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CHAPITRE PREMIER

LE BEAU

Les définitions du beau sont innombrables ; il n’en pouvait être autrement si l’on réfléchit à l extrême diversité des opinions sur la nature même du plaisir esthétique. Nous citerons les principales dans l’ordre suivant1 2 :

Définitions A mystiques,

— B mystiques à tendance morale,

— G sentimentales et vitalistes,

— D à tendances positives,

— E philosophiques,

— F éloquentes.

A. — Définitions mystiques* .

L’identité de l’idée et de la forme (Hegel).

La perfection rendue sensible (Baumgarten).

1 . L’ordre de ce classement ne répond pas tant s’en faut à des délimitations bien nettes ; nous savons par exemple que le sentimentalisme et le mysticisme appparaissent presque toujours ensemble. Le caractère prépondérant a servi de point de repère.

2. Le propre des définitions mystiques* est d’en appeler à quelque faculté spéciale et d’objectiver le transcendantal comme suprême explication.

l4 ESSAI SUR LE SENTIMENT ESTHETIQUE

La beauté c’est l’esprit. Qu’est-ce donc que l’esprit? S’il est Dieu, n’est-elle pas divine? (Seailles).

La manifestation vraie de l’unité de l’être par des phénomènes finis (les mystiques religieux).

Le beau, c’est le Saint-Esprit, troisième personne d’une trinité composée du vrai, du beau et du bien (les mystiques religieux).

La beauté naît de l’agrément qui est un sentiment confus de la perfection et de l’ordre. Tout ce qui manifeste l’esprit, tout ce qui réalise dans un corps d’images l’harmonie qui est sa loi, contient quelque beauté (Euler).

B. — Définitions mystiques à tendance morale.

Le beau est la splendeur du vrai (attribuée à Platon).

Le beau, c’est la vision confuse du parfait (Burke).

Le beau n’est que le bien mis en action (J. -J. Rousseau).

Le beau est le vrai manifesté dans une forme sensible (Lamennais).

Le beau c’est l’idéal moral (Tolstoï).

Le beau c‘est vers le bien un sentier radieux (poètes).

G. — Définitions sentimentales et vitalistes.

Le beau c’est la liaison des sentiments objectifs avec l’intuition de l’objet esthétique (Volkelt).

Le beau correspond à la projection intuitive de notre moi tout entier dans l’objet (Einfuhlung allemand).

Le beau est une perfection ou une action qui stimule en nous la vie sous ses trois formes à la fois, sensibilité, intelligence et volonté et produit le plaisir par la conscience rapide de cette stimulation générale... L’art est donc la vie concentrée (Guyau).

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La beauté est une libre affirmation de la vie sentie dans la contemplation d’un objet, et liée à cette contemplation d’une façon sensible (Lipps).

Le beau esthétique est ce qui provoque le maximum de stimulation avec le minimum de fatigue (Grant-Allen).

La beauté consiste dans la manifestation , la traduction , l’expression vraie de la vie et de ses évolutions au moyen de la matière et de ses attributs, la forme et le mouvement (Vitalisme contemporain).

D. — Définitions matérialistes et positives.

Nous appelons beau le plaisir et laid la douleur exclusivement ou du moins essentiellement et principalement sensoriels. Le beau est donc ce qui nous plaît mais ce qui plaît avant tout et surtout aux sens (Pilo).

Le beau c’est l’agréable, lorsqu’il est produit parles sensations auditives et visuelles seulement (théorie hédoniste mitigée).

Tout plaisir étant esthétique par soi, le beau c’est ce qui fait plaisir (théorie hédoniste intégrale).

(( L’excitation esthétique est celle qui se produit quand il y a exercice de certaines facultés en vue d’elles-mêmes, abstraction faite de tout avantage extérieur. » Le beau correspond à cette excitation (Spencer).

Le plaisir esthétique est un plaisir de jeu, ses caractéristiques distinctives sont d’être universel et désintéressé (Spencer, etc.).

