‹ Essai sur le style & la langue de Noël Du FailChapitre 46 sur 68 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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des Baliverneries, — si péniblement écrite, — il confie à son « grand ami H. R. » que si ses Propos furent « choses indisposées, mal couchées, mal dressées, sans lime, encore moins de grâce » (nous ne sommes pas forcés de croire à une humilité aussi complète), il ajoute qu'il médite de nouvelles baliverneries « si croissant l'aage, le scavoir s'amplifie tellement que la plume plus vivement se puisse tourner ». La vivacité, telle est en effet la qualité qu'il s'efforça d'acquérir, tel est l'idéal auquel il sacrifia tout le reste.

Nous pouvons ramener à deux chefs principaux les particularités de style individuelles de Noël du Pail : la rapidité et la (lys symétrie ou recherche de la variation.

I. — A la rapidité correspond essentiellement, mais non exclusivement, l'ellipse. La proposition infmitive a l'avantage de la rapidité, sans être pour cela elliptique : fort employée par Rabelais, elle l'est aussi, et plus encore, par Noël du Pail. Dans les Propos Bustiques et les Baliverneries, on peut rencontrer des tournures telles que : « je vous prie que vous disiez »; elles sont remplacées dans Eutrapel par : « je vous prie dire ». Le sujet de l'infinitif est parfois assez difficile à déterminer. « Je vous prie », dit un interlocuteur, « estre tant soit peu ouï, avant faire mon procès » (II, 277). Le sujet change, sans que du Fail nous prévienne : c'est d'abord « moi », puis « vous ». Il, 100, « Je m'affuble de son manteau, estimant eslre le mien6 ».

11 n'y a pas à insister sur les ellipses de pronoms sujets ou d'articles, l'usage de du Fail ne différant pas en cela de l'usage ordinaire de son temps. 11 n'y a pas à insister non plus sur certains procédés de narration vive dont il ne me paraît pas avoir abusé cl qui se retrouvent chez d'autres conteurs. Lorsque du Fail dit de Tourtelier : « il fit un petit arc d'arbaleste, lequel il mit sur la grosse enclume, la clef sous l'huis, et au pied vers les Trois Maries 7 près Rennes 8 »,

6. Sur la proposition infliiitlvè précédée de que, voir ci-dessous, p. 71.

7. Nom de paroisse bretonne. Aujourd'hui Corps-Nuds (canton de Châteauglron).

8. F. 321. Dans cette plir;ise, l'ellipse totale du verbe n'est certaine que devant au pied. » 11 est possible que dans la pensée de du Fail « la clef » lût gouvernée par « 11 mit », exprimé une fols.

ces ellipses de verbes destinées à peindre une succession vive d'actions sont aussi naturelles et légitimes que celles que nous trouvons par exemple «liez Daudet (Les Vieux) : « je mis la clef sous la chatière; mon bâton, ma pipe, et me voilà

parti9 ».

/De temps à autre apparaît l'infinitif de narration, aujourd'hui quelque peu désuet. A se trouve avec ou sans de : « et moy de fuir » (II, 102). Voici un exemple particulièrement riche : « Soudain le bruit espars dans la ville, cloches de tonner, chapitre de capituler, desploier bannières. ... allumer torches, vestir de faux pauvres, accoustrer parfums, noircir Eglises, tendre la bière... » (II, 310). Mais, contrairement à ce qu'on pourrait supposer a -priori, du Pail a usé avec beaucoup de discrétion de ce genre d'infinitif10. C'est ailleurs qu'il nous faut chercher les particularités et bizarreries de

Noël du Fail.

