CHAPITRE VII
Le salaire à^ la journée, aux et avec priméis.
En étudiant, dans le chapitre précédent, la question du coût du travail, nous avons vu que deux choses contribuaient surtout à favoriser la production : d*abord, Fénérgie physique de Touvrier; ensuite, l'intérêt de l'ouvrier dans le produit de son travail.
La rémunération du travail aura donc une influence sur la force, la volonté et ractivité que Touvrier mettra à produire. Nous allons voir quel est actuellement le meilleur mode de rémunération du travail, et nous verrons aussi quelle est la circonstance qui activera encore la force productive de Touvrier.
De tous les modes de rémunération du- travail, celui du paiement à l'heure ou à la journée est le plus usité.
'^^^^mmi^^'^i^^^^^^^fw^m^f^mwaim^gm^im^m^^m
Au point de vue purement éconon[iique,au point de vue de la production et du coût du traysdl, ce système est mauvais.
En effet, quelle que soit la quantité de travail que &it Touvrier payé à l'heure ou à la journée^ son salaire, convenu d'avance, est le même. Il n'a pas intérêt à produire beaucoup.
II est vrai que,dans la pratique, les industriels prennent des mesures à cet égard. Ils font faire le même geiire de travail par plusieurs ouvriers à la fois. Ceux-ci ont, par là, un stimulant qui les force en quelque sorte, par amour-propre, à faire plus vite que leurs concurrents et, de cette &çon, lé patron en profite. Quand les 'même& travaux ne sont pas donnés en même temps à plusieurs ouvriers, les patrons ont soin de faire prendre note, à la fin de la journée, du nombre^ d'heures consacrées, par chaque ouvrier, à tel ou tel ouvragé déterminé. Ce contrôle leur permet de se Êdre un prix de revient et de voir si la différence entre le coût de mêmes travaux ne varie pas trop d'un ouvrier à l'autre. Ici encore, il y a un stimulant qm oblige les ouvriers à produire davantage.
Autrefois, le salaire à la journée était général. Maîs,comme il n'y avait j^as un nombre d'heures fixé comme journée normale, les industriels en
ont profité pour augmenter le nombre des heures de la journée consacrée au travail.
En Angleterre, ce système était employé d'une façon générale par les industriels. Les ouvriers, ayant à se plaindre de ce procédé vexatoire, réclamèrent de la Législature la fixation d'une journée normale de travail. Cette loi a été faite et a mis fin ainsi à un côté de l'exploitation odieuse des industriels.
C'est alors que le paiement du travail a été fixé par heure. Mais ici, de nouvelles difficultés survinrent.
La force de travail, considérée comme une marchandise par les capitalistes, subit dans cette hypothèse les fluctuations du marché. Si le travail est plus offert que demandé, son prix diminue ; dans le cas contraire, il augmente.
Or, comme le fait remarquer- Karl Marx, la valeur de la force de travail, en raison de son usure, augmente avec la durée de sa fonction. Il s'ensuit que les industriels, en faisant travailler un grand nombre d'heures à leurs ouvriers, dans les mêmes conditions, diminuent la valeur de la force de travail. Pour être plus clair, prenons un exemple : Un industriel emploie 100 ouvriers, et les paie à raison de 25 centimes l'heure.
Pour 12 heures de travail, <;ela fera par ouvrier
^9^^m^^!^!^mmmmBmimmmmsmmmmemmmmmmemmmgmtmmÊmÊ9mi^m9^Kf^
une somme de 3 francs. S- il lui prend fentaisie de faire travailler la moitié de ses ouvriers, soit 50, 16 heures par jour au lieu de 12, il s*ensuivra qu'il disposera ainsi d'une force de travail supérieure de 50 fois 4 heures ou 200 heures par jour. Ces 200 heures représentent le travail journalier de plus de 16 ouvriers à 12 heures. Il pourra donc se passer de ces 1 6 ouvriers et les renvoyer; et ceux-ci, ayant besoin démanger, seront obligés d'offrir leurs bras à des conditions meilleures pour le patron. .
C'est pour obvier à cette concurrence que les ouvriers, organisés en sociétés de maintien de prix, ont exigé, pour les heures de travail dépassant la journée normale, un supplément de salaire. Ce supplément est malheureusement dérisoire la plupart du temps.
Une remarque à noter : c'est que plus longue est la journée de travail dans une branche d'industrie, plus bas y est le salaire (1).
Marx cite plusieurs faits à l'appui de cette idée.
(1) Les tailleurs et les cordonniers travaillent chez eux pour le compte des patrons. Ils se lèvent tôt, prennent à peine le temps nécessaire pour manger, et ne vont se coicher que très tard. Pour ces deux professions, surtout dans ce qu'on appelle la bonne saison, la journée de travail commence parfois à 4 heures du matin pour finir à iO heures du soir. Par suite, leur salaire est très bas.
J>s •doutiers anglais à la main fiont obligés, par dxen^ple, à oause du bas prix de leur travail, de trimer pendant quinze heures par jour pour çbtenir, au bout de la semaine, le plus misérable salaire.
Que d'exemples semblables ne y<>yons-nous pas tous les jouns aous nos yei^? En général, ce sont les professions ^es plus mal payées où les journées de travail sont les plus longues. Marx explique admirablement ce fait en disant : c Le bas prix du travail agit comme stimulant pour la prolongation du temps de travail. »
Dans le système du travail aux pièces, ce qui frappe à première vue, c'i^st que Touvrier est payé <in proportion de la somme de travail qu'il fournit. |1 a donc intérêt à produire vite. Au point de vue de la production, ce système est préfi^rable à celui du pftiement à la journée ou à Tbaure. }/Lm si .l'(m envisage la situation de Touvi^i^r, ce système est plus maoyais, dans 3es conséquences cruelles, rgue rau|;r0.
