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Terrain de jeu bien connu situé au nord de Londres

3. On pourrait presque traduire îMother Grundy par M'"» l'Etiquette, ou M™° Qii'en-dira-t-on. Cette respectable dame est un personnage dont on

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frein à l'esprit rétif de la gaîté. Cependant le déclin paraît beaucoup trop marqué pour qu'aucune contrainte artificielle de ce genre puisse l'expliquer. Des raisons sérieuses nous amènent certainement à conclure que le peuple, même quand aucune contrainte ne le gène, ne rit plus ni aussi longtemps ni aussi fort quautrefois.

Ce n'est pas ici qu'on peut expliquer un changement trop récent peut-être pour que Texplication en soit facile. Nous pouvons cependant nous hasarder à supposer qu'il est lié avec d'autres tendances sociales qui paraissent être encore à lœuvre. Nous sommes probablement dans une phase de transformation générale du tempérament pour la masse entière du peuple. On dirait que maintenant les intérêts matériels peuvent seuls toucher les esprits, que le jeu tire aujourd'hui son principal attrait des sommes pariées, tandis que la comédie, de son côté, est obligée d'amorcer la foule par des splendeurs de mise en scène qui coûtent évidemment beaucoup d'argent. D'autres forces également profondes agissent probablement dans le même sens. La gaîté de la joyeuse Angleterre était celle d'un peuple fraternellement uni. C'est que, lorsqu'on échappa au prêtre, et plus tard à l'Espagnol son champion, la délivrance fit éclater un sentiment commun de soulagement et d'expansion joyeuse. Les violents antagonismes de classes d'aujourd'hui, surtout celui qui existe entre employeurs et employés, laissent peu d espoir qu on puisse voir renaître ce rire oii tout un peuple s'unissait en chœur.

Ce déclin du large rire choral, qu'on remarque aussi dans le rire qui s'échange d'un groupe social à l'autre, paraît avoir amené, entre autres conséquences, une diminution du rôle que jouait la gaîté comme élément de modération et de conciliation dans l'exercice de l'autorité. Tout ce que nous avons pu gagner à l'introduction d'un esprit conciliant dans le gouvernement de

parle beaucoup, mais qu"on ne voit jamais, dans une pii.'ce de Morton (xviip siècle, un siècle avant M"^ Benoiton). Certaine dame Ashfield, chaque fois qu'elle voit ou craint de voir les convenances violées, s'écrie : '( Qu'en dirait .M™» Grundy ? » De lit une sorte de dicton populaire :

Beaucoup de jïens craiffuent Dieu, Beaucoup plus craignent M"" OriiuiK.

{Sole du Trad.)

la jeunesse est, je le crains bien, plus que compensé par ce qu'on a perdu en bannissant des relations entre le patron et l'ouvrier, entre la maîtresse et la domestique, le rire de bonne humeur qui adoucissait les frottements. Peut-être aussi, dans notre dessein terriblement sérieux de faire malgré eux le bonheur d'une foule de peuples placés à tous les degrés d'infériorité, en les incorporant dans un empire qui est un monde, nous allons perdant de vue les vertus conciliantes de cet esprit d'enjouement amical dont la valeur a été reconnue, nous avons pu le voir, par quelques-uns de ceux qui avaient affaire à des peuples sauvages.

Le sérieux d'aujourd'hui, qui a bien l'air de s'être installé chez nous pour longtemps, a peut-être ses racines dans un effort plus obstiné des hommes pour se pousser dans le monde ; dans un désir plus passionné, plus âpre, de s'élever sur l'échelle de la fortune et du bien-être; et en même temps dans l'état d'esprit qui en résulte; dans le mécontentement,

« La lassitude, la fièvre, lirritation »,

qui tuent chez l'homme la possibilité de s'abandonner de tout son cœur à des plaisirs simples.

S'il en est ainsi, on peut s'attendre à voir ce qui survit du rire prendre un ton faux et forcé dissimulant mal comme un soupir de fatigue. On dirait que les hommes n'ont plus le temps de rire. Même dans une réunion de fête vous trouvez des personnes qui ne répondent à l'appel de votre enjouement que par un petit rire aussitôt étoufle, pauvres êtres toujours affolés, incapables de se délivrer pour un instant du chaos d'exigences sociales où ils sont plongés.

