‹ Essai sur le style et la langue: de Noël du FailChapitre 59 sur 59 · Voir GODEFROY, VIII, 107 b et c · texte numérisé non relu

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4. Cf. l’étymologie de tourlourou dans le Dict. Gén. — Il est à remarquer que dorelot, autre refrain de chanson, pouvait signifier « mignon, petit-maître. »

Turquesque. — I, 235; Il, 34, « turquesque et barbare ». M. Voganay (Deux mille mots peu connus) signale des exemples antérieurs à Eutrapel (Baïf, Du Préau).

Ubiquidité. — II, 110: « ceste tousjours presente ubiquidité » (en parlant de Dieu, qui est partout). C'est à tort que Godefroy (X, 821) a lu : ubiquilé. Pour ce dernier mot, le Diclionnaire Gén. n'a pas d'exemple antérieur à 1812 Le terme scolastique ubiquidilé, dont je n'ai pas d'autre exemple français, ne désigne pas chez du Fail une qualité de Dieu, comme wbiquité, mais l'espace infini que Dieu remplit (Cf. le neutre quid, et non le masculin qui). M. Courbet a tort de poser ces deux termes comme équivalents.

Un. — II, 173, « agee d'un trente cinq ans ». Emploi curieux de un au sens de quelque (environ). Cf. Comines, VI, 13 : « Et suis d'oppinion que ce temps luy dura ung seize ans ou environ... » Faut-il invoquer simplement la valeur indéfinie de un ou sousentendre « temps » ou « nombre »? La question demanderait -à être étudiée de près.

Usance [Propos Rust., XV]. — I, 135, « maudit soit celuy qui abolist les bonnes usances » = Coulume, usage. Mot donné comme un italianisme par M. Brunot (Hist. L. fr., II, 209, n. 4): mais il apparait dès le XIIIe siècle (Godefroy ; Dict. Gén.) et semble indigène (Cf. Clément, Henri Estienne, p. 355, n. 6).

Utensile. — II, 102 — ustensile. Forme encore employée au XVIe siècle (par exemple par La Noue).

Utilz. — Propos Rust., p. 28 = outils. Godefroy : un exemple d'Amyot ; Centre et Franche-Comté.

Vade mecum. — II, 33, « avec son vade mecum de chambriere ». Exemple cité par le Dicl. Gén. comme le premier connu. Comme l'a fait observer M. P. Barbier fils (Rev. Et. Rab., III, 1905, p. 302 et 400), l'expression, attestée dès 1465, avait été employée par Rabelais, IT, 28.

Vaiet. — I, 153, « et, peut estre, aussi fin valet. que... » (c'est un paysan qui parle) = gaillard aussi habile. — IT, 9, « les valets de la Valetiere (... ainsi sont appellez les jeunes garçons à

‘ marier. »). Dans ses Arréts (éd. 1579, p. 136), du Fail a sur le mot valet un curieux excursus où il rappelle que ce mot était anciennement un litre d'honneur et désignait les gentilshommes qui accompagnaient le prince ; il adopte sans sourciller l'étymologie qui dérive valet « de va, & lez, qui est à dire, au pres, comme allant au pres de celuy avec lequel il estoit ». Cette étymologie ne reparait pas dans Eutrapel, mais l'auteur tient à rappeler que les jeunes gentilshommes étaient qualifiés

Do Ur TEE AÉES

« valets » jusqu'à l’âge de dix-huit ans. (Sur la décadence du sens de ce mot, voir aussi Et. Pasquier, Recherches, VII, x).

Valet de treffles. — II, 21, « ressembloit à un valet de trejfles ». Le contexte incohérent ne permet pas de traduire cette locution. D'après Littré (Trèfle, 3, on disait « insolent comme un. valet de trèfle », très insolent. Mais, dans un passage du Paris burlesque de Berthod (1652), le contexte fait voir que l'expression pouvait désignait un habillement et une mine grotesques (Paris ridicule et burlesque, éd. P.-L. Jacob, p. 134).

