Strabon, I
9. Les instruments étaient alors si imparfaits que Strabon accordait moins de confiance à leurs indications qu'aux documents fournis par les voyageurs, II, 1, 11.
sait, et construisit sur ces données une carte accompagnée d'un ouvrage auquel il donna le titre modeste de Correction de la Carte géographique *. A mesure que le temps lui apportait des renseignements plus exacts, que l'étude lui suggérait des corrections, il donnait une nouvelle édition de son livre, et ne cessa de l'améliorer jusqu'au jour où la mort le surprit au milieu de ce travail inunense et pénible. Malgré ce zèle opiniâtre et cette vigilance toujours éveillée, Marin ne laissait pas un ouvrage complètement satisfaisant. Son esprit paraît avoir été plus laborieux que méthodique. Ainsi, il avait dispersé à divers endroits de la AtépOcoaiç les indications relatives à un même lieu, ce qui rendait l'usage de ce livre fort difficile et avait même entraîné l'auteur dans plusieurs fautes. Il avait adopté pour la longueur du degré une valeur fausse. Enfin, ayant fait choix d'un mauvais mode de projection, il donnait inexactement la figure de la terre. Le travail de Ptolémée ne consista guère qu'à améliorer le livre de Marin en y introduisant quelques corrections et en y ajoutant ce qui lui manquait sous le rapport de l'ordre et de la méthode : les vues générales de Marin furent conservées. Ici comme ailleurs, Ptolémée, doué d'une grande érudition et d une activité prodigieuse, n'a guère été que le diligent metteur en œuvre des résultats trouvés par les vrais investigateurs de la science antique. On peut donc affirmer que sans les travaux de Marin la Y^^Ypa^ixt; T^ifj-pQffiç n'existerait pas; quand on songe à l'importance capitale de cet ouvrage et à tout le profit qu'en ont tiré les voyageurs jusqu'à l'époque où fut découvert le Nouveau-Monde, on sent vivement le service que nous a rendu Marin de Tyr, et la reconnaissance qui lui est légitimement due *.
1. AiopOoxric ToO fs<>>TP^?(^ou Tcivaxoc. Ptol., I, 6, § 1. NOUS ne connaissons Marin de Tyr et son œuvre que par Ptolémée. Les passages , fort difficiles, relatifs à Marin ont été traduits par Letronne, Journal des Savanls, 1831, pp. 239-248, 305-314.
2. Outre la traduction fragmentaire de Letronne, il faut lire Gosselin, Recherches sur le système géographique des anciens, Il , 31-74. 11 rend justice à Marin, mais en faisant porter sur Ptolémée une accusation absolument imméritée, c C'est en s' appropriant l'ouvrage de cet auteur, en le présentant sous une forme plus ordonnée, plus rapide et plus imposante, que Ptolémée a usurpé une partie de cette grande célébrité qu'il a conservée jusqu'à nous. C'est ce larcin qui a fait croire pendant plus de quinze siècles qu'on lui devait toutes les connaissances accumulées dans son livre, tandis qu'elles ne sont dues qu'aux recherches de Marin. Il est donc juste de détruire une erreur trop longtemps accréditée, et de rendre à la mémoire de cet homme laborieux la portion de gloire qu'il s'est acquise par ses utiles et pénibles travaux, i Ptolémée n'a rien dé-
Le règne de Trajan est encore une époque remarquable dans rhistoire de la médecine. En premier lieu, la pratique de l'art médical ât nécessairement des progrès considérables au milieu d'une civilisation aussi avancée, et dans les conditions variées de la vie romaine. Dans toutes les grandes villes exerçaient des spécialistes dont les observations avaient éclairé la structure et les relations des organes : le commencement du second siècle marque en effet une renaissance de Tanatomie *. Mais il y a ici une observation plus importante à faire. A cette époque, où florissaient les maîtres dont Galien allait recueillir, discuter et résumer les enseignements, les systèmes avaient à peu près achevé de se formuler et ils se heurtaient avec une animation et une vivacité dont récho est resté dans les ouvrages du médecin de Pergame. Dogmatiques et pneumatiques, éclectiques et méthodiques se disputaient avec un zèle ardent. La victoire resta au méthodisme qui reçut sa constitution définitive au milieu de cette mêlée. Créé par Thémison ' au commencement du premier siècle, compromis sous Néron par le charlatanisme de Thessalus, ce système prit dans les mains de Soranus une dignité et une valeur qu'il ne devait plus perdre et qui lui assurèrent un prestige de plusieurs siècles. Il survécut, en effet, aux attaques passionnées que lui avaient portées Galien, et il se perpétua sous la forme que Soranus lui avait donnée. Au sixième siècle, Cassiodore ^ recommande aux moines l'étude de Caelius Aurelianus, et l'on sait que les livres de ce médecin latin ne sont que la traduction ou la paraphrase des ouvrages de Soranus. En outre M. Daremberg a mis hors de doute un des faits les plus intéressants de l'histoire des sciences au moyen âge, à savoir l'esprit exclusivement méthodique de récole de Salerne jusqu'au \f siècle où elle connut Galien par les
robe et nous ne connaissons Marin que par les extraits qu*il en a loyalement donnés.
1. Le résultat le plus marquant de cette renaissance, dont Galien (éd. Kùhn, V, p. 650) fait honneur à Marinus, est le petit traité de Rufus d'Ephëse. Peut-être ce Marinus est-il celui qui guérit Pline, Ep. ad Traj. il. Le chirurgien le plus célèbre de Rome était Héliodore, Juvén. VI, 273. Griton, médecin de Trajan, qui l'accompagna dans la guerre Dacique, avait composé un traité de matière médicale Ilepl râv àicXâv 9api&àxttiv et un autre sur les cosmétiques, résumant tout ce qui avait été éicrit jusqu'alors sur ces deux sujets. Asclépiadc le Jeune, ou Pharmacion, est du môme temps.
2. Ne pas le confondre avec un Thémison nommé par Juvénal, X,