‹ Essai sur le style & la langue de Noël Du FailChapitre 58 sur 68 · Blanchemain. I. 29. Marty -Laveaux · texte numérisé non relu

Blanchemain. I. 29. Marty -Laveaux

4. Escrtz de avers poètes à la louange de Louize Labé (*»£«« *%*£ La,,,, a ..ion, .824, p. 123). M. Laumonier veut bien m'app^ndre jued, après ses recherches, cette -de de Magny ne peut être antérieure au mois d avnl 1566.

... vj„utons encore un exemple dans la Pleur «■ Clumnns "OUMUe, chez Benoist Rigaud, 1586 (réimpr. Techener. Joyeuseiez, t. M. p. K»)- M™ cœur ravy de vostre veué M'esclava sous les loix d amours. .

« écluse » dans l'ancienne langue (Cf. Godefroy). Il se rattache au verbe, clore (Cf. Dict. Gén., s. v. closoir, clotoir). Ce devait être une espèce de panneau « clôturant » un espace déterminé, encerclant le gibier.

Escorne. — Atteinte, brèche : « donner une escorne à Testât des Romains (= entamer, porter un coup à...). Pref. au Demosterion (1578). L'original imprime escorce, que M. Courbet (II, 237) a parfaitement corrigé en escorne. Godefroy cite deux exemples antérieurs [Complt). H. Estienne donne cel ilalianisme comme étant du genre masculin (ital. scomo). On voit que chez du Fail il est déjà du féminin (inlluence de la finale féminine, et aussi du mot honte).

Esculée = écuellée. - Propos Rust., p. 84; I, 276. Cf. Thurol, Prononc. jfr.; I, 553. Rabelais.

Esmerveilleux. — II, 291. Création d'Assézat (1874), qui a mêlé le texte normal au texte remanié de 15982 et de 1603. On lit dans 1585, 1586L2, 1597, 1598i : « contemplans incessamment les merveilleux faits de Dieu ». Texte de 15982 et 1603 : « contemplans incessamment les arands et esmerveillables faits de Dieu... »

Espadassin. — Balivern., I, 194 (1549, f° v°) : « ce n'estoient en ce siècle que petitz espadassins ». Terme italien, que Polygame emploie avec mépris. Le premier exemple connu de spadassin est dans Rabelais, I, 33, où il figure comme nom propre. H. Estienne a la variante spadachin (cité dans Godefroy.). Du Fail nous présente le mot pour la première fois comme nom commun, avec prosthèse populaire d'un e devani s impuro. Dans Eulrapel (I, 222), il adopte la forme devenue normale spadassin.

Espérer a le sens indifférent d' « attendre ». Cf. II, 143, un exemple très caractéristique : « asseuré... qu'il n'y alloit de sa vie, comme il avoit espéré. Cf. encore I, 285 : « plus estonnées de l'outrecuidance du seigneur du Fossé, qu'elles n'eussent espéré et attendu ». Attendu glose ici espère, que nous pouvons considérer comme provincial dans ce sens.

Esperruqué [Propos Rust, p. 145]. — « Galand, brusque, escarbillat, esperruqué ». Eveillé, fringant. Comme escarbillal son voisin, ce mot est d'origine languedocienne. Il se trouvait dans la Panlaqr. pronostication de Rabelais, en, V. C'est un doublet du mot bien connu esperlucat, qui' nous voyons apparaître au XVe siècle. Les deux formes esperlucat e\ esperrucat existant déjà, en languedocien, mi peul admettre avec M. Sainéan qu'elles ont. pénétré toutes deux en français, comme on peul supposer une déformation française (Tesperiucat par étymologie popu-

laire, sous l'influence du mot perruque. (Cf. Sainéan, Rev. des Et. RabeL, 1912, p. 271-274, et Bourgeois. ihhi.. p. 443)1.

Espiaison. — Voir : Piaison.

Estocade [Propos Rus t., p. 164]. — Comme l'a fait observer Delboulle (Rev. d'Hist. Lin., XII, 1905, p. 141), cel exemple esl le premier connu (1548). Seulement, il n'est pas de du Fail, mais de l'interpolateur Jean Maugin.

Estramaçon. — II, 297. Mol récemment emprunté à l'italien. Les premiers exemples connus jusqu'à présent étaient postérieurs à celui-ci.

Estripper. — II, 176. Le Dict. Gén. (s. v. élriper) ne connaît pus d'exemple antérieur à celui de du l'ail. Mais M. Paul Barbier fils [Rev. d. Etudes RabeL, 1905, p. 205) a fait observer que le mot' était déjà dans Rabelais, I, 43.

Estulle. — I, 187, <( une cbeville, à laquelle pendoit d'ordre, colliers, estulles, aguillons, fouétz... » Sans doute il a existé une forme estulle, variante ù'esteule, esteuble, estouble (châume)2. Mais on ne voit pas ce que viendraient faire ces éteules dans une émimération, ou plutôt dans un inventaire méthodique d'objfts appartenant au mobilier d'une écurie et à l'équipement du cheval. Une correction parait s'imposer : il faut lire es trilles.

Excuser = donner comme excuse, invoquer comme prétexte : I, 306, « Vous excusez que je suis malade ».

Exécuteur de basse justice. — Mentula, II, 242. Caricature de rexpressioD : exécuteur de haute justice (bourreau). Pour l'emploi de l'adjectif bas, cf. « jouer des basses marches », « le bas mestier ».

Exenterer. — Eventrer II, 176, « exenlerez, estrippez ». Latinisme dont on ne connaît pas d'autres exemples et qui pou irait être une invention de du Fail.

Fader. — Voir : Farder.

Faitis. — Adjectif déjà en décadence au XVIe siècle, mais qui semble cependant s'être conservé assez tard dans la locution (( pain faitis » [Eutrapel, II, 164) = pain fabriqué à la maison,

1. Il est inutile d'ajouter des exemples nouveaux A'esperlucai a ceux que M sainéan a déjà réunis en nombre suffisant. Mais je crois bon de noter que 'lin- l'Amant rendu Cordelier, v. 1530, nous rencontrons un verbe esperttr qui paraîl avoir le sens du mot, méridional avec une forme toute française : « Doux veux a cler esperllssans. <•

2. Roquefort, dans son Glossaire, avait un article estule, « boule de îiois. » J'ignore comment Roquefort avait fabriqué son article; mais il va sans dire que cet estule convient encore moins au passage de du Fail qu' estule « chaume. ■

de qualité inférieure, « pain de ménage i ». Godefroy noie la conservation en Bretagne de l'expression « toiles fétis », et il explique fort bien par la chute du déterminé « pain » le faitis substantivé qu'on trouve chez du Fail (II, 167) : « vivoit hors cérémonie du faitis de l'hostel ». — Le mot a passé en breton, où fétiz signifie tantôt « complus », comme c'est l'ordinaire en ancien français 2, et tantôt « radis »3 : paradoxe sémantique dont l'explication est très simple si l'on se reporte au latin faclicius et si l'on considère le « pain faitis », c'est-à-dire fabriqué chez soi, donc grossièrement fabriqué. — Au chapitre X d'JEwtrapel, du Fail a employé cet adjectif au sens de « factice » : I, 330 : « bon or, mais faictis et non naturel ». Au reste, la forme savante factice existait déjà, bien qu'on n'en ait signalé jusqu'ici les premiers exemples qu'au XVIIe siècle 4. Elle se trouvait au chapitre XII du Gargantua $.

