‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 294 sur 327 · Dion, LXIX · texte numérisé non relu

Dion, LXIX

Issa, fit de cette bête un portrait qui décelait un talent véritable, si les éloges de Martial sont sincères ' ; mais la chienne, en cette même pièce, est louée avec une effusion telle que le petit poème est visiblement un appel, finement tourné d'ailleurs, à la générosité de Publius flatté dans ses deux passions: il n'y a rien ici pour l'histoire de l'art. Dans le même temps, Artémidore abordait la grande peinture*, mais il manquait le succès en choisissant des sujets peu appropriés à son tempérament. Après ces trois personnages, vient la foule innombrable des faiseurs de portraits à la douzaine 5, des brosseurs de naufrages pour tableaux votife^. Ils pouvaient aussi gagner quelqu'argent en faisant des copies, par exemple pour les libraires qui vendaient, enrichi du portrait de l'auteur, tout exemplaire soigné d'un classique ^. D'autres fois ils travaillaient pour d'opulents amis des lettres qui voulaient décorer leurs bibliothèques avec les portraits des écrivains célèbres. Ainsi Pline écrit à un habitant de Pavie de faire copier, pour un amateur de ses amis, les portraits de Cornélius Nepos et de Titius Severus sur les originaux conservés dans la viUe, en exigeant du peintre chargé de ces copies une exactitude scrupuleuse : qu'il se garde bien de rien changer à son modèle, même pour l'embellir*. On poussait loin, en effet, le respect de la peinture ancienne, jusqu'à ne plus aimer que l'archaïque , comme il arrive à toutes les époques où la force d'invention et d'exécution diminue. On se passionnait pour les écoles primitives ; quelques amateurs ne faisaient cas que des monochromes de Polygnote et d'Aglaophon'. Comme preuve du goût très-général alors pour cettte branche de l'art, et pour montrer à quel point était répandue la connaissance des diverses écoles, on peut invoquer les nombreuses comparaisons que Quintilien y va chercher pour caractériser les génies oratoires et les œuvres d'éloquence. On sent que la langue de la critique d'art est faite, et que ses jugements sont familiers à tous les esprits^ Le goût du public pour les descriptions et les

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