Dion, LXVIII
orages de grêle y sont continuels, et enfin des nuées d'insectes, dont il est impossible de se garantir, tous y tourmentent jour et nuit et tombent jusque dans les aliments ^ Il fallut partir et commencer une retraite pénible, car on prit sans doute la route la plus courte, à travers ce désert qu'AÎnmien parcourut plus tard avec l'armée en retraite de Jovien, « soixante-dix milles de pays « plat et aride, où l'on ne trouve à boire qu'une eau jaunâtre et « fétide, à manger que des plants d'aurone, d'absinthe et de ser- « pentaire, et d'autres herbes amères, où on ne se procure une « nourriture, peu saine encore, qu'en tuant les chameaux et les 4c autres bêtes de somme*. > Et, ce qui devait mettre le comble à la tristesse de ce retour, Trajan avait ressenti les premières atteintes du mal qui allait l'emporter. Il luttait courageusement contre la mauvaise fortune et contre la souffrance ; à peine arrivé en Syrie, il songeait à réorganiser son armée et à repartir pour la Mésopotamie, avec des troupes fraîches ou reposées^, car son dernier échec l'irritait sans l'abattre, et il ne voulait rentrer dans Rome qu'après l'avoir effacé. Les progrès de la maladie ne lui permirent pas d'accomplir son dessein : il remit les troupes au commandement d'Hadrien, alors gouverneur de Sjnrie. Â Rome pourtant, on ne se préoccupait pas autant qu'il le craignait du revers d'Atra : l'annexion de deux provinces suffisait à l'orgueil national . D'ailleurs on attendait avec une certaine impatience le retour de l'empereur ; on signalait quelques mouvements chez les peuples à demi-barbares des frontières, en Maurétanie, en Bretagne, sur le Danube*. On considérait donc la guerre d'Orient comme terminée, on préparait des monuments destinés à témoigner de l'allégresse publique et à en perpétuer le souvenir*, on songeait à renouveler pour Trajan les marques de déférence données jadis à Auguste®. Mais l'empereur s'était arrêté à Selinonte, en Cilicie, et ne devait pas aller plus loin. Le mal dont il
1. On lira avec intérêt deux explorations des ruines d*Âtra faites par J. Ross et Âinsworth, Jcwm, of the Roy. Geog. Society of Lond,^ 1839, p. 453, et 1841, p. 9. Ross y rencontra les mômes difficultés que les soldats de Trajan, orages, insectes, etc. V. aussi Ritter, Erdkwndey X, p. 126.