E. — Définitions philosophiques .

Le beau c’est la parfaite convenance des moyens par rapport au but (Platon).

L’unité et la variété (Leibniz).

l6 ESSAI SUR LE SENTIMENT ESTHETIQUE

La manifestation vraie de l’unité de l’être par des phénomènes finis (Gauckler).

L’harmonie de l’idée et de la forme dans l’expression sensible de l’idée par la forme sans qu’il y ait aucun but d’utilité (A. Pictet).

La loi qui dans sa plus grande liberté et dans ses conclusions les plus essentielles se traduit par un phénomène, produit le beau objectif (Goethe).

i° Le beau consiste dans l’harmonie entre l’imagination et l’entendement (Kant).

2° La beauté est la forme de la finalité d’un objet en tant qu’elle est perçue sans représentation de fin (Kant).

3° Le beau est ce qui est reconnu sans concept comme l’objet d’une satisfaction nécessaire ; ce qui plaît universellement sans concept (Kant).

F. — Définitions éloquentes.

Ici la catégorie est inépuisable. Du concept le plus rudimentaire jusqu’à la vision de l’irréel, le domaine de la beauté est immense ; il couvre l’organisé et l’inorganisé, l’œuvre obscure de la nature comme ses plus grandioses manifestations. Devant la beauté l’âme s’exalte, elle est attirée vers l’infini par l’image obsédante de l’ordre dans le sublime. L’éloquence s’exercet-elle sur un tel sujet qu’il n’est plus de limites à la magnificence et à l’imprécision des termes. Débordant la poésie où il est à sa place, le lyrisme barre la route à l’analyse et le nuage où s’agitent la plupart des systèmes esthétiques ne s’en trouve pas dissipé, bien au contraire.

Voici trois exemples fort abrégés de définitions éloquentes :

LE BEAU

(( Le beau, c’est le radieux symbole des infinies aspirations de l’humanité, la forme vivante de tout désir, le reflet de la divinité, le degré le plus infini du plaisir; l’harmonie divine des couleurs et des lignes. »

a La beauté nous révèle le détail infini de l’âme transcendantale ; elle dégage des objets immobiles leurs âmes vivantes et palpitantes et reproduit la vie avec ses nuances. »

(( La beauté exprime l’idée que l’homme de génie a puisée dans son amour pour l’humanité, l’art parfait consiste à voir l’âme de la nature et à conserver à cette vision l’indispensable eurythmie universelle. »

Ici deux questions se posent. Pourquoi dans les définitions ci-dessus ces fréquents appels au mysticisme ; excusables autrefois mais à peine compréhensibles dans les définitions modernes et surtout contemporaines? Que signifie le qualificatif esthétique ajouté quelquefois au mot beau ? Il existerait donc une beauté qui serait esthétique et une autre qui ne le serait pas !

Certes, la vue des horizons lointains, les profondeurs du ciel étoilé, la contemplation de la parfaite adaptation dans les organismes vivants et l’ordre des lois cosmologiques, l’illusion du surhomme, la sympathie, le sentiment d’une finalité morale, ces causes et d’autres soulèvent la pensée esthétique et la transportent dans l’irréel où, volontiers, elle s’égare et se complaît !

Lorsque pourtant l’on introduit dans le bloc esthétique l’imagination, ce facteur extensible et vagabond, sans en circonscrire auparavant le rôle, la forme et la portée, et d’autre part le sublime qui n’a rien de nécessairement esthétique (et le sentimentalisme

Lesparre. 2

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ne saurait éviter ce mélange), la masse ainsi imprégner de lyrisme poétique et religieux, ne peut être dissociée et résiste à F analyse. Ajoutez à l’occasion, les rêves désintéressés de l’extase musicale, quelquefois de nature esthétique, mais qu’à raison de leur caractère spécial, il serait nécessaire d’envisager séparément et tenez compte de l’issue commode qu’offre le mystère pour se tirer d’embarras aux tournants difficiles! Grande sera alors la tentation d’invoquer soit le principe exprès et la faculté spéciale, la croyance en un mot, au lieu et place de la raison, et l’on comprend cet abandon aux élans mystiques dans lesquels se confondent le génie de la nature et le génie de l’homme, le sensible et le suprasensible, des facultés spéciales et des intuitions sur l’au delà ; et le besoin pour l’explorateur fatigué d’y trouver un illusoire repos.

