‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 280 sur 327 · Ann,, 1, 1. Hisi.^ I · texte numérisé non relu

Ann,, 1, 1. Hisi.^ I

6. Rien de plus simple et de plus loyal que la manière dont il emploie les témoignages historiques : Nos, consensum auctorum secuti, quae diversa prodiderint sub nominibus ipsorum trademus.

cœur ; la passion qui a coloré son style n'a jamais dicté ses jugements, et il n'a prononcé aucune condamnation sans avoir fait, quand il y avait lieu, la part du bien et du mal. L'histoire cessant d'être un art d'agrément , la question de style, qui primait si mal à propos toutes les autres, perdit son importance et fut résolue aussitôt d'une manière conforme au bon goût. Rien n'est plus démonstratif à cet égard que la lettre de Pline à Capiton où sont comparées la langue de l'historien et celle de l'orateur. Les qualités qu'il assigne à Tune sont précisément, et dans les deux cas, celles que Quintilien recommandait pour l'autre *. On ne peut imaginer deux doctrines plus directement opposées, et on mesure avec surprise quel étonnant progrès avait fait en quinze ans l'esprit critique *. Ainsi, du règne de Trajan, date un changement capital dans la conception de l'histoire, mais la décadence des bonnes études fit bientôt avorter les fruits de cette heureuse révolution.

Cette époque offre trois genres de compositions historiques : l'histoire générale, que l'œuvre de Tacite représente seule aujourd'hui ^, puis les biographies morales ^ dont VAgricola et les Vies de Plutarque fournissent les types caractéristiques, et enfin les

1. Plin. Ep,y V, 8 : Orationi et carminiparva gratia, nisi eloquentia est summa; historia, quoquo modo scripta, delectat.

2. Les écrits de Tacite montrent les progrès d*un goût toujours plus pur. Ses premiers ouvrages renferment beaucoup de tournures poétiques : on y reconnaît les verba remoUora, les figurae liberiores de Quintilien. Le style plus sobre et plus clair des Annales ofi^e les osia, musculi, nervi de Pline.

3. Arrien et Appien ont vécu sous Trajan, mais écrit après sa mort; aussi bien que Florus, dont le meilleur manuscrit (à Bamberg) porte : c sub Trajano principe movU lacertos et praeter spem omnium senectus impe» ni quasi reddita revinUt. Ed. Halm., p. 4. i

4. Les biographies composées sous Trajan par des écrivains latins étaient généralement inspirées par un sentiment de vengeance politique. On entreprit de raconter les beaux trépas des règnes précédents : G. Fannius, (PJin., Ep., v. 5) ceux des malheureux condamnés par Néron; Titinius Capito, ceux des victimes de Domitien (Plin., Ep., Vin. 12). La vie é'Agricola appartient, comme celle de Vestricius Cottius composée par Pline (Ep., III, 10), à cette classe d'ouvrages qu'on peut considérer comme un développement de la laudaUo funebris. (Y. sur cette question Huebner., Hermès, I, 43S-448. Cf. Retme criUgue^ IV, 2 p. 51.) Ce que dit Pline des biographies composées par Capiton en montre assez le caractère : Scribit exitus illustrium virorum, in his quorumdam mihi carissimorum. Videor ergo fungi pio munere, quorumque exequias celebrare non licuit, horum quasi funebribus lau" dationibus, seris quidem, sed tanto magis veris interesse.

compilations anecdotiques dont Suétone a donné les premiers modèles ^ . Dans aucune de ces catégories on ne trouve le récit de faits appartenant au règne de Trajan : nous devons donc nous bornera une appréciation très-sommaire^. Contentons-nous de marquer un trait commun aux historiens que nous avons nommés. Tous les trois sont des psychologues : les individus tiennent plus de place dans leurs œuvres que la société, et Tétude des passions y est développée à l'exclusion et aux dépens des événements historiques un peu complexes et à grande portée. L'idée d'une histoire pragmatique était définitivement abandonnée : d'une part les hommespolitiques s'exagéraient l'impuissance des gouvernés à prendre part à la direction des afiaires publiques , et les gouvernés, comme nous l'avons dit, s'étaient paisiblement désistés de toute participation à ces affaires ; de l'autre côté, les historiens exagéraient les diflScultés qu'ils devaient rencontrer dans leurs investigations '^. Les archives impériales n'étaient pas aussi impénétrables qu'ils l'ont dit, ni le secret des délibérations prises dans le conseil des princes n'était aussi bien gardé; quand même quelques documents leur eussent été refusés, la succession et la nature des faits suffit dans bien des cas pour éclairer leurs causes ^

Page 1