Pr. Rusl., Ch. V (p. 40) : « Qu'elle poyast pinte
antérieur à Oudin, 1660, et définit : « suivre, favoriser la pragmatique ».
Prelire. —— Balivern., édition 1549 (Courbet, I, 8). Lire au préalable : « En prelisant ce petit livret cy » (c'est l'imprimeur lyonnais qui s'adresse au lecteur et qui a lu le livre avant ce dernier). Je trouve ce verbe dans un document lyonnais de 1541 relatif à Michel Servet (Mélanges E. Picot, I, 44) : « et premierement de prelire la glose ordinaire sur la bible ».
Protrouver. — Edition Courbet, I, 91. Verbe inexistant. Il faut lire : portionner (Cf. Vie et Œuvre, p. 379).
Providadour. — II, 158. Pourvoyeur ; fourrier précédant la troupe pour s'occuper de la nourriture et du logis. Mot d'origine provençale 1. Le suiïixe d'emprunt -adour (lat. -atorem) se retrouve dans troubadour, mastigadour (Littré), cavalgador (Ronsard) ou cavalcadour (Rabelais, Cholières). Godefroy signale un comparadour chez Eust. Deschamps. Sans êlre bien productif, ce suffixe a toujours été connu des Français du Nord.
Puces. — II, 100, « apres avoir theologalement embasmé et charmé les puces... » Entendez : « après avoir bu copieusement, si copieusement que le personnage « dort sur les deux oreilles ». On trouve chez G. Bouchet (éd. Roybet, IV, 183), la loculion : « brider les puces », avec le même sens. Toutes ces locutions se comprennent aisément : après une certaine quantité de liquide, le buveur devient insensible aux morsures des insectes. Dans l’Assommoir, Em. Zola, parlant de buveurs, nous dit que «s'ils gobelottaient depuis six heures, ils restaient tout de même comme il faut, juste à ce point où l'on charme ses puces » (éd. Charpentier, p. 442).
Rabe [Propos Rust., XV; I, 135], « testes de rabes », Mot angevin. Verrier-Onillon : Rabe = rave, navet.
Raiasse. — Mot peu connu que l’interpolateur angevin Jean Maugin a inséré au chapitre IV des [Balivern.], 1, 185 : « encore moins [Raiasse], tuffeau, querignan ou dinge ». Il s’agit évidemment d'une espèce particulière de pierre de taille. Ce terme figure encore dans certains lexiques des XVIIe-XVIITI siècles. Voici l’article du Dict. Universel des Arts et des Sciences [par Th. Corneiïlle], t. II, éd. de 1732 : « Rajace ou Rapasse. Pierre dure fort blanche et fort nette, propre à faire des figures. On n’en connaît plus les carrières. L'Hôtel Barrault et les autels de la chapelle des chevaliers à Angers en sont ». Cet article a passé tel quel dans le Dict. de Trévoux, qui renvoie du reste au Dict. des Arts de 1731. On trouve encore rajace avec une définition analogue
1. La forme française proviseur avait à peu près le même sens à cette époque.
dans Duboille, Manuel Lexique des mots français dont la signification n'est pas familière à tout le monde, Paris, 1788. Aujourd'hui le mot est complètement tombé dans l'oubli, et le savant auteur du Glossaire des‘patois de l’Anjou, M. A.-J. Verrier, à été fort surpris quand je lui en ai révélé l'existence. Avec une obligeance extrême, M. Verrier s'est livré pour moi à toute enquête au sujet de raiasse ou rajace. Si cette enquête n'a pas abouti à retrouver les traces vivantes du vieux mot, elle en a du moins révélé l’origine certaine, Comme quarignan et dinge qui l’accompagnent dans le contexte de du Fail, raiasse ou plus exactement rajasse est tout simplement le nom du village tourangeau où s’extrayait la pierre en question : La Rajace où Rajace, localité de la commune de Ligré, canton de Richelieu, arrondt de Chinon. Un rnarché passé en 1501 entre un seigneur angevin et un maçon pour la consiruction d'une chapelle à Saint- Pierre-de-Chemillé (arrondt de Cholet1i} mentionne « une table d'aultel de Ragesse ou de Sainct Aignen, et deux ou troys pierres de Ragesse pour faire les pilliers de dessoubs l’aultel 2 ».
‘ Donc, l’i de raiasse, dans les Baliverneries, représentait un j.
Quant à la forme rapace donnée dans le Dict. des Arts et dans Trévoux, elle est inexistante et résulte certainement d’une faute de lecture.
Rallement. — Mot prononcé par Polygame au chapitre XXXIII
d'Eutrapet (II, 294) : « qui servent beaucoup à la façon et rallement de nostre vie ». Ed. de 1585, 15861, 1597, 1603, rallement : 1598, raillement ; 15862 (p. 476), reiglement. Ces graphies, même celle de 15862 qui est la plus rapprochée de la normale, indiquent une prononciation mouillée du mot règlement, laquelle devait être celle de du Fail et de ses compatriotes. Au même ch. XXXIII (11,297), si Lupolde prononce reillement le mot regiment, c'est qu'il a « équivoquement pris » ce dernier mot pour règlement, de même qu'il disait escarde au lieu d'escadre. François de la Tremouille écrivait en 1521 : « C’est la maison la mieux raûlée (=réglée) que je vis jamais ». (Lettre citée dans Bonnaffé, Etudes sur la vie privée de la Renaïss., p. 146). Suivant Jacques Peletier du Mans (1549), « ceus des marches d'Anjou é Poètou » disent « aueulhe pour aveugle 6 reilheé pour règle » (Thurot, Prononc. fr., Il, 297). Il devait en être ainsi en Haute-Bretagne. Ch. Lecomte, Palois dolois, p. 208, enregistre la prononc. aveuille pour aveugle.
