‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 293 sur 327 · Ep.y VII · texte numérisé non relu

Ep.y VII

9. Plutarch., Quaest Conviv., VII, 8.- 10. Plin., Ep,, I, 15; IX, 7.

la musique était désormais une partie essentielle de tout banquet et du repas même le plus simple. A l'époque dont nous nous occupons, cet art devint, pour les femmes de condition libre et de mœurs honnêtes, un passe-temps permis : elles purent donner, par leur talent, un nouvel attrait aux réunions de famille et de société. Il semble qu'au temps d'Auguste les bienséances ne l'auraient pas souffert : les maîtresses d'Horace qui chantaient ses poèmes en s'accompagna nt de la lyre ou de la cithare, Lydie, Chloé*, sont des courtisanes habiles à saisir un moyen d'attirer, par l'attrait d'un plaisir plus délicat et plus raflSné, des oisifs et des artistes. Mais cent ans plus tard, la musique entre dans l'éducation des jeunes filles*; la femme de Pline chantait les vers de son mari en s'accompagnant de la lyre ^. Il n'y a pas à s'étonner de ce changement de mœurs qui se lie d'une ^çon toute naturelle à l'établissement des salons où nous avons vu les fenunes prendre part à des discussions littéraires et philosophiques; le droit, pour elles, de manifester leur talent musical n'est après tout qu'un effet et un signe de l'indépendance qu'elles acquéraient dans les mœurs et dans la loi.

Sur la PEINTURE au second siècle, nous avons encore moins de renseignements que sur la musique. Toutes les œuvres de cette époque ont péri ; quelques noms propres conservés par hasard ne nous apprennent que bien peu de chose. On peut croire que si un artiste eût manifesté quelques éclairs de génie, ou donné les preuves d'un talent véritable, les écrivains contemporains ou postérieurs ne l'auraient pas absolument passé sous silence. Mais il semble qu'en ce moment la peinture fut devenue un passetemps de dilettanti ou un gagne-pain pour des barbouilleurs de métier. Parmi les amateurs il faut ranger Hadrien qui du reste avait des prétentions de connaisseur en tous les genres, et discutant un jour avec ApoUodore, en présence de Trajan, une question d'architecture, reçut de son interlocuteur l'avis, peu charitable et peu ménagé « d'aller peindre ses citrouilles ^, » paroles dures, et probablement méritées, qu' ApoUodore paya de sa vie quand le méchant peintre fut devenu le maître du monde. Cette anecdote nous apprend qu'Hadrien, si on veut à toute force le considérer comme artiste, doit être classé au nombre des Rhopographes. Un autre amateur, Publius, possesseur de la chienne

Page 1