V. Stratz, Les Beautés de la femme
2. Dans le règne animal il n’existe pas de cas, croyons-nous, où l’apparence de faiblesse soit un stimulant pour le sexe opposé.
HS‘2 ESSAI SUR LE SENTIMENT ESTHETIQUE
saire pour dégager le caractère essentiel de la grâce séduisante, pour mettre en relief sa valeur esthétique et pour comprendre les causes profondes de son irrésistible attrait.
B. — La grâce animale.
Aux antipodes de la grâce séduisante et séductrice, à l’extrémité inférieure de l’échelle, se place la grâce animale. Non que l’on ne trouve d’un côté comme de l’autre un ferment identique, un stimulus instinctif semblable ; mais d’une part l’intelligence est présente, de l’autre elle ne l’est pas, du moins chez les animaux inférieurs, et cela seul constitue la différence fondamentale qui entraîne toutes les autres. Et d’abord peut-il exister, sans intellectualité, de la grâce séductrice ou de la grâce séduisante ?
Considérons d’abord les pures formes extérieures de l’animal, ses mouvements souples, ondulés, puissants et purement mécaniques, comme le vol de l’hirondelle, l’allure du chat, le steppage du cheval, dont la superbe ampleur exprime au plus haut degré la parfaite adaptation. Nous trouvons ces mouvements gracieux, mais l’animal en perçoit -il la beauté, en « connaît- » il du moins, la portée émotive et sensible P La réponse sera assurément négative.
Le cas devient aigu et le problème se complique lorsqu’il s’agit de gestes et d’attitudes tels que l’auteur paraît avoir conscience de l’effet esthétique produit et le rechercher intentionnellement. On cite la roue du paon et les parades de certains mâles devant les femelles . Les manifestations esthétiques de ce genre n’ont rien qui doivent surprendre. Le succès apprend aux mâles
LA GRACE
l’utilité de ces gestes glorieux, comme il apprend aux femelles, les moyens d’attirer les mâles. D’expériences indéfiniment répétées dans la nuit de l’évolution, seraient venus l’habitude, puis l’instinct confirmé par la sélection. Peut-être la parade du mâle ne fut-elle à l’origine qu’une dépense d’activité et la timidité des femelles qu’un effet de la peur1 ! D’autres invoquent ces instincts primordiaux 2 sur lesquels, disait Darwin, <( il est infructueux de spéculer » .
Que d’ailleurs ces déploiements de couleurs, ces exhibitions de force, d’aisance, ces chants et ces appels, soient d’un effet agréable sur le sexe opposé, cela n’est guère douteux, mais l’agrément n’est pas la conséquence d’une aperception esthétique quelconque ; il résulte simplement de l’impression sensible ou de l’anticipation de l’expérience par association d’images. Il existerait chez l’animal des mouvements et des attitudes « gracieux » dont les résultats seraient escomptés par l’instinct. La grâce vraie, aux effets intellectuels à longue portée, ressentis dans tout l’être, reste le privilège de l’homme et n’est comprise que par lui.
Darwin refusait à l’animal toute compréhension esthétique. « Leur sens du beau, disait-il, n’est pas comparable à celui de l'homme civilisé et se limite à l’attraction sexuelle. » Il ne va pas au delà.
1 . La peur, d’après les monistes, rendrait certains animaux très intelligents. « Lorsque, dit Haeckel, un chien aboie à la lune ou en entendant sonner une cloche dont il voit le battant se mouvoir..., il n’exprime pas, par là, seulement sa crainte mais aussi le vague besoin de connaître la cause de ce phénomène inconnu » (Haeckel, Les Énigmes de V Univers).
