Cf. Vie et Œuvre, p
Marieu. — Variante de marieur, conforme à la prononciation populaire : II, 243, Vesiel ce notable mnarieu. La forme marieu est donnée par 15861, 15862, 1587, 1598 ; murieur par 1585 (Assézat, Courbet), 1597, 15982, 1603. Hippeau, qui se vante d'avoir reproduit « avec un soin serupuleux » le texte de la première édition de 1585 (Introd., XI), donne pourtant marieu sans dire où il l'a pris, et c'est d’après lui que Godefroy a introduit cette forme dans son Complément. — En argot, le marieux signifiait le bourreau (Villon ; cf. Sainéan, Argot anc., p. 93).
Martrugalle. — II, 123, « la volte et Martrugalle de Provence ». Ed. 1598, martugalle. Danse provençale (Martegalo) qui se dansait au Martigue. Il est probable que le mot madrigal se rattache en dernière analyse à martingale (Cf. J. Madeleine, Rev. de la Renaiss., 1902, p. 261). Martrugalle me paraît un témoin d'une déformation prononcée plutôt qu'une faute d'impression. En 1527, Antonius de Arena, dans son latin macaronique, parlait des « tordiones, branlos, marlingalas et alias saltarellas ».
Mau. — Dans la locution : « Mau dommage » (I, 239). Bien que toutes les éditions données du vivant de du Fail portent ici : « Mais dommage » (Cf. Courbet, 1, 8), je serais tenté d'adopter avec Assézat la lecon « Mau dommage », qui paraît mieux convenir à l'ironie de la phrase. Cette leçon apparaît en 1597 (d'où elle passe dans 15982 et 1603), et on ne voit pas bien comment le soigneux éditeur de 1597, qui devait se servir d'un exemplaire corrigé par du Fail, aurait substitué au texte primitif une lectio dificilior. Mais il reste à trouver d'autres exemples de la locution.
Mendicant. — Mendiant. I, 228 ; II, 95. Godefroy cite des exemples du XVIe siècle antérieurs à du Fail. Ce latinisme était employé dans le style officiel : ainsi, en 1551, dans l'assemblée municipale de Rennes, il est question du « pensement des pauvres mallades et mendicans » (Arch. munic. 327, docum. relatifs à l'hôpital S. Yves).
Mercadant. — Jean Maugin [Balivern., I, 197]: « monsieur le mercadant, monstrez vostre bec jaune ». Du Fail, II, 261. — Si
l'on en juge par la liste d'exemples de Godefroy, celui de Jean Maugin doit être le premier en date (1548), Le mot a certainement une origine italienne, mais la présence d'un 4 au lieu d'un t dénote une influence provençale (Cf. l'histoire du suffixe -ade). Mercadant, comme beaucoup de mots d'importation étrangère, a toujours une acception péjoralive et, par suite, n'est pas complètement synonyme de marchand.
Mesplier. — Propos Rusl., p. 36, « verge de fouet de mesplier, ou meslier ». (L'interpolateur angevin écrit : de nejlier, ou meslier »).
Mélier est bien connu, et encore vivant en Haute-Bretagne, ainsi que le simple mêle (nèfle). Mais mesplier n’est pas attesté dans la région. Cette forme, que du Fail s'empresse de gloser par la forme courante, pourrait bien être un simple latiñisme graphique employé par l’auteur pour rapprocher le mot de son origine en lui restituant un p. Le Catholicon de Lagadeuc glosait le breton mesperenn par : « neffle ou melle ».
Mestier (ancien). — Propos Rust., p. 45, 87, « le vieux jeu, l'ancien mestier ». L'acte vénérien (le synonyme « vieux ieu » explique suffisamment l’étymologie de cette locution) ; II, 148, « l'incarnation et ancien mestier » (Voir Incarnalion). Cf. Marot, rondeau IX (éd. Jannet, IT, 131) :
Ne Rien ne sçait du vieil art Qu'aprend Venus, l'amoureuse déesse.
Solon de Vosgés, Adages : « Scavoir le vieil meslier ». Au moyen âge, on disait dans le même sens « le bas mestier ».
Meunier. — Formes de ce mot chez du Fail: Musnier, Propos Rust., p. 2; Balivern., I, 164. — Mounier, Eutrap., I, 10. — Maître Pierre (Æutrapel, XXII ; IT, 179) sonne sur son mortier « la Mouliniere de Vernon », chanson alors à la mode, que La Borderie a reproduite en appendice aux Propos Rust. (p. 256- 257); dans cette chanson nous constatons la forme muniere, dont le nombre des syllabes est assuré par le vers, et il en est de même dans les allusions faites à la dite chanson ailleurs que chez du Faïli. Le masculin moulinier se trouve au chap. XI d'Eutrapel (IT, 27) : « nous rencontrasmes.. le Moulinier d'Andoillé » ; celui-ci déclare : « j'ay nom Gilles le petit Moulinier.. » (Moulinier, 64, 1585, 15861, 1587 ; Mouliner, éd. 158623, 1603). Ce n’est probablement pas un nom propre. [Il y avait à Andouillé, dans les domaines de Jeanne Perrault et de son époux Noël du Fail, des moulins et un moulnier, qui s'appelle Robert D’Audibon dans les rôles rentiers d'Aubigné en 1588 2. Ce sont, je pense, les chiens de ce d'Audibon qui, au dire de du Fail, cherchaient leur nourriture « où ils pouvaient »3. — Actuellement, Dottin donne pour Pléchâtel mounier, et Lecomte pour Dol monier. — Sur les incertitudes de la langue du XVI siècle au sujet de ce mot, voir Thurot, Prononc. fr., T, 449.
1. Cf. Montaiglon, Anc. poes. fr., V, 242-257 muniere, musniere de Vernon; Friquassée Crotestyllonnée, éd. Blanchemain, p. 43: la Meunñiere de Vernon.
2. Notes mss. de LA BORDERIE : Rôles rentiers de la seigneurie d’Aubigné, 1588: « Robert D'Audibon, moulnier d’Andouillé, en l’acquit de delle Janne Perraud, dame du Rocher d'Andouillé, a payé pour le terme de Nouel dernier 68 sols monnoye pour la rente qu'elle doit chacun an pour les moullins du dit Andouillé, et luy avons baïillé quictance. »