Telles sont les causes ou plutôt les excuses de ce recours au transcendantal de la part d’esprits par ailleurs pondérés, pour expliquer le plaisir esthétique, cette chose devenue banale en d’innombrables milieux souvent incrédules et rebelles à l’intervention supra-sensible !

Beauté dans l’usage courant et sentiment esthétique sont-ils indissolublement liés, ou bien le beau peut-il exister par lui-même sans plaisir esthétique correspondant. En un mot existe-t-il un beau esthétique et un autre qui ne l’est pas P Telle est la question sur laquelle, de nos jours encore, les avis different. Hâtonsnous d’ajouter qu’elle n’a pas l’importance que l’on serait tenté de lui accorder. Lorsque le sens d’un mot est douteux, il est indifférent de l’interpréter d’une façon ou d’une autre à condition toutefois de le définir au préalable et de s’accorder sur cette définition.

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Dex systèmes sont donc en présence :

i° Le beau est inséparable du sentiment esthétique. Le pur agrément sensible quel qu’il soit, ne saurait procurer le plaisir esthétique et constituer la beauté sauf pour les partisans de la théorie hédoniste intégrale et du néo-vitalisme français dont nous aurons à traiter plus loin. Il en serait également ainsi de toute aperception dans laquelle domine exclusivement la préoccupation utilitaire immédiate. Ainsi pensent les intellectualistes, les disciples de Kant et de FEinfulhung Allemand, soit la grande majorité des esthéticiens.

Sans doute, pratiquement, beau se dit des plaisirs sensibles surtout auditifs et usuels, et signifie quelquefois : sans défaut, bien adapté en vue du service immédiat. Une route bien roulante sera appelée belle. Beau feu d’artifice, beau combat, beau succès, beau joueur, beau champ de bataille ! Dans ces cas et bien d’autres beau est synonyme d’agréable, commode, puissant, vaste, méritoire, etc., etc. 1. Maislebon sens populaire n’est pas dupe de ces apparences et distingue fort bien le qualificatif beau distribué à tort et à travers de cette même expression employée pour désigner le plaisir délicat et subtil qui réjouit l’esprit et le cœur. La vraie beauté procure à l’âme un bien-être particulier qui seul, à raison de la qualité de ses effets, mérite le premier rang. C’est par une concession bienveillante et

i. Mais, dira-t-on, le beau exprimant un rapport des moyens au but, est aussi, tout au moins, une invite au sentiment esthétique. Sans doute et nous disons, au sens propre, un beau visage, un beau tableau, etc., etc. Mais bien souvent l’idée esthétique, en la supposant présente, reste à l’état embryonnaire, et ce que l’on veut exprimer, c’est la grandeur, la qualité en soi, la commodité, l’agrément, sans égards à ces degrés intermédiaires dont la perception constitue le véritable sentiment esthétique devant la parfaite adaptation.

voulue que l’on accorde au pur plaisir des yeux et des oreilles une valeur esthétique dérivée, c’est aussi comme suite de cette expression hédoniste dont nous aurons à parler dans la suite. En un mot beau hors du sentiment esthétique, qui ne se confond pas avec l’agréable et le sensible, est employé par métaphore.

2° Toute autre est l’opinion des partisans de la théorie hédoniste intégrale et du néo-vitalisme français ; les premiers assimilant au sentiment esthétique tout plaisir sensible sans exception ; les seconds se bornant, dans l’assimilation, aux plaisirs auditifs et usuels. Beau n’est alors jamais ou presque jamais employé par métaphore. Rappelons en effet que les plaisirs intellectuels et moraux, à raison de leur origine cérébrale, peuvent être classés à ce point de vue dans les plaisirs sensibles !