Rampeau. — II, 104, « fut moqué de ses compagnons du berlan,
son droit de rampeau confisqué par trois jours francs ». La
1. Nous savons que Jean Maugin habitait précisément les environs de Cholet. 2. Texte publié par le chanoine Ch. URSEAU, Bullet. archéol., 1907, p. 124.
mention d'un brelan fait penser que le mot rampeau est ici un terme de jeu, fort connu comme tel. Rampeau est une variante . nasalisée de rappeau ou rapeau (rappel), subst. verbal de rappeler (Cf. Horning, Zs. f. Roman. Philol., XXX, 455-462). Le jeu de rapeau figure dans l’'énumération des jeux de Gar. É Voir l'étude de M. Michel Psichari, Rev. des El. Rabel., VI.(1908), p. 324-325 : on y trouvera toutes les explications nécessaires. En traduisant droit de rampeau par « a privilege, or power, to lecher », Cotgrave a fait un contre-sens sur le passage de du Fail, qu'il avait sans doule en vue ; son erreur s'explique par ce fait que le mot rampeau pouvait prendre une signification grivoise (Voir Psichari; ajouter un ex. de Cholières, éd. Jouaust, I, 252 : « au rappeau le vieillard est sourd »).
Rateau. — I, 196, « nostre ferial estudiant qui mescongnoist le rateau ». M-Courbet accompagne ce mot d'un point d'interrogation. Mais faut-il voir là une locution spéciale, introuvable ailleurs ? Selon moi, rateau, malgré la graphie sans s, est tout simplement le rdteau, symbole du travail des champs. Du Fail se moque d’un jeune avocat qui renie ses origines roturières et paysannes (Cf. Eutrapel, I, 231 : « tels petits mangeurs de peuples, qui sont sortis de la charruet »). L'absence d’s est fréquente dans ce mot, de même qu'au XVIe siècle du Fail et autres écrivent généralement ratelée (« dire sa ratelée ») et non rastelée.
Raze [Balivern.]. — I, 156 (c'est de sa propre autorité qu'Assézat imprime razé avec accent aigu). Terme argotique que Jean Maugin substitue au mot prebstre, employé par du Fail (éd. 1549, fo 14 vo). Fournier (Var. hist. el lilt., VIII, 184, n. 2) et M. Sainéan (Sources de l'argot anc.) ont déjà rapproché ce terme du razis qu'on trouve dans la Vie Genereuse et qui désigne également un ecclésiastique (Cf. argot mod. ratichon). Je note l’'adj. masculin rase (= rasé, tonsuré) dans l’{xion Hespagnol (Tricotel, Sat. Ménippée, II, 155) : « Moine infect, moine rase, et moine defrocqué ».
Reafñfle. — II, 174. « Que le grand reaffle peust rompre le col... » Comme l’a compris Cotgrave, c'est évidemment un des nombreux substituts du mot diable. Je ne puis citer d'autre exemple que celui-ci, qui est de Cholières : « j'en cracheray gros, si je veux, comme tous les reaffles de l'an ». Il est probable que ce mot se rattache au verbe rajfler (celui qui enlève, qui empoigne les gens. En Haute-Bretagne, le diable est souvent appelé Grippi, celui qui grippe (Cf. Orain, Coulabin, Rev. des Trad. pop., X,
de Et Eutrapel. XXII (II, 168) : ces sentans encore la charrue et la boutique. »
1895, p. 573; Sainéan, Argot anc., p. 201). C'est la même métaphore. Mais le premier e de reajile est bizarre.
Reale. — I, 212. Monnaie d'origine espagnole, encore employée comme monnaie de compte en Basse-Bretagne, où elle équivaut à 25 centimes.
Reaument. — Dans la locution juridique « reaument et de fait » (II, 185, 367). On trouve « reallemen! et de fait dans les Arrêts (éd. 1579, p. 112). Sur le développement du suff. alem en Bretagne, voir Gürlich, Die nordwestl. Dial., p. 16-17. Mais au reste du Fail emploie l’adj. reel (Cf. par ex. Il, 141). Après avoir imprimé deal (digitale) dans les Propos Rustiques de 1547, il se ravise en 1549 et imprime la forme française dé (La Borderie, p. 47 et 122).
Rebillare. — Propos Rust., p. 124, 151. Mot d'interprétation difficile, que l'interpolateur angevin a introduit en 1548 et qui a été accepté par du Fail dans l'édition de 1549 : « j'ay voulu affermer son gaing d’un jour de Pasques quatre escuz et le rebillaré du dimanche de Quasimodo trois francs » Bruneau de Tartifume, cité par Verrier-Onillon (s. v° Rebillare = réveillé) écrit dans Philandinopolis (p. 344 du ms. d'Angers) : « Apres Pasques Rebillare, dit l'Angevin, pour ce que lors semble renaistre en luy ceste humeur gaye que le respect des jours penitens sembloit avoir du tout esteincte et amortie ». Ce mot parait donc ävoir été particulièrement employé en Anjou; mais on le retrouve ailleurs. Ainsi Solon de Vosges (Adages, 1° partie) enregistre la locution Quasimodo rabillare, et Richelet (1680) définit ainsi Robillaré : « sorte de mot du peuple de Paris pour dire réjouissance et bonne chère ». Furetière et Trévoux citent à leur tour robillaré d'après Richelet. Reste à trouver les origines de ce mot qui a désigné le réveil de la gaieté aux alentours de Pâques et de la Quasimodo.
Recharge. — II, 207. Sur le sens de ce mot (empierrement); voir ci-dessus, p. 34, n. 45.
Rempoigner (se). — II, 259, « se rempoignent à grands coups de
poin ». Cf. Jodelle, Eugène (Marty-Lav., p. 24) : « Et folastrant elle rempoigne Mes levres, qui font une trongne ». Godefroy (Compl') n'a que 3 exemples du moyen àge et pas d'exemple pronominal.
Remusseau. — 11, 107, « pelotons et remusseaux de fil ». Godefroy ne connait que cet exemple, qu'il traduit par « pelote ». Ce mot provincial manque dans les dictionnaires du haut-breton actuel, mais ils connaissent le verbe remuceler (Coulabin : pelotonner du fil, de la laine ; Dinan), ou ramouceler (Lecomte : amonceler, mettre en monceaux). Verrier-Onillon signale en Anjou ramou-
celer = amonceler. Il est évident que le remusseau est tout simplement un monceau (de fil) et se rattache au verbe amonceler précédé du préfixe re-. Lecomte signale à Dol le simple moucé — monceau, et mouceau était noté par Palsgrave. Sur les alternances on-ou dans certains mots, cf. Thurot, Prononc. fr., II, 514-516. Quant au passage de ou à u, on peut comparer le sort du verbe repousser, qui devient repusser en Ille-et-Vilaine (Dottin, Pléchâlel, $ 14 ; Lecomte signale aussi repusser et le subst. verb. repuce). Dans ces deux mots, les consonnes labiales p et m ont dû contribuer à labialiser la voyelle.
