‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 33 sur 59 · Prop. Rust., D · texte numérisé non relu

Prop. Rust., D

36. Cf. encore, p. 51 « le preudhoms Thenot du Coing »; mais p. 52 « respondoit le preudhomme. » — Pour l'essai d’archaïsme, cf. Rabelais : « de par li bon Dieu et li bons homs. » — Quant à moult, il était couramment employé par Rabelais (cf. HUGUET, Synt. de Ruab., p. 240). Mais je ne le retrouve plus chez du Fail après les Propos Rustiques, sauf dans un passage, d’allure comique, d'Eutrapel (II, 18) « son chapeau de mout grande authorité. » lei mout, comme la plupart des archaïsmes de du Fail, est mis pour faire de la fantaisie,

Bÿe STYLE ET LANGUE DE DU FAIL

en tambour (II, 120), mais il s'y résigne sans amertume. « Trois hacquebutes », dit Lupolde, « (c’est pitié, il faut à ceste heure dire, karquebuses) » (II, 165); mais quelques lignes plus loin (H, 467), le même Lupolde emploie sans autre remarque la forme harquebuse 37, devenue normale. Au chapitre XXXII, du Fail, pourtant si conservateur en politique, raille dans la personne de Lupolde les gens qui en matière de langage ne marchent pas avec leur temps :ce vieux Lupolde ignore le sens des mots accortement et aconché (I, 296), que Noël du Fail employait pour son compte en dépit de ses préjugés à la Henri Estienne contre tout ce qui venait d'Italie &, Lupolde ignore le terme de morion : du Fail s'en servait dès 1548 dans les Baliverneries %®. Voici quelques archaïsmes d'£utrapel : la négation nie; « les Thraces marquerent au front leurs femmes, parce que leurs meres avoient ja pieça occis injurieusement ce grand harpeur Orpheus » (I, 222) 4; — « la conduisant en grand’ joliveté #? jusques au monstier » (If, 89); — « estant a privee mesgnie » (II, 88); « selon le seigneur la mesgnie est duiîte 43 » (I, 268); — se solacier (Balivern., !, 188) et solacieux # (II, 240). — « Parle, compains, el me respons liement », dit plaisamment Eutrapel à Lupolde (II, 122). — « Or dit ly contes que... »

37. A cet endroit, harquebuse est donné par l'édition 1585; arquebuse 15861, 1603 (leçon adoptée par Assézat); arquebouse 15862.

38. Par exemple, je note chez du Fail le mot accort à deux autres endroits : 1, 286 « Gentil homme accort, bien nourry »; II, 58 « plus delié et accort. »

39. Chapitre V (1, 198). C'est un des premiers exemples connus de ce mot, qu'on à signalé en 1542 chez Michel d'Amboise (Rev. des Et. Rabel., III, 395) et en 1546 chez Rabelais (prol. du 1. III).

40. J'en ai noté trois exemples chez du Fail : il suffit de les considérer pour s'apercevoir qu'il s’agit d’un archaïsme volontaire : II, 121 « J’ay leu en bon autheur, ce n’est nie fabliau. » II, 49 « par un matin que jour il n’estoit mie. »

1. Ja pieça Se retrouve (II, 102) dans un contexte comique et volontairement grandiloquent. Cette expression était encore dans Rabelais (IV, 29). — Harpeur vieillit au XVIe siècle, mais se retrouve de temps à autre: ainsi Benigne Poissenot appelle Ronsard « un harpeur tout divin. » (L’Esté, 1583, fo 130 vo).

Page 1