2. Par instincts primordiaux l’on entend ces instincts dont l’origine dépasse toute intelligence animale possible à moins de se rallier à l’hypothèse abandonnée d’une régression intellectuelle.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
Dans les éliminations du début, un choix s’imposait parmi les nombreuses théories, plus ou moins vivantes, qui depuis l’origine se disputent la faveur des esthéticiens. Analysant sommairement l'hedonisme intégral et mitigé, la théorie du jeu et F ancien vitalisme de Guyau, j’ai montré en faisant appel à la critique courante, leurs lacunes, leurs défauts et leurs contradictions. Le néo-vitalisme aujourd’hui triomphant à l’étranger, sinon en France, méritait une mention spéciale. Copié presque mot pour mot sur le vitalisme de Guyau, il est adopté en Allemagne sous le nom de Einfuhlung, mais avec l’addition d’une faculté intuitive spéciale, réponse commode dans les cas difficiles, mais que les esprits pondérés ne sauraient accepter. Le néo-vitalisme français évite cet écueil, mais accordant une valeur esthétique, propre aux plaisirs des sens, et droit de cité à l’imagination, sans avoir au préalable déterminé son rôle et ses limites, il échoue presque fatalement en un sentimentalisme exalté. Sous l’influence du lyrisme qui s’en dégage, bientôt apparaît la note mystique, toujours menaçante pour des raisons que j’ai signalées.
La revue critique des théories en cours conduit à
poser la question suivante, encore débattue, le croirait-on de nos jours. Existe-t-il un type absolu, un idéal de beauté objective et quel est cet idéal? Intéressant problème dont la solution par l'affirmative implique un classement infaillible des valeurs esthétiques. S’il existe une beauté absolue le plaisir esthétique ne saurait dépendre que d’une relation avec le type parfait et les théories des esthéticiens passent aux rangs de simples controverses sur les applications de la règle fondamentale. La réponse est aujourd’hui définitivement négative, malgré l’avis contraire de quelques mystiques endurcis. Le beau absolu ne saurait exister ni sous les formes indécises de l’idéal, ni à plus forte raison sous les formes précises de l’idée. Encore que l’acte moral soit considéré pour des raisons sérieuses, décuplées par la sympathie, comme le suprême objet du sentiment esthétique, il n’est pas de morale type pouvant servir de norme régulatrice dans les appréciations de cet ordre. L’idéal moral change avec les temps et les milieux; tel acte est bon ici, mauvais ou ridiculisé ailleurs, et de ce côté malgré la grande lueur qui vient de l’au delà, les phares humains qui jalonnent la route n’ont ni fixité ni durée.
En terrain ainsi déblayé, le moment était venu de définir la théorie intellectualiste dont les origines se trouvent dans l’esthétique de Kant, bien que ce philosophe, pressé par les exigences de ses ((critiques» antérieures, en soit arrivé plus tard, dans le désarroi de ses explications, à chercher un commode refuge dans l’hypothèse régulatrice de la beauté absolue.
La théorie intellectualiste repose sur le plaisir de l’activité intellectuelle (sensibilité intellectuelle) se développant en des conditions particulières d’aisance et
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS 287
d'agrément, selon les formes essentielles et fondamentales de son exercice, ordre, causalité et, par conséquent finalité, l’idée d’ordre ne pouvant être séparée de l’idée de fin et réciproquement. Le sentiment esthétique existe donc lorsque notre intelligence rencontre, marquée par ses œuvres, une pensée ordonnée, et se déploie avec elle, librement, dans le plein développement de sa nature, qu’il s’agisse d’une volonté transcendantale révélée par des lois préétablies ou d’une œuvre humaine progressivement réalisée ; lorsque, par une collaboration sympathique, elle pénètre et comprend le dessin, la facture, la technique de l’artiste; les idées et sentiments exprimés, ou bien, dans l’ordre moral, l’effort voulu, réfléchi, le sacrifice héroïque! Il se manifeste avec plus de force et d’aisance lorsque la rencontre s’accompagne d’émotions accessoires, agréables et stimulantes. Le plaisir est encore esthétique alors que notre esprit, à défaut de pensée suffisamment exprimée, découvre et lit dans les choses les sentiments qu’il y projette lui-même sous l’influence d’un état d’âme antérieur ou de suggestions fortuites ; il l’est encore lorsque l’imagination, excitée, généralement par le mystère et la sympathie, ou par des causes physiologiques spéciales, dépassant l’expression objective, se dépense en rêves désintéressés, généreux et humanitaires, ou même, comme pendant certaines auditions musicales, en des conditions déterminées, s égare hors du réel dans le ciel étoilé.