Valeter. —- IT, 109, « une musique ne veut estre ainsi valettée et publique ». Godefroy comprend (VIII, 141, c) : « traiter comme un valet, assujettir bassement, {railer indignement ». Erreur de sémantique : dans l'exemple de du Fail, comme dans celui de Marot, également cité par Godefroy (une « Muse valetée »), ce participe veut dire : « livrée, prostituée à des valets ». Cf. l’adj. « publique » dans l'exemple de du Fail (comp. « fille publique ») et le verbe garçonner en ancien français.

Valide. — Le Dict. Gén. signale les premiers exemples de cet adjectif dans du Fail (« mendicans valides », I, 228, et II, 95). Mais M. H. Vaganay (Rev. Et. Rabel., IX, 1911, p. 320) note un exemple antérieur à ÆEutrapel dans le Livre de police hum. de G. d'Aurigny (1544).

Vaudoyeur. — I, 149, « quelque vaudoyeur ou sorcier ». Le second terme définit le premier. Les Vaudois, hérétiques, passaient pour sorciers (Cf. Godefroy, Complt; Picot, Sotties, I, p. 5). Godefroy a un article Vaudoierie, mot qui a existé à côté des dérivés plus réguliers vaudoiserie et vaudoisie, mais il ignore vaudoyeur, dont le seul exemple que je connaisse est celui de du Fail. Il a certainement existé un verbe vaudoier, dont la trace s'est perdue et qui était tiré de vaudois avec suppression de l's (Cf. brebielte, long-courier, etc...).

Vedel [Balivern.|. — T1, 186. Terme injurieux par lequel l'interpolateur désigne le rustique. Forme méridionale correspondant au fr. veel, veau (= imbécile). Elle manque dans Godefroy, mais on trouve vedel dans Marot (éd. Jannet, I, 243) et vedeau dans Rabelais (1, 18).

Vegetatif. — II, 224 : « Tant estoit ceste maudite maladie vegetative et productive ». Sens intéressant : qui se développe et se propage rapidement, doué de vitalité.

Vendanges. — IT, 19, « aurons nous foison de vandanges ? » Raisins récoltés pour faire le vin (Cf. Godefroy, Compl', Vendenge).

Venerable — respectable. — Employé ironiquement par du Fail comme adjectif et comme substantif (1, 195; I, 211; I, 182).

Même emploi ironique de cet adjectif substantivé dans la Mitistoire barragouyne (Techener, p. 21) et dans l’Apol. pour Herodote (XXI; Ristelh., II, 12).

Verrure, pour verrue. — Déformation populaire que La Borderie n'a pas reproduite, mais qui se trouvait dans l'édition interpolée des [Propos Rust], ch. XIII (Cf. J.-Marie Guichard, p. 79, et Assézat, I, 112, n. 2). Cette déformation, due sans doute à l'influence de serrure, s'entend aujourd'hui encore en Anjou (Verrier-Onillon) et un peu partout.

Verteveller. — Ce verbe n'est pas de du Fail; il l'a emprunté à son interpolateur angevin et adopté dans les Propos Rustiques de 1549 (La Borderie, p. 120) Maistre Huguet a « rosty en beaucoup de cuysines, mengé pain de divers maistres, vertevellé en plusieurs huisseries... » Cette expression, comme celles qui la précèdent, représente métaphoriquement la vie agitée de maître Huguet : il a fermé et ouvert le loquet de bien des portes. La forme vertevelle (= anneau dans lequel s'engage un gond ou un loquet) a existé à côté de vervelle, encore usité, paraît-il, en terme de fauconnerie. Mais le dérivé verteveller manque dans Godefroy et je n’en connais pas d'autre exemple que celui des Propos Rustiques. Même remarque pour le subst. vertevellerie, employé par-l'interpolateur seulement (chap. VI, p. 46, 1. 18) et dont l'explication est difficile : à en juger d'après le contexte, ce mot peut être synonyme ou de bêtise, ou de mignardise affectée. Je comprendrais : contorsions (au physique et au moral), déhanchements, — métaphore tirée du jeu d'un verrou où d'un gond dans une charnière (vertevelle voulait dire aussi : jointure, articulation du corps humain).

