Disc, LXXI
et vrai *. Plusieurs de ces sages refusaient de publier leur doctrine, et nous ne connaissons leur enseignement que grâce au zèle de leurs disciples. Encore les traités dogmatiques avaient-ils fait place aux 'Awoii.vYjixov€6iJLaTa *. Le goût de la prédication populaire devint si vif que Plutarque composa un traité pour rappeler aux philosophes que les princes et les grands ne méritaient pas, après tout, d'être absolument délaissés 3. En rendant leur doctrine humble et aisément accessible, en élaguant toute matière sujette à controverse, les stoïciens pouvaient agir sur un grand nombre d'âmes. Ils frappèrent, en effet, les imaginations par le tour hardi de leur parole, par leur vie errante, par leur costume pittoresque ; ils s'ouvrirent les cœurs par leur éloquence familière, ils remuèrent dans toutes ses profondeurs le monde civilisé et firent passer dans les idées courantes, dans les institutions et dans les lois un esprit nouveau et des vues fécondes^. Malheureusement leurs allures avaient ainsi revêtu un air de charlatanisme qui empêchait de distinguer les jongleurs impudents et paresseux des amis de la vérité : le paphlagonien Alexandre est contemporain de Démonax. Le mépris que les premiers inspiraient à tout homme de bon sens et d'honneur finit par atteintre injustement les autres : Lucien les confondit dans ses attaqpies, et s'efforça de les discréditer tous à la fois.
Les discours de Dion Chrysostôme sont , pour une bonne moitié, œuvre de philosophe plus que d'orateur; il y faut voir des essais sur divers sujets de morale et de goût traités sous la forme d'allocution fictive ^. Mais plusieurs furent réellement prononcés sur des places publiques et dans des théâtres , en présence d'auditeurs nombreux et attentifs. La réputation immense de Dion, attestée par ses biographes, et le surnom même que l'admiration * publique lui avait décerné , nous autorisent à le regarder comme le premier orateur grec du deuxième siècle. Au reste nous pou-