Ce rire social de notre temps présente une caractéristique encore plus inquiétante, qui se reflète plus ou moins clairement dans une foule de pièces qui passent maintenant pour des comédies : c'est son cynisme. Il y a là quelque chose de plus grave que le rire creux et affecté de gens que le monde fatigue : c'est une disposition à rire d'une nouvelle sorte de choses, ou plutôt des choses d'autrefois d'une manière nouvelle. Ainsi il nous arrive d'entendre un membre peu scrupuleux de telle ou

telle profession railler quelque trait « amusant « de conscience chez un de ses confrères. Ce rire a des tons particuliers faciles à distinguer : c'est tantôt la note aiguë et grêle oîi la supériorité exprime son dédain, tantôt le son rude et insolent que roulent les lèvres plus hardies du roué. Un tel rire, qu'il vienne d'un individu, d'une classe ou d'une nation, révèle l'iUat dun esprit qui n'est pas encore arrivé à se défaire complètement des scrupules auxquels il obéissait autrefois.

Les tendances que nous venons d'indiquer montrent combien notre rire dépend étroitement des forces morales, avec quelle sûreté elles en déterminent le ton, l'accent de sincérité. Elles nous apprennent aussi que les inclinations mauvaises sont bien plus dangereuses pour notre saine et robuste gaîté que ne le sont les bonnes, même quand ces dernières vont jusqu'aux confins de la sainteté.

11 y a dans ces symptômes de quoi attrister l'ami du rire. On peut, sans être déraisonnable, craindre que la gaîté vraiment joyeuse et bienfaisante ne périsse. Les avantages de l'instinct de la joie, sur lesquels j'ai peut-être trop insisté, ne nous assurent en aucune façon qu'il subsistera toujours. Quelques services qu'il rende à une société, nous avons des exemples de sociétés puissantes qui paraissent s'en passer à merveille. Il en est de même probablement du rire individuel. Un petit nombre de personnes lui doivent, comme je l'ai fait entendre, de se maintenir sur la scène du monde; mais cet avantage dans la lutte de la vie n'a probablement qu'une efficacité très limitée.

En dépit de ces symptômes inquiétants, on peut, par une recherche patiente, en découvrir d'autres qui feraient espérer la persistance d'un rire bienfaisant. Si la comédie et la satire paraissent fatiguées et assoupies, l'humour veille et ne perd rien de son activité. La littérature de plusieurs pays nous fait espérer que nous verrons se développer avec des tons nouveaux le rire tranquille et réfléchi. Au fur et à mesure qu'on sait mieux, en général, rendre justice aux littératures étrangères, on voit s'abaisser les obstacles, indiqués par nous ailleurs, que les frontières politiques imposaient au goût; et l'on peut espérer, du moins entre les bons et libres esprits des différentes nations civilisées, un rapprochement qui leur permettra de

jouir par réciprocité des écrits humoristiques des unes et des autres.

Pour le reste nous pouvons mettre notre confiance dans l'importance croissante de ce que j'ai appelé le rire individuel. Il est à croire que, dans l'avenir, les hommes qui pensent, en même temps qu'ils s'attacheront davantage à leur idéal, sentiront aussi plus vivement le comique qu'il fait naître par contraste autour d'eux. S'il en est ainsi, ils ressembleront moins qu'aujourd'hui à des enfants au cœur gai; ils devront faire briller dans la chambre de la vie, à mesure que s'en éloigne la riante lumière du matin, les chaudes et bienfaisantes clartés de l'humour; et ils pourront en entretenir la flamme avec les aliments inépuisables que fournit la littérature. Ce sera ainsi leur œuvre de conserverie rire humain; et ils feront bien, tout en développant la méditation de Thumoriste, de rester en contact avec les types les plus sains du rire social, avec la gaîté simple du peuple telle qu'elle nous est conservée dans les contes^, les œuvres du même genre et les comédies faites pour durer. Si quelques hommes cultivent de cette façon leur propre rire et s'efforcent d'en partager la jouissance avec un groupe intime d'amis, nous pouvons espérer qu'il ne périra pas (quoiqu'il soit après tout moins douloureux d'assister à la mort qu'à l'avilissement de ce qu'on aime), et qu'il sera conservé par quelques amis fidèles pour un siècle plus heureux. Ils seront récompensés d'avance ; car le rire pur et honnête, comme la clémence, est une bénédiction pour celui qui donne et pour celui qui reçoit-.

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