‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 266 sur 327 · III · texte numérisé non relu

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DE LA BERGB 46

grammes : les supplices lents et rafSnés, que subissent les criminels condamnés à jouer dans ramphithéâtre des rôles mythologiques ou historiques entraînant la mort, ne lui inspirent que des propos agréables et des traits d'esprit*. La bassesse et l'indécence des flatteries qu'il adresse à l'empereur*, et les adulations dont il accable ses patrons, ne sont pas moins choquantes que les violentes invectives qu'il lance à ses adversaires^. Que dire enfin de ses perpétuelles et impudentes demandes d'argent^, de sa mauvaise humeur quand il ne reçoit pas ce qu'il espérait, des menaces qu'il fait entendre à ses amis lorsqu'ils ne s'exécutent pas assez vite^? Certes la littérature française n'a pas toujours reculé devant les sujets scabreux, et nos grands poètes se sont montrés assidus courtisans et intrépides solliciteurs, mais chez eux, au moins, le tour ingénieux de la pensée, la finesse et la grâce du langage déguisent ce qu'il y a de répréhensible ou de blâmable au fond, et forcent presque à pardonner ces attaques aux bienséances et à la dignité humaine. Si Martial n'a pas soulevé chez ses contemporains de répugnances pareilles à celles qu'il nous fait éprouver, on en doit conclure que les défauts dont son livre témoigne étaient fort communs dans la société au milieu de laquelle il a vécu. Cependant il ne faut pas oublier que chez les anciens, à Athènes comme à Rome, la littérature fut habituellement plus immodeste que les mœurs; pour ne pas sortir du temps dont nous nous occupons et delà société que fréquentait Martial, nous savons que Pline (lui-même nous l'apprend) composait par passe-temps des vers assez licencieux sans se compromettre aux yeux de ses amis ni aux siens propres ^ : on se référait à la distinction queCatuUeavait nettement posée entre le caractère de l'auteur et les allures de récrivain', et l'honneur était sauf*. Extrêmement éloignés de notre politesse, les anciens ignoraient d'ailleurs les ménagements à garder vis-à-vis d'un adversaire quand on prend le public pour

1. Spect. 7, 21; VIII, 30; X, 25. Sur ces représentations sanglantes, voir Renan, Antéchrist, p. 168.

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