On a fait Téloge du système du salaire aux pièces. Certains auteurs y ont même vu une lépoque de tnmsition entre la situation actuellenlent fstite aux travailleurs et celle qui leur écherra par la suite, c Le système du travail aux pièces constitue, dit un auteur anglais, John Wat^s,
une époque dans rhistoire des traviulleurs ; il <9Bt à mi-ehemin entre la positictn djes simples jour* naliers, qui dépendent de la yolont^ du cafÂtaliste, -et cel^ des ouTrieirs o^pératifs, q^i pçnnettent de combiner dans^un avenir avisez proche l'artisan et le loapitaliste en leur propi:^ pejrsonne. Ces travaiUeurs aux pièees sont en quelque sorte leurs propres maitrea, mêm» lorsqu'ils travaillent avec le capital de leur patron et à ses ordres. »
Que d'erreurs dans ces quelques lignes !
La qualité du travail fidt aux pièces est contrôlée par Touvrage même. Ce contrôle se fait le pUis souvent d'une &çon tjranMqtiet le patron ayant idftténlt à c (dierçher la petite bête » , commao^ dit vulgairement; car la constatation d'im d^ut dans; l'ouvrée lui permettra de diminuer ettr le prix conveaut ce qui ne serait pas piQ^ble ai le travail était fait à l'hexire. '
Aueai le travail aux pièiees eslhil une source inépuisable de prétextes pour opérer des retenues sur le^aalaire. Ensuite, en cas d'aiieident arrivé soit à la matière première, soit au produit, l'ouvrier seul en estresponsàble.
Le travail aux pièces fournit enoope.au capitaliste! la mèaiiirei exacte de VinUfmtd de jb^avail ^! peut pmdutre un ouvrier.
Que d^^cofliples îl y a dHndustries oii le travail
âQx pièces a été introduit^ et qui se meurent aujourd'hui et comme qualité de travail et comme rémunération des ouvriers !
Ainsi, pour parler d'un fait qui nous est personnellement connu, il existe dans le nord de la France plusieurs communes où Ton fabrique de la marbrerie. «Il y a trente ans, les ouvriers gagnaient un salaire moyen de 3 francs par jour pour dix heures de travail. On y a introduit le travail aux pièces. Dès les premiers temps, les ouvriers, intéressés dans la somme de travail qu'ils accomplissaient, gagnèrent des salaires relativement élevés. Mais peu à peu, les patrons, voyant leurs ouvriers faire de si belles quinzaines, se sont entendus pour diminuer les tarifs. Les ouvriers, à leur tour, pour continuer à gagner les isalaires élevés auxquels ils étaient habitués, ont travaillé de plus en plus fort. Au lieu de faire dix heures de travail, ils en ont fait douze. De nouvelles diminutions sont survenues, suivies de nouveaux efforts de la part des ouvriers pour se rattraper.
Aujourd'hui, l'excès de travail y est à son comble. En été, les ateliers sont ouverts à quatre heures du matin et ne se ferment qu'à neuf heures du soir ! Vers midi, au lieu de prendre une heure pour manger, la plupart ne prennent qu'une
demî-heure ou un quart d'heure ; d'autres mangent en travaillant ! Habitués* à faire constamment le même travail, ils en sont réduits à être des machi;ies vivantes. On a calculé qu'ils sont parvenus à Êdre des cheminées en marbre trois fois plus vite, parfois quatre fois, qu'auparavant. Et savez-vous quel est leur salaire journalier? Trois à quatre francs par jour, pour seize à dix-huit heures de travail, en été I
Cet exemple est typique.
A Bruxelles, également dans la marbrerie, avec le travail aux pièces imposé dans quelques maisons, on est arrivé, en une dizaine d'années, à faire faire la façon d'une cheminée ordinaire, payée autrefois 25 francs, pour 10 francs, et le dernier mot n'est pas encore dit!
Voilà pour le côté de Touvrier. Que faut-il dire du caractère artistique de cette profession? Ce caractère artistique a presque entièrement disparu.
Faut-il parler des autres professions oà le travail aux pièces est en vigueur?
Dans rébénisterie, par exemple, les mêmes &its sont signalés. Excès de travail ; bas salaire pour une besogne surhumaine ; conflits joumaliei^s entre les ouvriers et les patrons^ J^e Conseil d^ Prud'hommes a plus de besogne avec la seule
industrie du meuble, à Bruxelles, qu'çivec toutes les autres réunies 1'
L'étude du salaire à l'heure ou aux pièces démontre done que l'intérêt bien entendu de la production n'est pas favorisé par ces deux genres de rémunération du travail, en ce sens qu'ils sont contraires au bien-être de l'agent essentiel de la production : le travaillenr.
Il reste à examiner un des derniers modes .de rémunération du travail; nous voulons parler de ce système mixte du salaire, avec une part ou prime dans les bénéfices réalisés dans l'industrie.
Ce genre de rémunération du travail est d'origine française. Il 'a été pratiqué à Paris, bien avant 1848, par un entrepreneur de peinture, M. Leclaire. Les ouvriers avaient un salaire normal .et, au bout de l'année, le patron permettsdt aux délégués, choisis par les ouvriers, de vérifier sa comptabilité, de dresser le bilan, et le bénéfice, une fois connu, était partagé d'après des conventions entendues d'avance. Ces conventions étaient les suivantes : D'abord, la moitié da bénéfice net est répartie en espèces, au prorata des salaires, entre tous les ouvriers ayant travaille pour la maison. Un quart du bénéfice est capitalise aii profit d'une caisse de retraite qui possède aujourd'hui plus de 700,000 francs. Des pensions