Falloir. — Remarque de conjugaison. D'un bout à l'autre des Baliverneries, du Fail confond, comme Rabelais, la conjugaison de falloir avec celle de faillir à l'imparfait failloit : éd. Courbet, I, 17, 48, 57. La version interpolée de 154-8 présente la forme faloit ou failoit (Assézat, I, 154, 190, 198).

Falsité. — Faux témoignage, faux en justice. La traduction « fausseté », donnée par Godefroy (CompP) et par M. Courbet est insuffisante à rendre compte du passage de du Fail que nous visons : II, 246 (Voir Gorron). Au reste, Godefroy cite un exemple tiré d'un arrêt du Parlement de Bretagne (1680) et où le mot falsité a son sens juridique spécial.

Farder. — I, 191. La Goutte remontre à Jupiter qu'elle est vieille et parvenue « au point mortel auquel elle prouvoit nous tous estre fardez ». Assézat comprend : « dont nous devons tous porter le fardeau », et M. Courbet comprend : « chargés ». Il a bien existé un verbe farder, au sens de charger, dont Godefroy

1. Aux quelques exemples de faitis notés par Godefroy au XXIe siècle, j'ajouterai : Solon de Vosges, Adages (IIe partie) : « Revenir au pain faictis. »

2. Cf. Don» .MALfiOKN, Le breton d'Ouessunt [Annales de Brct.. XXV, p. 238) : à Ouessant leliz se dit des cheveux bien lissés. Seulement dom Malgorn a tort de renvoyer a L'exemple ù'Eutrapel (« pain faitis ») où cet adjectif signifie tout le contraire de « lisse, poli. »

3. v. Henry, Lexique étymol. du breton moû-, p. 121, Fétlz, épais, massif. Au reste, l'évolution sémantique a échappé à v. Henry, qui, après avoir défini « épais, massif ••. met en note que le sens de « bien fabriqué » « se déduit naturellement > de factivus (lire: (acticius). Mais comment ce qui est épais est-il " bien fabriqué »? ?

4. Dict. Gén., 1690, Furetière. — Delboulle, fiev. d'Jlist. Lit t., 1905, p. 694: Th. Corneille, 107.

5. Il est curieux que M Paul Barbier fils, qui a catalogué avec tant de conscience le Lexique rabe'alsien, ait omis factice [Rev. des Etudes Rabel., L905 p H

donne quelques exemples du moyen âge. Mais il ne présenterait dans la phrase de du Fail aucun sens acceptable. Je conjecture fadez (affaiblis, sans vigueur, languissants, m. à m. affadis), et la phrase devient compréhensible : la Goutte prouve à Jupiter qu'elle est arrivée à cet Age critique, dangereux, où les forces venanl à manquer, nous avons besoin d'une retraite confortable.

Fasqué. — Propos Rust., p. 80, << bien Imitiez et fasquez ». Locution qui veut dire que les Vindellois revenaient de la quête de Noël avec leurs sacs ou « poches » bien garnis. Dér. de fasque (Rabel., II, 10, 30) ou facque (= poche). Cf. Sainéan, lier, des Eludes Rabel, V (1907), p. 405-406.

Favorit. — Propos Rust., p. 79. « lu ou il est plus favorit » (= là où il a le plus beau rôle). I, 172, « sinon qu'il eust esté veu favorit » (je comprends : à moins que l'adversaire n'eût paru être favorisé, avoir l'avantage).

Fendre. - I, 152, « il désespère, il fend ». M. Courbet traduit par « prendre l'air », avec un point d'interrogation parfaitement justifié, car le cas est difficile. Je comprends : « son cœur se brise, il est désolé ». On trouve dans l'ancienne langue de nombreux exemples de fendre pour se fendre au sens matériel du mot, et Godefroy (Compl*-) cite même un exemple de Garnier où il est question d'un « cœur » qui « fend ». Mais l'emploi que fait du Fail de la forme neutre reste isolé.

Fesse-Mathieu. — Dans un passage bien connu des philologues (Eulrap., XVI ; II, 69), du fail, parlant d'un usurier, introduil cette parenthèse : « à Rennes on l'eust appelle fesse-Mathieu, comme qui diroit bateur de saint Matthieu, qu'on croit avoir été changeur ». Gardons-nous de conclure de là (pue cette expression, qui devient si courante un peu plus tard, soit d'origine rennaise. Du Fail n'est pas un sur garant en matière d'étymologie. Son explication est obscure. Littré l'adopte et comprend que « battre saint Mathieu » c'est lui tirer de l'argent. Reste à savoir si saint Mathieu était vraiment considéré comme une victime des usuriers. Il semble que ce fût tout le contraire. Dans une dissertation sur le mot fesse-Mathieu [Le Palais des Curieux, Paris, 1612, p. 454-457), Beroalde de Verville commence par s'indigner contre l'opinion courante qui fait de ce saint le patron des usuriers, sous le prétexte qu'il avail exercé les fonctions de receveur d'impôts : et s'il en vient à présenter ensuite saint Mathieu comme exploite ou flagellé par les usuriers, c'est là une interprétation toute personnelle. En réalité, les usuriers passaient pour suivre la même carrière que ce saint, ils étaient ses disciples et opéraient sous sa bannière. Nous ne connaissons pas assez tous les emplois du verbe fesser pour émettre une

conjecture certaine, et Beroakle de Verville n'explique pas clairement l'interprétation qu'il combat. Nous verrons plus loin (s. v. fesser) que le verbe en question pouvait arriver, dans l'argot scolaire, à signifier quelque chose d'analogue à « commenter, expliquer un texte » {fesser Laurent Valla, fesser Cicéron ; battre le texte). Les usuriers seraient-ils ceux qui commentent saint Mathieu, et par suite ses disciples ?

