‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 302 sur 327 · Jii vénal, 111, 233.MarUal, XII · texte numérisé non relu

Jii vénal, 111, 233.MarUal, XII

On conçoit maintenant ce que Pline aimait tant dans ces maisons de campagne ; on s'explique le bonheur mêlé de vanité qu'il éprouve à décrire à ses correspondants ces bains si bien installés et si agréables quand on les compare aux piscines publiques de Rome, et ces longues allées de platanes et de vignes où le maître, promené en litière, entend à peine le bruit des pas de ses porteurs, et ce jeu de paume que personne ne vous dispute, où l'on entre et que l'on quitte au gré de sa fantaisie, et ces bibliothèques, et ces cabinets d'étude où l'on se recueille en silence, et ces triclinia d'où la vue s'étend sur la campagne, et ces salons spacieux où, loin de la présence importune des esclaves, on donne aux épanchements de l'amitié un libre cours, où une société nombreuse peut prendre place commodément pour s'entretenir d'art et de lettres, et pour entendre la lecture du nouvel ouvrage. Nous sonunes bien ici dans une maison de ville, plus grande, plus confortable et plus ornée que celles de Rome. Rien n'est trop beau, ni trop rare, ni trop cher pour la décorer : les mosaïques, les marbres précieux revêtent les planchers et les murs. On prend une haute idée du talent des architectes qui avaient su aménager si ingénieusement la distribution de ces grandes villas ^ donnant à chaque pièce l'exposition la plus convenable et le jour le mieux approprié à sa destination, et &isant servir au bien-être de la vie quotidienne les découvertes les plus récentes de l'industrie^. Ces efforts de l'art pour introduire l'agrément et la magnificence dans les habitations particulières, jettent un jour instructif sur l'état des mœurs et sur les habitudes domestiques au deuxième siècle, chez un personnage de la classe moyenne, jouissant d'une fortune ordinaire. Ils sont aussi les témoignages intéressants de l'activité créatrice que la vie romaine avait éveillée chez les artistes, car la simplicité de la vie grecque ne comportait pas un tel développement de l'architecture civile, et ne l'aurait jamais suscité. Des maisons de campagne semblables à celles de PUne se multiplièrent dans l'Occident; au cinquième siècle on en trouve le type à peine altéré sur le sol des Gaules' et, à la Renaissance, elles ont servi de modèles aux villas italiennes quand Scamozzi et San Gallo se mirent à l'école des anciens.

Le peu de goût des Romains pour les beautés pittoresques de la

1. Remarquer surtout les grandes plaques de pierre spéculaire qui fermaient les spacieuses fenêtres des oeci Cyziceni, et les ciEdorifères qui répandaient dans toute la maison une chaleur réglée au moyen de bouches (angustae fenestrae).

2. Villa de Sidoine Apollinaire, décrite par lui, Ep., Il, 2.

nature se fait sentir dans le dessin des jardins de Pline, tracés au cordeau et au compas. Simple auxiliaire de Tarchitecte, le topiarius avait, sous sa direction, aplani le sol et mutilé les arbres. Le buis, par sa docilité à garder les formes que lui a données la taille, était Tessence préférée pour ces jardins : il y formait des lignes droites ou courbes, il encadrait des parterres contournés en figures d'animaux ou bien dessinait sur le terrain des lettres composant le nom de Pline ou celui de Mustius*. A chaque pas, d'ailleurs, on rencontrait une statue, ou une colonnade, ou des eaux jaillissantes. Nous voyons déjà régner ce goût puéril de symétrie et de décoration monumentale qui caractérise les jardins dits italiens ou français *. Il n'est pas jusqu'à certains enfantillages des villas romaines ou génoises qu'on ne retrouve dans celles de Pline; ainsi, au moment où on s'asseyait sur le banc semi-circulaire du stibadimn, on faisait jaillir un jet d'eau sur la table de marbre 3. Les descriptions laissées par Pline ont, en effet, servi longtemps de préceptes aux dessinateurs de jardins.

Les rapports étroits qui lient l'architecture à la sculpture ne se manifestent jamais avec une clarté plus grande qu'aux époques où elles se transforment, car les transformations des deux arts sont constanmient corrélatives. Au temps de Périclès comme au siècle d'Alexandre, au Moyen Age aussi bien qu'à la Renaissance, leurs progrès, leurs ralentissements, leurs retours en arrière, leurs changements de tendances, sont toujours simultanés et décidés par un seul et même ordre d'idées ou de sentiments. Nous ne serons donc pas surpris de trouver une école de sculpture florissante à côté de l'école d'architecture dont nous avons indiqué l'esprit général et dont nous avons énuméré les créations principales. Comme celle-ci, elle modifie la tradition grecque pour l'accommoder au génie romain. .

Au huitième siècle de Rome, trois grandes écoles se partagent le domaine de la statuaire, savoir : l'école d'Athènes, celle d'Asie-Mineure et celle à qui nous donnerons le nom de romaine pour spécifier le caractère des œuvres qui en sont sorties. La nouvelle école Attique qui a produit tant de monuments célèbres et signés, parmi lesquels il sufiit de citer le Torse, la Vénus de Médicis, l'Hercule Farnèse, le Germanicus, est carac-

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