‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 122 sur 327 · Pline, Ep., VIII · texte numérisé non relu

Pline, Ep., VIII

et» à plus forte raison, rétendue de sa compétence. Ils ne possédaient plus la tradition de cette politique suivie et savante qui aTait élaboré l'ancienne constitution et organisé le gouvernement de l'univers. C'est ici que l'on peut voir quelle déplorable lacune laiBBait dans le système du principat l'absence d'institutions provinciales sérieuses. Entre le conseil des décurions d'une petite ville et le Sénat qui statuait sur les intérêts d'un immense empire, il n'existait aucun intermédiaire. Des assemblées provineialeB librement élues*, dotées d'attributions importantes, fussent devenues, dans chaque partie du monde romain, l'école où se seraient formés les hommes politiques, où ils auraient appris à traiter les grandes affaires, à parler et à délibérer sur des intérêts ecdlectifis, où surtout ils auraient pris conscience de leur dignité et de leur force, et conquis une autorité capable de les maintenir indépendants en face de l'empereur et du pouvoir formidable dont il était revêtu.

Mais cette institution, dont le cadre existait, ne prit aucun développement pendant les quatre premiers siècles de notre ère *, et le Sénat ne fut guère plus qu'une assemblée de notables, consultée pour la forme, éblouie par le prestige du principat et docile à toutes les suggestions de l'adulation ou de la crainte. La loi de imperio principis, votée à chaque avènement, resta dans [ses mains une arme inutila Pendant le règne deTrajan, l'histoire du Sénat n'offre qu'un échange d'honunages entre Tfflnpereur et la haute assemblée ^.

C'étaient déjà des hommages que la modestie avec laquelle l'empereur acceptait les magistratures et les honneurs, aussi bien que la conscience scrupuleuse qu'il apportait dans Inobservation des règlements constitutionnels. Mais il allait plus loin encore

1. Pour la liberté laissée aux élections municipales, voir les programmes écrits à la main sur les muraUles de Pompéi et la lex Malaettana.

2. Le rôle du coneilium ou xotvâv de chaque province se bornait à peu près à célébrer le culte national et les jeux fondés au temps de l'auto- Domie et conservés sous la domination romaine. Cette assemblée avait néanmoins quelques attributions politiques : c^est en son nom et sur son initiative qu'étaient instruites à Rome les poursuites contre les gouverneurs concussionnaires (Pline, Ep,, VU, 6). Voir aussi l'inscription de Thorigny (Mém. des AnUq. de France, VII, 278). On connaît le tardif essai de gouvernement représentatif d'Honorius (Script. Rer, GalL, 1,767).

3. Accompagné d'enfantillages, tels que ceux qui se produisirent après rétablissement du scrutin secret, à la grande indignation de Pline {Sp., IV, 25).

dans sa déférence pour le plus ancien pouvoir public de Rome. Ainsi c'est au Sénat que Décébale dut demander la paix ; c'est seulement après que le même Sénat l'eut déclaré ennemi du peuple romain que Trajan reprit les hostilités contre le roi dace. Pendant la guerre des Parthes, Trajan informait [régulièrement l'assemblée des événements militaires et sollicita auprès d'elle les honneurs du triomphe *.

n avança l'âge des honneurs pour les [fils des sénateurs les plus illustres, et octroya de préférence cette faveur aux descendants des familles qui avaient marqué dans le parti républicain, ceux que Pline appelle « les derniers fils de la liberté » ^.

Un des faits qui montrent le mieux la bienveillance de Trajan pour le Sénat est la restitution, ordonnée par lui, d'un certain nombre de monnaies émises sous la République. Eckhel pensait que Trajan avait fait restituer toutes les monnaies de cette époque' et que le temps nous en donnerait successivement la preuve. Le sentiment de ce grand numismatiste est aujourd'hui abandonnés mais par cela même que Trajan a fait un choix dans les familles auxquelles il voulait rendre cet honneur, ce choix devient très-significatif. En facilitant la rentrée dans la circulation générale des pièces où l'on voyait le triomphe de Paul-Emile*, ou MarceUus offrant à Jupiter Férétrien les dépouilles opimes ®, il perpétuait simplement des faits célèbres de l'histoire de Rome. Mais en rétablissant, à côté des monnaies de Marins, de Jules César, d'Auguste et d' Agrippa, celles des chefs du parti aristocratique tels que Sylla vainqueur de Jugurtha et de Bocchus'', en multipliant l'effigie de Pompée*, il faisait voir qu'il ne répudiait aucun des glorieux souvenirs de la patrie. Songeons encore au denier restitué de la famille Junia, portant d'un côté le nom et l'efSgie de la Liberté, et représentant de l'autre le consul Brutus accompagné de ses licteurs. Connue on Ta dit®, il fallait chez le prince qui permettait le renouvellement de ces souvenirs républicains une confiance bien grande dans la force de son gouvernement et dans l'affection de ses sujets.

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