‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 231 sur 327 · Wallon, Histoire de VEsclavage, III, p · texte numérisé non relu

Wallon, Histoire de VEsclavage, III, p

s'accompagnant de la lyre des vers composés par celui dont elle partageait le sort et la gloire. Pline lui portait l'affection la plus vive, et ne pouvait supporter sans chagrin les courtes séparations que le hasard leur imposait. « On ne saurait croire, dit-il, à 4C quel point je souffre de votre absence, d'abord parce que je < vous aime et ensuite parce que nous n'avons pas l'habitude « d'être séparés. Aussi, je passe une grande partie des nuits à « penser à vous ; le jour, aux heures où j'avais l'habitude de « vous voir, mes pieds me portent d'eux-mêmes à votre chambre « vide, et j'en reviens chagrin et abattu comme si la porte « m'eût été refusée*. » « Votre absence, dit-il, dans une autre « lettre, votre maladie me jettent dans l'anxiété. Je crains tout, « je me figure tout, et comme tous ceux qui ont peur je me « figure surtout ce que je redoute le plus. Je vous le demande « en grâce, calmez mes craintes en m'écrivant une fois, deux ^ fois même par jour. Je serai plus tranquille pendant que je « lirai, et je recommencerai à trembler quand j'aurai lu*. »

Nous voilà loin du fameux billet de Cicéron à Terentia^ et des scènes de Quintus avec sa femme. Dans le monde grec on aperçoit en parcourant les opuscules de Plutarque un progrès semblable. Tandis que Thucydide pose en principe que la femme la meilleure est celle dont on n'a jamais parlé, que Xénophon resserre le cercle de la vie conjugale dans la direction matérielle du ménage, Plutarque écrit un livre sur les actions éclatantes des femmes, dans l'intention avouée de venger leur sexe d'un mépris injuste et il révèle, dans les écrits qu'il adresse à son épouse, les habitudes d'une communauté morale de tous les instants. Ainsi, dès le début du ii^ siècle, nous trouvons réalisé le type du mariage tel que le définiront si heureusement les juriconsultes^.

Toute inégalité réelle avait, on peut le dire, disparu de la société antique le jour où la puissance politique passa tout entière aux mains du prince, qui pouvait élever aux positions les plus élevées et les plus considérables ceux qui avaient conquis sa faveur ou sa confiance. On était arrivé à l'égalité par une voie regrettable, mais elle était atteinte. Il ne servait plus de rien, conrnie le remarque mélancoliquementle poète, d'avoir respiré l'air

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