Nous aurons à discuter plus loin les théories hédonistes et néo-vitalistes de la beauté ; mais, dès à présent, de leur inexactitude aujourd’hui reconnue et admise par la presque totalité des esthéticiens il résulte que si l’expression beau n’est pas toujours liée dans le langage courant au sentiment esthétique, toutes les fois qu’elle s’en écarte le sens en est métaphorique et n’a rien de commun avec la beauté vraie. Celle-ci de nature entièrement subjective, comme l’impression de sublime, ne saurait être séparée du sentiment esthétique : hors de là elle n’existe qu’à l’état virtuel. L’intimité de cet accord ne permet pas cependant de définir l’un par l’autre, le sentiment esthétique par la beauté et réciproquement. Mais si, plus tard, l’on en vient à déterminer les caractères essentiels du plaisir esthétique, ses contours et ses limites, un pas aura été fait vers les conditions nécessaires et suffisantes de la beauté. Partant du sentiment esthétique et par des voies moins ardues,

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peut-être sera-t-il possible de contempler le sommet de plus près.

Revenons au tableau des définitions. Les unes et les autres résument pour leur auteur ses conceptions personnelles du plaisir esthétique. Les discuter une à une serait impossible et inutile. Mais il n’est pas impossible d’insérer les diverses catégories qui servirent à les classer dans l’un ou l’autre des grands systèmes esthétiques passés ou présents, représentatifs de leurs données fondamentales. Nous voici donc amenés à discuter sommairement et séparément les principales théories esthétiques actuelles, soit vivantes, soit plus ou moins moribondes.

Pour la catégorie morale et mystique, le caractère essentiel se résume en ces mots, le beau c’est le bien (théories éthiques).

La catégorie sentimentale et vitaliste a pour expression Y Einfuhlung Allemand ou le néo-vitalisme français.

La catégorie positive est représentée par deux systèmes bien connus ; l’explication par le jeu et la théorie hédoniste en ses diverses modalités ; ajoutons, si l’on veut, b empirisme de Fechner.

La catégorie philosophique trouve son meilleur développement dans Y explication kantienne où se rencontrent le sentiment, l’intelligence et l’intuition avec prédominance de l’intellectualité, et dans la théorie purement intellectualiste.

Le beau c’est le bien !

Nous sommes invinciblement portés à les rapprocher, à les confondre. Pourquoi ces affinités ?^De celte tendance, de ce besoin de l’esprit les raisons sont multiples.

Voici deux idées générales, deux abstractions indéfiniment extensibles, également indéfinissables 1 ; à cause de cette extension même, très souvent réunies par l’estime et l’admiration des hommes sur le même objet. N’est-il pas naturel que, cédant à l’attraction des semblables, nous en arrivions à les identifier !

Mais ce n’est pas tout :

Le sentiment esthétique devant l’art correspond essentiellement à l’assimilation de pensées, d’émotions expriméees, à la collaboration sympathique avec les efforts convergents, l’intention, le dessin de l’auteur ; et, devant la nature et ses lois adaptées et concordantes, à l’aperception par l’esprit, selon les formes de son exercice, d’un ordre suprême, intelligent et finaliste. Or le summum de l’ordre ne se résume-t-il pas à nos yeux dans le devoir moral que le consentement universel honore et glorifie comme l’expression supérieure de la volonté humaine !

Bientôt alors, dans le nuage mystique où s’estompent les contours, les deux cimes, le beau et le bien, se rapprochent et nous apparaissent confondues en une seule. Ne dit-on pas de la justice, de la charité, de la fidélité au devoir « ce sont là de beaux sentiments » et le langage ainsi, par la métaphore des expressions, consacre l’identité des natures. De tous temps philosophes et moralistes ont placé le beau et le bien sur le même piédestal ; Kant, à la fin de son esthétique, afin de con-

i. Qu’est-ce que le bien ? la raison ? la sagesse P la justice individuelle et sociale ? le plaisir bien compris ? le bonheur, les vertus parmi lesquelles la magnificence, ^le talent et la capacité politique ? l’accord de l’intérêt personnel et de l’intérêt général ? la sympathie ? l’extase ? l’accc mplissement du devoir P le désintéressement ? la conservation de l’être ? l’altruisme P la charité? l’égoïsme vrai ? etc. (V. Janet et Séailles, Histoire de la Philosophie .)

