèrent le prince mort des invectives les plus outrageantes. On apporta des échelles, on détacha ses écussons, ses portraits, et on les brisa. Un décret abolit sa mémoire, et ordonna que partout les inscriptions gravées en son honneur fussent détruites et ses statues renversées ; celles qui étaient en métal précieux durent être fondues (2). « Quelle joie, » s'écrie Pline (3), « de jeter à terre ces visages superbes, de' courir dessus le fer à la main , de les briser avec la hache , comme si ces visages eussent été sensibles et que chaque coup eût fait jaillir le ' sang! Personne ne fut assez maître de ses transports et de sa joie tardive pour ne pas goûter une sorte de vengeance à contempler ces corps mutilés, ces membres mis en pièces ; à voir ces menaçantes et horribles images jetées dans les flammes et réduites en fusion , afin que le feu transformât pour Tusage et le plaisir des hommes ce qui les avait fait si longtemps trembler d'épouvante. » Le décret du Sénat fut si bien exécuté, qu'on n'a retrouvé à Rome aucune inscription en l'honneur de Domitien (4); dans presque

nique pascale^ I, p. 468, édit. Dindorf) an récit absurde qui mélc les souvenirs légendaires de la mort de Homulus et ceux de la mort de César.

(1) Panég., 49.

(2) Suétone, Domitien, 23. Dion Cassius, LXVIII. 1. Macrobe, I. 12, 37. Eusèbe, Hist. ecclés,, III, 20; Chronologie, année 2113, p. 162, 163, 214 Lactancc, De mortibus persecutorum^ 3. Saint Jérôme, De viris illustribus^ 9. Procopo, llisloria arcana , 8. — Le nombre des monnaies de Domitien qui nous restent est si considérable qu'il est invraisemblable d'admettre (C.-E. Peter, De fontibiis historiae imperalorum Flaviorum^ p. 05; Zedler, De memoriae damnatione qu&e dicilur^ p. 19, n. 2) que le Sénat ait ordonné la refonte des monnaies portant le nom de cet empereur, comme cela fut fait plus tard pour Géta (Dion Cassius, LXXVII, 12). — On trouve des monnaies de Domitien qui ont été endommagées ;i dessein (Zedler, loc. cit.; Friodlànder, Zeitschrift fur yumismatih, VIII, l^Sl. p. l(h.

(3) Panég., 52 (je cite d'après la traduction Burnoul).

(4) Sauf un fragment très mutilé (C. /. L., VI, 947).

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