Nam castum esse decet pium poetam
Ipsum, versiculos nihil necesse est. (Gatull. XVI.)
8. C'est ce que Martial appelle latine loqui (I pr.) et il met tranquillement ses obscénités sur le compte de la romana simpliciias (XI, 20).
juge <l*un désaccord : en ce cas, ils s'exprimaient avec une sincérité et une passion qui nous révoltent, mais qui ne produisaient pas alors un aussi grand effet. Martial fut même yanté pour la douceur de son commerce : c'était, dit Pline, un homme de talent fin et passionné, qui écrivait d*un style piqpiant et amer, mais sans méchancetés Ainsi la violence de son langage n'implique nuUement les habitudes grossières qu'elle caractériserait aujourd'hui. Quant aux formes adulatrices qui nous blessent, elles ne dépassent guère, il faut aussi le reconnaître, celles que le style officiel de ce temps-là avait rendues obligatoires et banales, et qu'on rencontre en maint passage du Panégyrique et de la correspondance de Pline. En somme, Martial n'est pas une exception parmi les hommes de son époque, ni ceux-ci ne sont une exception dans la société antiqpie. Le livre où nous les voyons peints sous le jour le moins favorable est un témoignage précieux, auquel son mérite littéraire assigne un place très en vue parmi les documents contemporains ; mais l'histoire ne doit pas le consulter à l'exclusion de tous les autres témoignages, et l'équité exige d'ailleurs qu'on se place, pour le juger, au point de vue où se plaçaient les Anciens.
L'époque dont nous nous occupons est pour la philosophie une période d'amoindrissement et de langueur. Chaque école avait épuisé son principe et cessé de chercher la vérité ou de combattre méthodiquement les écoles rivales : ceUe d'Aenésidème demeurait seule active au milieu des ruines amoncelées de toutes les autres. Le célèbre sceptique était mort dans le courant du i*' siècle, et ses disciples perfectionnaient les objections qu'il avait imaginées contre le dogmatisme, objections qpie Sextus Empirions devait systématiser cent ans plus tard et que Lucien a revêtues de formes si mordantes et si ingénieuses. Toutefois le discrédit jeté par le scepticisme sur tous les essais spéculatifs provoquait, par une réaction naturelle, un courant de mysticisme déjà sensible. Les parties les plus téméraires de la philosophie de Platon étaient en faveur, et la vogue était surtout au Pythagorisme. Les progrès des sciences mathématiques et de l'astronomie, le goût chaque jour plus répandu de la musiqpie ramenaient à cette école de nombreux disciples ; le régime bizarre qu'elle leur imposait, le mystère et les formes symboliques dont eUe enveloppait son enseignement, exerçaient une séduction facile à concevoir sur les esprits curieux et inquiets de la génération contemporaine de
t. Plin. m, 21.
Trajan. On comprend quelle influence exerça dans cet état particulier des âmes Apollonius de Tyane dont la vie, à peine éteinte, prit immédiatement une couleur légendaire ^
Si Ton voulait rattacher Plutarque à une école déterminée, il faudrait le ranger au nombre des platoniciens; maison ne saurait, en vérité, voir de la philosophie dans ce déploiement d'une érudition abondante et difiuse, où les contradictions fourmillent, où aucune doctrine ne domine les faits. Le recueil des Œuvres Morales du philosophe de Chéronée, précieux par les milliers de renseignements, de traditions, de citations qu'il fournit, ofiBre, dans son désordre même et dans son incohérence, une représentation fidèle de la crise que traversait la philosophie et laisse deviner à quel résultat cette crise devait aboutir : la curiosité universelle et mal réglée de l'auteur, l'interprétation allégorique des mythes, l'addition au fond grec de notions égyptiennes et orientales, les détails fabuleux mêlés à l'histoire des anciens philosophes, nous montrent dans quel sens seront dirigés les efforts des fondateurs de l'éclectisme, sur quel terrain sera semée la nouvelle doctrine et quelle physionomie elle revêtira.
Mais au moment où nous sommes, l'étude des grandes questions était abandonnée. L'école du Portique, la mieux goûtée à Rome et dans les grands centres, repoussait de plus en plus cette étude pour borner la philosophie à l'amour et h la pratique de la vertu, et réduire le rôle des philosophes à celui de prédicateurs populaires de morale*. S'adressant à des hommes qu'avaient lassés les argumentations subtiles des philosophes spéculatif, ainsi que leurs disputes stériles et scandaleuses, les stoïciens proclamaient, avec trop de zèle peut-être, l'inutilité des discussions approfondies et des lectures étendues. Epictète dissuade ses auditeurs de passer trop de temps et de donner trop d'attention à la méditation et à l'intelligence des œuvres de Chrysippe. Dion^ déclare que c'est la raison naturelle, et non le savoir, qui constitue le phÛosophe. Euphrate, au grand étonnement et presqu'au déplaisir de ceux qui l'écoutent et aimeraient à trouver dans la philosophie un prétexte à de nobles et studieux loisirs, enseigne que la plus belle partie de la vertu est de travailler à l'intérêt public, et de réaliser dans toutes lesbranches de l'activité humaine ce que l'on croit juste
1. Damis, disciple d'Apollonius, dut composer sous Triû^i^ '& biographie de son maître, qui servit de canevas à Philostrate.