D'abord il ellipse le plus qu'il peut les verbes déclaratifs comme dire, répondre, demander, ajouter, etc.. Parfois, mais rarement, nous le voyons absorber ce verbe dans celui qui exprime un fait concomitant : « Je le vous diray, travaillait le sénateur » (II, 311), c'est-à-dire, « disait en travaillant, disait avec effort ». La locution « dit-il » est parfois omise :

9 Cf. encore dans Eulrapel : II, 7-2 : « Incontinent force' chandelles »; II, 74 : .< Lors tout le monde à cheval, ... »; II, 68: « Lors notaires en besogne, cent escus baillez au maistre, ... »

10. Dans son article sur l'infinitif de narration (Revue de Philologie française, XVIII, p. 161-167), M. L.-E. Kastner a noté sept exemples chez du Fail. Or de ces sept, trois sont faux : preuve que du Fail est difficile à lire, même pour des philologues de métier. Voici ces trois exemples signalés indûment par M. Kastner: 1° II, 197 : « le Poète aussi délivré d'un grand faix qu'il se voyoit préparé, et de n'ouïr point, Helas ! le defunct n'eust pas fait ainsi. » Il est clair que l'inûnitif ouïr dépend de délivré, tout comme le substantif faix c'est un cas de dyssymétrie; du Fail aime à accoupler au même joug des éléments hétérogènes. — 2° I, 160: « J'ayme le piot, que voulez vous? et puis me mettre à dormir. » Ce cas est le même que le précédent : le substantif piot et le verbe me mettre sont tous deux gouvernés par j'ayme. — 3<> I, 176 : « et annar vite à la prochaine maison. » Si cet andar vie (et non annar vite) était de du Fail, ce serait un exemple d'infinitif de narration en italien plutôt qu en français; mais andar est de l'interpolateur Jean Maugin, et le texte authentique de 1549 porte « et vie à la prochaine maison. » — M. Behm [Infinitif, p. 73) signale cinq cas d'infinitif de narration et ses exemples sont justes; seulement M Behm a tort de prétendre que le dit infinitif ne se présente qu'une seule fois sans la préposition de; rien que dan* le grand exemple collectif cité par nous (II, 310) on compte cinq cas sans de, et on ne peut pas soutenir que nous ayons affaire ici à la non-répétition de cette préposition, exprimée devant les deux premiers infinitifs; si elle est exprimée, c'est qu'il y a des sujets subs tantifs. tandis que les autres infinitifs ont un sujet indéfini non indiqué.

« Je sais assez (advisageant Lupolde), que nostre temps... » (11^215).

/Le cas le plus ordinaire, c'est la suppression du verbe déclaratif non seulement quand il a été exprimé une fois (nous reparlerons plus loin de la non-répétition ou haplologie), mais lorsqu'il se trouve plus du moins clairement contenu dans un verbe déjà exprimé. y€e dernier peut même faire totalement défaut. Exemples . 1/261, « Lupolde luy parla du lieu, comment, et les enseignes de tout l'affaire ». II, 277, « La mesme eschole et assemblée se mist à criailler sur luy, et de plus belle, qu'elles en savoient assez ». II, 264, « Quelqu'un... a voulu déguiser le point, et qu'à tous... » Déjà, dans ce dernier exemple, c'est à peine si l'on peut soutenir que le verbe déclaratif (« et [prétendre] qu'à tous...) est implicitement contenu dans « déguiser le point ». Il serait vain de se poser pareille question dans le cas suivant : II, 175, « encore en estoient ilz remerciez, et [on les priait] qu'ils retournassent ».

C'est par l'ellipse des verbes déclaratifs que nous pouvons expliquer ces étranges infinitifs que nous voyons surgir chez du Fail et qui fonctionneni comme des verbes à un mode personnel. Exemple : « Tant y a que les anciens jusqu'alors n'en avoient ouy parler; et estre ( = et c'est) au jugement plus seur et uniforme, punition divine » (II, 225).

La transition vers ces infinitifs, en règle générale précédés de et ou île toute autre copule, nous est certainement fournie par 1rs propositions complétives coordonnées où la proposition infinitive se présente, amenée par un besoin de variation dyssymétrie), à la suite d'une ou de plusieurs propositions complétives avec la conjonction que. Marquons les étapes de cette évolution :

1° Le verbe régissant est exprimé et suivi d'abord d'une complétive avec que; la proposition infinitive vient ensuite : « Eutrapel... concluoii par l'autorité de ce savant homme Panurge que naagis magnos clerieos non sunt magis magnos sapientes. el n'en avoir ueu de sa vie deux convenir en une opinion n II, 44).