La théorie intellectualiste refuse donc une valeur esthétique quelconque au pur agrément sensible ainsi qu’aux plaisirs physiologiques attachés aux troubles émotifs vulgaires. Que d’ailleurs la jouissance spéciale qui accompagne la dépense intellectuelle soit dite
physiologique par un rattachement aux troubles ordinaires internes ou périphériques, ou bien en considération des réactions cérébrales qui raccompagnent, qu’elle soit appelée mixte grâce à la collaboration supposée d’un facteur purement spirituel, qu’importe ! Par son origine, sa nature, sa portée elle se distingue de tous autres plaisirs et les domine incommensurablement.
La théorie intellectualiste ainsi définie, restait à vérifier son application dans les arts plastiques, devant la nature organisée et inorganisée, devant la valeur morale, dans la musique et la grâce séduisante de la femme, les cinq théâtres par excellence du sentiment esthétique, peut-être artificiellement délimités en ce qui concerne la grâce, celle-ci se rangeant, en droit, parmi les beautés de la nature organisée. La tâche était de rechercher le plaisir esthétique avec la théorie intellectualiste pour fil conducteur, d’exclure ce qui n’en fait pas partie, de le décrire et de le délimiter.
Eliminant dans l’œuvre d’art l’agrément des « idées dominantes » et l’agrément des « moyens » qui dépend du goût établi et n’a rien de nécessairement esthétique alors même qu’interviendrait dans les motifs d’appréciation une sorte d’interprétation plus ou moins consciente fondée sur les habitudes, l’hérédité, les traditions ou la technique courante ; éliminant également comme inesthétique le plaisir sensible et le plaisir des émotions ou, plutôt, des alternances de tension et de détente émotive, il reste comme valeur esthétique, au premier rang, l’expression. Celle-ci peut être immédiatement, directement, comprise et partagée lorsqu’elle s’impose par sa force et par sa qualité ; plus souvent et quelquefois même à défaut d’une expression apparente,
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
un effet de sympathie nous fait pénétrer dans la pensée, le sentiment, le technique de l’artiste avec lequel nous nous identifions. C’est ainsi que toute œuvre humaine s’ofïre éventuellement à l’aperception esthétique en ce qu’elle représente plus ou moins l’évolution d’une pensée directrice !
Ainsi étayé, grâce à la sympathie, d’un sentiment banal mais singulièrement fort, le plaisir esthétique est moins pur, moins lui-même; par contre son accès est plus facile et plus engageant. Tenant compte de sa qualité, nous réservons le qualificatif supérieur au sentiment esthétique non pas isolé, c’est trop dire, mais affranchi de toute collaboration sympathique ; le sentiment esthétique à base de sympathie sera appelé secondaire .
L’œuvre d’art est encore la source de jouissances esthétiques, lorsque associant la sympathie, grâce au vestige humain, à l’idée de mystère elle déclanche ainsi (ou par d’autres moyens) l’imagination désintéressée, humanitaire, esthétique. Le plaisir esthétique résultant se superpose alors à celui qui vient de l’expression ; souvent mêlçs et confondus dans le courant de la conscience, ils sont pourtant d’origine et d’espèce différentes.
Devant la nature, la genèse du sentiment esthétique était, en ce qui concerne la théorie intellectualiste, d’un intérêt particulier ; non certes à raison des difficultés d’application, loin de là ; mais quel que soit l’aspect considéré, de la composition chimique de la matière jusqu’aux lois biologiques et cosmologiques, le nuage mystique, comme dans la musique pure, facilement obscurcit l’horizon; sous la triple impulsion du sublime confondu avec le beau, de la finalité transcen-
Lesparre.
dantale confondue avec l’ordre dont elle est le terme suprasensible, de la poésie des vagues contours et des horizons mystérieux confondue avec la réalité, nous ne sommes que trop enclins à chercher en ses ombres propices un illusoire repos. La théorie intellectualiste évite cet écueil.