Renforcer de... — Il, 310. Emploi neutre. Faire quelque chose avec plus de force : « renforcer de Letanies graves » (= chanter de plus belle des litanies graves...). Cf. la loc. à grand renfort de...
Repeter. — Avec latinisme sémantique. Balivern., I, 168, repeter une liberté ="* réclamer », comme traduit fort bien M. Courbet. Balivern., éd. Courbet, I, 56 (1549, fo 47 vo), « par iceluy [plaidoyer] discouurir [sic ; lire probablement comme 1548 : discourir] et repeter quelque fondement de plus hault » = réclamer, demander quelque raison à des principes élevés, chercher plus haut ses raisons.
Reposade. — II, Si, « cheminans à petites reposades ». (en prenant souvent de petits repos). Exemple unique, non recueilli par Godefroy.
Reprocher. — II, 297. Emploi intéressant : « Pour le plumail, luy fut reproché pennache » (objecté, opposé). On « reproche » à Lupolde, non pas d'avoir dit pennache, mais de ne pas l'avoir dit. Je ne trouve cette acception notée nulle part. Cf. La Chasse au Vieil Grognard (Fournier, Variétés, IT, 27) : « C’est trop nous reprocher l'antiquité » (nous placer devant les yeux l'antiquité comme un modèle que nous avons eu tort de ne pas suivre).
IT, 173. Reprocher un témoin, alléguer des raisons pour le récuser, le décréditer (Cf. Plattard, dans : Revue du Seizième Siècle, t. I, p. 34-%).
Retentoufle [Propos Rust., XIV ; I, 128]. — Mémoire. Doit appartenir à l’argot des étudians. C'est la déformation, avec le suftixe baroque -oufle, du mot relenlive (Godefroy, s. vo; Langlois, Nouvelles du XV® siècle, p. 112), adj. Substantivé (sous-ent. facullé). Cf. Sainéan, Sources de l'argot, {. IT, p. 413 : argot paroufle = paroisse ; tbid., II, 59 : hermofle (— hermite) dans le Roman de Renart, ermoufle dans G. de Coincy, etc., etc.
Rifort [Propos Rust., XV ; 177] — Raïfort. — La forme rifort est notée par Verrier-Onillon comme encore employée dans la commune du Longeron, voisine de Cholet, autrement dit dans la région où vivait l'interpolateur Jean Maugin. — Bruneau
de Tartifume, Philandinopolis, ms. d'Angers, p. 583 : « Tendre comme un 7iÿort ».
Ripaille. — Si l'on excepte l'exemple de Guül. le Marechal, considéré comme douteux par le Dict. Gén., celui d'Eutrapel (I, 15?) est jusqu'à présent le premier en date; je puis cependant en signaler un autre, de Le Loyer, qui est antérieur de quelques années (1579). Le passage d'Eutrapel, déjà cité dans Littré, est intéressant en ce qu'il nous indique que du Fail avait recueilli le mot dans l’Anjou : « le petit flageolet pour faire ripaille au soir, comme ils parlent en Anjou ». Dans sa Nephelococugie, Le Loyer nous représentait le soldat pillard « prompt à faire la ripaille Chez le bonhomme » (réimpr. Gay, p. 14##), et ce texte, que je suis le premier à citer, est curieux, non seulement par sa date et par la nationalité de l'Angevin Pierre Le Loyer, mais aussi parce que le mot ripaille, qui désigne chez du Fail une débauche innocente, prend dans la Nephelococugie, du fait de s'appliquer à des picoreurs, un sens très analogue à celui de « butin », qu'il avait dans Guill. le Maréchal. Au reste, les deux notions sont voisines. Quant à la patrie du mot, il ne faudrait pas tirer des deux témoignages qui précèdent une conclusion trop nette : vers la même époque, nous retrouvons « faire ripaille » dans les Après-Disnées de Cholières (éd. Jouaust, Il, 130 ; 1587), lequel n'était pas Angevin, et dans les Desguisez de Jean Godard, parisien (1594). Il y a simplement une présomption en faveur de l’Anjou. Or le glossaire de cette province (Verrier-Onillon) nous fournit un verbe riper signifiant « attraper, tromper, duper, flouer » (Cf. aussi la locution « tenir à la ripelle » = Saisir ou tenir à peine). Ce riper est le même verbe que riper signifiant « gratter, polir à la ripe », et remonte comme lui à un allem. rippen (frotter, gratter). Les mots germaniques de cette racine présentent les sens de gratter, d'arracher, de cueillir, de moissonner (Cf. par ex. Falki-Torp, Etymologisk Ordbog, s. v. Ribbe, Ripe). « Faire la ripaille », ce serait « faire de la gratte », d'où : « faire bombance ». L'étymologie rippen avait été déjà indiquée par Le Duchat (Ménage, Dict. Etym., 1750); mais celui-ci postulait un développement sémantique insoutenable.
Rithmart [Propos Rust., XIV], I, 122. Rimeur (avec une nuance de mépris). Ce mot, que Godefroy n'a pas recueilli, a dù étre suggéré à Jean Maugin par la lecture de CI. Marot (Petite Epistre au Roy en vers équivoques, 1517; éd. Jannet, I, p. 419). Je note encore rihmart dans le Journal de l'Estoile (éd. Michaud-Poujoulat, p. 141). Marot semble avoir eu une prédilection pour le suffixe -art; on trouve chez lui lisart (Jannet, I, 187), lequel se retrouve dans la farce de l'Arbaleste (rec. Mabille, I, p. %),
corrigeart (Jannet, I, 187), employé aussi par Guill. des Autels (Replique contre Meigret).
Rompu (bon). — II, 16 = bon compagnon, qui connaît son monde. Pour la métaphore, cf. roué.
Ronde. — Voir : Toude
Rotte [Propos Rust., I, 126]. — Anjou, Haut-Maine. Verrier-Onillon : « Sentier, petite ouverture de haie ».
Ruader. — I, 293. Faire des ruades. Pourrait être une création de du Fail.
Ruser. — Propos Rust., p. 46 (Cf. la note de la Borderie, p. 197). Repousser, écarter. Arch. d'Ille-et-Vil., 9, G. 2, Egl. paroiss. Antrain, 1542-1543 : « Item pour la journée de deux hommes qui ruserent et hôsterent la pierre de la coupverture de lad. eglise. »
Rusticités. — Terme par lequel du Fail désigne $es Propos Rust. ” dans la préface des Balivern. (I, 145). Emploi tout particulier de ce mot.