Fessepain. — Propos Rust., p. 73 : « Hillot Fessepain ». Surnom d'un personnage qui devait être connu pour son avidité à manger du pain. Voir ci-dessous : Fesseur de pain. Il faut naturellement rapprocher le terme de fesse-pinte (bon buveur), que Rabelais avait employé comme nom commun (I, 8) et comme nom propre (I, prol.). Au chapitre V du Gargantua, l'un des buveurs s'écrie : K Fouette-moy ce verre gualantement ». Fouetter ou fesser voulaient dire : « expédier rondement, énergiquement »L

Fesser. — Verbe dont on trouve un exemple dès 1489. (Delboulle, Revue dllist Lilt.. XII. 1905, p. 700). Emplois métaphoriques : I, 149, (( le pauvre Luth est fessé » (attaqué, pincé nerveusement par le musicien). II, 203, Eutrapel raconte qu'il fit pendant quelque temps le métier de maître de grammaire : « Je fessois maistre Laurens Valle et les Epistres de Cicero ». Peut-être y a-t-il ici une allusion aux méthodes « orbiliennes » alors fort en faveur et qui justifiaient l'épithète de « fesse-culs » décernée aux pédagogues (j'enseignais Laurent Valle et Cicéron en fessant les élève-,. Mais il vaut mieux donner au verbe fesser son sens habituel (éplucher un texte avec énergie, s'escrimer sur une explication de textes). Un peu plus haut (II, 201)i du Fail a dit en parlant des régents qu'ils passaient leur vie à h battre le texte et la chaire ».

Fesseur de pain [Propos Rust, XV ; I, 133]. — Qui « expédie » le pain, grand mangeur de pain (Cf. Fessepain). Cf. H. Estienne, Apol. p. llerod., XXXVIII (Ristelh., II, 294) : « mangeurs de crucifix, fesseurs de requiem, cafars, pâtes pelues, chatemites ».

Fessine (sœur). — I, 288. Allusion" à la mode des vertugadins : <( elles [les femmes] portent de gros culs hipocritez et rembourez contre les loix de seur Fessine^ ». Je comprends : « contre les lois de la nature, contrairement à la configuration de la partie du corps désignée mythologiquement par le nom d'une nonne de la littérature comique. Une <• sœur Fessue » est l'héroïne d'un conte de Rabelais (III, 19) et d'une farce {l'Abbesse et ses

i. M Dottin m'apprend que dans La Mayenne fesser est très connu au sens de « travailler activement •

2. Assézal i-st seul responsable de la leçon i<->n Fessine 1585, 15861,1, 1597, 1603

l.-.jsl. 1 -nui

Sœurs recueil Le Roux de Lincy:Michel, 1T. n« 14 . >"">• Fessine ne m'est pas connue en dehors de du Fail : mais l'hagiographie facétieuse connaît un soin* Fessin :

Petites sœurs de l'ordre sain! Fessin, Faillirez-vous de visiter la place ?

{Triomphes de V abbaye des Couards, éd. Marc de Montifaud, p. 97).

Feudal. - On lit dans l'éd. 1585 féodales II. 263, 265). Mais il est remarquable que dans les deux exemples l'édition de 1-.862 substitue feudules : il y a des chances pour que ce lût la forme préférée de l'auteur.

Fillol. - Terme familier employé par Eutrapel qui s'adresse à un paysan : I, 156, « je t'en pry, fillol mon amy ». Il" n'est pas facile de déterminer ici l'origine de ce terme. Dune part il a bien existe, à côté de la forme fiUeul, une forme {Mol qui a vécu dans la littérature jusqu'au XVIP siècle (Voir Godefroy. Compl\ et Kr. Xvrop, Gramm. Uist.. I, § 177. Cas Isolés. Mais, d autre part je serais tenté de reconnaître plutôt dans les Haine menés le mot provençal filhol, qui s'emploie couramment comme terme d'amitié, à la façon de « fiston » (Voir ci-dessous, s. v.). Je ne sais si dans le Nord de la France fill™* ou tm°l a Pu avoir cette acception hypocoristique. Notons que les Balivernenes contiennent quelques termes provençaux : 4 Dieu seas, lou

cap*.

Fine (la plus). - II. 72. Euphémisme : « la syphilis »». Même locution avec même sens dans Les Sept Marchans de Naples (Montaiglon, II, 100, 104), et, après du Fail, dans Le Moyen de Parvenir, chapitre XXXII. - La même locution a eu aussi et a encore un sens scatologique (Tabourot, Escraignes, TV. Le Roux, Dict. Corn. Littré, Fin, 21°).

Finer = linir. - Balwern., III, Courbet, I, 39, « les guerres finées entre les Roys... » (Sie, éd. 1549, 33 V et texte de 1548 ; ce sont les éditeurs anglais de 1815 qui ont corrigé en pintes, et cette forme a passé dans Assézat, I, 179). C'est le seul exemple que j'aie noté du vieux verbe finer chez du Fail.

Fisque - Fisc : I, 224, « au fisque et pannier de la République ». Delboulle, suivi par les auteurs du Dict. Gén., a d'abord signalé cet exemple comme le premier connu. Mais en L905 Revue d-Hist LUI.. XII, 703), il notait fisc e1 fisque dans la Somme lunule de Bouteiller, et signalait deux exemples de fiscal aux XIVe et XVe siècles. J'ajoute que fisque se trouve dans la

i Dans la Vraye Prenostteatta» de tf« Gpntn (1015: Fournier Var. hM. et

un. v. m on lit . Mate twlasi garde t>nm », dit L'italien... » Ici, fMoi leppesente l'italien figluôlo.

VIIIe serée de Bouchet [éd. 1584, p. 263) : « le mary cocu paye au fisque certain tribut ». 11 ne serait sans doute pas difficile de prouver que le mot était d'emploi courant en 1585. En le glosant par « pannier », du Fail s'amuse à restituer à ce mot sa signification étymologique. Il se livre au même jeu lorsqu'il fait dire à Eutrapel : « J'ay encore... un petit scrupule et pierrette en mon soulier, qui me tourmente » (II, 258).

Fiston. — I, 302, « mon deux amy, mon fiston ». C'est le premier exemple connu de ce terme hypocoristique.

Fleur. — Subst. verbal; action de fleurer; dans la locution n au fleur de la marmite » [Propos Rust., XIV: I. 126] = du premier coup, après une inspection rapide.

