Borghesi, Œuvres, III, p
7. CTest ninsi sans doute qu'il faut comprendre les paroles d*Aureliu8 Victor. Caess, 13 : c iter conditum per feras gentes, quo facile ab usque Pontico mari in Gailiam permeatur. »
Nous devons dire quelques mots de certains oevrages mUitaires attribués à tort à Trajan dans TEurope orientale. D*abord on trouve, dans le Banat de Temesvar, des retranchements anciens qui relient le Maros au Danube. IVAnville (Mém. de VAcad. des InsMpU, XXVIII^ 445) a pensé que ces retranchements avaient été élevés par Trajan pour défendre la Bade contre les lazyges. Mais alors ces ouvrages, parallèles au cours de la Theiss, devraient être beaucoup plus rapprochés de cette rivière. De plus ils n^olRrent pas, dans leur structure, Taspect bien connu des fortifications romaines. C'est, dit Griselini (Histoire du Banat, I, 206} un double retranchement dirigé suivant deux lignes brisées, parallèles dans toutes leurs parties. La hauteur est de 6 à 7 pieds. Il y a un fossé entre les deux murs, un autre en avant, un troisième en arrière de Touvrage. Au contraire, dit Mannert (Res Trajani, p. 96), les retranchements romains qu*on voit en Allemagne sont hauts de dix-huit pieds au moins, forment une ligne continue; les assises inférieures sont de pierre, la stabilité du mur est maintenue par de la terre en talus, le couronnement est couvert d'un gaion qui le préserve de la dégradation, enfin, de distance en distance, sont Intercalées de fortes poutres. Griselini attribuait aux Avares la constructions des retranchements du Banat, mais Mannert a montré qu'elle appartenait aux Thervinges, peuplade
efforts dirigés dans un même sens : ils nous révèlent la pensée qui inspirait Trajan quand il ât franchir le Danube à ses soldats. Il ne songeait pas seulement à venger les défaites de Domitien, à protéger la Pannoniô et la Mésie en contenant les barbares par la terreur et en leur faisant sentir quels coups inopinés et terribles Rome pouvait leur porter encore sous un prinqe courageux et résolu. Il méditait de plus grands desseins, iT était décidé k reculer les limites du monde romain en Europe. H rejetait donc le conseil laissé par Auguste de ne rien changer aux frontières de l'empire *, et par là faisait preuve d'une apprécial^on beaucoop plus exacte des besoins de cette époque et des circonstances «n milieu desquelles Rome était placée. En effet il ne s'agissait pas d'un fastueux accroissement de territoire, mais de l'existence même de la civilisation ancienne. Devant les forces toujours menaçantes de la barbarie, cette civilisation ne pouvait échapper à une imminente dissolution qu'en incorporant de nouveaux peuples à ceux qu'elle avait marqués de son empreinte et dont elle avait changé l'état social et les mœurs. Elle datait de six siècles, mais sa perpétuité dans cet intervalle était due aux accroissements matériels de son domaine successivement opérés par Cimon, Alexandre, Scipion, César : à peine le rayon du cercle qu'elle couvrait se r^uisit-il qu'elle périt, cernée par les barbares. Et la civilisation chrétienne qui lui a succédé n'a été
gothique qui voulut ainsi se défendre contre les Huns (Cf. Amm. Marcell. XXXI, 3).
Sous le nom de fosaés dé Trqjan on connaît dans la Oobrutscha un triple retranchement antique qui traverse cette contrée dans sa partie la plus étroite. Il est formé par trois fossés qui se coupent prés de Eustenjé pour se séparer ensuite et se diriger parallèlement vers le Danube, sans s*écarter entr*eux de plus de 10 kilomètres. Le long de ces fossés, de distance en distance, là où le terrain naturel offrait des plateaux, on trouve des camps retranchés accompagnés de petites redoutes. Ils dessinent une vaste enceinte, dont Texistence et le but paraissent d'abord difficiles à expliquer sur une ligne qui ne fut jamais la limite de Tempire. Il faut encore recourir à Ammien (XXXI, 8) qui nous apprend qu*en 376 les Wisigoths, ayant battu les Romains près de Marcianopolis, se retirèrent dans les steppes du Bas-Danube^ et qu'Us y furent cernés par les lieutenants de Valens, Profuturus et le comte Trqfon; ceuxci élevèrent des retranchements au milieu desquels ils tenaient les barbares assiégés, mais l'investissement fut interrompu par Tarrivôe des Huns et des Alains, auxiliaires des Ooths. C'est donc au comte Trqfan, comme Ta démontré M. Âllard (Bulgarie OrimUale, p. 98), qu'il faut rapporter les fossés, et non à l'empereur Trajan, comme Ta cru IL de Ghampagny, Antonins, I, p. 296.
t. Tadt. Annal., I, il.
hors de péril que quand elle a eu étendu son empire, d*abord jusqu'à l'ancienne limite du monde romain, puis, par les victoires de Charlemagne, sur la Germanie tout entière. Alors seulement tout danger disparut parce que l'introduction de la Germanie dans la société chrétienne, sans changer notablement les proportions géographiques entre le monde policé et le monde barbare, avait renversé les proportions de leurs forces*. La civilisation à sesdébuts, et pendant la première phase de son développement, ne peut en effet se passer de la guerre ni de la conquête, moyens violents qu'elle répudie justement plus tard, mais qui seuls peuvent alors procurer les ressources nécessaires à la vie matérielle des individus, et surtout assurer la sécurité et le loisir indispensables à tout effort un peu prolongé de notre activité spéculative. Or qu'au deuxième siècle de notre ère la civilisation ne fut pas encore sortie de cette phase initiale, et que dès lors la tache des empereurs fût de continuer la série des efforts accomplis depuis trois cents ans pour incorporer successivement les différents peuples européens dans l'unité romaine, et non de dénaturer, en leur donnant un caractère simplement défensif, les institutions militaires que leur avait léguées la République, c'est ce que prouva la suite des événements. Sous Marc-Aurèle, les Germains franchiront le Danube et toucheront une première fois à l'Italie : dans un siècle et demi, ils passeront le Rhin et viendront ébranler l'empire aux limites qu'il possédait à la mort d'Auguste. Ces faits montrent suflBsamment l'inanité et le péril du conseil qu'avait inscrit dans son testament le fondateur du principat. Il ouvrait prématurément l'ère de la paix générale, il conviait le monde à l'exploitation pacifique d'un domaine dont la possession était précaire encore : pour avoir trop tôt cessé d'être conquérants, les Romains ont été conquis à leur tour. Trajan sentit parfaitement le danger, et ce n'est pas, ce me semble, un médiocre mérite du vainqueur de la Dacie d'avoir eu, moins de cent ans après la mort d'Auguste, une vue si nette de la situation faite à Rome, héritière et propagatrice de la civilisation ancienne, d'avoir compris, mesuré, accompli résolument le devoir qui s'imposait à ses chefs.
Hadrien, au contraire, aurait voulu abandonner la Dacie * : il l'isola partiellement en détruisant le pont de pierre qui la reliait
1. La démonstration de ce fait considérable est le sujet d'un des plus beaux mémoires de M' Mignet, intitulé : Introduction de l'ancienne Germanie dans la sodété civilisée,