2° Dans des constructions plus libres, la première propo-

sition avec que fait défaut, mais avant la proposition Infinitive se trouve une autre proposition qui rapporte les paroles d'autrui: de sorte que la notion de style indirect, non représentée matériellement, existe en fait. Exemple-type : « Vesiel, ce notable marieur, ... m'en vouloit l'autre jour donner une : elle n'est pas riche, disoit il, mais c'est un beau vaisseau pour porter enfans : outre, avoir, sub eodem tecto, ... deux bons moulins » (II, 243). Au lieu de continuer à citer en style direct les paroles de Vesiel et d'écrire : « outre j'ai sub eodem tecto, etc.. », du Fait, par besoin de dyssymétrie, passe sans crier gare à la proposition inlinitive. La construction n'a rien de grammatical; cependant, grâce à l'incise « disoit-il », l'idée de discours indirect plane sur toute la phrase, et le lecteur devine sous la phrase actuelle la construction, normale chez du Pail : 1° Vesiel disoit que...; 2° en outre [il disoit] avoir...

3° La proposition infmitive est complètement indépendante, sauf qu'elle traîne avec elle une conjonction de coordination, survivance et indice de son origine..., et Noël du Fail parle petit-nègre : « Or11 Lupolde avecques son escritoire a mené cinquante hommes d'armes à la guerre, et cela estre fort relativement prononcé en bonne Logique » (II, 252). « Ce livre fut... transporté en la ville de Tiberiade..., et estre ce secret cogneu à bien peu de Juifs » (II, 3 j5. « Mes compagnons et moy ne durasmes gueres, et estre bien vray. Farine de Diable, n'estre que bran12, et choses mal acquises devenir à néant » (II, 202). Evidemment, ces cascades d'infinitifs plaisaient à l'oreille de Noël du Fail.

Parfois, mais très rarement, la conjonction et vient à manquer, ce qui arrive dans ce début de réplique (IJ, 267) 13 :

11. L'édition Assézat porte « Et Lupolde. » On lit « Et ainsi Lupolde » dans les éditions 1597, 15982, 1603. Les éditions publiées du vivant de du Fail (15S5, 15861, 2) ainsi que 15981 donnent : « Or Lupolde... » C'est la leçon que nous avons adoptée.

12. Expression proverbiale que M. Ernault (Met usine, IX, col. 261) rapproche d'un proverbe breton. Une anecdote du Moyen de Parvenir (chap. XLV). empruntée du reste à Pogge, illustre le calembour scatologique sur le double sens du mot bran.

13. On trouvera dans la dissertation de M. Behm (p. 22, 10, 42) une abondante collection d'infinitifs faisant fonction de verbe principal. Mais M. Behm n'a pas noté la présence à peu près constante de et ou d'une conjonction de coordination devant l'infinitif et n'a pas présenté avec précision l'origine de l'infinitif faisant fonction d'indicatif. Quelques-uns de ses exemples sont faux:

« Nenny, dit Eutrapel, ma raison estre que... ». Paut-il croire que dans la réalité Eutrapel-du Fail ait parlé de la sorte ? C'est bien douteux. En somme, du Fail a tout simplement transporté dans le discours direct les procédés du discours indirect 14.

L'un des traits caractéristiques de la syntaxe de Noël du Fail, surtout dans Eutrapel, c'est l'emploi extrêmement étendu de l'infinitif pur, sujet de verbe ou complément de verbe, de substantif ou d'adjectif. Dans son désir de brièveté, du Fail supprime les prépositions de et à dans des proportions beaucoup plus fortes que ses contemporains. Il nous suffira de donner ici quelques exemples, en renvoyant pour le reste aux listes dressées par M. Behm :

Exemple d'infinitif sujet logique : I, 213, C'est deshonneur parler ; I, 228, que ce soit mal fait yvrogner ; II, 336, s'il estoit licite le nommer homme 15 ; II, 30, sa resolution estoit le faire mourir.