Rustre. — Fort, robuste, vif, éveillé. I, 171, « un bon rustre » = un adversaire solide, un gaillard. Ce sens optimiste, qui fut celui de l’anc. fr. ruiste, mais qui paraît en décadence dès le XVI 5. dans la langue littéraire, est altribué actuellement en Anjou au mot rustique (Verrier-Onillon : fort, bien portant, hardi, décidé, déluré). On ne paraît pas l'avoir suflisamment dégagé. Ainsi, Godefroy (Complément, s. v° rustre), citant ce passage de Menot : « Venerunt gallandi amorosi et rustici, les rustes qui dixerunt... », traduit par « qui a des manières grossières »; en quoi il fait un contre-sens. Du Faïil associe les deux mots rustres et gallans dans sa préface aux Propos Rustiques (p. 8) : « tellement que se voyant plus Rustres, et plus gallans que les autres... » Il écrit encore, p. 4% : « … que anciennement peu estoient qui fussent rustres, et qui entendissent poincts dhonneur et autres honnestelés de auiourdhuy ». Dans cette phrase, il faudrait bien se garder de conjecturer « qui [ne] fussent ». L'auteur des Propos Rustliques se devait à lui-même de retarder autant que possible la décadence du mot rustre. Au reste, son interpolateur a dû comprendre ce mot comme lui, car au chapitre IX (La Borderie, p..157), il remplace « Vous faites les gallans » par « Vous faites les rustres ». — Cf. G. Paris, Chansons du XVe siècle, p. 85-86. « Trois mignons les menoyent, rustres et gorgias ».
Rustrement. — Propos Rust., p. 22, « ou bien et rustrement faire
un prosne ». (Comme il faut, « rudement » bien). Cf. le sens favorable de rustre.
Sablere. — I, 186. Partie de la charpente (sablière). Forme donnée dans les quatre éditions. Godefroy ne connaît que sableure et sablière (Complément).
Sabot. — I, 157, « mon petit sabot » {(Assézat imprime à tort saba).
Emploi hypocoristique du mot. A
Sacré-saint. — Voir : Sacro-saint.
Sacro-saint. — Balivern., I, édition 1549, fo 24 v°: « n'est il pas escrit au Sacro sainct Euangile.. » (les éd. de 1548, Assézai,
I, 170, n'ont pas sacro). Les Baliverneries étant indépendantes du Tiers Livre, où ce mot nous apparaît pour la première fois (ch. II), il y a quelque intérêt à constater sa présence dans l'opuscule de du Fail. Dans Eutrapel nous lisons sacre-saints (II, 244), ou sacrez-saints (II, 325), ou sacro-saincts (II, 292). M. H. Vaganay a signalé sacre-saint antérieurement à Rabelais (Rev. Et. Rabel., V, 313).
Saluta libenter. — II, 212: « un saluta libenter, un godronné... » Individu trop poli, prodigue de saluts. — Expression latine substantivée par du Fail. Elle est tirée des Distiques de Caton. Cf. Catonis liber primus, éd. par Erasme ; Paris, Badius, 1527, fo VI. « Saluta libenter. Conciliat enim ea comitas et affabilitas multorum benevolentiam : et alit partam ». Cf. encore : Erasmi Colloquia, Inquisitio de fide : « Aulus : Puerorum est cantilena : Saluta libenter ».
Sanglot. — I, 281. Caïllot de sang. Cette signification ne se retrouve pas ailleurs. Il est bien vrai que Godefroy cite cette définition de Cotgrave : « a lumpe, or clot of congealed, or cluttered blood ». Mais il est infiniment probable qu'ici comme en plusieurs autres cas Cotgrave n'avait que le seul exemple d'Eutrapel. Notons cependant chez Godefroy le mot sanglonnée signifiant « caïllot » (un exemple), dérivé de sanglon (sanglot). L'emploi que du Fail a fait de sanglot s'explique par l'influence de sang, sanglant, laquelle s'était déjà manifestée dans l'orthographe (la forme primitive est senglot <*singlüttum) ; Hot a été pris pour un suffixe diminutif. C'est en somme un cas d'étymologie populaire, dont du Fail n’est certainement pas seul responsable,
Sanglotin. — II, 287. Jeune sanglier. Manque dans Godefroy, qui donne sangleron. — Formation : sangl -ier, -otin. Cf. javel -ot, -ine, levr -ier, -on ; argot : pur -ée, -otin.
Sapience (pays de). — Il, 89, « au pais de Sapience en Couardois ». La Normandie, patrie des juristes. Cf. Moyen de parvenir, ch. LIV, xcvir ; Fournier, Variétés, IX, 298 ; La Fontaine, éd. Régnier, V, 320, n. 1; VI, 41.
Sarceau. — I, 158 : « une poyre de sarceau ». Il est évident qu'il faut lire : « poyre de sarteau (certeau), sorte de poire d’automne, très petite, Sarceau est une simple faute d'impression, qui se trouve dans les Baliverneries de 1549 (f° 15” ve), et qui devait se trouver aussi dans l'original perdu, car elle reparait dans les trois éditions interpolées. Cf. Godefroy, s. v. Certeau. Pour la prononciation ar = er, cf. ci-dessus, p. 26.
Sarteau. — Voir : Sarceau.
Saut. — II, 129, « pour donner de saut et faire tomber à la renverse la pluspart des femmes et filles ». Assézat et M. Courbet comprennent « assaut »; ni l’un ni l’autre n’ont vu que du Fail nous donnait complaisamment la traduction de la locution : « faire tomber à la renverse ». Cf. encore Eutrapel, XI (IT, 9), « tombhoient de grands sauts à dents », IV (1, 245), « tomboient beau saut ». Ft. Pasquier, Ordonn. d'Am. (Fournier, Variétés, IT, 186), « permettons seulement aux femmes de bailler le saull de Breton ». Le « saut de Breton » était une espèce de croc-enjambe qui faisait tomber l'adversaire à la renverse.
Scientissime [Propos Rust., I, 128]. — Fabrication de Jean Maugin (Voir : Bealissime). Sens : très savant.
