‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 54 sur 59 · Il l'emploie ailleurs, par exemple, I · texte numérisé non relu

Il l'emploie ailleurs, par exemple, I

Incarnation. — Au sens libre, Propos Rust., p. 87; II, 86; II, 143. CE Jean d'Ivry, Secrets et Loix de Mariage (Montaiglon, III, 179); Anc. Th. fr. I, 306. Ÿ

Indiscret [Propos Rust., XV ; I, 133]. 1548. Jusqu'à présent, les exemples les plus anciens que l'on eût signalés étaient : Ronsard, Disc. à Grevin (Dict. Gén.) et E* Pasquier, Monophile, 1555 (Vaganay, Rev. des El. Rabel., IX, 510).

Indisposé. — Du Fail caractérise modestement par cet adjectif ses Propos Rustiques (Prop. Rust., p. 12; Balivern., I, 145). Mal ordonné, mal composé (Cf. lat. indispositus).

Individu. -— « Indivisible », substantivé ; II, 244: « la naturelle alliance du plus riche et secret individu ». Corps simple, qui est 1ci l'or des philosophes. Dans les Arréts, individu se trouve comme terme-4uridique au sens d”« indivis » (Cf. par exemple

éd. 1579, p. 196). Cf. aussi Eutrapel, II, 135, « individu et inseparable ».

Induire. — Introduire dans un discours, citer (un texte) : Propos Rustiques, 12, II, 74.

In gambe. — II, 50 : « les plus in gambe ». C’est le premier exemple connu de la forme actuelle avec 5; (Martin du Bellay, antérieurement à du Fail, présentait la forme en gambe). C’est un italianisme (in gamba) : on remarquera l'absence du signe du pluriel.

Institut. — Balivern., I, 143, « blasmons l'institut, et façon deliberée d'autruy ». Manière de vivre, conduite. Calqué sur le lat. institutum. Jusqu'ici ce mot n’a pas élé signalé avant le XVII siècle.

Instruire. — Mettre en ordre. I, 182, « instruire leurs metz ». Au chapitre II des Propos Rustliques, il est question de banquets qui « non moins estoyent de bonne doctrine, que bien ins{ruicts » (bien ordonnés). « De bonne doctrine » me paraît être un jeu de mots à la Rabelais sur le double sens du verbe instruire. Au reste, ce sens d’ordonner est très rare.

Intemperance. — Propos Rust., 1549 (La Borderie, p. 121)

« empesché par l'intemperance de l'air ». L'édition de 1547 (p. 21) portait : « l'infemperie de l'air ». L'attitude de l’auteur vis-à-vis de ce mot intemperie, dont Rabelais avait fourni, à notre connaissance, le premier exemple (1, 24), est bizarre et peu logique : dans le même chapitre il le remplace à un endroit par intemperance et le conserve à un autre endroit (p. 32 : peu vous souciant de l'intemperie de l'air), suivant docilement en cela l'exemple donné par son interpolateur. On ne sait que conclure de cette attitude. {ntemperance élait plus ancien dans la langue (Oresme), mais je ne sache pas qu'il eût jamais été employé au sens d’intempérie.

Interloquer. — Il, 59. « Or dites donc, Greffier, interloquoit ce maistre juge... » Godefroy (Complém.) comprend « interrompre » et M. Courbet : « parler quand un autre parle ». Ces traductions ne me paraissent pas satisfaisantes. Si l’on se reporte au passage, on constate que l’archer faisant fonction de juge n'interrompt personne et poursuit méthodiquement son interrogatoire. Nous donnerons à ce verbe sa signification purement juridique : poursuivre une enquête (en raison d’un interlocutoire).

Interroger (s’). — Propos Rust., p. 33, au sens de : « demander, s'enquérir ».

Interroguer. — Balivern., I, 188, interrogué. II, 361, l'édition 1585 donne : « Caton, interrogé ». Mais l'édition de 1586% dont on

connaît la valeur, donne interrogué. Telle était peut-être la prononciation de du Fail (Cf. Thurot, Prononc. fr., Il, 227). Cependant on trouve s'interroger dans les Propos Rust. (p. 33).

Invertir. — II, 296 : « changer et invertir les noms de nostre pays ». Ce mot ne figure pas dans Godefroy, et le Dictionnaire Général le donne comme un néologisme moderne.

Iragne. — II, 52. Voir : Hiraigne.

Isnel. — Cet adjectif paraït en décadence au XVI: siècle. Pourtant Godefroy en donne d'assez nombreux exemples de cette époque. Ajouter : du Faïl, Il, 175 ; Le Loyer, Nepheloc., 129. H. Estienne goûtait ce mot (Clément, thèse, p 381).

Issir. — Encore assez employé par du Faïl, non seulement dans le sens métaphorique de « provenir, être issu de, descendre de... » (I, 266 : IT, 267, 326), mais au sens matériel, ce qui est beaucoup plus archaïque : Propos Rust., 30, vermets qui yssent de la terre renversée (l'interpolateur écrit : « vers sortans de... »); I, 190 : Jupiter. yssit hors salle ; Il, 273, issant en tapinois.