Four [Propos Rust., XV]. — I, 137. « Comment? y aura il du four ? — Ouy, et de la cheminée ». La Borderie s'écrie à ce propos (p. 243) : (! Dire qu'on a attribué cette ineptie à du Fail ! » Ne perdons pas de vue que des calembredaines de ce genre abondent chez Babelais, qu'il écrit sans broncher « Deshuy au soir, fais-en crier les bancs et les chaslits » (III, 26). et que le seul tort de notre interpolateur. — mais c'est un tort essentiel. — est de ne pas avoir reçu en partage le génie de Babelais. La sottie des Cris de Paris débute par cet effarant calembour sur le mot puis : « Et puis? — Et fontaine. — Et rivière » (Ane. Th. fr., II, 303) II nous faut pardonner bien des choses à la gaieté de nos aïeux. Dans le cas présent, le jeu de mots porte sur le double sens de four, qu'un des interlocuteurs feint de prendre dans sa signification ordinaire et primitive, tandis que l'autre vient de le prendre au sens de pâtisserie cuite au four, servie comme dessert (il vient d'être question du dessert). Godefroy (IX) signale au XVe siècle une espèce de pâtisserie appelée four dauphin, mais le sens collectif de « pâtisserie de dessert » ne paraît pas avoir été noté. Au XVe siècle, dans le Banquet du Bois (Ane. Poés. fr., X, 219, 220), Gontier fait apporter le four. Cf. aussi Corrozet, Blasons dômes t. [Ane. Poés. fr., VI, 241) : (( Les saupicquetz pour les gens degoustez, Le four aussi et les frians pastez ». Nous disons « des petits fouis », mais nous ne disons plus « du four ».

Fourche (à la). II. 92. Comme on l'a déjà fait observer, il est impossible, dans le passage en question, d'interpréter autrement que dans un sens favorable l'expression « être traité à la fourche ». Au reste, le .remaniement du XVIIe siècle (Contes aux heures perdues; <-f. Louandre, Conteurs fr. avant La Font., p. 356) porte à cel endroit « qu'ils luy feroienl grand chère ». Cet emploi est contraire à l'acception normale de la dite locution (Cf. Le Roux, Dict. Com.y Littré, etc.; Ane. Th. fr. IX, 52).

Hippeau (I, 305) suppose que du Fail a voulu dire « traité comme un cheval à qui l'on sert le foin à pleine fourche ». Je comprendrais : (( recevoir double ou triple ration » (suivant le nombre des dents de la fourche). Cf. l'expression moderne « compter à la fourchette ».

Frairée. — II, 289; Forme ignorée de Godefroy ; elle paraît avoir un sens distinct de frairie, que du Fail emploie par ailleurs : la frairée devait être une réunion ou l'été (banquet) de la frairie, celle-ci étant une association paroissiale.

Fradre. — II, 141, « sire fradre » est la dénomination ironique d'un moine. Du Fail employait aussi le mot f rater, comme Rabelais (« un jeune Frater Cordelier », Eutrapel, XX: II. 137). M. Sainéan dit de fradre, inconnu en dehors de du Fail, que c'est une <( forme obscure » {Revue des Eludes Rabei., VIII, 1910, p. 116). Elle n'appartient pas en effet aux idiomes méridionaux. Voici l'explication que je propose : fradre, c'est frater modifié sous l'influence de l'esp. padre. Rabelais avait parlé des « brimborions des padres Celestins ».

Frape-menu. — II, 23;?, « avec tant de frape-menu de pied... » Menus frappements, petits coups. Création verbale curieuse, non par sa forme, qui est ronsardienne. mais par son emploi. Alors que ces composés du type trotte-menu sont en général des adjectifs ou des substantifs concrets (un gagne-petit), celui-ci est un véritable substantif verbal marquant l'action de frapper menu. [Xon signalé par Darmesteter dans sa Format, des mots comp.)

Frarie. — Forme employée dans les Propos Rus t. de 1547. L'édition 1510 porte frairie. La Rorderie (p. 117) a tort de ne voir là qu'une question d'orthographe. Cf. à ce sujet : Vie et Œuvre, p. 237 [dissimularent) et ci-dessus p. 26. Rien que dans Entrapel du Fail imprime frairie (I, 322, etc.) et frairée (II, 289), nous retrouvons frarie dans les Arrêts (éd. 1579, p. 118). Il a donc hésité.

Fréon. — I, 297 : « une altese accoustrée d'un fréon et suyvie d'un estramaçon... » Il est surprenant que ce mot figure parmi les mots récents, d'origine italienne {altesse, estramaçon. etc..) qu'on reproche à Lupolde de ne pas connaître i. Froion, fraion, fréon est un bon vieux mot français qui voulait dire « coup » (Cf. creon pour crayon, syon et selin pour soyon, etc.). Au reste, je n'en connais pas d'autre exemple au XVIe siècle.

Frétiller. — I, 144, « une souris, qui frétillait je ne sçay quoy ». Emploi actif très spécial à du Fail (Cf. I, 170 : « le paysan fouilloit

1. A moins qu"on ne comprenne qu' estramaçon est la transcription moderne de l'archaïque fréon employé par Lupolde. Le passage manque de clarté.

je ne sçay quoy en sa gibessiere, = cherchait je ne sais quoi en fouillant dans sa gibecière). Ici nous comprenons que la souris cherchait quelque chose en frétillant. Le mouvement concomitant prend la place de l'action principale.

Frisé. — Dans la locution chapiteaux frizez (II, 297-298;. Terme d'architecture. Assézat et M. Courbet (II, 160) ont cru à tort qu'il s'agissait ici du subst. frise, sans remarquer le z final signe d"un e ferme, et ont placé entre cliapiteaux et frizez une virgule qui ne se trouvait dans aucune des éditions anciennes. — Je n'ai pas vu ailleurs cette locution. Je suppose qu'il s'agit de cliapiteaux à ornements ondulés ou pourvus de frises.

Frizez. — Voir : Frisé.

Fronte. — Propos Rust., p. 70, « et de prime fronte ne sçavoyent d'où cela venoit » (au premier abord, da prima fronte). Cet italianisme, qui figurait dans l'édition de 1547, a été supprimé d'abord par l'interpolateur, puis par du Fail lui-même en 1549. On trouve au XVI0 siècle la locution » de premier front, dès le premier front » (Godefroy, Compi., IX, 668 c; exemples postérieurs à 1547), et l'on peut se demander si ce n'est pas là un décalque français de la locution italienne qui avait fait une apparition fugitive dans les Propos RustUiues. Le français connaissait de prime face.

Furgon. — Pour fourgon, II, 165. Pour la prononciation de du Fail, cf. « Je me submels » (II, 237); mus nier (Propos Rust., 22; I, 164).