Ellipse de de après des verbes : II, 108, achevé dévider ; II, 323, je n'ai que faire me marier ; II, 231, s'efforceront vuider ; II, 189, vous m'accusez avoir mangé du raisin.

Ellipse de de après des substantifs et adjectifs : Arrêts, éd. L579, p. 252, permission porter armes : 11. 168, ayant permission acquérir ; II, 93, avec advertissement le faire court; 11, 127, avons belle envie faire comme les Candiots ; II, 26, il n'y avoit plus moyen dire ; II, 321, il est aisé juger ; II, 261, il est aisé juger.

Ellipse de à : II, 324, ne te travaille pour néant chercher ;

ainsi dans la phrase citée p. 41 (du Fail, II, 269 et non II, 209) : « ils commenceront de plus belle, qu'ils y perdent tout le leur, mais qu'il n'y a de remède, il faut depescher marchandie, estre estrené », il est clair que ce dernier infinitif dépend de « il faut », tout comme « depescher » et par suite ii ,i rien à faire avec l'emploi de l'infinitif qui nous occupe en ce moment.

14. En considérant un certain nombre d'exemples on est amené à penser que du Fail a été entraîné à ces abus de la proposition infinitive par l'habitude îles résumés de procès, d'arrêts, de dépositions de témoins, etc., bref par ses habitudes de Juriste, Voici quelques-uns des exemples dont nous parlons: I, 33g et avoir esté ainsi jugé, •■ il, 178 « et avoir esté de tout temps Immémorial .iin-i observé gardé, et Jugé. » I, 305 et ainsi avoir esté Jugé. » 'l'uni cela sent L'homme de loi.

i". ha us ce passai' du chapitre XXXIV A'Butrapel, du l'ail transcrit presque mot pour iin'i un passage de La traduction des Diverses leçons de i\ Messie par Cl. Gruget, Or un Lisait Ici [Dlv. /,'■<;.. n, xxxni) : « s'il est licite de le nommer homme. » Du Fail a supprimé le de de son modèle.

II, nous ont enseigné laisser ; II, 320, faillir vous dresser. Arrêts, éd. 1579, p. 271, condamne... remettre; ibid., 303, condamné payer.

Nous ne faisons qu'aborder sommairement quelques-unes des questions relatives à l'infinitif chez Noël du Fail ; ce que nous en avons dit suffit déjà ta faire comprendre quelle importance inusitée il a conférée à ce mode : il le détache, le débarrasse de prépositions qu'il juge encombrantes, l'élève ;'i la dignité de mode personnel rêve de lui faire exprimer tout; ici l'infinitif à lui seul marque un rapport de cause : « où seulement y avoir songé je resterois perdu » (II, 236) 16; là un rapport de moyen : « laquelle [santé] ne pourrez mieux entretenir que mettre en cholere vostre Lupolde » (II, 106) 17. Non content de faire alterner la proposition innnitive et la proposition complétive ordinaire, du Fail imagine de les amalgamer et de faire précéder l'infinitif de la conjonction que. Le cas est fréquent chez lui ; et il écrit avec sérénité : « De ma part j'ay tousjours estimé que la plus grande finesse qui puisse estre en ce monde, estre, aller rondement en besongne » (II, 222), et voilà encore l'infinitif installé dans les fonctions de l'indicatif ; il équivaut en fait à un plus-queparfait du subjonctif dans une phrase comme celle-ci : « De peur qu'un Roy ou grand Seigneur ne l'eussent enfermé en quelque château, et le contraindre ( = et ne l'eussent contraint) à faire illec une infinité de lingots » (I, 325). Si nous ajoutons à cela des infinitifs de narration, quelques infinitifs marquant l'antériorité d'un fait par rapport à un autre (ellipse d'après) et des cas divers dans le détail desquels nous ne saurions

16. Entendez : « rien que d'y avoir songé » ou « pour y avoir seulement songé. » Ce cas est très voisin de celui qu'on appelle communément « ellipse d'après. » (Cf. ci-dessus, p. 57). Et il se pourrait fort bien que cette dernière tournure, encore mal éclaircie (après ne s'ellipsant pas), eût son origine dans des ellipses du de causal; on sait que la préposition de, aujourd'hui à peu près vide de sens devant l'infinitif a exprimé jadis un rapport de cause, d'origine. L'évolution pourrait se jalonner ainsi : 1° Z>'avoir couru, il fut lassé. 2" Avoir couru, il fut lassé. 3'> Avoir couru, il s'assit. Propter hoc, ergo post hoc. Mais nous ne pouvons présenter ici qu'une conjecture.