Seillon. — 11, 40, 79. Sillon. Prononciation ancienne et provinciale, encore vivante dans l'Ouest (Dottin : Seyon ; Lecomte : seuillon). Si dans le premier exemple le sens ne saurait être précisé, dans le second (II, 79, sautelans d’un seüllon sur l’autre) il est clair que le terme s'applique à la crête du sillon et non à la tranchée. D'après M. P. Barbier fils (Rev, des Langues Rom., 1907, p. 337 et suiv.), tel serait le sens primitif, fondamental du mot seillonsillon (Cotgrave donne les deux sens). Au reste les deux significations sont très voisines et ont dû alterner ou coexister. Dans toute la Bretagne, le mot fossé ne désigne pas seulement, comme en français normal, l'excavation creusée, mais aussi la terre rejetée, le « talus ».
Senault. — « Gobemousche estoit un terrible senaull, et bon Villain.. » (Propos Rust., 94). Godefroy traduit par « coquin, fourbe, chevalier d'industrie » ; mais ces expressions violentes
ne conviennent nullement aux deux textes qu'il cite : celui de du Fail et une phrase de Cholières (éd. Jouaust, I, 207). Le senaud n'est pas si noir : c’est un bon vivant, un joyeux compère, « un bon compagnon », comme dit Oudin, qui donne le mot comme picard. Assézat (I, 110) traduit par « gaillard », ce qui est assez juste, quoi qu'en dise La Borderie (p. 233), qui propose une étymologie fantastique. Actuellement, snaud est à Dol un terme de mépris : « Vilain snau! » (Lecomte, p. 6 et 187). Je note la forme chenaull dans la Comedie des Proverbes (Anc.
Th. fr. IX, 97) : « Vertu chou! Quel chenault!.. » (= Quel paillard !). On voit que l'initiale de senaud est en réalité un c. S'il fallait risquer une étymologie, je rattacherais le mot à l'anc, fr. sineau, grenier à foin (< lat. cenaculum), norm. cenas, chenas, Ille-et-V. sends, cenûâs, et à cenail (souper), cenaille (salle à manger). Tous ces mots dérivent en dernière analyse de cena. Le cenauld était un goinfre, qui aimait à cenare.
Seponnement. — Edition Courbet, I, 255 (chapitre XIX d'Eutrapel). L'éd. 15$5 porte en effet ::«1 Donnez vous de garde, disoit Seneque, à un seponnement seul, que vous ne parlés à quelque mauvais homme ». M. Courbet définit « séparation, isolement ». Mais cette définition n'éclaircit nullement la phrase: seponnement est une vulgaire coquille pour se promenant ou se pourmenant. Cf. II, 356, c. XXXV : « Donne toy garde {disoit quelqu'un à un seulet se proumenant... » Au reste, si cette coquille apparait dans l'éd. 1585 et ses dérivés, elle est corrigée dans les éditions ultérieures, et 15982 par exemple donne : « à un promenant seul », leçon qui avait été adoptée par Assézat (II, 108).
Seraphique. — Le Dict. Gén. signale comme premier exemple de ce mot ÆEutrapel, I, 141, « en face rouge et seraphique ». Mais cet adjectif était déjà dans Rabelais (IV, 51), et M. Vaganay en a signalé des exemples du XV® siècle (Rev. Et. Rab., II, 301 ; V;1313; et IX, 318). ,
Signals. — M. Nyrop écrit dans sa Gramm. Hist., II, $ 296, que Duez est seul à üäonner le pluriel signals, et ajoute : « c’est probablement une faute ». Mais ce pluriel est dans du Fail (IT, 133):
Sirap [Propos Rust., p. 142, 150, 166, 173; Balivern., I, 183]. Jean Maugin n’a pas dû inventer cette déformation anagrammatique de Paris ; elle appartenait probablement à l’argot des étudiants. On connaît plusieurs désignations argotiques de Paris : Parouart, Pantin, Pantruche, Pariga (Milistoire barragouyne, éd. Techener, p. 2; cf. l'argot actuel : « un Parigot »).
Sirapiennes. — l‘emmes de Paris [Propos Rust., p. 172]. Cf. Sirap.
Siresse [Propos Rust., p. 152]. — Femme d'un sire (= marchand). Ne se rencontre pas ailleurs que chez Jean Maugin.
Soldat. — Employé adjectivement au fém. Il, 82, « en façon soldate et de galant homme », Godefroy (Compl!) ne trouve à citer que cet exemple. Mais Littré signale dans Carloix la locution « à la soldate (Cf. aussi soldat, G)1. J'ajouterai : Montaiglon, III, 298,
1. Je sais qu'on peut passer directement et sans interinédiaire adjectival à des locutions adverbiales telles que « à la soldate », « à la hussarde », etc. Mais l’exemple de du Fail prouve bien que l'intermédiaire a existé dans le cas présent. à
« Passer dessus le ventre à mes soldaltes filles » (L'Enfer de la mère Cardine).
Sortes. — Propos Rust., p. 98. Dam Silvestre Sortes. Dans Eutrapel, Sortes est le sobriquet dont le jeune héros affuble le vieux sophiste Lupolde (TI, 213). Cf. encore II, 218 ; I, 227 (Dom Jean Simon dit Sorles). C'était, dans la langue de la scolastique, l’abréviation de Socrates, Socratis. (Cf. Defrémery, Rev. Cri, 1876, I, 260). C’est Ch. Thurot qui le premier a fait connaître cette abréviation scolastique. Il signale (Rev. Crit., 1870, I, 363) une petite pièce du XIV® siècle en vers latins rimés où on lit : « Nam Socrates cum Sorte per vicos adhuc cursitat ». Or il est curieux que du Fail écrive (II, 218): « du temps que Sortes couroit.. » Est-ce une simple coïncidence ?
Soucieur. — II, 218. « Soucieur et enquesteur de ce qui se passe en la ville; » =Sans cesse préoccupé de... C'est sans doute une création de du Fail.
Souiflet [Propos Rust., XIV]. — I, 131, « lui donne tel soujflet de cinq ou six francs ». Cf. l'argot mornifle, « monnaie », proprement « soufilet » (Sainéan, Argot anc., p. 206 ; mais il me parait inutile de rapprocher, comme le fait M. Sainéan, la locution donner un soufilet au roi = faire de la fausse monnaie).