Galant. 1. 164, « le gallant dedans le gallant. » (La virgule insérée par Assézat après dedans prouve qu'il n'avait pas compris ce passage, inspiré par VEunuque de Lucien («P8p<x h ûpQpon 'éy^v, traduction d'Erasme : « ferunt eum aliquando in adultérin deprehensum, membra in membris, ut legum tabula? loquuntur, habentem »). Le double sens grivois du mot autant est clair. Il pouvait signifier, ou « pudenda muliebria » (ex. Alcripe, Nouv. Fabrique, éd. elzév., p. 50 : « lui couppa joliment la barbe du gallant »; Brantôme, Dames Gai, dise. IVe : « leur gallant du mitan »), ou » pudenda virilia » (farce de frère Guilleberl, Ane. Th. fr., I, 305).

Gallicelle. II. 284 : n son biaut, galliceUe, ou sequenie ». Coulabin : veste de toile que portaient nos paysans il y a peu d'années encore, car la galiceUe a fait place à la veste de drap.

Galop. - I, 156, " gallop des inaehoueres. » (G gollop) = la mangeaille. Cf. galoper il. m.

Galoper des mâchoires. - 1, 177 ; II, 82. Manger activement. Signalons quelques expressions analogues, substituts pittoresques du verbe « manger » : aller en poste des mandibules (Solon de

Vosges, Adages, III, 1577) ; cheminer des mâchoires (Fournier, Variétés, III, p. 195); danser des babines (Alcripe, Nouv. Fabrique, p. 57): la danse du menton < inc. Th. //'.. VIII, 265 .

Gambes de cabre [Propos Rust., p. 178]. — Provençalisme que Jean Maugin s'esl amusé à introduire dans rénumération de plais du chapitre XV (jambes de chèvre).

Garsailles. - - Gars. II, 72, « mes gars aille s, » dit le fermier aux valets de son maître. Godefroy ne connaît que garçonnaille. Le collectif garçaille, employé au singulier (de la garçaille) ou au pluriel connue chez du FàiL est d'usage courant en Haute- Bretagne : il désigne indifféremment garçons et filles. Cf. Trévoux, Schmidlin (cités dans \Y. Heymann, Dialektwôrter, p. 49), Coulabin, Verrier-Onillon, etc.

Garse. — Fille, sans nuance péjorative, comme c'est encore le cas en Haute-Bretagne. Trévoux remarque également que le mol n*est pas « odieux » dans certaines provinces, « surtout en Bretagne ». Il ne Test pas évidemment lorsque Polygame, célébrant le mariage, montre le mari mourant » entre les bras d'une gentille et honneste garce de femme » (II, 239), ni au chap. XVI (II, 73). Mais la dépréciation est sensible dans d'autres passages, et en particulier au chap. XX cYEutrapel, intitulé De trois garces.

Gasche. — II. 287. Un vieux paysan breton avait « vescu le plus de gasche d'avoine ». Terme de terroir. Coulabin, gâche = galette de blé noir, pain mal cuit : Lecomte : pain de fantaisie où l'on met des pommes hachées ; Verrier-Onillon : galette, gâteau.

Gist. — II, 147. « Celui ou celle qui en avoit fait le premier gist n'avoii pas les mains derrière le dos ». M. Courbet comprend » dépôt ». Mais nous avons tout simplement ici, avec une variante phonétique (Cf. Godefroy, giet), l'expression bien connue « le premier jet », empruntée au travail du fondeur ou du cirier. Ce travail est antérieur au « dépôt ». L'auteur de l'objet en question (qu'on veuille bien se reporter au texte) « h'avail pas les mains derrière le dos », c'est-à-dire avait dû manger copieusement. — IT, 239, '( tirer à gist la mise et recepte de vostre conscience ». Gist a ici le sens de « jeton pour calculer », comme l'ont très bien vu Assézat et C. Defrémery (Revue Critique, 1870. I, p. 260).

Gobemouche. - D'après le Dict. Général, le premier exemple de ce composé se trouverai dans Cotgrave (1611). Mais un personnage des Propos Rustiques (ch. XIII) portail déjà le sobriquet

de Gobemouche.

Gorron. — II. 246. Le messager du Maine, à chacun de ses voyages à Paris, apportai! non seulement « du beurre, chappons, langues fumées », mais aussi « quatre ou cinq pochées de falsitez, et appellations comme d'abus de gorron ». Assézat. Hippeau,

M. Courbet ont compris u cochon », u jeune porc », « charcuteries sans valeur », etc.. Assurément, ils n'ont pas tout à fait tort, et le rapprochement avec les victuailles énumérées — en particulier avec les « langues fumées » — nous fait penser que du Fail a pu songer à un jeu de mots, car goron ou gourou existe en effet au sens de goret dans certaines provinces, et en particulier dans la Haute-Bretagne. Mais telle n'est pas la signifi cation principale du mot dans ce passage. C. Defrémery était sur la voie de la bonne explication lorsqu'il faisait observer (Revue Crit., 1876, I. p. 257) que Gorron était une localité du Bas-Maine, aujourd'hui chef-lieu de canton de la Mayenne (près d'Ernée). Il aurait pu ajouter que Gorron est écrit par une majuscule, comme un nom propre, dans l'édition de 1598 (p. 330). Or les habitants de cette bourgade étaient particulièrement renommés pour leur penchant au faux témoignage, comme l'atteste le Roman Comique de. Scarron, au chapitre XIV de la lre partie. Dans ce chapitre, le curé de Domfront veut à toute force engager un procès contre Monsieur de Laune, « se fiant peut-être aux témoins à gages qu'il esperoit de trouver à Goron, où il avoit des parents ». Le messager du Maine apportait donc à Paris, avant l'institution des juridictions présidiales, des « pochées », autrement dit des sacs de procès contenant des falsités, comprenez : des faux témoignages, — il est vrai que du Mans il en vient par douzaines, ainsi que des « chappons », — plus des appels contre les « abus » des faux témoins de Gorron. Toute cette fin de phrase est une petite satire à l'adresse des Manceaux.

Gouderuleau. — I. 311. Déformation volontaire de goudelureau. godelureau, petit-maître, freluquet (Cf. sparigique pour spagirique)\ il y a peut-être ici une allusion à go(u)deronné (godronné, attifé).