LE BEAU

cilier ses plus récentes affirmations avec les « critiques » antérieures en arrive à déployer franchement l’étendard de ce bien dans lequel il place le beau en soi, objet par excellence de l’impératif esthétique : Leibniz, Burke, Baumgarten1, Euler et d’autres non moins illustres érigent en idéal de beauté le parfait ou le bien absolu 2 ; Taine en imposant à l’art, comme but sou- Terain, l’expression du caractère essentiel se range à cette matière de voir et les monistes, de nos jours, offrent à l’adoration de leurs fidèles la trinité du vrai, du beau, et du bien. Voici enfin aux deux extrémités, Plolin (205-279) et Tolstoï, ils pensent et parfois s’expriment de même.

« C’est, dit le roi des mystiques, c’est la présence du bien dans la beauté qui explique l’émotion profonde que nous éprouvons à la contempler, et la vraie beauté est bien plutôt ce quelque chose qui resplendit dans la proportion que la proportion même. . . Avant de ressentir l’influence du bien l’âme n’éprouve aucun transport devant la beauté, car cette beauté est morte tant qu’elle n’est pas illuminée par le bien. Mais dès qu’elle ressent la douce chaleur du bien, elle prend des forces, elle s’éveille, elle ouvre ses ailes ; tant qu’il y a quelque chose de supérieur à ce qu’elle possède, elle monte entraînée par battrait naturel qu’elle a pour celui qui inspire l’amour; elle s’arrête enfin au bien, parce qu’il n’y a rien au delà. »

Et Tolstoï après avoir proclamé en termes obscurs

1. Le beau d’après Leibniz, Baumgarten, etc... est la vision confuse du parfait.

2. Le parfait est relatif, selon le point de vue considéré. C’est là ce que n’admettent pas certains esthéticiens moralistes. Pour eux, en dehors <de l’ordre moral absolu, il n’est rien de bien, rien de beau.

l’unité fondamentale du beau et du bien conclut1 : « L’art est donc l’organe moral de la vie humaine, car il n’y a d’intéressant que le sentiment religieux » et plus loin, « apprécier une œuvre d’art selon sa beauté est en somme aussi étrange que de juger de la fertilité d’une terre d’après la beauté du site ». De telles exagérations n’ont aujourd’hui qu’un intérêt historique et la théorie du caractère essentiel, ne compte plus guère de partisans. Que l’idée dominante dans l’œuvre d’art soit morale, c’est bien; que dans le cas contraire, l’œuvre soit à cause de cela en opposition avec (( le rythme et la prosodie universelle » c’est possible ; nous savons qu’elle peut cependant éveiller au plus haut degré le sentiment esthétique : certains artistes contemporains ont entrepris non sans succès, de nous faire sympathiser avec les insociables, les déséquilibrés, les « névropathes, les fous, les délinquants2». Remontant en arrière, nous voyons qu’aux xve et xvie siècles, la femme de beauté accomplie devait être en France et en Italie « blonde, pâle, frêle, gracile, sans poitrine ni hanches3 », idéal en rapport avec le sentimentalisme chevaleresque de l’époque ; plus tard, à la Renaissance, le sensualisme utilitaire prenant le dessus, le type parfait change et se résume en ces mots « pleine de chair, plena di carne ». D’incomparables chefsd’œuvre ont consacré aussi bien les exagérations sensuelles de la Renaissance que le type chétif et laid du siècle précédent4.

1. Tolstoï, Qu’ est-ce que l’art ? cité par Lalo ; le sentiment esthétique.

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