MEURTRE DE DOMITIEN. CONSÉQUENCES DE SON RÈONB
dyarchie parut rétablie. Les exilés furent rappelés, les victimes de Domitien réhabilitées et glorifiées; les procès de majesté interdits; les exactions financières prirent fin ; beaucoup de délateurs de basse condition furent condamnés à mort ; il fut interdit aux esclaves et aux affranchis de porter des plaintes en justice contre leurs maîtres (1). Cependant, Nerva, par crainte d'une révolte militaire, s'efforça de modérer la réaction (2). Quelques favoris de Domitien se virent traités avec des égards particuliers par lui (3). Il rendit un édit pour confirmer tous les privilèges accordés par son prédécesseur (4). C^sperius Aelianus, déjà préfet du prétoire avant 96 (5), reçut de nouveau le commandement de la garnison de Rome. Les prétoriens s'enhardirent ; sous la conduite d' Aelianus, ils vinrent assiéger le palais, exigèrent le châtiment des assassins de Domitien, les massacrèrent, et se firent même remercier de leur crime par Nerva (6). — Le vieil empereur, se sentant sans autorité, s'associa alors un général énergique et aimé des soldats, Trajan, qui, bientôt après (janvier 98), lui succéda. Dès lors, la réaction fut complète. Dans le remerciement ofiBciel que Pline le Jeune, devenu consul, adressa à Trajan, le 1*' septembre de Tannée 100, il ne manqua aucune occasion de maudire Domitien et de mettre en contraste la conduite de ce tyran et celle du prince régnant. Les délateurs qu'avait épargnés Nerva subirent des peines rigoureuses (7); Gasperi us Aelianus et les prétoriens qui avaient été les meneurs de la révolte furent mis à mort (8). Nul n'osa protester. D'ailleurs, les bienfaits que Trajan répandit sur tout l'empire et ses succès militaires effacèrent bientôt les regrets que le meurtre de Domitien avaient pu provoquer en Italie, dans les provinces et surtout dans l'armée.
Domitien fut un homme d'Etat d*un esprit assez étroit , mais avisé, actif, désireux de bien gouverner. Il assura au monde ro-
(1) Dion Cassius, LXVIII, 2. Pline, Lettres, I, 5, 10; IV, 9, 2; IX, 13, 4 et 5; Panég,^ 35. Scolies à Juvénal, IV, 53. Eusébe, Hist, ecclés., III, 20; Chronologie, année 2113. Ëckhel, Doctrina numorum veierlim, VI, p. 404.
(2) Un certain nombre de sénateurs étaient d'ailleurs du même avis. Voir Pline, Lettres, IX, 13, 7. Dion Cassius, LXVIII. 1.
(3) Aurelius Victor, Epitome, 12. Pline, Lettres, IV, 22, 4; cf. IX, 13, 22.
(4) Correspondance de Pline et de Traj&n , 58.
(6) Dion Cassius, LXVIII, 3. Aurelius Victor, loc. cit,, Suétone, Domitien, 23. Pline, P&nég., 5, 6, 7, 10.
(7) Pline, Panig,, 34 et 35. Scolies de JuTénal, IV, 53.
(8) Dion Cassius, LXVIII, 5.
main une justice , une administration régulières ; on ne peut guère lui adresser à cet égard qu'un seul reproche grave , c'est de n'avoir pas suffisamment cherché à restaurer les finances que Titus avait compromises. Il voulut ranimer la religion nationale, qu'il jugeait nécessaire à l'empire, et la défendre contre les croyances nouvelles. Il essaya de rétablir les bonnes mœurs, pensant que l'intervention de l'Etat dans ce domaine pouvait être efficace. Sous son règne, Rome fut plus brillante que jamais; les provinces semblent avoir été prospères; il fit ce qu'il put pour améliorer les conditions économiques de l'Italie. Il s'eflTorça de défendre les frontières contre les Barbares et il y réussit sur le Rhin. — Il vit les défauts du gouvernement mixte du Sénat et du prince, et, en s'appuyant sur l'armée, il chercha à y porter remède, non sans hésitation.du reste, car il se rendait bien compte du prestige du Sénat. Mafe le Sénat , qui ne s'avouait guère son incapacité, n'était pas disposé à renoncer à ses droits constitutionnels. D'ailleurs Domitien n'avait pas les qualités morales nécessaires pour faire accepter sa politique. Au lieu de se contenter de la réalité du pouvoir, il commit, par vanité, la faute d'exiger des honneurs tels que nul empereur n'en avait reçus jusqu'alors; il ne voulut plus être seulement le premier des citoyens : il se fit appeler « maître » et « dieu. » Son orgueil, la violence et la méchanceté de son caractère aigri par la défiance que lui avaient témoignée son père et son frère, ses débauches lui attirèrent la haine violente de l'aristocratie , qui , dès le début de son règne , lui était défavorable, se souvenant des fautes de sa première jeunesse et de sa conduite peu fraternelle envers Titus. Si à Rome elle se soumit en apparence, elle lui fit en secret une vive opposition et conspira contre sa vie. En 88 , elle parvint à entraîner dans une révolte une partie des légions. Dbmitien s'en vengea par des actes de cruauté qui exaspérèrent la noblesse. La lutte dura plusieurs années; elle devait nécessairement se terminer par le meurtre de l'empereur : tandis que ses rigueurs ne faisaient qu'augmenter le nombre et l'acharnement de ses ennemis, il suffisait d'un coup de poignard pour le faire disparaître. Après lui , les règnes de Nerva et de Trajan furent marqués par une iréaction contre sa politique : la menace de la monarchie parut écartée.
Il était cependant plus que jamais nécessaire de modifier la dyarchie d'Auguste. Domitien avait mis à mort les sénateurs les plus influents : d*autres avaient été exilés et n'étaient revenus à Rome qu'après l'avènement de Nerva*; ceux même qui avaient