Goule. — II, 17, u comme si la goule de toute la cour de Parlement en avoit fumé en robes rouges ». Les éditions de 1585 et de 15861 portent ragoût, leçon inepte que La Borderie a parfaitement rectifiée d'après les éditions postérieures, et notamment celle de 15802, qui impriment la goule (Cf. La Borderie, Arch. du Biblioph. breton, III, p. 97-98). Cette expression était archaïque fl provinciale. Elle est encore d'usage courant en [Ile-et-Vilaine. La iiorderie fait observer que quand un paysan se décide à engager un procès, il s'écrie : « Hé bien, j'irons en justice, il faul que la goule du juge en pète ! » Nous ajouterons cet exemple tiré de la Génie Poitevin" rie, éd. Favre, p. 31 (c'est Robin qui raconte son procès) :

Ouy y en froay fumi la goulle Do Preculoux et ldvocats.

Graisse (de haute). — II, 240. Phriné, putain de haute graisse ». L'expression « de liante graisse » est bien connue, notamment par Rabelais (« moutons de haulte gresse », « bréviaires de haulte gresse »). Nous ferons seulement remarquer que l'expression « putain de haute gresse » était déjà dans II. Estienne (PréceUence, éd. Delalain, 1850, p. 134

Graine de fougère. — Cette locution métaphorique, que je n'ai p; s rencontrée ailleurs que chez du Fail. signifie certainement « argent, monnaie ». Cf. II, 110: « posant... une once de fine graine de fougère, poids de marc, en l'escarcelle de Lupolde ». Nous interpréterons dans le même sens un passage plus obscur des Propos Rustiques (p. 49), où Lubin dit à Huguet. avec des sous-entendus malicieux : « Si ay ie autresfois ouy dire, que avec In graine de fougiere, vous aviez faict, je ne sçay quoy ». Te comprends, d'après le contexte, que maître Huguet avait débauché des femmes en leur offrant de l'argent, — à moins qu'il ne s'agisse de quelque tour de Villon. En tous cas, il est question d'argent i. — L'origine de la métaphore me parait à chercher dans une analogie de forme entre les pièces de monnaie et les petites rondelles brunes (spores) qui parsèment la face inférieure des feuilles de fougère (Cf. le nom de « monnaie du pape » donné à une plante de nos jardins).

Greslier. — 1° Ce mot se présente comme adjectif au chapitre XIX (Y Eut râpe! (II. 114\ « un fifre, un tabourin greslier, une Irompette ». En l'absence d'autres exemples, je comprends avec Godefroy : « tambourin qui rend un son grêle »2. — 2° Il est dit au chapitre XXII d'Eutrapel (II, 166), dans la description d'une gentilhommière d'autrefois, qu'on voyait pendus à une corne de cerf « bonnets, chapeaux gresliers, couples et lesses pour les chiens... » Telle est la leçon des éditions anciennes (Cf. Courbet, II. 31), qui ne mettent pas de virgule entre chapeau c et gresliers. Mais on voit une virgule dans l'édition de 17.52 (t. II, 45) et dans celle d'Assézat. Fort embarrassé en présence de ces « chapeaux gréliers ». mais n'en laissant rien paraître, Cotgrave affirme gravement l'existence de couvre-chef spéciaux pour le temps de grêle : « A liât for the hayle ». Godefroy, qui s'est bien gardé de recueillir une explication aussi bouffonne, propose dubitativement de traduire greslier par « d'étoffe légère »3. Cette

1. C'est sans doute à cette signification métaphorique qu'il est fait allusion dans un passage fantastique de La Nouvelle Fabrique, par Alcripe (bibl. elzévir, p. 88) où maître Mathieu emp irte pour sa part du butin » > une besache de toille d'araigne pleine de graine ie feugere. »

2. Mais on ne roi! lias pourquoi GODKFEOï cite à deux reprises le même exemple du chapitre XIX.

3. Il est curieux que. tout en donnant un texte sans virgule, Godefroy renvoie à l'édition Assézat.

hypothèse n'a aucune vraisemblance. Nous considérons que lés éditions anciennes ont commis une faute rie ponctuation, qu'il faut rétablir la virgule et que greslier est un substantif signifiant « cor de chasse » (instrument au son grêle). Ce petit cor recourbé figure sur les blasons de plusieurs familles bretonnes i et en particulier sur celui de la famille Goujon d'Artois, à laquelle s'était alliée Noël du Fail 2. Ce terme de grêlier est courant dans le vocabulaire héraldique.

Greussante (Pommes de). — Bàlivern. de 1519 (Courbet, I, 41). Terme haut-breton, que l'interpolateur remplace par « pommes de Hery » (T, 181). Greussanle = grosse ente. Pour le passage d'o à eu, cf. du Fail, I, 302 : « mon deux {- doux) arny...»

Grue de velours. — II, 83. Imbécile vêtu de velours ; il s'agit d'un seigneur prétentieux et vide (Cf. II, 13, un vilain, envelousté). Grue avait le sen-; de « sot », comme « dupe », « pigeon », d oie », K bécasse » et autres noms d'oiseaux. Cf. la locution pop. « le monde n'est plus grue » (—on ne le trompe plus aussi facilement qu'autrefois).

Guet. — II, 228. « Je cuyday... estre du guet d'après minuict ». Au point d'interrogation de M. Courbet nous répondrons : 1° que, d'après le contexte, la locution veut dire : « être dans une mauvaise passe, filer un mauvais coton »; 2° que nous retrouvons dans Brantôme la locution en question : « mais aussi bien souvent s'en Irouvoyent du guet » {Des Dames, éd. Lalanne, IX, 451), ce qui veut dire : « ne le faisoient pas impunément, s'en trouvaient mal. » Comme d'habitude, N. du Fail donne la locution sous sa forme la plus compliquée : il est particulièrement désagréable d'être « de guet » ou « de garde » après minuit.

Gueue, et non guevc, comme l'a lu Assézat et comme le lit encore M. Courbet malgré Defrémery (Rev. Crit., 1875, I, p. 185), cl malgré Godefroy, dont l'article ne contient au reste que ce seul exemple de du Fail ; II, 282, où gueue signifie incontestablement gueuse. Le mot a été formé sans s. Du P'ail écrit le masculin gueu sans consonne finale au chapitre XXXI (II, 268), et nous retrouvons la môme orthographe dans la Vie Généreuse des VLercelois (Kournier, Variétés, VIII, 173) cl dans l'ouvrage ms. de l'angevin Bruneau de Tarlilumc, intitulé Philandinopolis. Ce

1. et. par exemple, Recmil ,irs blasons tir Itrclagne par Alex, de la Btgne, •Rennes, 1895, p. xcv.

