‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 32 sur 59 · ARCHAÏSMES VOULUS · texte numérisé non relu

ARCHAÏSMES VOULUS

merveilleusement approuvent » (p. 17), «tres bon Rimasseur estoit » à «tres bon estoit Rimasseur » (p. 77), etc. %&. En 1549, il se mettait tout bonnement au courant, sans se préoccuper de savoir si l’archaïsme ne fournissait pas un élément de « couleur locale ». Lorsque l’auteur parle « des vermets qui yssent de la terre renversee » (Propos Rust., p. 30), peut-être ce verbe commençait-il à vieillir dès 1547-1549 au sens matériel : l’interpolateur le remplace par sortants. Mais nous retrouvons issir avec ce même sens concret dans Baliverneries et même dans Eutrapel (1585). Metions que ce soit un archaïsme de du Fail, mais on voit qu’il n’était nullement destiné à compléter la peinture des rustiques. Tout au plus signalerai-je dans le premier ouvrage deux ou trois termes, tels que duit (p. 28, 30, 48) au sens de « façonné, fait à #8 », duisant (p. 41), « convenable », la locution à chef de piece (p. 66) 3%; moult, surtout dans « moult preudhoms % » (remarquez cette s volontairement archaïsante) 56.

Les archaïsmes d’Eutrapel sont en grande majorité conscients et destinés à agrémenter le style, à produire des effets comiques. Du Fail, en général, a fait son possible pour se tenir au courant des destinées des mots. C’est un conservateur très modéré; il lui arrive de constater les changements survenus, Comme par exemple la transformation de tabourin

32. Voir l'édition de LA BORDERIE, p. 114-130 : Variantes de l'édition de 1549. En même temps, du Fail simplifiait son orthographe.

33. On retrouve dans ÆZutrapel (I, 268) ce verbe duire, mais il s’agit d’une ancienne expression provérbiale : « selon le seigneur la mesgnie est duile. » Bien que G. Bouchet (éd. Roybet, III, 26) ait pris cet adage à du Fail, il emploie ailleurs le participe duit &. Ce mot a dû vivre pendant le XVIe siècle (Voir le Lexique de G. Bouchet par Roy{er-CourJbet.

34. Sens : « à la fin, à la longue. » Ce sens n’est pas donné par GODEFROY, qui traduit à chef de piece par « parfois, de temps en temps » et réserve la signification « à la fin, au bout de » pour à chief de tour et à chief de temps. A chef de piece reparaît dans Eutrapel, mais on voit bien que du Fail à conscience de son archaïsme : « il se trouva à chef de piece, avec le temps, à la longue, choisissez, le plus fascheux... » (II, 53).

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