17. Entendez « qu'en mettant en colère. » On peut admettre ici une attraction exercée par le premier infinitif. Mais quelles que soient les explications qu'on puisse trouver pour les cas particuliers, un fait général est certain : du Fail a essayé de faire rendre à l'infinitif tout ce qu'il pouvait rendre, et même davantage.

entrer, nous conclurons que c'est le mode de prédilection de Noël du Fail, et que si celui-ci ira pas inventé le télégraphe électrique, il en est au moins le précurseur en ce sens qu'il écrivait déjà en style télégraphique.

/Le goût du raccourci apparaît encore dans l'emploi des participes présents et passés. Substantivé ou non/, le participe présent tient lieu d'une incidente avec qui :/ il choisit ce vénérable Praticien, rien ne disant » (II, 213). comprenez : « qui ne disoit rien »>. Nous notons chez du Fail de nombreux participes présents substantivés qui admettent, néanmoins un régime direct, — cas extrêmement rare aujourd'hui et qu'on ne trouve plus guère que clans quelques locutions comme « les ;i\ants droit ». Avec suivre et poursuivre is, ie cas est particulièrement fréquent chez du Fail. mais on en trouverait facilement des exemples chez d'autres prosateurs du XVIe siècle i9. Voici qui est plus spécial à notre auteur :

I, 229, les faisans le contraire. II. 209. ces scachans tout.

II. 168, ces sentans encore la charrue. II. 334. aux croyans pt ayans ferme foy et espérance en luy. II, 310, tous ses gens et autres prétendons droit et interest pour le secourir. — Exemple adjectival : I, 154, la mieux entretenante les gens.

En ce qui concerne le participe passé, nous pouvons noter assez souvent des cas comme ceux-ci où le verbe régissant mais non essentiel est mis au passif : II. 88, Adrien, ja commencé estre aboyé, eust bien voulu (= le pape Adrien, que l'envie commençait déjà à attaquer). II. 142, sa maison. cssaiée estre diffamer par cest hoste (= que cet hôte avait essayé de diffamer). I. 328, illec fait mettre (= qu'on avait !;iit mettre là). II, 85, fut fait descendre par le maistre du festin20. - - Ces tournures, qui dans une étude systématique se classeraient plutôt dans le chapitre du passif21, sont

18. II. 229 « un voursuivmil Testât de président. » II, 114 « les poursuivons tiraves et hautes exécutions. •> Cl. encore, II, 36. 253.

I!'. Cl. d Ai nif.NÉ. HiSt. Unir., éd. de Ruble, III, 308 « avoit esté mené là dedans par un suivant le duc de Guise. »

20. Avec l'auxiliaire faire on trouverait d'autres exemples du même genre. • ni \\i" siècle. Exemple Louis Guyon, Diverses Leçons, I. IX : <■ il [le renard] lut enfin lumé et fcA\ mourir. »

••'I Le Chapitre du passif ferait place également à des exemples comme celui < i n. 6 » non suis ester esplez s ils tomberaient » (il s'agit des luseaux. Le i est in. n sans qu'on épiât leur chute).

considérées comme « populaires » par M. F. Brunot22; nous les avons groupées à seule lin de donner de nouveaux exemples de la concision de du Fail.