Vertevellerie. — Voir le précédent.

Vessaille. — Terme méprisant pour désigner le sexe féminin. Propos Rust., préf., p. 7. Le collectif vessaille n’apparaissant pas dans Rabelais avant le Tiers Livre, iLest clair que ce n'est pas dans ce dernier que l’auteur des Propos Rustiques est allé le chercher. Le simple vesse n'est pas en général noté dans les glossaires de Haute-Bretagne ; il figure cependant chez Dottin- Langouët (vès), chez Paul Eudel, Locutions nantaises, chez Verrier-Onillon. Sur l'origine possible de ce mot, qui paraît bien signifier « chienne », voir Romania, XXXVI (1907), p. 622-628.

Vie (italien via) — en route ! Allons ! Propos Rust., p. 45, « et vie », p. 77, et via (sic! Paraît être une faute du texte de 1547 ou de La Borderie, car dans le même passage les éditions de 1548, 1549, etc.…., portent : « et vie ») ; I, 175, « et vie à la prochaine maison » (ici l’interpolateur des Baliverneries imprime : « et andar vie », baragouin franco-italien) ; I, 262, « vie foüet, et au

vent »; IT, 61, « çà, allons, viz, mais qu’on se haste ». Cet italianisme manque dans Godefroy, mais il a été fort en usage en moyen français. Non seulement l'expression Endate vie se trouve à l'état de citation dans une scène de jargon-de la Condamnacion de Bancquet (Fournier, Th. fr. av. la Renaïiss., p. 239, col. 1), mais le mot vie figure dans un grand nombre de textes francais : Marchebeau (Fournier, ibid, p. 37, col. 2 : «on fire vye ») ; Des Périers, Nouv. Recr., XXIII, « et va vie avec ses botes»; LXIV, «et s’en va vie »; Grevin, la Tresoriere : « Vie (= Allons), mettez moy tout souci | Sous le pied ». Rabelais emploie l'expression tirer vie (lirar via) = tirer outre, passer son chemin (IV, 66) et la locution nautique tailler vie (tagliar via), L. IV, ch. 22.

Viedaze (vectem asini). — Mot provençal qui se trouve accidentellement employé par du Fail (1, 298) dans une anecdote prise à des Périers.

Vilain. -— IT, 293, « Eutrapel en son vilain ». Curieuse expression, que je ne retrouve pas ailleurs, rnais dont le sens est clair : Eutrapel est de mauvaise humeur, il traverse un vilain moment. Faut-il sous-entendre humeur masculin ?? Cf. la locution féminine inverse : « être en ses bonnes ». Comp. Propos Rust., 94 : Gobemousche « payoit voluntiers pinte ou tout le pot, quand il n’estoit point en son Lourdaul » (= en mauvaises dispositions ; vilain et lourdaut sont à peu près synonymes).

Villenot. — Diminutif de vilain. II, 624 : « se taisent donc tels villenots enrichis ». « Rustaud », définit M. Courbet ; mais cette traduction est trop restreinte. Il ne s’agit pas seulement de paysans, mais de roturiers en général. Ce diminutif méprisant, par où se révèle l'esprit de caste de Noël du Fail, n’a pas été recueilli par Godefroy.

Vilotier [Propos Rust., IV, La Borderie, p. 142] : « n'avoient hault de chausses, comme non vilotieres, mais brayes ». J’ai examiné ailleurs (Vie et Œuvre, p. 224, n. 6) ce passage jugé inintelligible : par La Borderie, montré que ce dernier avait fait un contre-sens sur vilotier, et conjecturé : « n’avoient hault de chausses comme nos vilotiers ». Assézat (I, 38, n. 2) et A. de la Borderie ont cru que vilotier ne pouvait s'appliquer, comme dans Villon, qu'à

des femmes débauchées, Mais cf. Godefroy : « Haut Maine, vilotier, « celui qui préfère le séjour de la ville à celui de la campagne »; Verrier-Onillon : « personne de la ville ». Nous

comprendrons : « nos paysans contaminés par les mœurs citadines ». Tel est du reste le sens primitif de villolier, celui qui .villote (= qui se promène par la ville). Cf. G. Paris, Romania, XXX, 384, n. 3.

