‹ Essai sur le rireChapitre 64 sur 112 · I.K lUIll". DKS SAIVAI'.F.S · texte numérisé non relu

I.K lUIll". DKS SAIVAI'.F.S

de l'Ouest Africain : « Il est d'une qualité particulière, non pas enfantine, mais plutôt féminine. Il est difficile à définir. Tout ce que je puis dire, c'est qu'une plaisanterie qui me paraît excellente fait au nègre le même effet. Il y a une foule de plaisanteries auxquelles ni lui ni moi ne trouvons aucun sel ; d'autres, qui nous font tous deux éclater de rire, sont regardées avec mépris par des esprits supérieurs qui les traiteraient de bouffonneries*.

Une réflexion pratique pour conclure: il serait très sage assurément pour toute société civilisée qui a de fréquentes occasions de traiter avec « les races inférieures », détenir compte de leur passion pour la plaisanterie. On a reconnu, en effet, qu'en les prenant par là, on obtenait souvent plus de succès qu'en recourant à ces mesures vigoureuses que l'Anglais le plus bienveillant peut se croire parfois obligé de prendre. Un missionnaire africain déjà cité écrit que, lorsque les indigènes se montrent disposés à vous chercher querelle, « une plaisanterie vaut dix arguments - » . Ceci est confirmé par un homme qui ne trouve pas beaucoup de bien à dire de ses sauvages, lorsqu'il nous dit que l'Africain de l'Est prend un vif plaisir à une plaisanterie *où vous le traitez comme un Napolitain -b). Dans une lettre que m'écrit Miss Kingsley je lis ceci : « J'ai toujours trouvé que je pouvais obtenir d'eux en les raillant des choses que d'autres ne pouvaient en obtenir par les coups; j'ai pu d'autre part empêcher par le rire des choses que d'autres n'empêcheraient qu'à coups de fusil. »

\. M. Ling Roth m'écrit qu'il est d'accord avec Miss Kingsley sur la différence entre le rire des sauvages et celui des enfants. J'accepterai très volontiers cette opinion en ce qui concerne les formes spéciales et les directions de la gaîté. Les ditTérences de capacité, d'expérience et d'habitudes qu'amène la différence d'âge entre l'enfant et l'adulte, doivent naturellement introduire beaucoup de dissemblance entre les manifestations de la gaîté chez les uns et chez les autres. Je soutiens cependant qu'en ce qui regarde les processus psychiques fondamentaux, la ressemblance est réelle et grande.

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