Du sommeil artificiel et du narcotisme
. Une grande classe d’agens thérapeutiques produit, quand ces agens sont donnés à trop forte dose, ou quand leur usage est longtemps prolongé, un état morbide particulier, connu sous le nom de narcotismc. L'aconit, la ciguë, la jusquiame, la belladone, et par dessus tout, l'opium et ses nombreuses préparations, sont doués de cette propriété.
Une autre classe de médicamens, dont l'action paraît au premier
abord entièrement différente, produit cependant des effets analogues; je veux parler des alcooliques. | Py
Nous examinerons successivement les phénomènes du narcotisme et de l'ivresse, et nous exposerons rapidement les moyens les plus efficaces pour combattre et faire cesser cet état morbide. LP
Tous les narcotiques n’agissent pas de la même manière, et sous le rapport de leurs effets sur l'organe cérébral, on peut d'abord les diviser en deux grandes classes, savoir : 1.° les opiacés, dont le mode d'action est uniforme, et 2.° les autres narcotiques, qui ont tous une vertu particulière. Ainsi la ciguë et laconit produisent des vertiges et provoquent peu de sommeil; le suc des laitues, au contraire, n’occasionne ni vertiges mi hallucinations; l'acide hydrocyanique stupéfie ; le’tabac produit d’abord des vertiges, puis amène un état de somnolence analogue au coma.
- Je n’ai pas l'intention d'examiner plus en détail le mode d'action de tous les narcotiques; cela me conduirait trop loin. Mais, en dernière analyse, un phénomène qui leur est commun, c’est de suspendre pendant un temps plus ou moins long les actes de la volonté.
Les effets d’une médication narcotique trop long-temps continuée, ou qui n’est pas proportionnée au degré de susceptibilité du sujet, s'annoncent en général par une légère céphalalgie, quelques vertiges, de la pesanteur de la tête, des bruissemens ou des tintemens d'oreilles; la vue est blée: louïe, le goût, l'odorat, le toucher même, ne perçoivent plus que d'une manière obscure les impressions qui leur viennent du dehors. 3
Le malade tombe dans. un état de demi-somnolence; il est agité par des rêvasseries continuelles; il ne sent plus ses douleurs, Si l’action des médicamens est plus intense, alors il ÿ a suspension totale du sentiment et du mouvement; la face est rouge, le sommeil profond, la respiration bruyante, le pouls plein, large, peu fréquent : il y a accumulation du sang vers l’encéphale, véritable congestion cérébrale, et quelquefois apoplexie imminente. |
» Ainsi le narcotisme peut présenter les différens degrés du sommeil Mob depuis la somnolence. jusqu’au carus; mais, comme nous. l'avons déjà fait entendre, il existe une foule de variétés non-seulement suivant l'espèce du narcotique employé, mais encore suivant fes dispositions individuelles. E’opium, à des doses extrêmement: faibles, produit sur certaines personnes des effets surprenans, tandis. que les peuples de l'Orient en font leur HAE et se! complaisent dans l’extase qu'il provoque en eux. CE EN
Les phénomènes de l'ivresse ont la plus grande analogie avec ceux du narcotisme. En effet, l'ivresse, comme le narcotisme, commence par des vertiges, des hallucinations; lés sens se troublent; la volonté. perd peu à peu son empire; les muscles de-la locomotion, n'étant plus régis par elle, refusent de soutenir le corps; les idées deviennent incohérentes; enfin, l'homme ivre, éomme celui qui est sous l'influence d'un narcotiquè, se trouve bientôt plongé dans un sommeil dont la profondeur varie suivant l’inténsité d’action de la cause.
Les moyens thérapeutiques à employer dans le traitement du narcotisme, sont d’abord les évacuations sanguines par la saignée ou les sangsues, qui, en diminuant la masse du sang et en opérant une dérivation salutaire, font cesser en partie la ‘congestion cérébrale. S'il y a eu-empoisonnement, et qu’on soupçonne qu’une partie du poison se trouve encore dans l'estomac, les vomitifs seront employés avec succès. De plus, on'aura recours aux révulsifs sur la peau et sur le tube digestif, aux boissons acides, aù café pris en infusion, et à divers stimulans propres à relever le système nerveux de l’état de: dépression où 1l se trouve. |
Quantà l'ivresse ,on connaît les succès obtenus par l'acétate d'ammoniaque; mais-le plus souvent il ne sera pas même nécessaire: kà avoir recours : les symptômes disparaissent ordinairement d'eux-mêmes au : bout d’un temps plus où moins long:
3.° 1] me reste à dire quelques mots des avantages que le médecin peut retirer du sommeil sous le rapport de la séméiotique. Or,
nous avons déjà vu qu’un sommeil agité, court, entrecoupé, annonce une excitation trop vive du système nerveux; tandis qu’un sommeil continu et profond indique une dépression de ce système. Nous savons, au contraire, que dans les maladies aiguës un sommeil tranquille est d’un bon augure, et souvent même il peut être considéré comme critique ou comme la suite d’une crise favorable. Un des signes les plus constans de convalescence chez les enfans, est un sommeil agité dans lequel il y a grincement des dents.
Enfin, on s’est aussi servi des rêves comme d’un signe qui indique d’une manière plus ou moins sûre l’état où se trouve le système nerveux des malades; mais pour cela il ne faut consulter que ceux des rêves qui ne sont pas dus. à des impressions provenant du dehors : on cite à ce propos l'exemple de cet individu dont parle GALIEN, qui, ayant rêvé que sa jambe était transformée en pierre, trouva à son réveil cette jambe paralysée:
Le peu que je viens de dire suffit pour prouver que le sommeil peut fournir à la séméiotique des signes qui, s'ils ne sont pas d’un grand poids par eux-mêmes, concourent du moins avec les autres symptômes à éclairer le médecin sur la marche que tend à prendre la maladre. c
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