Issue. — Action de sortir; I, 209: à l'issue de Messieurs du Parlement.

Jargon. — Il, 229. Un seigneur atteint d'une maladie vénérienne blasphème « contre toutes les hierarchies et jargon des femmes qui ainsi l’avoient accoustré au petit point ». Dans ce passage il n'est pas question de bavardage féminin, jargonnesque ou autre. De plus, si nous considérons l'habitude qu'a notre auteur de former des couples de mots synonymes ou de sens complémenlaires, nous estimerons que le mot jargon n'a pas ici sa signification courante ; il doit désigner quelque chose d’analogue à « hierarchies » qui le précède, c'est-à-dire : « corporation, catégorie, classe, séquelle, etc...1 ». Ce développement du sens

& CT. II, 283: « elle se faisoit non seulement tort, mais à tout leur sexe et orare. »

de jargon n'aurait rien de surprenant. Comme l'a montré M. Sainéan, le mot argot, avant de s'appliquer à une langue Spéciale, à signifié « corporation ou métier des gueux ». Jargon a pu avoir de temps à autre un développement sémäntique inverse et on à pu dire « le royaume du jargon », ou, tout court, « le jargon », comme on disait « le royaume de l’argot », « l'argot ».

Jobe [Propos Rust., VI, La Borderie, p. 147]. — Niais. Cf. d'Aubigné, Confess, de Sancy, 1. II, ch. I. Sainéan, Argot anc., p. 174. L'interpolateur angevin se servait d'un mot très employé dans sa province (Verrier-Onillon, s. ve Job).

Joberde [Propos Rust., XIV, p. 174] : « decoction de ioberde ». Edition de 1554, Iombarde. Variantes intéressantes de joubarbe. Je n'ai pas trouvé la première ailleurs que chez J. Maugin : elle dérive de joubarbe par substitution du suff. -ard et substitution d'un e à un a devant r. La seconde présente une nasalisation, qui est assez ordinaire devant une labiale.

Jouan. -— Au chapitre I des Balivern. (1, 154), le « villageois coqu » dit en parlant de ses infortunes conjugales : « ma femme a beau monter aux eschauffaux, je suis des Iouans ». Comme l'a très bien vu Defrémery (Rev. Cril., 1875, I, 185-186), il y a un jeu de mots dans cette expression « je suis des Iouans » qui signifie littéralement « je fais partie des acteurs », mais qui signifiait aussi « je suis de la confrérie des maris trompés » : car le prénom Jouan avait ce sens, comme Jean ou Jennin dont il n'est qu'une variante (Cf. Jouanne, femme de Robin Chevet, au chapitre V des Propos Rust.). Clément Marot commençait ainsi l'épitaphe de Jouan, fol de Madame : « Je fuz Jouan sans avoir femme » (éd. Jannet, IT, 214). Ajoutons que l’allusion au prénom est précisée dans les Baliverneries de 1549 par un détail orthographique que M. Courbet a eu tort de ne pas reproduire : le mot Jouans y est imprimé avec une majuscule (f° 12 vo).

Joyeuse-grave. — II, 339 (en parlant de la contenance de Jésus- Christ). Composé de deux adjectifs antithétiques, du type douce-amère. Je n'en connftis pas d'autre exemple.

Jument. — « Au fin fond de La grand'Jument Margot qui se bride par la queue » (II, 176). Cette longue et bizarre périphrase désigne tout simplement la mer. On y discerne deux éléments cousus ensemble tant bien que mal. D'une part la mer, du moins dans l'Ouest de la France, est appelée « la grand jument » ou « la grand jument blanche » (Cf. par ex. Léo Desaivre, Rev. des Tradit. Pop., XX, 309 ; XXII, 168 ; Sébillot, Folklore de France,

II, 10), peut-être parce qu'elle porte des navires1. D'autre part, les navires « se brident par la queue », entendez : par le gouvernail 2. La périphrase de du Fail confond la mer et les navires.

Juvene {Balivern., 1, 196]. — Notre ferial juvene ». L'édition 1549 (fe 46 vo; Courbet, I, 55) porte : « nostre ferial estudiant ». Tel était bien le sens de ce mot calqué sur le latin et qui appartenait à l’argot scolaire.

Laboureur de nature. — Mentula. II, 37, 227. Cf. Rabelais, IT, I; Gaultier-GarguiHe, éd. Fournier, p. 120. Bien que ce terme appartienne avant tout à la langue comique, nous noterons qu'il se {rouvait sérieusement employé par Guy de Chauliac dans sa Grande Chirurgie, éd. Nicaise, p. 68.

Laidure. — Au sens de « laideur » manque dans Godefroy. Eutrap., IT, 241. M. Vaganay (Deux mille mots) signale laidure avec le même sens dans Léon Hebrieu, trad. Pontus de Tyard, II, 114 (1551).