Considérons les corps organisés, le plaisir esthétique sera dans la contemplation de l’ordre et de la parfaite adaptation ; soit que l’on ait en vue les processus de formation et de conservation dans le règne animal ou végétal ; soit que de préférence l’on considère les formes visibles. Dans ce dernier cas le sentiment esthétique aura pour objet tantôt l’ensemble et l’équilibre général, tantôt l’appropriation dans un sens déterminé, la réplique a quelque préférence plus ou moins consciente, la réalisation d’un idéal particulier.
S’agit-il de la nature inorganisée ou plus simplement du paysage, le sentiment esthétique dérive de quatre sources différentes ; l’expression envisagée, bien entendu, sans correspondance mystique d’aucune sorte, mais dans un étroit rapport avec notre personnalité, nos sentiments et notre état d’âme ; — le sentiment de l’ordre universel; — l’imagination esthétique, toujours prête à se déclencher lorsque, au vestige humain, s’ajoutent l’ombre du soir, le clair de lune ou le mystère des horizons brumeux ; — enfin le sublime. Non que l’impression du sublime soit par elle-même esthétique, mais en présence du grandiose, notre esprit, dans la détente qui suit le choc initial est invinciblement porté à rechercher les causes de la dépression momentanée qu’il vient de subir ; de là une opération esthétique d’analyse et de reconstitution qui n’est autre chose, après tout, qu’une lecture de l’expression.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS 29 1
L’impression de sublime n’est pas seulement cause éventuelle du sentiment esthétique ; elle en est aussi le terme logique et le complément. L’ordre et la finalité que nous admirons dans l’univers témoignent d’une volonté prévoyante, et le sentiment esthétique correspondant se résout aisément en intuition de sublime. L’œuvre de l’homme n’est pas surhumaine, elle n’est donc jamais sublime1; mais la vision du sublime étant subjective nous pouvons en avoir l’impression, devant l’art, par une généreuse et mystique illusion. A plus forte raison lorsque la volonté objectivement perçue se tend vers le devoir moral qui, nous le savons par expérience, exige de pénibles efforts; lorsqu ’apparaissent au delà du devoir le sacrifice total, le don de soi, notre âme exaltée par la sympathie, entrevoit le sublime. Grâce à la fusion qui s’opère entre les instincts supérieurs de l’esprit et la réalité contemplée, le sentiment esthétique et l’impression de sublime bientôt se confondent ; et c’est alors que la beauté absolue surgit à nos yeux et nous éblouit de son rayonnement.
Que l’impression de sublime soit la cause initiale du sentiment esthétique, qu’elle soit au contraire le terme logique de son développement, peu importe ; malgré les liens qui les rattachent l’une à l’autre, elle n’est esthétique à aucun degré ; la différence est essentielle. Le sublime, introduit dans le bloc esthétique, le colore de mystère ! Ajoutez au mélange l’imagination, avant d’en avoir soigneusement déterminé le rôle et la nature, il n’est plus d’analyse possible, la confusion est alors à
1 . Toutes réserves faites au point de vue moral sur le libre arbitre et et le mystère de sa réalisation.
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son comble ! Comment en sortir, sinon par un vague sentimentalisme qui tout embrasse ou par l’iiituition spéciale, donc métaphysiquement?
Le plaisir esthétique d’origine exclusivement musicale vient de l’expression, de l’interprétation jointe à la collaboration sympathique, enfin de l’imagination esthétique. L’agrément propre des consonances, du rythme, de la mélodie, des accords, de nature émotive ou sensible, ne saurait avoir le caractère esthétique sauf pour les partisans de cette théorie hédoniste intégrale que personne aujourd’hui ne prend au sérieux. Il en est ainsi alors même qu’un accord autrefois dissonant en arrive à flatter l’oreille par habitude ou suggestion. Le goût a changé, comme il arrive souvent, et le plaisir n’en reste pas moins purement sensible, donc inesthétique en soi. Si par contre un accord dissonant est toléré, recherché même, comme partie d’un tout, grâce à son introduction dans la technique courante, dissonant il était, dissonant il demeure, et son plaisir résulte d’une interprétation qui, en ce qu’elle a de conscient, sera partie intégrante du sentiment esthétique général.