L'ellipse est des plus fréquentes dans les cas de coordination. Nous ne parlons pas seulement ici de la non-répétition du même terme (type : mes -sieurs et dames), mais de la « mise en facteur commun », — nous aimerions cette désignation mathématique, — d'un terme qui ne se répéterait pas tel quel devant le mot coordonné (type : son honneur et gloire). Ces procédés économiques se retrouvent plus ou moins chez tous le3 auteurs du XVIe siècle; ce que nous pouvons dire, c'est que du Fail est de ceux qui s'en servent le plus volontiers. Voici quelques exemples :

1° Non-répétition pure et simple. L'ellipse de que + on rend cette phrase obscure à première vue : II, 129, « Lupolde... dit qu'on ne s'esbatoit plus comme on faisoit de son temps, et [qu'on] n'entendoit rien à gouverner le monde ». — Ellipse de que + nous dans : « cela fera entendre... que nous avons esté bons mesnagers. [que nous] ne nous sommes laissé aller... » (I, 214). — II. 277. « qu'elles en savoient assez, [qu'il] avoit beau dire.

La phrase suivante offre une ellipse très hardie de la négation ne : « ne jurer en l'âme de personne, et ne se fourrer que bien peu et [n'Jembrasser trop opiniastrement les affaires d'autruy » (II, 222). Aucune édition ne donne ce n' et je ne crois nullement nécessaire de le rétablir.

Ellipse de l'auxiliaire avoir dans le cas suivant : « il avoit esté interrogé et [avoit] passé... (II, 19).

Dans la phrase suivante, le pronom personnel ellipse a la même forme que le pronom exprimé, mais remplit une fonction différente : « où (= alors que) nous les devrions soulager et [nous] accommoder à leur simplicité » (II, 275).

88. Hist. de la l. (r.. II, 433. — A propos de participe passé et de passif, M. Brunot me parait dans l'erreur lorsqu'il signale comme un exemple curieux de participe passé de verbe intransitif le passage suivant de Noël du Fail : « une autre femme, licenciée de tout dire. » Licencier était un verbe actif, et la tournure en question n'est pas plus surprenante que le serait « autorisée à tout dire. » Cf. Gudefkoy, Compl1, s. v. licencie, licencier Rabelais, III. 13 « licenciées à faire ce que voudront. « Du Fail, II, 214, 242,

2° Le terme ellipse eût été différent du terme exprimé. Les exemples abondent. En voici quelques-uns :

Pronom personne! : Z'avoit borgne et [luij avoit] bandé les yeux » (II, 19).

Pronom relatif : II, 173, toutes sortes d"injures qu'ils (les malfaiteurs) s'entre-apprennent et [dont ils] tiennent eschole.

Verbe : I, testant essuyé les yeux... [ayant] escuré et adoucy son estomac de quelque pied de mouton, beu... — II, 357, Les villes ont quelque beauté, mais [sont] de nulle commodité. — On sait déjà que du Fail se dispense d'exprimer les verbes déclaratifs dès qu'ils peuvent passer pour être implicitement contenus dans un verbe exprimé.

Préposition : l, 180, au dernier enchérisseur et [à] esteinte de chandelle.

Par la « mise en facteur commun », du Pail n'exprime en général qu'une fois un mot différemment régi, par exemple complément, direct et complément prépositionnel. Voici un type de phrase d'usage courant chez lui : « trouver et passer le temps avec Lupolde ». Les cas de ce genre peuvent être considérés comme des ellipses, car déjà au XVIe siècle rommence à prévaloir l'usage moderne qui consisterait, dans l'exemple cité, à exprimer d'abord Lupolde, puis à le représenter par luy après la préposition avec. Ici, comme dans la plupart des cas, du Fail n'a fait que profiter jusqu'à l'abus d'une liberté qui existait avant lui : Rabelais écrivait par exemple : « complaire et délecter le malade » (1er Prologue du 1. IV).

Exemples :

I, 249 \ . . , , ceste infortunée damoiselle.

( et venir a bout de )

.. i qui attacha ) II, 295 j . „ Octavius.

( et se moqua d \

t «ml ils avoicnt recueilly ; , , I, 222 . M Llysse.

f et faict plaisir a \

t oo, { n'outrepassoient ) .

I, 28'i ],,,,,, , simple menace.

( n y n alloient plus loin qu en )

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