Souffrir. — I, 318, « les pauvretés que nous souffrons, » = dont nous souffrons, et non : que nous supportons. Emploi curieux, assuré par le contexte.
Soupier -re. — II, 81, « toute ceste chevaleureuse et soupiere troupe ». Qui aime les bons soupers. Création comique à la manière de Ronsard (Cf. aussi La Fontaine créant épongier).
Souzrieur. — Préf. au Demost. (Courbet, II, 235). « Ouy, mais dira quelque souzrieur » — quelque sceptique. Création de du Fail (CI. Soucieur).
Spadassin. — Voir : Espadassin.
Spagirique. — Terme de médecine chimique, que du Fail cite avec une nuance de raillerie, II, 179 (maître Pierre sonnant dans son mortier des « carillonnements empiriques et spagiriques »); il s'amuse à le déformer en sparigiques (1, 324). — Le mot avait été introduit en français par Roch Le Baillif : Demosterion (1578), p. 143 : Spagirica, vel Spagiria, est ars quæ purum ab impuro separare docet; dans sa Sommaire Dejfence (1579), il explique que ce mot est fait de deux verbes : om&v, tirer, extraire, et ayeiger, assembler, dont la réunion indique les deux opérations essentielles de l’art chimique.
Spermatiser. — mettre du sperme, II, 164. Littré ne donne que le participe passé, avec un exemple moderne. Rabelais connais-
sait le verbe diaspermaliser. Dans une pièce facétieuse du XVE siècle, écrite en français d’ « écolier limousin », je trouve « il spermatizoit la vetule » (Hilaire le Gai, Petit trésor de poésie récréalive, Paris, 1848, p. 145).
Spondaïque. — II, 104, « pas mesurez, et à la Spondaïque ». Le Dict. Gén. cite comme premier exemple de ce mot : Montaigne, 1, 46. Mais comme la phrase en question n'existait pas dans les Essais de 1580, l'exemple de du Fail, est, jusqu'à nouvel ordre, le premier en date.
Sujet à. — I, 168, « vostre valet sujet au grip » = qui a des tendances à vous voler. Cette acception, qu'on peut appeler active, paraît rare. En voici deux exemples : « les gens de guerre estoient mauvais et subiects à la pince » (Bouchet, Serées; Roybet, IV, 144) ; « ceux de cette nation [la Bretagne] sont un peu sujets à la harpe » (les Bretons passaient pour voleurs ; Divertissements curieux, Lyon, 1650, p. 204) L'acception passive est normale dans l’ancienne langue comme dans la langue moderne, et quand Marot, dans une épitre céièbre, dit au roi que son argent « est sujet à la pince », cela signifie que cet argent est exposé à être volé.
Supplanter. — II, 75, 263, 327. Substituer ; mettre à la place d'autre chose.
Supplier. — Balivern., 1, 149. « Suppliant l'adresse du doigt par un certain mouvement de bouche ». (Description d'un joueur de luth). Assézat et M. Courbet comprennent « suppléant ». Mais étant donné le sens de « suppléer » en français moderne, cette traduction n'est pas juste. Il faut comprendre : « compléter, aider à » (Cf. Godefroy, 2 Souploier).
Taille. — 1, 153 : « le vilain, se sentant piqué au vif, le prit assez lourdement par le manche, et en taille, luy dist :.. » Passage d'interprétation difiicile. Je comprends le mot faille au sens musical ; en taille indique le ton de voix du paysan fâché. Il est assez curieux de constater que, dans un passage de Francion cité par Littré (taille, 17%), Sorel écrit : « L'humilité chante la basse, et l'ambition le dessus : la colère fait la taille. »
Tas. — Dans la locution à {as de, dont notre auteur a fait dans les Baliverneries un usage curieux, el jusqu'à présent unique; il la construit comme régime direct, à la façon de « beaucoup de..., un tas de... » : I, 176, « rendre çà.et là à tas d’accolades » ;
1, 190, « trouve à chaque costé à las de requerans... » (la leçon
«un las de req. », adoptée par Assézat, ne se trouve que dans
l'édition anglaise de 1815 el, par suite, n'a aucune valeur). La
locution ne reparait plus dans £utrapel.
Tendre. — II, 280, « et cela en bon langage s’appeller, Tendre au larron ». M. Courbet traduit à tort par : « Aboutir au larron ». Le verbe tendre à pu s'employer absolument pour « tendre des filets, tendre un piège ». Tel est ici le sens. Godefroy né donne qu'un exemple de cet emploi (Compl., p. 750 b) ; mais on pourrait en citer d'autres : cf, Journal du s' de Gouberville, 64. Tollemer, p. 185 : « tendre aux renards... et aux blayreaux ». Guill. Alexis, éd. Picot, IT, 17, v. 189 : « fendre À ces oysillons ». Un tendeur ou un tendeur était un oiseleur (Cf. Godefroy, fendeor). — « Tendez ailleurs », répond une femme, dans Eutrapel, à un poursuivant qui l'importune {IT, 37). Je comprends : «Allez tendre vos filets ailleurs, cherchez une autre proie ».
Tenebrion. — Esprit nocturne. I, 231: « ainsi que s'enfuirent a l’avenement de nostre Seigneur toutes sortes de tenebrions et lutins. » Souvenir évident de Räbelais, IL, 24 : « … depuis la venue de celuy Roy servateur... comme advenante la lumiere du clair soleil, ‘disparent tous lutins, lamies.., farfadetz et tenebrions ».
Terminances [Propos Rust., XIV, p. 166; I, 119]. « Don Hugues... du temps de ses {erminances ». Ce doit être une abréviation d’argot scolaire (Cf. Vie et Œuvre, 232, n. 3) pour delerminances (Littré, délerminance, acte qui se composait de thèses soutenues sur plusieurs des ouvrages qui servaient de base à l’enseignement public) Tahureau, Dial., éd Conscience, p. 160, « un maistre es arts le iour de ses delerminances ».
Terracer. — II, 7, 32, au sens de « hourder ». À noter un emploi curieux au chapitre IT d'Eulrapel (1, 250) : « elle toute eschevelee, brouillee et terracee ». Comme la femme en question s’est relevée depuis assez longtemps déjà, il est impossible de traduire autrement que par « souillée de terre ». Peut-être faut-il comparer l’ancienne locution « crotté et hourdé ».