2. Alex, de la Bigne, op cit., pi. CXLV. — Giiillotin de Corson, Grandes Seigneuries de Haute-Bretagne, n. it; : armoiries des surs d'Artois: « un -i' lier ô son pendanl » (enguiché el virole en sautoir). — Arch. de la Magnanne, PrfK es-vert>al de l'église d'Andouillé, Juin 1601.

dernier, parlant de Ragot (Cf. La Borderie, Propos rtust., p. 204), nous dit que le célèbre gueu se mit à « gueutter à Paris vers 1550 ». Ce verbe gueutter prouve, comme la gueue de du Fail, qu'on ne savait pas au juste quelle avait été la consonne finale du mot. C'est ainsi qu'à côté du féminin preuse (« les neuf preuses »), nous avons la forme preue (L'Histoire des Neuf Preux et des Neuf Preues, par Sébastien Mamerot, 1460).

Guiterne. — L'interpolateur angevin [Propos Rust., XIV; I, 129] constate que dès 1548 la mode était de dire guiterre au lieu de guiterne. Mais en 1585 (II, 109), du Fail écrit encore guiterne. Il tenait sans doute pour l'ancienne forme, comme l'auteur des Disc, non plus mélancoliques que divers (Poitiers, 1557), qui écrivait (ch. XXI, p. 97) : « Et quant est du nom, je sçay qu'il y a des gens qui l'appellent guiterre, et quelqu'un quinterne, je ne sçay pour quelle raison : mais moy, ainsi qu'on me l'a premièrement nommée et que maislre Pierre l'appelle en sa grande fièvre, etc., etc.. » (allusion au v. 802 de Pathelin). La forme guiterre ne se répand qu'au XVIe siècle. Mais M. Paul Meyer a signalé gitere dans un petit poème du moyen âge composé en Angleterre [Romania, XXXV11, 1908, p. 225).

Habita. — II, 212. Equivoque sur le titre d'une loi. Un mari déclare renoncer expressément « à l'authentique habita ». Il veut dire qu'il renoncera à cohabiter avec sa femme. L'authentique habita, relative aux Universités, fut donnée par Frédéric II Barberousse en 1158 (Cf. par ex. Crevier, Hist. de VUniv. de Paris, I, 261).

Habile de... — Digne de..., apte à... II, 45. Un seul exemple de ce sens et de cet emploi dans Godefroy, IV, 391 c. C'est du style juridique.

Haïsseur. — II, 222. « Timon, ces! insigne... haïsseur d'hommes ». L'exemple de G. Bouchet, cité par le Dict. Gén., est postérieur aux Serées de 1584. Godefroy (Complém. cite un exemple de Montaigne d'après les Essais de 1595 : « Timon, eeluy qui fut surnommé le haïsseur des hommes 1 ». Mais comme ce passage se trouvait déjà dans les Essais de 1580 (Dezeim.-Barckli.. I, 251), la priorité appartient à Montaigne... jusqu'à nouvel ordre.

Hanicrochemens. — I, 182. « eunfondre leurs hanicrochemens ». M. Courbet comprend : « accrochement, attache ». C'est bien vague. Il doit être question ici d'<>utils recourbés, de crochets, .-ans que nous puissions les décrire exactement. — Rabelais, II, 7 : <( les hanicrochemens dis confesseurs ».

1. Ne concluons pas de cette curieuse coïncidence entre Montaigne et du Fail que celui-ci avait lu les Essais. Comme nous l'avons dit ailleurs {Vie et Œuvre, p. /|60), il n'existe aucune preuve sérieuse que L'auteur ûi'Eutrapel ait pris connaissance du livre de Montaigne.

Hanicrocher. — I, 182, « hanicrocher leurs moutardiers ». Accrocher leurs moutardiers. [Baliiern., I, 196], « de quelqu'un qui avoit hannîcroché dans le froment de je ne sçay qui » (qui avait grapillé : m. à m. dérobé avec un crochet,. Le verbe ennicrocher est déjà dans Rabelais (I, 16). Dans le prologue du Tiers Livre, il est fait mention d'une arme appelée hanicroche : arme recourbée en bec de cane (Cf. Sainéan, Rev. des Et. Rabel, V, 392-393).

Hardé. — Propos Rust., p. 80. Les Yindellois reviennent de leur quête de Noël « bien hardez et fasquez », c'est-à-dire bien munis d'objets de toute sorte, bien équipés : cf. un peu plus haut : (( ayant laissé leurs hardes », passage où le mot hardes ne désigne nullement les vêtements que les Vindellois portent sur leur corps, mais les objets et « bribes » qu'ils tiennent à la main. Cette acception de hardes et du verbe harder n'est pas généralement indiquée dans les Lexiques.

Hardeau. — Glosé par « jeune valet », II, 6. Fém. hardeUe : II, 10, a les hardelles de Rolard » ( = filles des champs). Mot provincial. Cf. des Périers, nouv. XV : « j'ay un aultre hardeau (ainsi appellent-ilz aux champs un garson, et une garce une hardeUe)... » Le masculin est dans Rabelais. Ce mot n'a rien de péjoratif, non seulement dans ces exemples, mais dans beaucoup de ceux que donne Godefroy. Cependant il a dû être péjoratif à l'origine, quelle que soit l'élymologie qu'on adopte i.

Haridelle. — Baliiern., V (I, 194) : « monté sur une meschante haridelle de cheval ». Jusqu'ici le premier exemple connu de ha ridelle était tiré de Tabourot, Bigarrures. Celui de du Fail, qui date de 1548, présente un h initiais et nous prouve, — ce dont on se doutait déjà. — que haridelle ne s'est pas spécialisé dès le début dans le sens de « rosse » : ce mot avait une acception péjorative générale.

Hausse-bec. — II, 109. Lupolde, « l'aureille au vent, escoute les hausse-bec et admiratives d'Eutrapel ». li s'agit de railleries débitées sur le ton de l'admiration ironique. Bien qu'on n'écoute pas un geste, ce composé exprime d'abord un geste, celui de lever la tête, d'où : toiser quelqu'un, le traiter de haut, se moquer de lui. Ronsard s'en était servi dans la Continuation des Misères

1. Cette étymologie est incertaine. Se fondant sur un passage, d'ailleurs obscur, de la Satyre Mentppee (cf. éd. J. Frank, p. 214, n. 5). M. Jeanroy a cru pouvoir poser comme original un collectif hardeUe, dérivé de harde troupeau cf. Revue de» Vniverxilét du MnU, i89ô, p. 98-100): de ce hardeUe proviendrait haridelle par svarabhakti ? T). Une hypothèse plus courante, mais qui n'est pas plus sûrement établie, rattache hardeau et son féminin à imii,

i ..mJh vaurien, i>< ndard).