L’imagination esthétique musicale a ceci de particulier qu’elle ne se déclenche pas à la suite de suggestions fortuites telles que les idées d’ombre et de mystère associées au vestige humain, mais naît directement (pendant certaine grande musique pure), d’une extase polyidéique provoquée par la concentration nerveuse que les alternances de repos et d’action, joints à un tonus émotif intense, tendent à l'extrême. A raison de cette origine spéciale, elle n’est pas comme l’extase mystique, enchaînée à une idée, mais se dégage des contingences, des besoins et tendances vulgaires, et
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
dans un état d’impassibilité relative, se complaît en des spéculations généreuses, désintéressées, sublimiales. Elle accapare l’être tout entier et le transporte dans le ciel étoilé. De là, ces exagérations qui présentent (( l’art divin » comme « une voix de l’au delà », « une révélation de l’invisible ». De là aussi l’inclination mystique qui persiste, surtout en esthétique, chez certains peuples musiciens.
Nons terminons par un chapitre sur la grâce ordinaire et la grâce séduisante ; celle-ci principalement, que l’on pourrait appeler grâce essentielle nous apparaît comme la forme par excellence du charme féminin. Elle possède au suprême degré l’attrait vainqueur. C’est que la beauté de la grâce séduisante réside dans la faiblesse, l’impuissance, l’abandon ; elle implore, elle se réfugie, elles’oifre ! Idée profonde et troublante, largement exploitée en son temps par l'instinct sexuel mais que personne aujourd’hui ne voudrait utiliser pour exprimer la beauté.
Le sentiment esthétique que nous avons cherché à mettre en relief, à isoler, avec la théorie intellectualiste pour fil conducteur, le conçoit-on à l’état de pureté absolue, séparé des sensations, désirs, tendances et émotions qui toujours, en fait, l’encadrent et le stimulent? L’isoler à ce degré serait encourager, par une juste réaction, le retour à ce sentimentalisme mystique dont certaines formes du néo-vitalisme nous offrent l’expression ; tout système où le sentiment n’occupe pas à son rang la place qui lui appartient, reste abandonné sur les bas côtés de la route ; le bon sens n’y voit pas la réalité ! Non, le sentiment esthétique est trop désintéressé, trop fragile pour durer dans le cerveau humain, sauf exceptionnellement, s’il n’est étayé
de sentiments et d’intérêts vulgaires1. Pour le dégager, bien que roi, de ce cortège indiscipliné avec lequel trop souvent on le confond, les définitions vagues et imprécises ne sont d’aucun secours. La théorie intellectualiste nous a sortis du labyrinthe ! Poètes et mystiques souffriront de ses conclusions mais elles se rapprochent de la réalité !
1. Que l’avenir du sentiment esthétique soit brillant, tout porte à le croire ; à mesure que s’élève l’humanité, aux plaisirs vulgaires d’ordre émotif et sensible, l’on verra s’opposer, de plus en plus, les jouissances intellectuelles et morales. Mais les valeurs esthétiques deviendront-elles un jour les fondements de la morale comme d’aucuns persistent à l’annoncer ? Ce n’est guère probable. L’équivalence des sensations ne sera jamais réalisée à moins d’accorder une valeur esthétique, et alors morale, au simple plaisir des sens, ce qui dans la pratique conduirait à de singuliers résultats. Quant à l’attrait de la beauté morale, le seul fait de considérer l’effort dans ce sens comme l’objet supérieur de l’aperception esthétique, présuppose l’inclination innée vers le devoir ou tout au moins l’antériorité de l’impératif catégorique.