Virade (carte). — II, 200. Jeu de cartes (Cf. Propos Rust., p. Vie et Œuvre, p. 62; Michel Psichari, Rev. des Et. Rabez., 1908, p. 33-34). Cette forme méridionale du participe passé es (Languedoc carto virado) se trouvait déjà dans Rabelais (éd. Abel Lefranc, Garg., p. 190, n. #5); je note encore carte virade avant du Fail, avec un sens métaphorique intéressant, dans les poésies de Germain Colin Bucher, éd. Denais, p. 129 :

. mille doux soings Dont mon mal fist carte virade (= se relourna comme une carte, disparut pour faire place à la santé).

Virolet. — I, 155, « tant que le virolel eut vent en gré ». Dans la bouche du « villageois coqu », cette expression n'est pas seulement une métaphore évoquant l’image d'un virolet, c'est-à-dire d'un jouet en forme de petit moulin ; le mot virolet avait aussi une acception obscène, qui convient très bien dans le passage des Baliverneries. Le sens est « mentula », et non « testicule », quoi qu'en dise Godefroy (VIII, 259c), dans Rabelais, III, 9; III, 14; cf. encore : Moyen de parvenir, ch. LXXVIII. Le mot virely a ce sens dans un rondeau du Jardin de Plaisance (1501, feuill. q i ro): « Mon mary s'emburelicoque, Et dit par sa foy que je troque A un flagol son virely ».

Volontaire. — Soumis à la volonté d'autrui : I, 218, « nostre mestier est volontaire » = le gain de notre profession dépend de l’arbitraire du client,. qui paye comme il veut et ce qu'il veut.

Volte. —— Italianisme qu'on rencontre dans les Propos Rust., p. 80 : « et apres avoir beu une volle » (it. una volta).

Vulgal. — II, 46, « ce Mercure et vif-argent vulgal. » = vulgaire. Cf. Godefroy, s. ve. Ajoutons qu'on trouve dès le XIIIe siècle adj. vulgal dans le texte provençal des Privileges de Manosque, éd. Isnard et Chabaneau, p. 57. C'est par ses accointances avec les médecins chimistes que du Fail a connu ce terme. Cf. le texte de Jean de Meung cité par Godefroy. Le vif-argent vulgal s'opposail au mercure proprement dit, « metallic et corporel ». Cf. Seb. Colin, Abus et tromp. des Apoth., éd. Dorveaux, p. 40 : « le mercure, qu'on dit argent vif, nom vulgal….. »

Zani. — Du Fail (II, 80) qualifie de messer Zani l'épouvantail gardien du champ de fèves. Zani, forme vénitienne de Giovanni, était le nom d'un personnage de la comédie italienne fort connu en France. Le « messer Zani » de du Fail est « enfariné, embeguiné » comme un acteur de farces. G. Bouchet, dans ses Serées, nous parle à plusieurs reprises de ce personnage qu'il appelle Zany (I, 53, 178), Zani (I, 200), Zanin (V, 73), Zani de Jean

Corneto -(f, 139, 200). Zani était disciple du docteur Pantalon (Sat. Menippée). Regnault Dorleans, dans sa Pogonologie, nous parle de barbes « à la bergamasque comme les Zanis de Cornette ». Il est très probable, malgré la date ancienne de ce monologue (1524), que le Jenin Cornet, mentionné au v. 40 du Franc-Archer de Cherré (Montaiglon-Rothschild, XIII, 40) représente le nom francisé de Zani Corneto.

VU, le 28 février 1914.

Le Doyen de la Faculté des Lettres AE | de l'Université de Paris,

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