RECHERCHE DE LA DYSSYMETRIE
Dans les exemples qui précèdent, la préposition vient en second lieu, après un verbe transitif, et se trouve exprimée. Mais quand la préposition vient en premier lieu, elle se trouve ellipsée : tel est le cas dans l'exemple de Rabelais cité plus haut -
Complaire [à] / ,
, , L le malade.
et délecter ^
Tel est le cas aussi chez du Fail, et bien plus fréquemment que chez Rabelais.
Ellipse de la préposition, le second terme étant un verbe transitif :
donner le saut [al ) ,
V / la pluspart des II. 129. pièges pour < et taire tomber a la >,
Ifemraes et filles, renverse )
Nous avons affaire à une ellipse de cette catégorie dans la phrase déjà citée plus haut pour la non-répétition de la négation :
\ ne se fourrer que bien peu [dans] | les affaires 7 et [n'j embrasser trop opiniastrement ^ d'autruy.
La prédilection de du Fail pour les couples-synonymes a singulièrement favorisé ces sortes de constructions où les deux termes synonymes forment un bloc compact. On trouve dès les Propos Rustiques Fellipse de la première préposition; exemple (p. 17) :
beaucoup différente [de] ) „ .
.. L; : \ celle de présent, et rien ne ressemblant a y
II. -/- Les cas précédents nous amènent à mentionner le second principe essentiel du style de du Fail : la recherche constante de la dyssymétrie. Dans la mise en facteur commun, les éléments sont hétérogènes et entretiennent des rapports différents avec le tenue commun. « Prendre son chapeau et la fuite » est un bon type des groupements hétéroclites de du Fail.
Exemples :
t om -i * u- ( leur homme,
I, 301, ils pensèrent bien \
< la fève un gasteau avoir trouve I
et quelque casanier mal nourry.
le suffisant
I, 189, Eutrapel, qui faisoit .
' et bonne mine.
Lorsqu'il écrit « surpassant en humilitez, chatemites et pattes-pelues les moines du Mont Athos ». du Pail se plaît à associer un mot abstrait à deux mots concrets désignant des individus. Cf. encore :
II, 84, faire jf80»' ,. ,, ,
( la cruauté et la tyrannie.
Exemple avec substantif et verbe :
II, 100, me faisoienU , r
( et tourner a toutes mains.
Le désir de dyssymétrie et de variation se manifeste dans toutes les catégories grammaticales et en toute occasion ; ainsi en matière de prépositions : II, 323, « confondre la justice avec l'injustice, le bon au mauvais, la liberté à la servitude, et l'obéissance avec la désobéissance, le chaud au froid ». L'emploi de à est-il légitime ici et confondre pouvait-il admettre cette préposition comme mêler ? on peut en douter. Mais du Fail n'en a cure, pourvu qu'il y ait variation. Même alternance de à et de avec, avec ellipse ou expression de l'article, à la lin du chapitre XXXIV (II, 350) : « Car il est escrit qu'il n'y a communication ni amitié en rien de justice avec /'iniquité, de la lumière aux ténèbres, etc.. » Au chapitre premier d'Eutrapel (I, 217), énumérant les causes de la corruption de la société, Eutrapel nous dit que le mal vient « des Prestres » et « des parties plaidantes... et après aux oiliciers de justice... » Que vient faire ici la préposition à ? Paut-il sous-entendre que le mal remonte d, que la faute revient à ? Ce n'est guère nécessaire, non plus qu'il y ;i lieu de corriger en des (toutes les éditions anciennes donnent aux). Du Pail a eu tout simplement besoin de changer de préposition.