Terremot. — If, 340-341 : « un {erremot ou esbranlement de terre ». Dans le passage de Pierre Messie (trad. Gruget, IT, xxxIr et xxxI), que notre auteur avait sous les yeux en rédigeant son chapitre, on lisait « tremblement de terrei ». À en juger par l’article de Godefroy, il paraît y avoir solution de continuité entre ce terremot de du Fail et les exemples, tous médiévaux ?, cités dans le Dictionnaire. On ne saurait donc y voir un archaïsme. C’est un mot savant, calqué sur terræ molus, mais
1. Dans ses Hist. prodig., Belleforest emploie le composé « un éerre-tremble » (CATIE Ch EX IV):
2. Au reste, il semble bien que cette forme masculine soit savante. En revanche la forme féminine terremuete (terra movita), qu’on trouve par exemple dans le Roland, était vraiment populaire.
certainement à l'exemple de l'italien {erremolo. (Sur cette combinaison d'influence latine et d'influence italienne, voir notre article Coevaux).
Tiser [Propos Rust., XV]. — I, 136, « à bien tiser une torche ». Allumer, attiser. Exemple unique en ancien français, non recueilli par Godefroy. Mais fiser existe encore en Anjou, patrie de l'interpolateur (Verrier-Onillon). Je suppose que ce verbe simple, d'apparition tardive, a été tiré par dérivation régressive de tison et alliser.
Tortouer. — Propos Rust., p. 67. Bâton dont on se sert pour assurer la charge d'une charrette, en tordant une grosse corde qui passe par-dessus cette charge. Cf. Godefroy, tordoir ; on ny trouve que des exemples du XV® siècle.
Toude. — Balivern., I, 188; édition 1549, fo 40 r° : « là dessous estoient les escuelles de bois, voletz, et vn picher de terre : vous appellez cestuy cy un pot, l'autre vn tranchouer, ou selon la petite bouche une toude ». Phrase dificile, que l’interpolateur angevin a trouvé moyen de compliquer et d’obscurcir davantage. Bien que voletz soit au pluriel, nous admettrons qu'il est représenté par l'autre et glosé par tranchouer : ces deux mots désignent un seul et même objet. Quant au mot foude, c'est jusqu'à présent un @raë. S'il avait glosé picher et pot, nous aurions pu faire observer qu'il existe en wallon un mot {ut signifiant « cruche, broc » (Cf. D. Behrens, dans Zs. f. fr. Spr. u. Lit, XXIX1, p. 808-309) : mais outre que la présence de ce terme wallon dans un texte de Haute-Bretagne eût été bien bizarre, il est indubitable que toude est donné ici comme synonyme de iranchouer. En désespoir de cause, je corrige dans toude deux fautes d'impression, toutes deux vraisemblables, et je lis ronde. Les tranchoirs élaient ronds. Pour l'adjectif substantivé, cf. plat (mais le féminin étonne un peu). Ce n'est là qu'une conjecture, et il reste encore à trouver ailleurs l'adjectif substantivé une ronde pour désigner un tranchoir rond 1.
Touné. — II, 51, « plus tounez, comme dit le Bas Breton, que fondeurs de cloches ». L'auteur raille ici la déformation infligée par les Bas-Bretons au mot français étonnés. Nous n'aurions même pas introduit dans ce glossaire un mot dont l'explication est aussi évidente, si Cotgrave ne l'avait recueilli sous la forme tournez, reproduisant une coquille qui se trouve en effet dans quelques éditions et notamment dans 1586? (« {ourné, … also amazed, or astonished. Breton »). Cette bourde a passé telle quelle dans le recueil de M. W. Heymann, Franz. Dialektwürter
1. Mais rondeau, rondel pouvait prendre un sens analogue (cf. GODEFROY, VII, 284b).
(Giessen, 1903, p. 51). Sur la prononciation bretonne founé, voir E. Ernault, Rev. Cellique, XVI (18%), p. 187.
Tour. — La locution bon four se trouve chez du Fail, non-seulement avec le sens ironique bien connu, mais aussi avec un sens optimiste, aujourd'hui disparu (acte de bonté, bonne action, faveur accordée). Ainsi, au chapitre XXXI d'Eutrapel (IT, 266 et 267), le marchand supplie le gentilhomme de lui faire « un bon tour », c’est-à-dire de se montrer généreux vis-à-vis de lui. Le gentilhomme lui joue en effet « un bon tour », mais au sens ironique du mot ; et l’auteur lui-même joue sur la double signification de « bon tour », On trouvera au chapitre 4 de Gargantua de bons exemples de cette locution au sens d'action généreuse ; l’un d’eux (« diminuoit le bon tour qu'il leur avoit faict ») a été interprété à contre-sens par Godefroy (X, 788 a), qui comprend : « trait d'adreSse ». C'est également au sens noble qu'il faut interpréter « bon tour » dans l'Epistre au Roi pour av. esté desrobé, v. 96 : « Et vous feray encores un bon tour ».
Traguet. — Mot donné par du Fail (IT, 297), comme un italianisme récent. Il est inconnu par ailleurs et a échappé à H. Estienne lui-même. Ce doit être une francisation de l'italien traghetto (= passage, trajet, sentier), et par suite la première ébauche, d’après l'italien, du mot frajel, que l’on modela sur le latin et dont le premier exemple signalé est de Cotgrave (1611).
Transumpter. — Au chapitre IX d'Eulrapel, un juge tourne la broche chez un chanoine : à ce spectacle, un laquais va quérir son maître et d’autres chanoines « pour fransumpter et prendre le double de la trongne de ce tourne-broche » (I, 310). Transumpter manque dans le Dictionnaire de Godefroy, mais on y trouve transumpt (transcription, copie; un exemple de Rabelais), transsumption (métaphore) et étranssumplivement (d'une manière figurée). M. Courbet croit pouvoir traduire par « copier »; mais cette traduction est insuffisante, car elle n’explique pas la métaphore contenue dans le passage d'Eutrapel. Ce n'est pas à la lettre que les chanoines vont « transsumpter » et « prendre le double de la trongne » du juge; ils ne font pas son portrait, mais se gaussent de lui. Ici du Fail parle presque argot; cf. les expressions actuelles « se payer la tête de quelqu'un, s'offrir son portrait ». Rappelons certains emplois métaphoriques el ironiques du verbe peindre au XVIe siècle, IH. Estienne explique « achever de les peindre » par « achever de les leurrer ». « Peindre le nez » = tromper. « Etre achevé de peindre » (Clément, Henri Estienne, p. 408). Au reste, quelle que soit son origine réelle, le verbe copier employé au sens de «se gausser de, railler » (cf.-« 1es copieux de la Flèche » dans des Périers),
pouvait être interprété comme signifiant « prendre la copie de
quelqu'un, faire son portrait » — Transsumpter sent l'argot d'étudiant.