2. Ji dis ceci pour M. Horning, qui a l'air d'attribuer quelque Importance au fait que le mot est écrit arldelle dans Tabt arol \ Hobning, /.s. f. Roman. Phllol. XXVI, 330)

(1562; éd. Blanchem., VII, 23) pour caractériser la morgue de

deux protestants :

Et lors deux surveillans qui parler m'entendirent Avec un hausse-bec ainsi me respondirent.

Littré a encore haussebecquer, au sens de « mépriser », avec

un exemple de Ronsard. Le composé leve-nez a la même valeur

que hausse-bec dans le Supplém.. du Catholicon (Tricotel, Sat.

Menipp., II, 68) : « il vous respondronl valeureusement avec un

leve-nez ».

Haut. — « Et s' entrefussent... donné sur le haut de leurs biens ». {Propos Rust., 66). La Borderie a indiqué la traduction juste : d sur la tète ». Je note l'expression clans Ane. Th. //'., II, 425. Quoique cette expression appartienne évidemment au style très familier, Louise de Savoie l'emploie le plus sérieusement du monde, dans son sec Journal, à la date du 6 janvier 1521 : « environ quatre heures après midy, mon fils fut frappé d'une mauvaise busche sur le hault de ses biens, dont je feus bien désolée » (Michaud-Poujoulat, V, p. 92). Defrémery, dans ses remarques sur du Fail {Rev. Crit., 20 mars 1875), avait proposé de traduire par « sur le casaquin », n'imaginant pas sans doute que le mot « biens » pût désigner au're chose que des objets extérieurs a l'individu. Mais précisément l'argot et la langue populaire s'amusent à traiter le corps ou les parties du corps comme des propriétés distinctes de l'homme (Cf. « montrer tout ce qu'on possède, tous ses trésors », etc.).

Haute heure. — Cette locution est très ambiguë : elle a pu signifier aussi bien « tôt » que « tard » t. Mais des exemples de du Fail (I, 289, II, 77), il résulte clairement que pour lui cela voulait dire « tard »s.

Hautesses. — I, 287. Idées de grandeur.

Hemée [Propos Rust., XIV, p. 176 ; I, 132] : « la confrérie de la Dédicace ou monsieur Oenotrius sera Prévost de la Hemée ». Mot dont les exemples recueillis par Godefroy sont tous confinés dans le XVe siècle. L'exemple de Jean Maugin prouve qu'on le connaissait encore au XVIe ; et Le Duchat (Dict. de Ménage, 1750) signale même un exemple du XVIIe siècle dans le Mascurat [de G. Naudé] ; il ajoute : « Je ne sais ni la signification, ni l'étymologie de ce mot ». Sur ce dernier point, nous ne sommes

1. Les deux sens sont indiqués par GODEFROï (Compl*. VIII, 88*-88*>). okain définit « de bonne heure », ainsi que Ciulaiun. Mais Henry CoBMEAl (Terroirs Manges, I, 235), après avoir défini « à la liante heure » par « matinée jusqu'à midi », note qu'en Anjou le « Bonhomme liante Meure ■ est celui qui, à la veillée, vient « jeter du sable » dans les yeux des enfants. Verrier-Onillon définit : « tard » (cf. l'adjectif haut' -heurter). Etc, etc...

2. Cf. aussi Eutrapel, I, 249 : « le jour plus liant » (= plus avancé).

pas plus avancé que lui, mais la signification d' u échauffourée, bataille, mêlée », ressortait assez clairement du texte du Mascurat (2e éd., p. 5) : c'est bien celle qu'avait ce mot au XVe siècle. La phrase de Jean Maugin parait évoquer une confrérie bachique : les fêtes de « dédicaces » d'églises donnaient lieu à de copieuses buvailles et le sobriquet gréco-latin d'Œnotrius est significatif. Mais entre la notion de « buvaille » et celle d' « échauffourée » il n'y a pas un abîme sémantique, et je ne vois pas de raison décisive pour séparer la « hemée » de Jean Maugin i des autres « hemées » des XVe et XVIIe siècles.

Herbaudes. — Propos Rust., p. 72. Femmes furieuses et vindicatives ; rn. à m. « chiennes ». Herbaud (herbault) est signalé en Anjou par le Dict. de Ménage, au sens de « chien basset ou briquet » 2. L'exemple de du Fail est, je crois, le premier exemple connu de ce mot, qui apparaît plus tard chez Rabelais (IV, 52) dans la locution « monter dessus comme Herbaull sur paouvres gens ».

Herné. — Fatigué, éreinté [Propos Rust., XIV ; I, 126]. Verrier- Onillon (Anjou). Comme M. Verrier a bien voulu me l'apprendre, l'A se fait légèrement entendre dans la prononciation angevine et interdit toute liaison et élision. L'étymologie populaire (influence de hargne, hergne, hernie sur esrener) n'est pas simplement graphique.

Hery (pommes de). — Voir : Pomutes.

Hiraigne (Baliveni. 1519, f° 37 r°, 44 r°) ou Hyraigne (ibid. 40 v°. 41 v°, 43 r°) ou Hyragne (ibid., 44 r°). Araignée. — Eutrapei, II, 52. lragne = toile d'araignée (et non « araignée », comme traduit M. Courbet). On remarquera que dans Eutrapei l'orthographe est plus simple que dans le chapitre IV des Baliverneries.

Hontoyer, hontoier. — II, 62, 115, 186. Prendre une mine honteuse, gênée. Non seulement ce verbe est archaïque au XVIe siècle, mais en dehors de du Fail, honloier au sens d' « avoir honte, rougir », a toujours eu la forme pronominale (Cf. Godefroy).

Horloge. ou sait que le genre de ce mot a été incertain (Cf. par exemple Nyrop, Gramm. Hisl., 111, § 678). Alors que Rabelais

l un pourrait songer par exemple à un dérivé du verbe humer, hemer .signifiant. « boire, humer le piot » (cf. Verrier-Onillon, hemecter = humecter). Mais il semble Que l'étymologie de hémre au sens de « bataille, échauffourée » doive être cherchée dans le mot haim (croc, hameçon), dont on connaît le dérivé hamte. Hamee apparall au XIIe siècle dans le PMlomena (v. ii9), où il désigne une espèce de Jeu, que connaît l'héroïne, mais que M. de Boer ne peut déterminer : U es] remarquable que ce jeu soit cité auprès de celui de l,i /;/(//(• (coup, gifle), ce qui nous ramène à l'idée de bataille. Mais bien entendu u s'agll de Jeux LnoffensUs (cf l'Innocent jeu de cartes appelé la bataille, el auquel s'adonnenl Les enfants).

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