Letabonde. — II, 107. Chanson joyeuse. Du Faïil a francisé le mot Letabundus, qui désigne un psaume. Les goliards et étudiants errants chantaient des Letabundus bachiques. L'un des personnages des Propos Rustiques porte dans l'interpolation de 1548 le nom de Lelabondus. Ces mots en -bundus étaient généralement francisés sous une forme féminine, même quand leur genre était le masculin (ex. : Le Tartier, Promenades printanières, 1586, f° 81 v° : es poissons ja moribondes ; Des Périers, nouv. XL, où iraconde et admirabonde s'appliquent à un homme et non à une femme ; le Joconde de La Fontaine = Giocondo) ; cependant l'écolier limousin (Rab., II, vi) emploi le masculin amorabond.

Livre des Rois. — Périphrase comique que du Fail définit lui-même au chapitre VIII des Propos Rustiques, p. 56 : « le livre des Roys, qui est un jeu de cartes ». Ce terme figure dans les Etudes de philol. comp. sur l’Argot, de Fr. Michel, mais n'a pas été jugé vraiment argotique par M. Saïinéan. Je le note dans le Livre de la Diablerie d'Eloi d'Amerval, chapitre 87 (Comment Lucifer enquiert des escôlliers) : l'auteur nous parle des écoliers débauchés qui étudient « non pas es livres de Moyse, de Job, d'Hester ne de Judich, Mais communem®nt au glic, Huy en quatre, demain en trois, J'entens au beau livre des Roys ». Cf. aussi La Complainte des gosiers alterez (Montaiglon, VII, 78) :

1. Cependant, d’après LECOMTE (Le Parler dolois, p. 239), la même expression « grand jument blanche » désigne la gelée aux environs de Dol.

2. VERRIER-ONILLON, II, 516. « Il est comme les bateaux, il se mène par le cul. » On connaït la locution comique « brider l'âne par la queue » (= faire quelque chose à rebours et de travers. LE ROUX, Dic. Coni., S. v, Ane). — Le nom de Margot contient peut-être une allusion à Mer

« Retirez vos quartes, quartier ; Nul ne lit au Livre des Roïs ». Pronostication nouvelle (Montaiglon-Rothschild, XII, 156).

Lucane pour lucarne, dans toutes les éditions des Balivern, (1549, (fo 38 v° ; I, 186). Cf. Thurot, Prononc. fr., II, 284.

Magnates. -— Les grands, les principaux personnages d'un pays (calqué sur le latin magnates, -ium). Propos Rust., p. 10 : « Ces puissans Magnates, Monarches..… » Ex. Violier des Hist. Rom.

(4521), bibl. elzév., p. 315 : « les princes et magnates ». Il est à remarquer que l'italien possédait aussi la forme magnate.

Maistriser. — Sens tout spécial : « qualifier du titre de maître » ; IF, 179. Pour cet emploi du suff. -iser, cf. seigneuriser (du Bellay, Regrets : seigneuriser chascun d’un baisement de main ; Coulabin, signorise = blason populaire). Saint-Amand disait : « Je

ne me suis pu résoudre à me monsieuriser dans les titres de mes ouvrages ».

Manche (d'un vêtement) est masc. dans toutes les éditions des Baliverneries (I, 153 ; éd. 1549, f° 11 v°) : « le prit assez lourdement par le manche ». Je ne connais pas d’autres exemples de ce masculin. Dans Eutrapel (IH, 173), la graphie à grand’'s manches (1585: Courbet, IT, 38; 1586...) prouve que du Fail avait adopté le féminin. (L'édition 1598? imprime ici : « à grandes manches »). Remarquons aussi que dans les Propos Rustiques (p. 14, je tire par la manche), l’auteur avait employé le féminin. Le masculin serail-il une faute de l'édition originale perdue des Baliverneries, faute qui, comme plusieurs autres, aurait passé dans l'édition interpolée 1? C’est fort possible.

Mange-chair. — Il, 193. Qualificatif ronsardien appliqué par du Fail au cimetière S. Innocent (Cf. Vie et Œuvre, p. 38). Transcription du grec capxogayos. M. H. Vaganay (Deux mille mots peu connus) cite Rondelet, 17 (1558) : « Ceux qui dévorent les autres poissons sont dits cæcxopayo, C'est-à-dire mange-chair ». M. Vaganay cite encore cinq composés avec mange (ajouter mange-tortues dans les Serées de Bouchet).

Mannequinage. — 1° Balivern., 1, 186, « fenestrages à l'antique, manquinages (sic) embrissemens..… » Dérivé de mannequin (flam. maneken). Ornement fait de figurines. — 2 Le même mot figure, mais avec un sens diflicile à déterminer, dans l'interpolation de Jean Maugin [Propos Rust., VI] p. 146 : « vertevelleries, manequinages, lourderies.. » Le mot doit désigner ici des contorsions niaises (Cf. l'expression : « jouer des mannequins »)..

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