Travouil. — Dévidoir. I, 182 (« calfeutrer leurs trauoülz », 1549,
fo 36 r°). II, 11 (« aux quatre cornieres d’un fravouil »). Sur ce mot, cf. A. Thomas, Essais d'étymol. fr., 1897, p. 392-394; Romania. XXXV, p. 414-415, n.
Treppir. — Frapper du pied, danser. Propos Rust., p. 28. Cette variante de freper n'est pas attestée ailleurs. Mais du Fail maintient freppir en 1549, ainsi que Jean Maugin (1548). Assézat a corrigé arbitrairement en treper, sans doute d’après l'édition de 1732 (p. 31).
Treschausser. — I, 157 : «t{reschaussa ses souliers ». Mot de terroir, que M. Courbet traduit insuffisamment par « déchausser ». Coulabin et Lecomte donnent la définition juste de ce verbe encore vivant en Ille-et-Vilaine : « mettre au pied gauche la chaussure du pied droit réciproquement ». Signe de malheur dans la journée! Prononciation courante, avec métathèse terchausser, teurchaussé.
Tressee. — Dans Eutrapel, chapitre XI (II, 19), du Fail fait allusion à une grasse facélie qui consiste à bander les yeux d’un jeune paysan un peu simple, et à le mener soi-disant vers « un nid de tressee (éd. 1598 : tresee), laquelle tressée est donnée comme étant « vn oiseau passager »; on guide la main du nigaud, non point vers un nid, mais vers quelque chose de malodorant. Cf. Lecomte, p. 218, Teursée. J'ai entendu terzille et terzi, dans ce dicton : « Un nid d'terzi(lle), iousqu'y a pus d' merd’ que d’ petits ». Sur la foi de ce farceur de du Fail, M. Courbet a traduit tressée par « oiseau de passage »; mais rien ne prouve que ce soit un nom d'oiseau1. Je ne vois non plus aucune raison pour identifier, comme le fait M. Lecomte, cette feursée avec le mot teursée signifiant : gaule fourchue pour prendre les anguilles.
Trie. —- Dans un des Arréts de du Fail (édition 1579, p. 412), un individu est condamné à « abattre et demolir les tries et autres engins à Pigeons qu'il avoit en sa maison ». Delboulle avait déjà signalé ce « mot rare » chez le juriste Guenoys, Conference des Coutumes (Cf. Romania, XXXV, p. 415). M. A. Thomas, ne connaissant comme Delboulle que cet exemple, concluait à une
1. S'il fallait faire un essai d'étymologie en ce sens, on pourrait rappeler qu’il existe une espèce de grive (la draine) appelée trée, traie (Anjou), tras (L.-et-V., ORAIN). Tresée et terzille pourraient dériver de ce mot. Ajoutons que la grive appelée tras passe pour un oiseau très sale, aussi sale que la huppe; on dit en Ille-et-Vilaine : « il chie comme une tras. » (Orain)
faute d'impression pour fuie. Mais il devient difficile d'admettre chez du Fail une seconde faute d'impression exactement semblable à la première. Mieux vaut essayer d'expliquer #rie. Ce devait être une cage quelconque faite d'un treillis. Les formes trille, trillie, trillier sont des variantes phonétiques très naturelles de {reille, eic., et du reste sont attestées (Cf. Godefroy et Delboulle, Romania, XXXV, 416, trille, sorte d'étoffe). Rien de plus naturel non plus que le passage de trille à trie (pour le phénomène inverse, cf. bastie > baslille). — Si Godefroy ignore trie, il connaît trion, « sorte de cage en osier », dont il cite un exemple de 15831. ;
Turelureau. — II, 96: « C’est, mon petit turelureau, dit Lupolde, pour te faire parler ». Tel est le texte de 15862, suivi par M. Courbet ([, 286). La forme turetuleau, donnée par Assézat, - provient de l'édition 1597. Le sens n’est pas douteux, et Cotgrave avait eu raison d'expliquer turlureau par « joli garçon ». Aux yeux de Lupolde, Eutrapel est le type du freluquet ; il l'appelle ailleurs « mon gouderuleau » (1, 311), « un petit mignon de couchette, un muguet... un godronné, et je ne say quel petit cocardeau » (II, 212). Turelureau ou tureluteau est à l’origine un refrain présentant le caractère d’une onomatopée. Des chan- . Sons du moyen âge avaient pour refrain « Robin turelure Robinet » (Bartsch, Rom. et Pastour., p. 17% ; Archiv de Herrig, t. 99, p. 100). Il y a dans les Propos Rustiques un personnage appelé Robin Turelure (p. 77). Au reste, Turelure se trouve au moyen âge comme nom propre 2. Robin turelure et Jennin turelurette désignaient parfois des maris trompéss. Turelututu devient le nom d’un soldat fanfaron dans le Mystère de Judith {cycle du Vieux Testament). Mais on comprend aussi qu'un refrain ait pu désigner un jeune éventé, fringant, dont la tête était pleine de {urlutaines 4, où qui faisait du bruit. Godefroy (VIII, 107 c) note qu'au XVIII: siècle et actuellement encore en wallon tourlourette signifie « fille étourdie, grisette ». J'ajouterai que toullourette apparaît dès le XVI® siècle avec ce sens de « grisette » (Montaiglon-Rothschild, XIIT, 422).
Tureluteau. — II, 96. Voir : Turelureau.
1. I1 ajoute un autre sens: « Dans les Dombes, arbres étêtés qui séparent les héritages. » Mais il est infiniment probable que nous avons affaire ici à “un tout autre mot: ces arbres étêtés ont dû être comparés à des ayons ou trions, autrement dit à des tétines de vaches.
2. Un des docteurs chargés d'examiner la Pucelle à Poitiers s'appelait frère Pierre Turelure (Procès de Jeanne d'Arc, IIT, 203; Gallia Christiana, III, col. 1129). Une Jehenne Turelure apparaît dans le Farce Au Munyer, v. 260.